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Pourtant, la question des relations entre situation démographique et développement économique est plus complexe. Il ne s’agit donc pas ici de répondre à tous ces slogans par d’autres affirmations tout aussi péremptoires.

La conviction que nous manquons d’abord (pas seulement) de formation, que nos actions seraient plus efficaces si elles étaient mieux fondées, nous autorise à prendre un peu plus de temps pour étudier, avec un minimum de rigueur, les faits.

Sans entrer dans des considérations trop techniques, mais en s’appuyant sur ce que disent à ce sujet les experts les plus qualifiés, il doit être possible de proposer un argumentaire suffisamment convaincant pour être utile.

Evidemment, toutes ces indications relatives à une question pourtant d’une grande importance ne feront jamais la “une” du “20 heures”, où l’on préfère les points de vue en noir et blanc. Est-ce la conséquence d’une incapacité à communiquer ? Peut-être, mais ce n’est pas une raison, sous prétexte de se soumettre aux exigences des médias, d’ignorer celles de l’analyse. Le problème est que le prêt à penser envahit tout, jusqu’aux plus grandes instances nationales et internationales où les responsables politiques viennent chercher la matière de leurs discours et de leurs propositions.

 

Un certain état d’esprit [Les sous-titres sont de notre rédaction.]

Au-delà de ce souci de rigueur et de réalisme, notre approche se veut résolument tournée vers l’avenir, quitte à transgresser les convenances de la pensée unique : en ce sens, elle est progressiste. De ce fait, le propos est réservé (pour l’instant et du fait d’un mécanisme d’automutilation) à ceux qui ont la volonté de contribuer effectivement au développement harmonieux et durable de la société. C’est un point important à souligner pour mieux saisir la nature des incompréhensions, quand il ne s’agit pas d’oppositions, que nous rencontrons quotidiennement.

La seule prétention pratique qui nous habite est de rappeler que l’avenir se prépare aujourd’hui. Toute la difficulté est là : nous sommes dans une société qui a cessé de s’intéresser à l’avenir. Les hommes politiques en particulier cherchent, pour se présenter devant leurs électeurs, des messages rassurants, des propositions concrètes qui ne coûtent pas grand chose aujourd’hui et dont les effets positifs sont immédiats. Ils gèrent au quotidien. Dans ces conditions, l’investissement en général, la formation en particulier, peuvent bien attendre… jusqu’au jour où il sera trop tard : “puisque dans le long terme, nous sommes tous morts”, à quoi bon s’en soucier ?

Ces remarques liminaires peuvent paraître très éloignées de notre sujet. En fait, à travers elles, nous voulons faire comprendre que la façon d’aborder la question est déterminante, qu’elle relève d’abord d’un état d’esprit, que sans une connaissance suffisante de la perspective dans laquelle s’inscrivent la plupart des considérations faites, il n’est pas possible d’en saisir la signification. L’opposition est entre ceux qui veulent tout et tout de suite et ceux qui considèrent que le présent sert à préparer l’avenir. En termes économiques, nous dirions que l’opposition est entre un point de vue de consommateur et une démarche d’investisseur.

 

Une condition nécessaire

C’est pour cette raison que nous revenons une nouvelle fois (la matière est en effet largement connue, au moins chez les scientifiques; c’est sa diffusion qui laisse à désirer comme nous l’avons rappelé en commençant) sur la nécessité du dynamisme démographique pour assurer la croissance économique.

Et puisqu’il faut être précis, nous demandons au lecteur d’être attentif à la portée de ce rappel : nous ne disons pas que sur un territoire où la population augmente (croissance démographique) tous les problèmes économiques (donc sociaux) sont résolus. Nous ne disons pas que la croissance démographique est une condition suffisante. Nous disons seulement qu’elle est nécessaire, ce qui est déjà en soi un résultat important.

Nous ne prenons donc pas la position symétrique des néo-malthusiens selon lesquels la limitation des naissances doit assurer la prospérité. Dénonçant la prétention à régler tous les maux contemporains (chômage, pollution, famine…) en agissant sur le nombre des convives “invités au grand banquet de la nature”, nous ne prétendons pas qu’il suffit de relancer la natalité pour voir le bout du tunnel. La question est beaucoup plus délicate.

Mais nous disons qu’il faut cesser de se laisser impressionner par des affirmations d’autant plus dogmatiques qu’elles sont gratuites, qu’il faut surtout dénoncer quelques considérations devenues de véritables mythes. Disons qu’un peu plus de lucidité doit permettre de progresser de façon enfin positive.

 

S’en tenir aux faits

Comment contribuer à cette prise de conscience ? En commençant par observer les faits; c’est la méthode qui nous paraît la plus sûre. Sans doute à cause de la complexité évoquée ci-dessus, les techniques statistiques les plus sophistiquées ne permettent pas de conclure définitivement. Le plus souvent, il faut savoir qu’on n’obtient pas de relation significative entre les évolutions de variables démographiques (croissance de la population) d’une part, économiques (variation du revenu par tête) d’autre part. En dehors des problèmes liés à l’insuffisante qualité des données disponibles, on se trouve rapidement confronté à des influences réciproques (est-ce l’économie qui influence la démographie ou le contraire ? sans doute les deux !) et de toutes les façons à des résultats contradictoires selon la période de référence, les territoires concernés ou les indicateurs retenus.

Quant au mythe de la surpopulation, il a certes la vie dure, mais il faudrait quand même tenir compte du fait que les densités de population (rapport entre le nombre des hommes et le territoire qu’ils occupent) sont les plus élevées… dans les régions riches. Désolé pour ceux qui aiment réduire la réalité à quelques idées simplistes.

Du point de vue scientifique, lorsqu’il s’agit d’établir des relations susceptibles d’expliquer le déroulement de tel ou tel événement, on doit se contenter de vérifier que la théorie proposée n’est pas falsifiable. Or si on ne vérifie pas systématiquement que la croissance démographique est bénéfique ou préjudiciable, on ne connaît pas de territoire ayant assuré son développement dans la stagnation démographique.

Comme nous concevons aisément que, sur le plan financier, la croissance démographique n’est pas toujours facile à assumer (elle a un coût immédiat, très rapidement ressenti), cette dernière doit donc bien aussi induire des phénomènes plus favorables (dont les effets se feront peut-être sentir moins rapidement). Sinon, on ne pourrait pas en comprendre le caractère nécessaire. Réciproquement d’ailleurs, on ne peut pas ignorer le fait que des pays vieillissant ne tirent pas tous les avantages que l’argumentation malthusienne leur promet dans ce cas. Le travail du scientifique consiste alors à élaborer et à vérifier différentes hypothèses susceptibles d’expliquer de telles réalités.

Malgré l’idéologie dominante (dont le néo-malthusianisme est l’une des manifestations les plus agressives), répandue jusque dans les organisations les plus officielles [[Pour ne prendre qu’un seul exemple en guise d’illustration, rappelons que la dernière Conférence mondiale sur la population, qui s’est tenue en 1994 au Caire sous l’égide des Nations-Unies, devait en particulier traiter des relations entre population et développement. Or il faut bien reconnaître, pour le déplorer, que l’essentiel des débats fut détourné de cet objet par tous ceux qui ne conçoivent qu’un seul objectif : la limitation des naissances par la diffusion de la contraception.]], les scientifiques poursuivent leurs recherches [[Ils ne sont sans doute pas suffisamment nombreux, en France en particulier où un clivage regrettable s’est établi entre démographie et économie, ce qui n’a pas empêché un Alfred Sauvy de contribuer largement aux progrès de la recherche dans ce domaine. Les perspectives sont plus ouvertes dans un pays comme les Etats-Unis. Parmi les auteurs les plus connus ayant permis de battre en brèche le paradigme malthusien, citons E. Boserup qui met l’accent sur les effets bénéfiques de la “pression démographique” dans une économie agricole du Tiers-Monde; J. Simon qui retient, en s’appuyant aussi bien sur les leçons de l’histoire économique que sur la modélisation économétrique, qu’à long terme une croissance démographique modérée tend à encourager la croissance économique (le fait que son décès récent n’ait guère retenu l’attention de ce côté-ci de l’Atlantique illustre parfaitement ce refus de voir si caractéristique des idéologues); G. Becker (prix Nobel en 1992) enfin à qui nous devons le développement de la théorie du capital humain en particulier.]]. Le fait qu’elles ne soient pas suffisamment connues n’en réduit pas la pertinence. En l’état actuel des connaissances, plusieurs arguments peuvent alors être avancés pour expliquer l’impact positif de la croissance démographique sur le développement économique.

Comme nous venons de le voir, les études de démographie économique ont été plutôt délaissées dans le passé, au moins sur le plan théorique. Certes les travaux historiques de l’américain S.Kuznets et ceux évidemment d’Alfred Sauvy restent à l’heure actuelle des références de premier plan. Mais il faut bien reconnaître que ce n’est que très récemment que la population a été introduite comme variable explicative dans les modèles de croissance.

 

L’origine de la récession

Malgré ce constat somme toute négatif, dans les années trente déjà, le courant stagnationiste, s’inscrivant dans la lignée des travaux de J.-M. Keynes, avance la thèse que la baisse de la natalité est à l’origine de la récession. Fondée sur une approche privilégiant la demande comme moteur de l’activité économique, et mettant l’accent sur les données conjoncturelles, cette explication retrouve un regain d’intérêt de nos jours, en y ajoutant une dimension structurelle : ainsi, la baisse de la fécondité observée en France depuis plus de vingt ans, à l’origine d’un vieillissement de la population mesuré par l’augmentation du pourcentage de personnes de plus de 60 (ou 65) ans dans la population totale, se traduirait par une réduction des achats et une baisse des prix, dans l’immobilier [[Ce phénomène est accentué par la constatation selon laquelle ce sont les couples avec enfants qui investissent le plus dans l’immobilier tandis que les ménages sans enfant privilégient les investissements financiers. Or nous savons que la baisse de la fécondité correspond à une disparition des familles nombreuses.]] par exemple mais aussi l’équipement des ménages ou l’automobile; quant aux entreprises, elles produisent moins, embauchent moins et investissent moins. Au bout du compte, elles sont incitées à délocaliser leurs usines vers des marchés plus porteurs.

Ces effets cumulatifs sur la demande, les prix et la croissance sont désignés par le terme de déflation. Pour comprendre toute la portée de cet enchaînement, il convient de remarquer qu’au-delà de l’effectif total de la population, c’est bien sa structure par âge qui importe. Une perspective dynamique se trouve par là-même introduite.

Et la France n’est pas un cas particulier. Le même processus est observable en Allemagne, en Italie ou en Espagne qui ont une fécondité encore plus faible; d’une façon générale, le déclin de toute l’Europe serait programmé…

Quant au Japon, c’est depuis plus de quarante ans que la fécondité y est en-dessous du niveau d’équilibre. Y aurait-il là une explication des pressions déflationnistes observées dans ces différentes parties du monde ? Contentons-nous de poser la question tout en considérant que ce n’est sûrement pas sans raison que les investisseurs d’outre-Atlantique attribuent à l’Europe une note négative dans leurs documents internes; le vieillissement est la justification la plus souvent évoquée.

 

Les investissements démographiques

Certes, d’un point de vue strictement financier, on ne peut nier que la croissance des effectifs coûte cher [[Encore ne faudrait-il pas sous estimer, en contrepartie, les coûts liés au vieillissement.]], ne serait-ce qu’en raison de la charge des “investissements démographiques”. Sous ce terme, on désigne toutes les dépenses qu’il est nécessaire d’engager pour maintenir constante la valeur du patrimoine par tête lorsque la population augmente. Elles sont nombreuses, d’autant plus qu’il ne suffit pas de mettre au monde un nombre plus important d’individus. Il faut également assurer leur éducation. Pourtant, en s’en tenant à ce constat, on risquerait de tronquer l’analyse en ignorant des effets plus qualitatifs susceptibles d’entrer rapidement en jeu et sans doute étroitement liés à cet investissement en capital humain.

Du côté de la production d’ailleurs, le vieillissement de la population active est également préjudiciable. Il réduit en effet la flexibilité, le dynamisme, la mobilité de la main d’oeuvre. L’innovation, puis la mise en place de nouvelles techniques, deviennent ainsi beaucoup plus difficiles. Plus largement, il ne suffit pas de disposer des connaissances nécessaires pour assurer des évolutions; il faut aussi avoir des raisons d’entreprendre des modifications, en sachant qu’au départ tout changement d’une situation acquise entraîne des coûts.

Dans ces conditions, la nécessité de subvenir à des besoins nouveaux apparaît comme un facteur capable de donner l’impulsion initiale. Or, tout développement passe par des changements structurels. Quel que soit l’ensemble considéré, on ne peut le transformer que par amputation ou par addition; la seule différence, mais elle est de taille, est que la seconde modalité est beaucoup moins pénible que la première. Ces considérations, certes difficilement quantifiables, jouent un rôle essentiel dans l’explication de la croissance, à condition évidemment de prendre le recul nécessaire pour les apprécier.

Quant aux investissements, nécessaires pour assurer la croissance, ils ne dépendent pas seulement des finances disponibles. Certes, la trésorerie facilite en général largement les choses, mais au-delà on s’aperçoit qu’elles sont d’autant moins engagées que l’horizon temporel des agents se raccourcit : lorsqu’on n’a plus de projet pour l’avenir, il n’est pas surprenant qu’on se réfugie dans des actions de court terme.

 

Expansion démographique et plein emploi

Cette question de l’investissement nous offre une clef supplémentaire pour comprendre pourquoi le déclin démographique peut être cause du chômage. A l’origine de cette explication, encore et toujours des faits : de 1930 à 1940, puis de 1975 à 1998, la France connaît le chômage et le déclin démographique; en revanche, la période 1945-1975 est caractérisée par le plein emploi et l’expansion démographique. Coïncidence ?

Admettons-le pour l’instant. Nous avons déjà mentionné cette coïncidence au plan mondial, l’Europe et le Japon ayant à supporter, malgré une démographie déclinante, un chômage plus important qu’ailleurs. L’hypothèse qui a été avancée pour tenter d’expliquer une telle simultanéité repose sur la distinction de deux types d’investissement [[Cette hypothèse a été présentée par J.-P. Lagrange, dans le numéro de juin-juillet-août 1997 d’ENA mensuel.]].

Si dans tous les cas la décision relève toujours d’un pari sur l’avenir, les effets sur l’emploi ne sont pas identiques. D’un côté, l’investissement de productivité destiné à réduire les coûts de fabrication, détruit des emplois. De l’autre, l’investissement de capacité, dont l’objet est d’augmenter la production, crée des emplois.

Dans la réalité, les deux types d’investissement sont réalisés, et ce qui se voit en termes d’emplois c’est le solde net. Les périodes d’accroissement du chômage sont celles au cours desquelles l’effet de productivité domine l’effet de capacité.

Pour en comprendre les raisons, il faut se situer à la source de l’investissement, au sein de l’entreprise où se prend la décision qui, comme nous l’avons dit, est pleine d’aléas. “Une observation attentive montre que les caractères de l’investissement, son rapport entre coût, risque et rentabilité, son processus de décision, et les niveaux de responsabilité où celle-ci est prise, diffèrent en fait complètement selon sa nature” (art. cit. p. 26).

L’investissement de productivité est à court terme, il relève de la tactique; son coût est relativement faible, le retour des fonds est rapide, le risque est limité. La décision est prise en général de façon décentralisée.

En revanche, l’investissement de capacité est d’ordre stratégique; il est aussi beaucoup plus coûteux et davantage risqué. “Apprécier sa rentabilité est en outre difficile, l’avenir étant d’autant plus incertain et malaisé à déchiffrer qu’il est plus lointain”. La décision est prise au sommet de la hiérarchie. Le renoncement n’est pas trop préjudiciable à court terme et dans le doute la tendance générale sera de reporter la décision. Celle-ci s’appuie sur diverses données parmi lesquelles la démographie (le marché potentiel) occupe une place centrale.

Dans cette optique, les politiques anti-natalistes implicitement mises en place à partir des années soixante-dix (baisse du pouvoir d’achat des allocations familiales, plafonnement du quotient familial, confusion entretenue entre couples mariés ou non bien que ces derniers soient en moyenne moins féconds…), et que l’actualité la plus récente ne semble pas remettre en cause, pourraient avoir une réelle part de responsabilité dans l’augmentation du chômage.

Sur le plan de l’organisation sociale enfin, il semblerait que la complémentarité des générations disparaisse de plus en plus avec la baisse de la fécondité, au risque d’entraîner un véritable éclatement de la société. On s’accordera pourtant à dire que la stabilité de cette dernière est essentielle au développement économique.

 

Les conséquences pour l’avenir

Quelle argumentation est-elle envisageable dans cette perspective ? Disons que dans la mesure où il existe, dans une société, des groupes de pression défendant les différentes générations, on assiste au cours du processus de vieillissement à l’augmentation de l’influence des personnes âgées dans les prises de décision. Pour des raisons identiques, le vieillissement du corps électoral va modifier l’ordre des priorités du gouvernement. Outre que les promotions deviennent alors plus difficiles, toutes les décisions sont prises en faveur des classes les plus âgées, au détriment de l’avenir.

Il semble bien en effet, d’un point de vue général, que les “plus de 40 ans”, non seulement ont surtout des besoins de renouvellement, mais qu’ils sont également plus sensibles aux inquiétudes de l’avenir. La précarité des systèmes de retraite dans l’ensemble des pays européens est sans doute la meilleure illustration des conséquences négatives de l’implosion démographique. Peut-être faut-il, à ce stade de notre réflexion, préciser que, quel que soit le système (répartition ou capitalisation), le revenu des inactifs à un moment donné dépend toujours du travail, du dynamisme des actifs. Ces derniers assurent en effet directement les ressources des premiers (répartition) ou à tout le moins la rémunération de leur épargne et le maintien de la valeur de leur capital (capitalisation).

En d’autres termes, le niveau de vie des générations qui ne produisent plus est étroitement lié à l’existence de générations nouvelles aptes à prendre le relais.

Mais la conséquence la plus grave pour l’avenir résulte probablement de l’individualisme exacerbé à l’origine de la situation démographique actuelle, cette dernière jouant en quelque sorte le rôle de révélateur [[De la même façon, les attaques contre la famille, le refus des contraintes, la fuite devant toute idée d’engagement ou de responsabilité durables et la recherche d’un plaisir immédiat s’appuient sur une conception strictement individualiste de la société.]]. Le repli sur soi, l’ère de l’individu-roi, sont la négation même de la vie en société. L’absence de relations humaines, la disparition de véritables communautés de personnes ont été dénoncées en d’autres lieux sous le terme de “fracture sociale”.

On assiste ainsi, avec le déclin démographique, à l’accumulation de nombreux obstacles. Ces derniers sont a priori surmontables. Il faudrait pour cela que cesse la marginalisation, quand il ne s’agit pas d’un véritable éclatement [[Cette appréciation est fondée sur l’étude de nombreux indicateurs démographiques. Outre la baisse de la fécondité, il faut mentionner la chute de la nuptialité ou l’augmentation du poids des naissances hors mariage.]], de cette communauté encore considérée par le plus grand nombre, au moins dans les discours, comme la cellule de base de la société. Nous voulons parler de la famille, dont la paix et la prospérité constituent la véritable finalité de l’économie. Elle en est aussi le fondement.

 

Retour à la confiance

S’il faut élargir le propos pour terminer, revenons sur l’importance capitale de l’état d’esprit : il apparaît clairement qu’un redressement de la fécondité ne peut venir que d’un retour à la confiance, de même que le chômage s’explique largement par la crainte de l’avenir.

Comme la constitution d’un patrimoine assure un développement durable, l’investissement dans le capital humain (la natalité et l’éducation) est un impératif. Il s’agit bien, sur un tel sujet (et c’est peut-être une difficulté supplémentaire tant nos concitoyens sont plus sensibles au second qu’au premier) de privilégier le capital au revenu.

En définitive, que nous apprennent les travaux les plus avancés en matière de démographie économique ?

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– qu’il peut-être difficile, à un moment donné, de satisfaire tous les besoins d’une population; avant toutefois de parler de surpopulation, ce qui reviendrait à dire que le nombre est responsable des difficultés rencontrées, il faut s’assurer qu’une population moins importante résidant sur le même territoire connaîtrait une amélioration de son sort; il faut aussi s’assurer que les mesures prises aujourd’hui ne remettent pas en cause l’avenir [[La notion de surpopulation a l’inconvénient d’être purement statique, ce qui en limite beaucoup le caractère opératoire.]];

– qu’il ne suffit pas de mettre en place une politique populationniste pour obtenir, d’un coup de baguette magique, la croissance économique;

– que le développement est incompatible avec la stagnation démographique;

– qu’il est difficile, dès qu’on adopte une démarche dynamique, de trouver des arguments en faveur de la limitation des naissances [[Nous ne pouvons, dans le cadre de cet article, développer dans le détail le modèle de la transition démographique. Il suffit de dire ici que ce modèle montre que le développement économique permet une baisse durable de la mortalité puis de la fécondité; comme l’évolution de la seconde est plus tardive que celle de la première, on peut considérer qu’une forte croissance démographique, phénomène transitoire résultant de ce décalage, est la conséquence du progrès technique; à travers cette évocation, on vérifie que la fécondité n’est ni cause initiale, ni variable de contrôle dans ce cas. En revanche, lorsque le phénomène de transition est terminé, nous sommes en droit de considérer que la fécondité devient une donnée essentielle, la mortalité ayant atteint un plancher. Il faut alors s’assurer qu’elle se stabilise à un niveau suffisant pour assurer le remplacement des générations, hypothèse retenue par le modèle de la transition mais non vérifié empiriquement. C’est bien au cours de cette phase post-transitionnelle, qui concerne l’ensemble des pays industrialisés, et de plus en plus de pays du Tiers-Monde, que l’argumentation développée ici trouve toute sa signification. A partir du moment où on introduit une dimension temporelle, ce qui est bien le cas dès que l’on parle de capital, la croissance démographique est nécessaire.]] tandis que l’approfondissement de divers mécanismes économiques aboutit à fonder des hypothèses en faveur de la croissance démographique; tant qu’elles n’ont pas été invalidées, elles doivent être considérées comme théoriquement justifiées.

Il reste que le retour sur investissement pouvant être lointain, la tentation est grande de ne pas se préoccuper de cette question. Voilà pourquoi la situation démographique ne suscite guère d’intérêt. Cela ne nous empêche pas d’affirmer qu’une telle attitude n’a aucun fondement scientifique.

 

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