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Bruno de Saint ChamasPermanences N° 508-508 – Pourquoi dénaturer le mariage est-il l’acte fondateur d’un changement de civilisation ?

Comment l’amour est-il saccagé par l’utilitarisme ?

Comment le mariage protège-t-il le bel amour ?

Pourquoi la justice commande une politique et une action culturelle au service « du bel amour » et de la famille ?

 

 

 

 

Questions et arguments

1.      Pourquoi ne pas permettre à tous ceux qui s’aiment de se marier ?.

2.      Diagnostic : les visions « utilitaristes » de l’amour instrumentalisent la personne.

  • Les principes de l’utilitarisme.
  • L’acceptation de l’instrumentalisation de soi-même est la conséquence de l’utilitarisme.
  • La vision utilitariste de l’amour humain est l’antithèse de l’amour.

3.      Une anthropologie cohérente de la responsabilité est fondée sur l’unité indivisible de la personne vivante, âme et corps sexué.

  • La personne est responsable de ses actes et capable d’aimer.
  • La personne, corps sexué et âme ne peut être divisée.
  • La personne ne peut pas être utilisée comme un objet.

4.      L’institution du mariage respectueux de la dignité de la personne.

  • La qualité de la réciprocité est fonction du bien poursuivi.
  • La poursuite d’un bien commun est nécessaire à l’amour.
  • Le bien-commun objectif permet seul de sortir de l’utilitarisme.
  • Le plus grand bien commun est le don de soi nécessaire au bel amour.
  • Le mariage est l’institution nécessaire pour protéger la réciprocité du don de soi, en vue du bien commun.

5.      La famille, école de la gratitude et de la communauté fondée sur le don, non sur le seul intérêt ou sur l’idéologie.

6.      La « justice pour tous » commande l’engagement pour faire aimer le « bel amour ».

 

 

1.     Pourquoi ne pas permettre à tous ceux qui s’aiment de se marier ?

 

Les avocats du « mariage pour tous » expliquent que le mariage fondé sur l’amour serait une conquête récente, victoire des droits de la personne sur le contrat organisé par les familles pour gérer la destination des biens.

Si un amour peut exister entre des personnes de même sexe, pourquoi le mariage leur serait-il interdit ? Si la loi pour « le mariage pour tous » n’enlève rien aux personnes de sexe différent, pourquoi s’y opposer ? Le ministre de la famille voit même dans ce refus et dans la mobilisation de ses adversaires une défense des « privilèges » comparable à celle de 1789. Le vote de la loi apporterait beaucoup de bonheur à des personnes qui souffrent depuis trop longtemps de discrimination et d’une injustice. Enfin l’égalité des droits sera rétablie.

Voici résumé l’argument auquel, reconnaissons le, il n’est pas facile de répondre aussi simplement tant nous sommes parfois nous-mêmes pénétrés d’évidences et de clichés, voir de convictions sans raisons.

Les politiques ont vite mesuré le système de défense des opposants redoutant l’anathème de l’homophobie et évitant d’argumenter au fond. Pour éviter la discussion frontale nous avons fait valoir des arguments qui nous semblaient définitifs et suffisants : les droits de l’enfant, la filiation, les dérives à venir de la PMA et de la GPA. Nous savons pourtant que l’argument des risques associés aux conséquences suffit rarement à convaincre. Nous utilisons voitures, avions, énergie nucléaire, médecine invasive qui sont dangereuses et le recours au principe de précaution est souvent un alibi du politique.

Est-ce la pudeur qui nous interdit de parler de l’amour et du mariage ?

Quelle force nous retient pour parler du corps et de la nature ?

Quelle autocensure et quelle ignorance nous empêchent de confronter les fondements de l’anthropologie à une idéologie  et des fictions ?

Karol Wojtyla qui deviendra le bienheureux Jean-Paul II, pour répondre aux questions des jeunes, a conduit une réflexion approfondie sur cette question de l’amour: « L’amour ne s’apprend pas, et pourtant il n’existe rien au monde qu’un jeune ait autant besoin d’apprendre. Quand j’étais jeune prêtre, j’ai appris à aimer l’amour humain ». Il concluait en nous invitant à le suivre : « Si je sais aimer l’amour humain, naît aussi le vif besoin d’engager toutes les forces en faveur du bel amour »[1].

Nous suivrons la démarche philosophique qu’il propose dans son ouvrage « Amour et Responsabilité » publié en France en 1959 pour découvrir l’anthropologie de la personne. Celle-ci est aujourd’hui menacée, non seulement par les offensives destructrices des idéologies du « gender » mais d’abord par la faiblesse de la réflexion et la résignation de nombre de personnes  qui vivent l’amour et le mariage dans un mode dégradé. C’est la tiédeur de l’amour qui permet aujourd’hui aux idées contre nature d’avoir prise. Si le mariage ne protège que  l’amour réduit à ses dimensions utilitaristes, alors pourquoi toute forme de duo ne pourrait y avoir droit.

Un regard véritablement humain[2] sur le mariage, nous éclaire au contraire, pour comprendre pourquoi l’institution du mariage doit être protégée et fondée par le bel amour d’un homme et d’une femme.

 

2.     Diagnostic : les visions « utilitaristes » de l’amour instrumentalisent la personne.

  • Les principes de l’utilitarisme

La vision utilitariste de la vie sociale se formule ainsi : « Tout ce qui donne du plaisir et exclut la peine est utile, car le plaisir est le facteur essentiel du bonheur humain. Etre heureux, selon les principes de l’utilitarisme, c’est mener une vie agréable […]. Dans sa formulation finale, le principe de l’utilité exige donc le maximum de plaisir et le minimum de peine pour le plus grand nombre d’homme »[3].

 

  • L’acceptation de l’instrumentalisation de soi-même est la conséquence de l’utilitarisme 

La vision utilitariste met l’accent sur l’utilité de l’action. « Si j’admets les principes de l’utilitarisme, je me considère nécessairement moi-même comme un sujet qui veut éprouver sur le plan émotif et affectif le plus possible de sensations et d’expériences positives, et comme un objet dont on peut se servir pour les provoquer. Et je considère inévitablement de la même manière toute autre personne, qui devient ainsi pour moi un moyen servant à atteindre le maximum de plaisir»[4].

Il sera possible d’harmoniser les égoïsmes de l’homme et de la femme dans le domaine sexuel en sorte qu’ils soient profitables l’un à l’autre mais cet amour partiel ne sera plus rien entre eux dés que finit le profit commun.

 

  • La vision utilitariste de l’amour humain est l’antithèse de l’amour 

La vision utilitariste de l’amour peut prendre la forme « rigoriste » (la seule finalité légitime du mariage est la procréation en vue de la continuité de l’espèce ; la recherche du plaisir et de la volupté est un mal nécessaire)  où la forme « libidienne » (la seule finalité de l’impulsion sexuelle est la recherche de la volupté).

Dans les deux cas cela aboutit à une instrumentalisation de la personne qui n’est pas compatible avec sa dignité en la considérant seulement comme un « objet » utile, un « moyen » et en ignorant sa réalité de « sujet ». Cette instrumentalisation est à l’antithèse de l’amour.

3.      Une anthropologie cohérente de la responsabilité est fondée sur l’unité indivisible de la personne vivante, âme et corps sexué.

 

Une anthropologie cohérente ne divise pas la personne et ne l’oppose pas aux autres dans une logique de pouvoir à l’inverse de cette pratique utilitariste de l’amour. Cette vision humaniste de la personne est exigeante car elle induit une anthropologie de la responsabilité. C’est la seule en effet qui soit cohérente avec le respect de la dignité de la personne humaine.

  • La personne est responsable de ses actes et capable d’aimer 

Tout homme doué d’intelligence et de volonté a la capacité de se déterminer librement en fonction du bien poursuivi. La personne est responsable de ses actes.

La personne est libre et capable de vouloir le bien de l’autre : elle est capable d’aimer.

Ce regard sur la personne responsable de ses actes, éclaire de façon objective le rôle de la conscience, de la liberté et de la justice dans les relations entre les personnes. Toute personne est unique dotée de « talents » qui font son identité. L’altérité homme femme qui permet l’union des corps est une richesse pour l’homme et pour la femme qui ont besoin de vivre en société. Nier la nécessité de la complémentarité entre les personnes et méconnaître l’altérité homme-femme c’est priver d’une richesse la société toute entière. Ce que nous avons reçu gratuitement par la naissance et la culture, nous le devons aux autres en vue du bien commun. L’amour (vertu) est nécessaire à la justice entre les personnes. C’est le chemin de la solidarité.

  • La personne, corps sexué et âme ne peut être divisée 

Le corps n’est pas un avoir dont la personne dispose. Tant que la personne est en vie, le corps est inséparable de l’âme. Je suis mon corps.

La personne, corps sexué et âme ne se divise pas : « Les valeurs du corps et du sexe doivent être inséparables des valeurs de la personne »[5].

  • La personne ne peut pas être utilisé comme un objet 

Puisque toute personne est libre et responsable, si je veux respecter sa liberté et sa responsabilité, il n’est pas humain de se servir de quelqu’un comme d’un objet. Dans toute relation, la personne doit conserver sa responsabilité de sujet. La personne ne peut jamais être considérée seulement comme un moyen, elle est toujours un but.

Instrumentaliser le corps, c’est instrumentaliser la personne puisque le corps n’est pas séparable de la personne. Cette vision vaut pour l’amour humain mais aussi pour le travail.

4.     L’institution du mariage respectueux de la dignité de la personne 

Le mariage est fondé sur une relation de réciprocité entre deux personnes. On distingue différentes sortes de réciprocité en fonction du bien sur le quelle elle repose. Pour fonder un amour qui n’instrumentalise pas la personne, la réciprocité la plus parfaite implique l’existence d’un bien commun poursuivi par les deux personnes. Comme le plus grand bien de la personne est le don de soi, celui-ci est nécessaire à l’amour intégral, au « bel amour ». Dans une vision humaniste, le mariage est l’institution qui protège cet amour responsable capable du don de soi.

  • La qualité de la réciprocité est fonction du bien poursuivi

La réciprocité est la base de la relation entre les personnes. Pour Aristote, il existe diverses sortes de réciprocité et ce qui la détermine, c’est le caractère du bien sur lequel elle repose.

Si c’est seulement le profit, l’utilité (bien utile), ou le plaisir qui sont à son origine, cette réciprocité sera superficielle et instable. Quand l’avantage recherché, le plaisir ou le bien utile disparaît la relation n’a plus de raison d’exister. Dans ce type de relation la réciprocité n’est jamais certaine, même si les deux parties cherchent le plaisir de la sexualité ou une utilité comme une sécurité matérielle. La domination en effet est toujours possible ce que pointent à juste titre les mouvements féministes. La réciprocité fondée seulement sur le plaisir ou l’utile est donc utilitariste et correspond à une instrumentalisation subie ou consentie des personnes. 

Par contre, « Si l’apport de chaque personne à l’amour réciproque est leur amour personnel, doté d’une valeur morale intégrale (amour-vertu), nous dit Aristote,  alors la réciprocité acquiert le caractère de stabilité, de certitude…Ceci explique la confiance qu’on a en l’autre personne et qui supprime les soupçons et la jalousie. Pouvoir croire en autrui, pouvoir penser à lui comme à un ami qui ne peut décevoir est pour celui qui aime une source de paix et de joie. La paix et la joie, fruit de l’amour, sont étroitement liées à son essence même. Si c’est un bien véritable (bien honnête) qui fonde la réciprocité, elle est profonde, mûre et presque inébranlable »[6].

C’est la réciprocité du bel amour et d’une grande amitié.

Une amitié peut avoir les qualités de réciprocité, déterminée par un bien véritable,  même sans la recherche d’un bien utile ou d’un bien plaisir. « C’est parce que c’était lui, c’est parce que c’était moi » , disait Montaigne en parlant de son amitié pour La Boétie. Quand nous parlons d’une amitié véritable, nous savons qu’elle n’est pas fondée sur la seule utilité.

L’amour limité à l’intérêt ou au désir amoureux, peut se satisfaire d’une réciprocité utile ou seulement de plaisir mais nous avons vu que c’est alors une instrumentalisation réciproque. Chacun jouissant de l’autre comme d’un objet, méconnaissant sa nature de sujet. Or nous avons vu qu’il n’est ni juste, ni digne, eu égard à la nature de la personne d’être traitée comme un objet.

Quel est donc ce bien véritable capable de durer et de fonder une réciprocité profonde qui n’instrumentalise pas l’autre en étant réduite à la recherche d’un bien utile et/ou d’un bien plaisir ?

  • La poursuite d’un bien commun est nécessaire à l’amour

L’anthropologie de la responsabilité fonde une vision vraiment humaine du mariage car l’amour, « inclination de la volonté vers le Bien »[7], transforme de l’intérieur la relation entre les personnes et devient « la seule antithèse de l’utilisation de la personne en tant que moyen ou instrument de notre propre action »[8].

Comme il est possible de vouloir le bien d’une personne et que cette personne choisisse librement le bien qui lui est proposé, «  Alors entre cette personne et moi se crée un lien particulier qui nous unit : le lien du bien et partant du but commun. Ce lien ne se limite pas au fait que deux êtres tendent ensemble à un bien commun, mais il unit également de l’intérieur les personnes agissantes, et c’est ainsi qu’il constitue le premier aspect du noyau de tout amour»[9].

En conséquence, « on ne peut imaginer un amour entre deux personnes sans ce bien commun qui les lie et qui sera en même temps le but qu’elles auront choisi ensemble »[10].

Pour empêcher que la femme pour l’homme, l’homme pour la femme ne devienne un objet dont on se sert pour ses propres fins, il faut que les acteurs de l’amour «  aient tous les deux un but commun.

Dans le mariage, ce sera la procréation, la descendance, la famille, et en même temps, la maturité croissante dans les rapports de deux personnes sur tous les plans de la communauté conjugale »[11]. Les volontés des époux s’unissent parce qu’ils désirent le même bien pris pour but et leurs sentiments se confondent parce qu’ils éprouvent en commun les mêmes valeurs. « L’amour supprime ainsi ce rapport de sujet à objet en le remplaçant par une union des personnes où l’homme et la femme ont le sentiment d’être un seul objet d’action »[12].

Le respect de la dignité de la personne humaine, personne responsable, implique donc l’existence d’un bien commun objectif poursuivi par les personnes dans la réciprocité amoureuse.

  • Le bien-commun objectif permet seul de sortir de l’utilitarisme 

Pour que la personne ne soit pas instrumentalisée dans une relation amoureuse dont un des buts recherché est de « jouir » au sens du plaisir et non pas de « jouir » de l’autre au sens de la possession d’un objet, il faut donc sortir de la vision utilitariste de l’amour. « La seule issue de cet égoïsme inévitable est de reconnaître en dehors du plaisir, le bien objectif qui lui aussi, peut unir les personnes, en prenant alors le caractère de bien commun. C’est lui qui est le véritable fondement de l’amour, et les personnes qui le choisissent ensemble s’y soumettent en même temps…L’amour est communion de personne »[13]. La seule manière d’avoir une relation avec une personne en respectant sa dignité de sujet sans l’instrumentaliser est de l’aimer, c’est-à-dire de vouloir pour elle le plus grand bien. Il faut donc que l’impulsion sexuelle qui initie la relation amoureuse ne soit pas séparée du développement complet de la personne, des dimensions objectives de l’amour[14]. « On ne peut en effet reconnaître et éprouver la pleine valeur du corps et du sexe qu’à la condition d’avoir rehaussé ces valeurs au niveau de la personne »[15].

Or « l’être humain est fait pour le don de sa personne. L’homme, seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même, ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même »[16].

Le don de soi dit plus que le don. Il signifie non pas donner ce que l’on a, mais donner ce que l’on est. Ce don de soi se réalise de façon absolue en réponse à la « vocation » et au « célibat pour le royaume », il doit légitimement trouver sa place dans l’amour humain.

  • Le plus grand bien commun est le don de soi nécessaire au bel amour 

La logique de l’amour trouve donc son achèvement et sa plénitude dans la réciprocité et le don de soi.

Pour Saint Thomas : « L’Amour est la complaisance dans un bien. Ce bien une fois découvert, l’être épris d’amour s’élance vers lui ou l’attire à soi, de façon à lui appartenir et à le posséder tout à la fois, jusqu’à l’union la plus étroite et si possible la fusion la plus totale et l’unité »[17]. L’attrait, l’impulsion sexuelle, l’affectivité, les sentiments amoureux, l’amour de concupiscence et l’amour de bienveillance, le plaisir et la tendresse sont intégrés et transformés par le don de soi réciproque, définitif et total. Cette harmonie permet l’intégration d’un amour ordonné au bien de la personne libre, sans la réduire à un rôle subi « d’objet ». Dans le cadre du mariage la chasteté en « subordonnant le désir de jouir à la disposition à aimer dans toutes les circonstances»[18], protège la réciprocité fondée sur un bien commun « honnête» et donne la confiance, la paix et la joie.

Les exigences de la responsabilité rappelées par « Humanae Vitae » sont souvent mal comprises parce que cette cohérence et ces fondements anthropologiques n’ont pas été expliqués. Même chez les catholiques on trouve malheureusement une certaine résignation à l’amour utilitariste, l’amour saccagé. La poursuite du « bel amour », de l’amour intégral jusqu’au don de soi, corps et âme, est alors considérée comme un plus mais  comme une option personnelle facultative. Comme si c’était un bien réservé à un petit nombre.

  • Le mariage est l’institution nécessaire pour protéger la réciprocité du don de soi, en vue du bien commun

L’amour fondé sur le don de soi réciproque, sur le plus grand « bien commun », a besoin légitimement d’être reconnue en tant qu’union des personnes, par la société car l’amour a besoin de cette reconnaissance par une institution, sans laquelle il n’est pas complet. La reconnaissance par la société de cet engagement du mariage, public définitif, est donc juste et nécessaire « de même, nous dit Karol Wojtyla, que serait « conventionnel » de vouloir effacer la « différence de significations attribuées aux mots tels que « maitresse », « concubine », « femme entretenue », etc avec ceux d’ « épouse » ou de « fiancée » (du côté de l’homme les choses se présentent parallèlement) »[19].

Cette logique de l’amour explique l’exigence de droit naturel en faveur du mariage monogamique et irrévocable.  « On ne peut pas se donner à l’essai ».

Le mariage est la seule institution capable d’intégrer l’amour en vue du bien commun pour fonder le don de soi et prévenir des drames humains de l’utilitarisme dans l’amour. Le langage du corps et l’altérité des sexes sont nécessaire à cette union des personnes, corps et âme. On comprend donc l’abus du mot mariage et sa dénaturation si l’on entend par cette institution protéger une union incapable du don de soi réciproque.

« Dans ce sens, continue Karol Wojtyla, l’institution du mariage est indispensable non seulement en considération des autres hommes qui constituent la société, mais aussi, et surtout, des personnes qu’elle lie.  Même s’il n’y avait pas d’autres gens autour d’elles, l’institution du mariage leur serait nécessaire…. Les rapports sexuels de l’homme de la femme exigent l’institution du mariage en premier lieu en tant que leur justification dans la conscience de ceux-ci…En effet : « les rapports sexuels en dehors du mariage mettent ipso facto la personne dans la situation d’objet de jouissance. Laquelle des deux est cet objet ? Il n’est pas exclu que ce soit l’homme, mais la femme l’est toujours »[20].

Dans une vision humaniste et donc non utilitariste de l’amour, si le don de soi réciproque n’est pas possible, le mariage en tant que reconnaissance publique du bien commun poursuivi par les époux est une fiction susceptible de tromper la conscience. On comprend donc pourquoi le mariage implique la liberté, l’altérité des sexes, un choix exclusif, pour toujours, pour le meilleur et pour le pire selon la formule consacrée.

5.      La famille, école de la gratitude et de la communauté fondée sur le don, non sur le seul intérêt ou sur l’idéologie

L’harmonie qui permet l’amour intégral, a pour moteur la recherche du bien de l’autre qui passe par une gratuité réciproque et le don de soi.

Si bien que la famille, foyer du don réciproque des époux, devient pour la personne, le berceau de la vie humaine. Pour la vie en société la famille sera l’école du don par l’exemple et l’expérience, en apprenant à être généreux, à recevoir et à donner sans compter. En effet, la gratitude pour le don reçu gratuitement, appelle naturellement la gratuité de la paternité, de la maternité et de la fraternité.

Cette école du don est un droit de l’homme car il est le chemin du bonheur.

Dans ce rôle de cellule de base de la société, la famille, selon Benoît XVI, est le lieu où : « les enfants et les adolescents, et ensuite les jeunes… apprennent le sens de la communauté fondée sur le don, non sur l’intérêt économique ou sur l’idéologie, mais sur l’amour, qui est « la force dynamique essentielle du vrai développement de chaque personne et de l’humanité tout entière »[21]. Cette logique de la gratuité, apprise dans l’enfance et dans l’adolescence, se vit ensuite dans tous les domaines, dans le jeu et dans le sport, dans les relations interpersonnelles, dans l’art, dans le service volontaire des pauvres et de ceux qui souffrent. Une fois assimilée, elle peut se décliner dans les domaines plus complexes de la politique et de l’économie, participant à la construction d’une cité (polis) qui soit accueillante et hospitalière, et en même temps qui ne soit pas vide, ni faussement neutre, mais riche de contenus humains, à la forte consistance éthique »[22].

Cette expérience existentielle du don de soi dans la famille est donc nécessaire à l’humanisation de la personne pour vivre en société. Priver un enfant d’une famille fondée par un homme et une femme est donc une injustice fondamentale à l’opposé de tout droit humain. Aucune institution crée par les hommes ne peut organiser une telle injustice. Cette institution serait ni légitime ni respectueuse de la dignité de la personne. Le principe du droit de l’adoption par une personne célibataire est de ce point de vue tout à fait critiquable. Le plan « Peillon » pour arracher l’enfant à sa famille est une iniquité.

 

6.     La « justice pour tous » commande l’engagement pour faire aimer le « bel amour »

 

La loi dite du Mariage pour tous, comme la « priorité gouvernementale donnée à la diffusion de l’identité de genre », sont des injustices contre le bien commun, contre les personnes et contre l’amour.

Cet amour, privé du don de soi par la nature et par la culture, manque à toutes les familles et prive la société de cette expérience unique que l’enfant découvre de façon irremplaçable auprès de son père et de sa mère : l’expérience du don gratuit fondateur de toute vie sociale.

L’amour mutilé, par une institution du mariage soumise aux seules lois du désir et de l’utile, prive la société toute entière de l’expérience vécue du don et de la gratuité dans les relations entre les personnes. Les relations sont alors réduites à un rapport de force au lieu d’être fondées sur le bel amour qui cherche le bien de l’autre. En s’opposant aux fondements anthropologiques de la société, l’idéologie du genre est bien le moteur d’un changement de civilisation.

Le drame pour tous de « l’amour mutilé » réveille les consciences.

La « justice pour tous » commande de faire aimer le « bel amour » et donc de protéger l’institution du mariage d’un homme et d’une femme, seul capable de fonder la famille, sans instrumentaliser la personne.

 

BSC

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


[1] GIOVANNI PAOLO II, Varcare la soglia délia speranza, Mondadori, Milano 1994, 138.

[2] L’humanisme de Jean-Paul II est christocentrique. Pour fonder la loi civile qui s’impose à tous, il est important de bâtir la réflexion sur une rationalité commune. Jean-Paul II devenu Pape a complété son étude philosophique par l’apport de ce qu’il a appelé la « théologie du corps » auquel il faut se reporter pour découvrir comment la dimension surnaturelle de l’amour et du mariage est cohérente avec la réalité qu’il avait expliqué dans « Amour et Responsabilité ».

[3] Amour et Responsabilité p 27-29

[4] ibidem p 27-29

[5] ibidem – p159

[6] ibidem p79

[7] Initiation à la Théologie de Saint Thomas. R. Sineux op p 23

[8] ibidem – p 21

[9] ibidem – p 21

[10] ibidem – p 21

[11] ibidem – p 22

[12] ibidem – p 137

[13] ibidem – p 30

[14] Pour combler l’insatisfaction d’une sexualité utilitariste la théorie du « gender » en appelle à « l’étrange », au « queer » comme une nécessité de la sexualité.

[15] ibidem – p 159

[16] Gaudium et Spes

[17] Initiation à la Théologie de Saint Thomas. R. Sineux op p130

[18] ibidem – p 158

[19] ibidem – p 207

[20] ibidem p 208

[21] Benoît XVI – Caritas in Veritate

[22] Benoît XVI – Zagreb – 4 juin 2011

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