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Je ne boude pas mon plaisir en lisant sur le site du quotidien sportif L’Equipe un court article intitulé « Tsonga : l’élégance à la française ». Le récit du journaliste est élogieux pour notre meilleur joueur de tennis, venu en aide à une ramasseuse de balles qui en avait reçu une dans le nez et semblait près de vaciller. Jo-Wilfried Tsonga n’est pas seulement bel homme et parfait athlète, il est au surplus joli cœur, en tout bien tout honneur, cela va de soi.

La vidéo de la scène montre notre Adonis proposer délicatement à la jeune fille l’appui de son solide bras gauche au biceps si parfaitement sculpté qu’on croirait un marbre fraichement sorti de quelque atelier d’Athènes… Attentionné voire soucieux, Tsonga raccompagne ensuite la jeune et malchanceuse australienne jusqu’aux portes du court de tennis, afin que l’on lui prodigue les soins appropriés. Bien évidemment, le public australien se montre conquis par tant de grâce, de distinction et de délicatesse.

Ah oui notre “frenchi” a du succès à Melbourne ; et pas seulement en raison de sa puissance, de son jeu spectaculaire ou encore de sa générosité dans l’effort. Le journaliste a raison de titrer sur l’élégance française : je suis convaincu que le fait que Tsonga soit français n’est pas indifférent dans cette affaire. Nul besoin d’étude ethnologique pour savoir qu’un Français qui se montre si courtois, distingué, raffiné, gracieux, délicat, galant et attentionné n’est pas équivalent à tout autre joli cœur né sous d’autres cieux moins propices à l’éclosion d’une élégance de cet acabit.

C’est ainsi et je crois que c’est un cadeau du Ciel : toute chose est élégante qui se conçoit française par excellence. Oh bien sûr il existe des Italiens ou des Anglais élégants, des Bantous, des Perses ou des Javanais. Il n’en n’existe cependant aucun – ou alors par exception ou imitation – qui soit élégant comme est élégant un Français.

Trouve-t-on plus élégants autoportraits que ceux de Madame Vigée Le Brun ? Que l’on regarde aussi cette scène de L’Enseigne de Gersaint, qui voit un galant gentilhomme proposer sa main tendre et légère à une jeune femme pour lui faciliter l’accès au trottoir. Il la regarde avec distinction tandis qu’elle feint de l’ignorer, tout en offrant cette main qui ne doute pas un instant qu’elle trouvera un appui secourable.

Bien évidemment, il y a un délicieux orgueil français à revendiquer sans vergogne cette élégance française du geste qui rejoint celle de la langue et de la pensée. Cependant, pour se convaincre qu’il ne s’agit pas ici simplement d’autocélébration, écoutons ce que nous dit le Prince Charles d’Angleterre dans son discours à l’Institut de France le 30 novembre dernier, alors qu’il reçoit le prix François Rabelais.

Il conclut ainsi son éloge des fromages français : « Une grande partie du magnifique édifice de la civilisation européenne repose sur l’héritage, le génie et le savoir-faire artisanal du peuple qui sait produire des concoctions si distinguées ». Ce n’est pas moi qui le dit, c’est un prince d’Angleterre. Que chacun ait l’élégance de le reconnaître…

Guillaume de Prémare

Chronique Radio Espérance du 22 janvier 2016

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