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La dignité des mourants

« La dignité des mourants est enracinée dans sa condition de créature et dans sa vocation personnelle à la vie immortelle. Le regard plein d’espérance transfigure la décomposition de notre corps mortel. « Quand donc cet être corruptible aura revêtu l’incorruptibilité et que cet être mortel aura revêtu l’immortalité, alors s’accomplira la parole qui est écrite : la mort a été engloutie dans la victoire » (1 Co 15-54). C’est pourquoi l’Eglise, en défendant le caractère sacré de la vie, n’obéit à aucune forme d’absolutisation de la vie physique, mais enseigne à respecter la véritable dignité de la personne, qui est créature de Dieu et aide à accepter de façon sereine la mort, lorsque les forces physiques ne peuvent plus être soutenues. De là découle une ligne de conduite morale envers le malade grave et les mourants qui est contraire, d’une part, à l’euthanasie et au suicide et, d’autre part, aux formes d’acharnement thérapeutique qui ne représentent pas un réel soutien à la vie et à la dignité des mourants ».

Jean-Paul II,Assemblée plénière de l’Académie pontificale pour la vie, 27 février 1999.

La souffrance



Le sens salvifique de la souffrance

« Non seulement la souffrance ronge intérieurement la personne, mais elle semble faire d’elle un poids pour autrui… La découverte du sens salvifique de la souffrance en union avec le Christ transforme ce sentiment déprimant. La foi dans la participation aux souffrances du Christ porte en elle-même la certitude intérieure que l’homme qui souffre « complète ce qui manque aux épreuves du Christ » (Col. 1-24). et que dans la perspective spirituelle de l’œuvre de la Rédemption, il est utile, comme le Christ, au salut de ses frères et sœurs (…). Il accomplit un service irremplaçable (…) « Le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné » (Gaudium et spes 22) : si ce texte se rapporte à tout ce qui touche au mystère de l’homme, il concerne certainement et de manière particulière la souffrance humaine.

Jean-Paul II, lettre apostolique Salvifici doloris, 11 février 1984.



Acceptation de la souffrance

« Que des mourants aient plus que d’autres l’obligation morale naturelle ou chrétienne d’accepter la douleur ou de refuser son adoucissement, cela ne ressort ni de la nature des choses ni des sources de la Révélation. Mais comme, selon l’esprit de l’Evangile, la souffrance contribue à l’expiation des péchés personnels et à l’acquisition de plus amples mérites, ceux dont la vie est en péril ont certes un motif spécial de l’accepter (…). Mais ce motif intéresse directement le malade, non le médecin qui pratique l’analgésie. Il serait évidemment illicite de pratiquer l’anesthésie contre la volonté expresse du mourant (quand il est « sui juris »).

La croissance de l’amour de Dieu et de l’abandon à sa volonté ne procède pas des souffrances mêmes que l’on accepte mais de l’intention volontaire soutenue par la grâce ; cette intention, chez beaucoup de moribonds, peut s’affermir et devenir plus vive si l’on atténue leurs souffrances, parce que celles ci aggravent l’état de faiblesse et d’épuisement physique, entravent l’élan de l’âme et minent les forces morales au lieu de les soutenir…Si des malades consentent à la souffrance comme moyen d’expiation et source de mérites pour progresser dans l’amour de Dieu et l’abandon à sa volonté, qu’on ne leur impose pas d’anesthésie ; on les aidera plutôt, à suivre leur voie propre. Dans le cas contraire, il ne serait pas opportun de suggérer aux mourants les considérations ascétiques… On se souviendra qu’au lieu de contribuer à l’expiation et au mérite, la douleur peut aussi fournir l’occasion de nouvelles fautes ».

Pie XII, Assemblée internationale de médecins et chirurgiens, Rome, 24 février 1957.

Soins aux mourants

Emploi d’analgésiques chez les mourants – Les soins palliatifs

« Aider une personne à mourir c’est l’aider à vivre, avec intensité, l’ultime expérience de sa vie. Lorsque cela est possible, et que l’intéressé l’agrée, il faut lui donner la possibilité de finir ses jours en famille avec une assistance sanitaire adéquate.

On doit procurer au malade en phase terminale les traitements médicaux susceptibles d’alléger le côté pénible de la mort. C’est dans cette perspective que rentrent les soins palliatifs ou symptomatiques.

Les premiers soins consistent en une présence affectueuse auprès du mourant. C’est une présence spécifiquement médico-sanitaire, laquelle, sans lui faire illusion, lui donne conscience d’être en vie, d’être une personne parmi les autres, bénéficiaire, comme tout être dans le besoin, et en demande d’attention et de prévenance. Cette présence attentive et prévenante inspire confiance et espérance chez le malade et le réconcilie avec la mort. C’est un apport unique que les infirmières et les médecins, par leur comportement humain et chrétien, avant même leur compétence, doivent et sont en mesure d’accorder au mourant, afin qu’au refus succède l’acceptation, et que l’espérance prévale sur l’angoisse ».

Charte des personnels de la santé, Conseil pontifical pour la pastorale des services de la santé, 1985.


Usage proportionné des moyens thérapeutiques

« Faut-il en toutes circonstances recourir à tous les moyens possibles ? Naguère, les moralistes répondaient qu’on n’est jamais obligé d’employer les moyens « extraordinaires ». Cette réponse, toujours valable en principe, est peut-être moins éclairante aujourd’hui, en raison de l’imprécision du terme et de l’évolution rapide de la thérapeutique. Aussi certains préfèrent-ils parler de moyens proportionnés et disproportionnés. De toute manière, on appréciera les moyens en mettant en rapport le genre de thérapeutique à utiliser, son degré de complexité, ou de risque, son coût, les possibilités de son emploi, avec le résultat qu’on peut en attendre, compte tenu de l’état du malade et de ses ressources physiques et morales (…).

Il est permis d’interrompre l’application de ces moyens lorsque les résultats en seront décevants. Mais pour une telle décision, on tiendra compte du désir raisonnable du malade et de sa famille, ainsi que de l’avis de médecins particulièrement compétents… Ceux-ci pourront estimer que les techniques mises en œuvre imposent au patient des contraintes ou des souffrances hors de proportion avec les bénéfices qu’il peut en recevoir (…). Il est toujours permis de se contenter de moyens normaux que la médecine peut offrir (…).

Dans l’imminence d’une mort inévitable malgré les moyens employés, il est permis en conscience de prendre la décision de renoncer à des traitements qui ne procureraient qu’un sursis précaire et pénible, sans interrompre pourtant les soins normaux dus aux malades en pareil cas ».

Déclaration sur l’euthanasie, Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 4 mai 1980.



Application de thérapies expérimentales

« Il faut un grand respect du malade dans l’application des nouvelles thérapies encore expérimentales (…). Rappelons que s’il n’y a pas d’autres remèdes suffisants, il est permis de recourir, avec l’accord du malade, aux moyens que procure la technique médicale la plus avancée, même s’ils en sont encore au stade expérimental et ne vont pas sans quelque risque. Le malade, en les acceptant, pourra même faire preuve de générosité au service de l’humanité ».

Jean-Paul II, à des médecins sur la leucémie, 15 novembre 1985.

L’euthanasie

« Pour porter un jugement moral correct sur l’euthanasie, il faut avant tout la définir clairement. Par euthanasie au sens strict, nous entendons une action ou une omission, qui, de soi ou dans l’intention, donne la mort afin de supprimer ainsi toute douleur. L’euthanasie se situe donc au niveau des intentions et à celui des procédés employés ».

Jean-Paul II, Evangelium Vitae, 25 mars 1995.



Une demande d’aide et d’affection

« Il peut arriver que des douleurs prolongées et intolérables, des raisons d’ordre affectif ou divers autres arguments, conduisent quelqu’un à estimer qu’il peut légitimement demander la mort ou la donner à autrui. Si, en de tels cas, la responsabilité personnelle peut être diminuée ou même supprimée, l’erreur de jugement de la conscience – fût-elle de bonne foi – ne modifie pas la nature du geste meurtrier, qui demeure en soi inacceptable. Les supplications de très grands malades demandant parfois la mort ne doivent pas être comprises comme l’expression d’une vraie volonté d’euthanasie ; elles sont en effet presque toujours des demandes angoissées d’aide et d’affection. Au-delà de l’aide médicale, ce dont a besoin le malade, c’est de l’amour, de la chaleur humaine et surnaturelle, que doivent lui apporter tous ses proches, parents et enfants, médecins et infirmières.

Déclaration sur l’euthanasie,Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 4 mai 1980.



Condamnation de l’euthanasie

« En conformité avec le Magistère de mes Prédécesseurs et en communion avec les Evêques de l’Eglise catholique, je confirme que l’euthanasie est une grave violation de la Loi de Dieu, en tant que meurtre délibéré moralement inacceptable d’une personne humaine. Cette doctrine est fondée sur la loi naturelle et sur la Parole de Dieu écrite ; elle est transmise par la Tradition de l’Eglise et enseignée par le Magistère ordinaire et universel ». (…)

Une telle pratique comporte, suivant les circonstances, la malice propre au suicide ou à l’homicide (…). Partager l’intention suicidaire d’une autre personne et l’aider à la réaliser, signifie que l’on se fait collaborateur et parfois soi-même acteur d’une injustice qui ne peut jamais être justifiée, même si elle correspond à une demande…. Alors même que le motif n’est pas le refus égoïste de porter la charge de l’existence de celui qui souffre, on doit dire de l’euthanasie qu’elle est une fausse pitié, et plus encore une perversion de la pitié : en effet, la vraie compassion rend solidaire de la souffrance d’autrui, mais elle ne supprime pas celui dont on ne peut supporter la souffrance. Le geste de l’euthanasie paraît d’autant plus une perversion qu’il est accompli par ceux qui – comme la famille – devraient assister leur proche avec patience et amour ou par ceux qui, en raison de leur profession, comme les médecins, devraient précisément soigner le malade même dans les conditions de fin de vie les plus pénibles.

Le choix de l’euthanasie devient plus grave encore quand il se définit comme un homicide que des tiers pratiquent sur une personne qui ne l’a aucunement demandé et qui n’y a jamais donné aucun consentement. On atteint ensuite le sommet de l’arbitraire et de l’injustice lorsque certaines personnes, médecins ou législateurs, s’arrogent le droit de décider qui doit vivre et qui doit mourir ».

Jean-Paul II,Evangelium vitae, n°66.



Devoir urgentpour la communauté chrétienne

« L’apparition de l’euthanasie comme nouvelle étape de mort après l’avortement doit donc être saisie comme un dramatique appel à tous les croyants et à tous les hommes de bonne volonté pour qu’ils se mettent d’urgence en mouvement afin d’encourager à tous les niveaux une véritable option culturelle dans la démarche de notre société.

A cet effet, assument avant tout une particulière importance, une présence et une action incisives, des catholiques dans tous les organismes et organisations, nationaux et internationaux, où se prennent des décisions d’extrême importance pour la marche de la société. Il faut en dire autant du vaste domaine des moyens de communication sociale (…). Mais il est non moins important et nécessaire de diffuser la conscience du fait que chacun doit, même simplement par sa manière de vivre, contribuer à renforcer la conception chrétienne de la vie… En substance : le problème de l’euthanasie sollicite et requiert avec dramatique urgence un engagement sérieux et constant en vue d’un véritable et propre renouveau d’un authentique sentiment chrétien (…). C’est principalement par la famille que passe une reprise efficace de l’annonce chrétienne concernant la valeur de la vie, de toute vie humaine, même de la vie gravement handicapée, affaiblie par l’âge ou écrasée par la souffrance.

Jean-Paul II, à des anesthésistes italiens, 4 octobre 1984.