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Kamikazes britanniques : le pire des scénarios

Les attentats qui ont frappé Londres ont été le fait de kamikazes. Lesquels étaient des citoyens britanniques tout à fait ordinaires. « Des kamikazes made in England… » (Le Nouvel Observateur, 21.07): pour l’Europe, c’est une première, « le pire des scénarios, celui que les services de sécurité redoutaient plus que tout… » (Le Monde, 13.07).

Les attentats kamikazes sont inquiétants parce qu’ils sont l’œuvre de personnes que rien ne semble pouvoir arrêter. Leur détermination est totale. Par ailleurs, ce genre d’attentats est plus difficile à empêcher : il ne nécessite qu’une organisation minimale (pas d’exfiltration des poseurs de bombes…), donc moins repérable par les services de sécurité. Il peut être le fait d’une seule personne, d’un déséquilibré que l’hyper-information pousserait à l’action.

Seconde difficulté pour les services de sécurité: les terro-ristes de Londres étaient britanniques. « Des jeunes « sans histoires » », « apparemment bien intégrés » (Le Monde, 15.07), pères de famille, n’ayant aucun lien direct avec la mouvance radicale et qui décident, soudainement, de passer à l’acte. « Ceci expliquant cela, les quatre terroristes de banlieue avaient échappé à toutes les écoutes téléphoniques. Aucun courrier électronique, aucune rumeur rapportée par les informateurs à la solde du MI5, le service de sécurité intérieure, n’avaient attiré la moindre attention sur la conspiration ourdie par ces inconnus dans tous les fichiers du royaume ».

A qui le tour ? La France n’est pas à l’abri du terrorisme islamique

New York le 11 septembre 2001, Madrid le 11 mars 2004, Londres le 7 juillet puis le 21 juillet… Et maintenant, « à qui le tour? » , s’interroge en « une » l’hebdomadaire Le Point (14.07). Nos gouvernants le savent: toutes les nations occidentales vivent sous la menace.

Le refus de participer à la guerre en Irak ne protège pas la France. « A Paris, note Claude Imbert dans Le Point (21.07), l’illusion se perd que notre sage évitement de l’expédition irakienne nous abriterait durablement des forcenés. Notre présence en Afghanistan, notre loi sur le voile ont suffi pour nous vouer aux gémonies ».

L’Irak ou la Palestine ne sont en réalité que des détonateurs. Comme l’explique au Monde (15.07) le président de l’Institut d’études stratégiques de Londres, François Heisbourg, les terroristes « ne nous attaquent pas pour ce que nous faisons, mais pour ce que nous sommes ». Or, « en la matière », la France est dans la même « galère » que les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne. Aux yeux de l’islamiste moyen, la France appartient, en effet, au camp des « croisés »…

La France est donc « une cible potentielle » . Une évidence rappelée, à la veille du défilé du 14 juillet, par le ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie dans un entretien au quotidien Aujourd’hui en France (13.07). Et soulignée le lendemain par Jacques Chirac lors de la traditionnelle intervention du 14 juillet. Parce que – mais cela ni le ministre de la Défense ni le chef de l’Etat ne l’ont dit – la France a laissé se développer sur son sol le terreau de l’islamisme: populations musulmanes inassimilées, vivant sous l’emprise du chômage et de la pauvreté, à la merci des imans radicaux… Un cocktail explosif.

Sur le sol français, les services de sécurité surveillent avec attention une vingtaine de mosquées (sur 1.600) aux mains des fondamentalistes, 300 Français passés par les camps d’entraînement en Afghanistan, et une vingtaine de jeunes partis combattre en Irak…

Les services français (DST, DNAT, DGSE) craignent, en effet, particulièrement le retour des djihadistes français partis en Irak faire le coup de feu contre les forces américaines. Ils craignent aussi les menaces du GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat). Ils craignent enfin – et surtout! – un scénario à l’anglaise: des jeunes musulmans français, en apparence pas moins intégrés que les autres, qui se sentiraient soudainement investis d’une mission divine! Le risque zéro n’existe pas…

Quand multiculturalisme rime avec terrorisme ; le « modèle » anglais a du plomb dans l’aile

« Beaucoup constatent à présent que la société multiculturelle britannique, tant célébrée après la victoire de Londres aux JO 2012, nourrit aussi, dans ses ghettos, les pires aveuglements » (Le Monde, 15.07). C’était pourtant l’avenir de nos sociétés occidentales. L’horizon indépassable conforme à l’idéologie du métissage planétaire. Mais, depuis le 7 juillet, il a du plomb dans l’aile. L’Angleterre, terre du multi-culturalisme et modèle de « tolérance » s’est vue frappée de l’intérieur et par ses propres citoyens. Cruel retour de bâton.

Le sociologue Olivier Roy note que « le terrorisme international, de type Al-Quaida, ne se manifeste pas principalement à l’intérieur du monde musulman, mais à ses marges, c’est-à-dire sur les lignes de confrontation entre l’Islam et les cultures qui lui sont étrangères » (Le Figaro, 16.07). Or, multiculturalisme oblige, les « lignes de confrontation » passent, aujourd’hui, au sein même des sociétés occidentales qui se retrouvent ainsi propulsées en première ligne: « Les bombes a retardement se trouvent en Angleterre. Comme elles se trouvent en France! » , résume Marianne (16.07).

L’Angleterre, »réserve » islamiste au coeur de l’Occident

« Au lendemain des attentats islamistes qui semèrent la mort à Paris, rappelle (09.07), la France ne parvint pas à obtenir de l’Angleterre l’extradition, ni même, dans un premier temps, l’arrestation, des activistes intégristes, réfugiés de l’autre côté de la Manche, dont il était prouvé qu’ils avaient été les instigateurs de cette campagne de terreur. A l’époque, Londres considérait de bonne politique de servir de refuge, et même de tribune, à toutes les mouvances extrémistes islamistes de la planète… » .

De Londres, les islamistes s’étaient donc fait un refuge et une base arrière. Au point que la capitale britannique fut rapidement surnommé le Londonistan. « Pendant des années, un accord tacite lie les autorités britanniques et les islamistes radicaux. Au nom de la liberté d’expression, ils ont droit à la parole à la condition de renoncer à toute action violente » , rappelle Le Point (14.07). « La Grande-Bretagne doit être un sanctuaire. Cette politique irrite les capitales européennes, qui estiment que Londres joue avec le feu ». A juste titre…

La mondialisation exacerbe les oppositions

A la différence de leurs parents qui vivaient dans la nostal-gie de leur pays d’origine, les jeunes musulmans britanniques d’aujourd’hui se sentent concernés par la situation de l’islam. Aux quatre coins du monde. « Les jeunes appartiennent à un islam planétaire ,explique un jeune musulman à l’envoyé spécial du Figaro en Grande-Bretagne. Ce qui se passe à Bagdad ou à Jénine a, via la télévision et Internet, des conséquences directes, ici! » (24.06). « Si vous les questionnez sur leurs préoccupations, ils vous parleront de l’Irak et de la Palestine. Les musulmans se sentent attaqués par tout ce qui s’en prend à l’Islam, partout dans le monde ».

La mondialisation exacerbe la dialectique islamique qui divise le monde en deux parties: la « maison de l’islam » et la « maison de la guerre » se voient irréductiblement opposées. Elle exacerbe aussi le sentiment d’appartenance à l’oumma, la communauté des croyants qui est par nature transnationale.

La politique étrangère américaine n’arrange pas les choses. L’hyperpuissance américaine favorise l’émergence de l’hyperterrorisme. Son messianisme participe de l’exacerbation de la dialectique islamique.

Le complexe de l’Occident

Comment résister au terrorisme? La France a, naturellement, les moyens policiers et judiciaires de lutter contre le terrorisme. Les Renseignements Généraux – 750 des 4.000 fonctionnaires des RG enquêtent sur les réseaux islamistes – constituent un outil formidable pour repérer les foyers d’extrémisme. Et notre arsenal juridique permet de démanteler les réseaux sans attendre qu’ils soient prêts à frapper. Stéphane Berthomet – qui vient de publier un livre sur la menace terroriste – explique ainsi que l’ « on a une arme juridique sans équivalent dans le monde: l’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, qui permet de frapper régulièrement et très en amont » (L’Express, 14.07). Constat que fait aussi Le Point: « En fait, si depuis 1996 il n’y a pas eu d’attentats sur le sol français, c’est en partie grâce à la méthode du coup de pied dans la fourmilière qu’affectionne le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière. […] Une stratégie qui compense le manque de moyens. Les services français de lutte antiterroriste se partagent 4 millions d’euros, l’équivalent d’un demi-char Leclerc » (14.07).

Le manque de moyens: une tradition bien française… Comme d’ailleurs le « réflexe » du « sanglot de l’homme blanc » qui mine le moral de nos contemporains. Un « réflexe » dénoncé par le philosophe Pascal Bruckner dans Le Figaro (09.07) : « Sous l’influence d’une partie de ses leaders d’opinion, explique-t-il, l’Europe occidentale tend, le plus souvent, à « intérioriser » la faute. Pour le dire autrement: face à la menace universelle et impalpable que représente aujourd’hui le terrorisme, certains intellectuels et certains commentateurs peuvent être tentés de renouer avec le réflexe du « sanglot de l’homme blanc » et de redonner sens à l’idée, formidablement primaire et totalement erronée, selon laquelle tout crime contre nous serait en fait une réponse à l’affront au genre humain que constitue la « domination » de l’Occident ».

L’autoflagellation morale sonne, en effet, aux oreilles des terroristes comme une légitimation indirecte de leurs actes. Une attitude que condamne avec vigueur Claude Imbert: « Cessons de débecter notre passé et de battre notre coulpe sur les poitrines de nos ancêtres! Finissons-en avec cette manie expiatoire qui inspire l’altermondialisme… Evitons cette contrition imbécile qui devient l’alibi sentimental de la lâcheté » (Le Point, 21.07).

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