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Dans son Encyclique Laudato Si, le Pape François s’appuie sur l’exemple Saint François pour démontrer à « quel point sont inséparables la préoccupation pour la nature, la justice envers les pauvres, l’engagement pour la société et la paix intérieure (n°10) ».

Pour lui « tout changement a besoin de motivations et d’un chemin éducatif (n°15) » et les problèmes actuels sont «  intimement liés à la culture du déchet, qui affecte aussi bien les personnes exclues que les choses, vite transformées en ordures(n°22) ». A plusieurs reprises dans sa lettre, le Pape le dira : « Tout est lié. Il faut donc une préoccupation pour l’environnement unie à un amour sincère envers les êtres humains, et à un engagement constant pour les problèmes de la société (n°91) ».

Cette Encyclique est une récapitulation immense de la Doctrine Sociale de l’Église mise en perspective avec les enjeux actuels de l’humanité. Philosophes[ii], politiques, économistes, scientifiques, religieux, théologiens et artistes y trouveront matière à débats et approfondissements mais surtout un appel à l’action urgente en vue du bien commun.

Il y a une seule crise

« Il n’y a pas deux crises séparées, dit le Pape, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale. Les possibilités de solution requièrent une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément pour préserver la nature (n°139) ».

En conséquence, l’écologie sociale est nécessairement institutionnelle. A l’intérieur de chaque groupe social primaire, la famille comme pour la communauté locale et la nation, jusqu’à la vie internationale doivent être développées les institutions qui régulent les relations humaines (n°142). Mais il ne faut pas croire que les institutions puissent suffire, ni même la seule conversion personnelle. Puisque tout est lié, une véritable écologie culturelle est nécessaire dans la durée en prenant en compte l’histoire, la culture et l’architecture d’un lieu.

« L’écologie suppose aussi la préservation des richesses culturelles de l’humanité au sens le plus large du terme (n°143) ».

L’Encyclique dresse un constat terrible des multiples dangers du « relativiste pratique » et du paradigme consumériste qui soumet tous les arbitrages à la collusion des pouvoirs de la technique et de l’argent et fait de la nature et des plus faibles des hommes des variables d’ajustements. C’est encore plus qu’un style de vie qu’il faut changer car tout est lié.

« La culture écologique ne peut pas se réduire à une série de réponses urgentes et partielles aux problèmes qui sont en train d’apparaître par rapport à la dégradation de l’environnement, à l’épuisement des réserves naturelles et à la pollution. Elle devrait être un regard différent, une pensée, une politique, un programme éducatif, un style de vie et une spiritualité qui constitueraient une résistance face à l’avancée du paradigme technocratique (n°111) ».

Apprendre à lire le message inscrit dans la nature

Il faut en effet apprendre à voir dans la création le message et les dynamismes inscrits par le Créateur. Le professeur Jérôme Lejeune disait en généticien inspiré par Saint Jean : « au commencement, il y a un message [iii]».

C’est pour cette raison fondamentale que « tout n’est pas perdu, nous dit le Pape, parce que les êtres humains, capables de se dégrader à l’extrême, peuvent aussi se surmonter, opter de nouveau pour le bien et se régénérer, au-delà de tous les conditionnements mentaux et sociaux qu’on leur impose. Ils sont capables de se regarder eux-mêmes avec honnêteté, de révéler au grand jour leur propre dégoût et d’initier de nouveaux chemins vers la vraie liberté. Il n’y a pas de systèmes qui annulent complètement l’ouverture au bien, à la vérité et à la beauté, ni la capacité de réaction que Dieu continue d’encourager du plus profond des cœurs humains (n°205) ». Or « Dieu a créé le monde en y inscrivant un ordre et un dynamisme que l’être humain n’a pas le droit d’ignorer (n°221) ». « L’homme n’est pas seulement une liberté qui se crée de soi. L’homme ne se crée pas lui-même. Il est esprit et volonté, mais il est aussi nature (n°6)».

Comment apprendre à découvrir cette ordre et ce dynamisme dans la nature ?

La petite voie encore et toujours

L’individualisme est si fort que pour ne pas abuser de la nature ni instrumentaliser l’homme et la création, il faut absolument l’aimer. Pour l’aimer, nous dit le Pape, il faut y voir la bonté et la beauté de Dieu. « Prêter attention à la beauté, et l’aimer, nous aide à sortir du pragmatisme utilitariste (n°215) ». Nous devons faire l’expérience d’une conversion, d’un changement du cœur car on ne peut s’engager dans de grandes choses seulement avec des doctrines sans « les mobiles intérieurs qui poussent, motivent, encouragent et donnent sens à l’action personnelle et communautaire (n°218) ».

Il s’agit donc de susciter par l’éducation de petites actions quotidiennes pour sauvegarder la création (n°211). Le Pape redit combien la famille est le lieu privilégié de cette conversion et de ce changement culturel. « Dans la famille, nous dit-il, on apprend à demander une permission avec respect, à dire “merci” comme expression d’une juste évaluation des choses qu’on reçoit, à dominer l’agressivité ou la voracité, et à demander pardon quand on cause un dommage. Ces petits gestes de sincère courtoisie aident à construire une culture de la vie partagée et du respect pour ce qui nous entoure (n°213) ». Le Pape insiste en effet sur le désir de transmettre à ses enfants un plus et non de consommer pour ne laisser que moins… L’enjeu culturel est donc immense. Les politiciens partisans et les « gros monsieurs cramoisis » du Petit Prince prendront des airs supérieurs pour instrumentaliser la cause écologique à leur profit dans l’immédiateté mais sans résultat. « Le temps est supérieur à l’espace » et à vouloir tout régler dans l’instant nous pourrions ne jamais rien faire de durable. Le Pape nous encourage donc à initier des processus qui deviendront avec le temps des changements culturels et historiques car « nous sommes toujours plus féconds quand nous nous préoccupons plus d’élaborer des processus que de nous emparer des espaces de pouvoir (n°171) ».

Le « Benedicite »

A nous donc, en particulier aux chrétiens, de rechercher les actions simples pour « remettre le clocher au centre du village » ! Comme exemple de petites actions capable d’initier ce processus de conversion du cœur pour une écologie intégrale, le Pape donne le « Benedicite » et les Grâces avant et après le repas. Il « propose aux croyants de renouer avec cette belle habitude et de la vivre en profondeur. Ce moment de la bénédiction, bien qu’il soit très bref, nous rappelle notre dépendance de Dieu pour la vie (A), il fortifie notre sentiment de gratitude pour les dons de la création (B), reconnaît ceux qui par leur travail fournissent ces biens (C), et renforce la solidarité avec ceux qui sont le plus dans le besoin (n°227).(D) »

Les quatre perspectives (A,B,C,D) du « Benedicite », illustrées par quelques extraits de l’Encyclique dans ce numéro de Permanences et sur le site internet d’Ichtus[iv], sont comme l’essentiel des fondements culturels d’un style de vie joint à une capacité d’admiration. Le Pape François nous propose ainsi d’ancrer chaque jour cet enseignement dans nos mémoires et dans nos habitudes pour que « nous soyons des protecteurs du monde et non des prédateurs, pour que nous semions la beauté et non la pollution ni la destruction (n°245).

Si l’enjeu est politique, la conversion écologique est une conversion spirituelle et culturelle qui nous demande d’apprendre à voir l’art du Créateur dans la nature pour en semer à notre tour la bonté et la beauté.

Bruno de Saint Chamas

[i] Laudato SI – 245 – Les n° dans le texte renvoient aux n° dans l’encyclique.

[ii] Reprenant la demande de Benoît XVI pour qu’une métaphysique de la relation soit développée, le Pape François nous dit que « Les Personnes divines sont des relations subsistantes, et le monde, créé selon le modèle divin, est un tissu de relations ». Tout est lié.

[iii] Audio : https://www.ichtus.fr/la-genetique-et-les-dons-de-lesprit-saint-1225-professeur-jerome-lejeune/

[iv] https://www.ichtus.fr/a-table-le-sens-du-benedicite-et-du-deo-gratias-dans-laudato-si/

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