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Depuis les attentats du 13 novembre, le tabou sur l’islam a sauté. « Pour les musulmans, s’inquiéter de l’amalgame n’est plus suffisant », écrit Hakim El Karoui, ancien conseiller à Matignon, dans une tribune donnée au quotidien Le Monde le 19 novembre. « Aujourd’hui, nous sommes face à nos responsabilités, poursuit-il. Nous nous sommes cachés derrière des discours lénifiants et sympathiques (« l’islam est une religion de paix », « l’islam est ennemi de la violence ») incontestablement vrais, mais qui oublient que l’islam, c’est aussi ce qu’en font les musulmans ».

D’une certaine manière, El Karoui nous invite à nous intéresser davantage à l’islam concret, vécu, qu’à l’islam théorique, idéalisé. Pour lui, le diagnostic est clair : « Nous avons laissé le poison de la salafisation des esprits se répandre ». Et il appelle ses coreligionnaires à en tirer toutes les conséquences : « Il faut sortir de la posture victimaire : victimes de la colonisation, victimes des inégalités sociales, victimes des terroristes… Nous ne sommes pas victimes, nous ne sommes pas faibles, nous sommes responsables. »

El Karoui ne veut pas dire ici que tous les musulmans soient responsables des attentats, il veut dire que les musulmans ont une part de responsabilité dans le terreau qui permet la propagation de l’islam radical et le recrutement de jeunes djihadistes. Et il appelle à agir « pour que l’islam de France fabrique une vision et des pratiques de l’islam compatibles avec la vie en France ». Bref, le problème n’est pas seulement la violence de quelques-uns, mais la culture religieuse d’ensemble qui se propage.

Cette analyse, au niveau national, rejoint celle, au niveau international, de Kamal Daoud, journaliste au Quotidien d’Oran qui a écrit une chronique dans le New York Times du 20 novembre. Son titre – « L’Arabie saoudite, un Daesh qui a réussi » – est sans équivoque sur la responsabilité du royaume wahhabite, qui est le cœur nucléaire de l’idéologie du Califat : « Les nouvelles générations extrémistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées djihadistes. Elles ont été biberonnées par la Fatwa Valley, espèce de Vatican islamiste avec une vaste industrie produisant théologiens, lois religieuses, livres et politiques éditoriales et médiatiques agressives. »

« Il faut vivre dans le monde musulman, ajoute-t-il, pour comprendre l’immense pouvoir de transformation des chaines TV religieuses sur la société. La culture islamiste est aujourd’hui généralisée dans beaucoup de pays ». Kamal Daoud met l’Occident face à sa myopie : « Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause. Daesh étant une culture avant d’être une milice, comment empêcher les générations futures de basculer dans le djihadisme alors qu’on n’a pas épuisé l’effet de la Fatwa Valley, de ses clergés, de sa culture et de son immense industrie éditoriale ? »

Le fait que Daesh soit une culture avant d’être une milice est un élément essentiel à intégrer pour mesurer l’enjeu. Cette culture de l’islam radical progresse dans le monde et dans nos pays, notamment dans nos banlieues. En France, le député socialiste Malek Boutih a tiré la sonnette d’alarme depuis quelques temps déjà, sans être entendu. Son rapport « Génération radicale » a été enterré.

Souhaitons que la fin du tabou sur l’islam permette de penser, avec les musulmans, les conditions de la sortie de crise.

Guillaume de Prémare

Chronique Radio Espérance du 27 novembre 2015

 

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