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La lettre Laudato Si du pape François est une encyclique missionnaire et prophétique qui fera date : c’est la première fois qu’un document pontifical revêtu d’une telle autorité magistérielle récapitule ainsi l’enseignement de l’Eglise sur la création, la liberté et la responsabilité humaines à son égard, « l’essence de l’humain », sa place dans le cosmos et dans l’ordre économique et social.

Cette récapitulation – dense mais accessible à tous – puise dans les profondeurs du « trésor de l’expérience spirituelle chrétienne », revisité à la lumière des conditions modernes : politiques, économiques, sociales, scientifiques, culturelles, spirituelles, etc. Après avoir rappelé les faits, le pape part de la source – ce qu’il nomme « l’Evangile de la création » -, contemple l’extraordinaire actualité vitale du Poverello d’Assise et développe l’enseignement de ses prédécesseurs pour porter un appel pressant à la « conversion écologique ».

« J’espère que cette Lettre encyclique, qui s’ajoute au magistère social de l’Eglise, nous aidera à reconnaître la grandeur, l’urgence et la beauté du défi qui se présente à nous », écrit le pape François. Celui-ci nous montre à la fois le visage de Dieu à travers la beauté de la création, le visage de l’homme altéré par « les péchés contre la création », mais aussi, en quelque sorte, le visage de l’Eglise Mater et Magistra, bonne mère et maîtresse d’enseignement.

Ce titre n’est pas simplement revendiqué par l’Eglise pour ses seuls membres. N’est-il pas vrai que de nombreux non-catholiques, responsables politiques mondiaux ou encore journalistes, reconnaissent aujourd’hui de facto cette autorité de l’Eglise universelle et sa légitimité à enseigner à l’homme ? L’accueil de l’encyclique urbi et orbi est à cet égard significatif.

Marqué par la poésie amoureuse de François d’Assise, le contenu de la lettre n’est pourtant pas un roman à l’eau de rose : le pape évoque, quasiment d’emblée, « la violence qu’il y a dans le cœur humain blessé par le péché ». Et François de pointer notre péché d’hommes modernes : « Nous oublions que nous-mêmes sommes poussière ». Voilà qui n’est certes pas simple à entendre au cœur de cette civilisation technique orgueilleuse et arrogante, qui refuse de reconnaître les limites assignées par la nature et la raison, mais aussi par Dieu lui-même.

L’une des principales clés de lecture du texte est cette puissante affirmation que « tout est lié dans le monde » : crise spirituelle et morale, folie du consumérisme, déséquilibres mondiaux, crise de la pollution et du climat bien sûr, « culture du déchet » et crise sociale à laquelle les pauvres paient le prix fort. Et le pape d’entrer sans détours – je le cite – dans une « critique du nouveau paradigme et des formes de pouvoirs qui dérivent de la technologie » pour formuler « la proposition d’un nouveau style de vie » et d’un « nouveau modèle de de développement ».

Cependant, la conversion des personnes et un changement – « presque radical » dit le pape – des comportements personnels sont interdépendants des conditions structurelles, notamment économiques, qui jouent un rôle essentiel dans l’évolution des mœurs au sens large. Oui, l’homme – être politique, social et culturel – a besoin des structures, de la société et des institutions pour identifier et accomplir un bien abrité par ce que le pape appelle « la maison commune ».

A cet égard, l’encyclique du pape n’est pas “révolutionnaire” au sens d’une subversion, mais une remise en ordre de la nature des choses. Les puissances qui dominent le monde et détournent l’homme de la nature et de sa propre nature, ne constituent pas un ordre à renverser, mais un désordre à faire cesser pour reconstruire « la maison commune ».

Guillaume de Prémare
Chronique Radio Espérance du 19 juin 2015

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