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Un socialisme ou des socialismes ?

Toute la difficulté réside ici dans le fait qu’il est impossible de parler du socialisme au singulier. Au fil des décennies il est devenu totalement multiforme. La politique de Tony Blair n’est pas celle de Lionel Jospin qui se différencie également de celle du chancelier allemand Gerhard Shröder. Une base commune existe cependant.

Schématiquement, le socialisme, qui prend naissance dans les années 1830 face aux excès du capitalisme triomphant, croise très vite les chemins du marxisme et en épouse pour très longtemps les thèses, à l’exception peut-être de l’action violente. Les premiers écrits du Magistère à ce sujet ne font donc pas de distinction entre les deux. Ainsi dans son Syllabus du 8 décembre 1864, Léon XIII nomme “peste” socialisme et communisme. Plus tard, il écrit au sujet de la théorie socialiste : “elle est souverainement injuste en ce qu’elle viole les droits légitimes des propriétaires, dénature les fonctions de l’Etat et tend à bouleverser de fond en comble l’édifice social” [[Léon XIII, “Rerum novarum”, n°435, 1891.]]. La position est sans équivoque.

Quarante ans plus tard, le socialisme a subi des transformations, notamment en ce qui concerne la lutte des classes et la propriété privée. La position de l’Eglise s’en trouve-t-elle modifiée ? Non, nous dit Pie XI, “le socialisme, même après avoir concédé à la vérité et à la justice (…) ne peut se concilier avec les principes de l’Eglise catholique : car sa conception de la société est on ne peut plus contraire à la vérité chrétienne” [[Pie XI, “Quadragesimo Anno”, 1931.]]. Ce que beaucoup de croyants, ignorants de l’enseignement politique et social de l’Eglise, ne perçoivent pas.

Essayons donc de donner un aperçu extrêmement rapide des oppositions fondamentales entre le socialisme et la DSE, à travers le tableau ci-contre.

Ainsi donc, le catholique adhérant pleinement au Christ et donc à son Eglise, ne peut sans prendre le contre-pied de son enseignement se reconnaître dans l’idéologie socialiste… même si, à première vue, son idéal de justice et de charité peut s’avérer séduisant. Sans juger les hommes, il importe de se référer aux encycliques et de les étudier pour le comprendre, et savoir le démontrer.


| | Socialisme | DSE |
|Origine du pouvoir| La majorité fonde le pouvoir, issu de la collectivité et détermine les lois | Le pouvoir est d’un principe supérieur aux individus comme aux communautés [[“Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir s’il ne t’avait été donné d’en haut”. (Saint Jean 19-11).]]|
|L’Etat|Centralisateur et dirigiste|Au service de la personne en respectant et encourageant toutes les initiatives privées dès lors qu’elles servent le bien commun (principe de subsidiarité|
|Propriété privée|Mal nécessaire qui doit être combattu autant que faire ce peut|”La promotion du bien commun exige le respect de la propriété privée, de son droit et de son service.” (CEC, n°2403), dans le respect de la destination universelle des biens.|
|L’homme|Tourné vers la réalisation unique d’un bien-être terrestre|Son but final le dépasse. Il est l’unité substantielle d’une âme et d’un corps. La seule organisation matérielle de la société ne peut donc répondre à ses aspirations.|