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Ce résumé de l’intervention d’Yves Semen se propose d’expliquer en termes simples la théologie du corps de J.P. II (ou théologie du sexe, termes utilisés aussi par le pape).

Ce travail s’appuie sur 2 conférences vidéos internet et un article paru dans la Nef de Mr Yves Semen (ancien de l’IPC). Mr Semen apublié récemment un livre qui reprend l’intégrale des discours de Jean-Paul II sur ce sujet, dans leur dernière traduction critique en français.

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I / LE CONTEXTE :

La théologie du corps est une catéchèse monumentale du pape Jean-Paul II sur le thème de « l’amour humain (et sexuel) dans le plan divin ». Développée sous la forme de 129 discours (soit plus de 700 pages) étalés sur 5 ans environ (1979-1984) à l’occasion des audiences générales du mercredi, ce travail présente un enjeu vital pour contrer les dérives et les lois mortifères en cours sur ce sujet.

Qualifié de « magister génial » par le cardinal Scola (recteur de l’université du Latran), « d’inoubliables catéchèses sur l’amour humain » par Benoît XVI cette théologie apporte un éclairage nouveau sur l’ensemble de la Révélation : la création,  le péché, la théologie des sacrements, la rédemption…

Elle bouscule complètement l’idée négative qu’ont nos contemporains sur l’Église et sa morale sexuelle, Église qualifiée le plus souvent de rétrograde, pessimiste, contraignante, « refoulante », « coincée », dépassée…surtout depuis son refus de la contraception signifié dans l’encyclique Humanae Vitae (25/07/1968). L’argumentaire de l’époque, basé en grande partie sur la loi naturelle et les conséquences négatives sur la société, fut très mal reçu par une large majorité de laïcs, de cardinaux et d’évêques, à la grande tristesse du Pape.

Seuls 2 théologiens (P. Bardeki et K. Wojtyla) et un cardinal (Mgr Ottaviani) ont soutenu le saint Père dans sa résistance qui fut de fait un vrai martyre. Le pape Paul VI reprendra en grande partie à son compte l’argumentation du cardinal polonais, rédigée à sa demande, pour tenter de contrer la cabale.

Cette 1ère approche visiblement insuffisante, méritait un développement que Jean-Paul II comblera en douceur, 10 ans plus tard, par le biais discret des audiences du mercredi. Cet additif résolument positif, ruminé à partir des Écritures, repose sur un principe fondamental énoncé par J.P II : la seule vocation de la personne réside dans le don total d’elle même, principe issu d’ailleurs de Vatican II [1]sous la forme : « l’homme, seule créature sur Terre que Dieu a voulue pour elle-même, ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui même ».

Développée sur cette base, la théologie du corps va alors porter le lien conjugal à un degré jamais atteint dans aucune civilisation, reléguant aux oubliettes ipso facto toutes les théories boiteuses (relativisme, libéralisme, gender…) justifiant l’union homosexuelle, la contraception, le divorce et le remariage, l’insémination artificielle en dehors de l’union conjugale etc… Ce travail prophétique tombe à point nommé. Il est malheureusement encore trop méconnu de la majorité des clercs et des laïcs malgré ses 30 ans d’existence.

Ce résumé se propose donc de combler cette lacune en essayant d’exposer en quelques mots simples la richesse insoupçonnée de ce cadeau théologique. Le lecteur, sensible à l’urgence d’une nouvelle évangélisation, comprendra aisément l’apport essentiel de ce labeur comme base incontournable d’une reconquête des cœurs et des esprits.

II / INTRODUCTION :

Il est de bon ton de dire que l’Église a un problème avec le sexe et qu’elle a toujours considéré le corps comme un sujet poisseux, opposé à l’esprit, source continuelle de péchés.             Lorsque le cardinal Lustiger répond : « Le christianisme a toujours défendu la dignité du corps, un tel mensonge ne pourra pas durer éternellement », on ne veut pas le croire.

Les interdictions de l’Église (adultère, divorce, luxure, masturbation, homosexualité, contraception…), très souvent pointées du doigt, sont vues comme des contraintes insupportables d’un autre âge, des barrages au bonheur et au plaisir, alors que ce ne sont que de simples indications de voies sans issues données par une mère à ses enfants.

Jean-Paul II voyant l’impact très négatif de cette réputation, partiellement fondée[2], jugera nécessaire de creuser la question afin de tordre le cou à ce canard boiteux. Sa conclusion sera simple : le vrai problème se situe dans le fait « que le corps et la sexualité demeurent des valeurs trop peu appréciées ».

Mais pour en arriver là, il était nécessaire de retrouver la splendeur initiale du plan de Dieu sur cette sexualité tant controversée, grâce à un travail en profondeur des Écritures.

Le résultat de ce travail est présenté en 3 parties :

1/ Finalité initiale du corps sexué voulue par Dieu dans la Révélation ;

2/ La sexualité blessée, ses conséquences ;

3/ La Rédemption du corps déjà accomplie.

III / LE CORPS SEXUE VOULU par DIEU à l’origine :

L’originalité de la religion catholique tient dans sa vision unifiée de la personne corps et âme, donnant par là une place éminente au « corps » dans notre salut. Les paroles du prêtre à la consécration « Ceci est mon corps… », à la communion « Le corps du Christ » le mettent bien en évidence. Le Credo ne dit pas d’abord « Je crois à l’immortalité de l’âme » car cette vérité, sous entendue, est accessible à n’importe quelle bonne philosophie : les grecs étaient arrivés à cette certitude avant la Révélation. Mais notre Credo insiste d’abord avec : « Je crois à la Résurrection de la chair (symbole des apôtres) pour dire ensuite « à la Vie Éternelle » ou, ce qui revient au même « J’attends la Résurrection des morts » (symbole de Nicée) et ensuite, « la vie du monde à venir ».

Par ailleurs, la sexualité liée à la chair a quelque chose qui fascine, qui attire, avec le désir de quelque chose de grand, d’extraordinaire, une sorte de nostalgie de bonheur perdu que l’on rechercherait avec avidité, « un écho lointain des origines dans le cœur de chacun » dit J.P.II.

Ainsi le Christ dira aux pharisiens qui l’interrogeaient sur la possibilité ou non de répudier sa femme (Mt XIX (3 -9) et Mc X (2-12)) : « N’avez vous pas lu, reprit Jésus, que, à l’origine, Celui qui fit la race humaine, créa un seul homme et une seule femme, et qu’Il dit ensuite : « A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, pour s’attacher à son épouse ; et qu’ils seront deux dans une même chair ». Ainsi, désormais, ils ne seront pas deux, mais une seule chair (…) Que l’homme donc ne sépare point ce que Dieu a uni ! ».

            Mais les pharisiens insistent : « Alors, comment se fait-il que Moïse ait commandé de donner le libelle de répudiation à la femme et de la renvoyer ? ». Réponse de Notre Seigneur : « C’est à cause de la dureté de votre cœur….au commencement il n’en fut pas ainsi. Et moi je vous déclare… ».

            Alors quel est ce commencement, auquel nous sommes renvoyés, qui représente la clé du plan initial de Dieu sur la sexualité et l’amour humain. Que dit-il ?

Ce commencement n’est autre que la création de l’homme racontée dans les deux récits de la Genèse I (26-28 et 31) et II (7 et 21-25).

1er récit Gen I (26) :

« Et Dieu créa l’homme (Adam qui vient de adamah=terre sous entendu l’homme indifférencié) à son image, il le créa à l’image de Dieu : il les créa mâle (Zakar ou Ish = mâle) et femelle (NeQébaH ou HiSchaH= femelle). Et Dieu les bénit (…) » puis Gen I(31) « Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et voici que cela était très bon ».

Du récit complet Jean-Paul II tire plusieurs remarques :

1/ Il existe une distinction fondamentale de traitement entre l’homme et les autres créatures (anges inclus)   car c’est le seul qualifié de « créé à l’image de Dieu » ;

2/ La différence sexuelle (mâle-femelle) n’est bénie par Dieu que pour l’humanité. Il n’y a pas d’allusion, ni de bénédiction de cette différence pour les animaux ;

3/ Notre corps est à l’image de Dieu par la différence sexuelle. : « …homme et femme à son image…».

Notre corps sexué « dit Dieu, hurle Dieu » dit J.P.II.

En soi, dans sa réalité physique, le corps sexué individuel révèle déjà sa vocation au don de l’un pour l’autre, à l’image du don échangé entre les trois personnes de la Trinité. Cette vocation ne se réalise cependant pleinement que dans l’union conjugale librement consentie, faite pour donner la vie, comme Dieu la donne. D’où la supériorité de l’image divine en l’homme sur l’ange dans ce domaine : il n’y a pas en effet de papa ange, ni de maman ange, ni de bébé ange.

Avec l’audace qui le caractérise, Jean-Paul II ira jusqu’à dire :

«  Le corps par sa visible masculinité et sa féminité et seulement lui est capable de rendre visible ce qui est invisible : le spirituel et le divin. Il a été créé (ce corps) pour transférer dans la réalité visible du monde le mystère invisible caché en Dieu de toute éternité et en être le signe. ».

Ce qui veut dire en clair que la sexualité humaine est le signe qui révèle le mystère même de Dieu. C’est sa mission.

L’ensemble de la vie conjugale, et l’union sexuelle en particulier, révèlent le cœur même de la Trinité, du mystère invisible de l’Amour divin : le Père amour donné, le Fils amour reçu, le St Esprit amour échangé.

Mais il faut préciser dès maintenant, afin d’éviter toute ambiguïté, que cette image divine dans l’union conjugale n’est possible que parce que nous avons affaire à des personnes humaines. St Thomas d’Aquin démontre de façon magistrale, en effet, dans la Somme Théologique, que chaque personne est déjà à l’image de Dieu sur le plan individuel du fait de sa nature intellectuelle (immortelle), qui est première sur le corps (cf note sur les nature rationnelle et matérielle [3]).

De ces deux approches complémentaires, on peut conclure que l’Homme est à l’image de Dieu corps et âme, dans sa nature unifiée (Homme = animal raisonnable). D’abord image divine (invisible !) sur le plan individuel, en raison de sa nature intellectuelle (St Thomas) et, ensuite, image divine (visible) dans la communion des corps sexués homme- femme, en raison de sa nature matérielle (J.P.II).

Cette réflexion entraîne à son tour plusieurs remarques :

1/ sans l’union des âmes, l’union des corps (toute divine qu’elle puisse être !) devient plus que bestiale. Les animaux en effet ne dévient jamais de leur ordre fixé par la nature. L’union sexuelle, sans âme, n’est que viol, prostitution, reproduction pour le clan, la race, survivance d’une dynastie…On peut même violer par ce moyen sa propre épouse légitime (ex : loi islamique sur le mariage qui se résume à un « droit de coït » justifié par la Sourate 2- 223 :«  Vos épouses sont pour vous un champ de labour; allez à votre champ comme [et quand] vous le voulez et œuvrez pour vous-mêmes à l’avance ».

Le texte de la Genèse précise d’ailleurs que la création de ce 6ième jour était très bonne. Autrement dit la sexualité est en soi foncièrement excellente aux yeux de Dieu car signe de la communion trinitaire. Elle ne peut donc pas être réduite à un pure acte de reproduction utile pour l’espèce (vision animale…) ou à une jouissance sans lendemain (désordonnée ou non) ;

2/ l’importance donnée à l’union des corps par l’Église est telle que le caractère irrévocable, définitif, du mariage n’est obtenu que dans le lit conjugal. Si le consentement sans tromperie, libre, des époux suffit en effet à rendre le mariage valide, ce dernier reste encore révocable, au cas par cas, par un pouvoir spécial de Rome sous réserve absolue de la non consommation des corps. Dans le cas contraire, l’irrévocabilité est atteinte, l’Église[4] n’y pouvant absolument rien (cf CEC §1640 :” Le lien matrimonial est donc établi par Dieu Lui-même, de sorte que le mariage conclu et consommé entre baptisés ne peut jamais être dissous. (…) Il n’est pas au pouvoir de l’Église de se prononcer contre cette disposition de la sagesse divine” ; ou Canon 1141 – « Le mariage conclu et consommé ne peut être dissous par aucune puissance humaine ni par aucune cause, sauf par la mort » ;

3/ toute tentative de rapprochement de l’image divine avec les animaux sexués est impossible. Il est nécessaire en effet que l’union se fasse de personne à personne, ce qui suppose une nature spirituelle et intellectuelle des protagonistes, nature que les animaux n’ont pas (cf St Thomas ) ;

4/ l’ange pur esprit « l’emporte » [5]sur l’homme comme image de Dieu dans le domaine invisible par son intelligence plus parfaite. Par contre, l’homme « l’emporte » sur l’ange dans le domaine visible sous l’aspect particulier du don de la vie (cf St Thomas ).

2 ième récit Gen II (7 et 21-25) :

Dieu « potier » modèle l’homme à partir de la glaise (Gen II-7). Il fit dormir l’homme (II-21) et en tira d’une côte : la femme (II-22). Le texte précise ensuite (II-23 à 25) : « Et l’homme dit : Celle-ci cette fois est os de mes os et chair de ma chair ! Celle-ci sera appelée femme (…) et ils deviendront une seule chair. Ils étaient nus tous deux, l’homme et sa femme, sans en avoir honte ».

            En hébreu le superlatif n’existe pas. Il est remplacé par une répétition des termes  « os de mes os, chair de ma chair ». De plus les os désignent l’intime de l’être (partie invisible). L’exclamation d’Adam veut donc dire : voici l’être de mon être. La femme est donc le parfait reflet de ce que je suis, moi Adam. Le seul interlocuteur digne de moi fait pour que nous puissions nous donner l’un à l’autre et réaliser l’image divine que Dieu voulait au départ dans l’union des deux chairs, pour donner naissance à une troisième.

L’angle de vue original proposé par J.P.II permet de saisir l’importance de l’enjeu des multiples attaques en cours du démon sur le corps humain (homosexualité, zoophilie, MPA, GPA …et toutes tentatives qui excluent l’ouverture à la vie). Pur esprit, ange déchu, le démon revendique en effet, en tant qu’être spirituel le plus élevé, la plus haute image de Dieu. Il s’acharne donc en toute logique à celle qui réside dans l’homme de façon visible et qu’il n’a pas.

On comprend mieux, pour les mêmes raisons, les précautions à prendre pour les fameux « péchés de la chair » qui ne sont que atteintes directes faites à l’image divine, au travers des corps sexués.

En résumé :

JP II montre que l’image divine ne concerne pas uniquement l’homme en tant qu’individu, mais aussi (et surtout), le couple homme – femme non seulement dans leur union sexuelle mais aussi dans l’ensemble de leur vie conjugale, c’est à dire la famille avec son fruit qu’est l’enfant. Cette union conjugale est signe ou incarnation du mystère de Dieu Trinité : ils sont un et se retrouvent l’un et l’autre dans l’enfant selon le plan initial voulu « Ils ne feront qu’une seule chair » (la génétique le confirme). Ils acquièrent ensemble, par ce biais, cette suprême dignité d’être l’image visible de l’unité invisible des trois personnes divines.

Cette sexualité initiale si merveilleuse a été blessée cependant par le péché, avec les conséquences bonnes ou mauvaises décrites dans les deux paragraphes suivants.

IV / La SEXUALITE blessée et ses CONSEQUENCES :

Le péché originel n’est pas un péché sexuel mais un acte d’orgueil qui a changé notre regard sur le don conjugal des corps. Là encore, Jean-Paul II s’appuie sur le texte sacré Gen III (7-8) :« Leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus ; et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des ceintures (…) et l’homme et la femme se cachèrent. » Plus loin Adam dit à Dieu Gen III -10 : «  J’ai entendu ta voix dans le Jardin, j’ai eu peur, car je suis nu ; et je me suis caché ».

            On peut remarquer deux choses : avant le péché, Adam et Eve étaient également nus mais n’en étaient pas gênés, ensuite, la sexualité est citée comme la première conséquence de ce même péché.

Avec le péché donc, le regard sur le sexe change. Adam et Eve en ont honte au point de le cacher entre eux avec des feuilles de figuier puis de se cacher eux-mêmes aux yeux de Dieu.

Le sexe lui n’a pas changé. Pourtant on le qualifiera plus tard de « parties honteuses » ou, à l’inverse, il sera idolâtré à l’excès (tribus primitives) alors qu’il n’y est pour rien.

Que s’est-il passé en réalité ?

Adam, par son péché, perd le regard de l’image de Dieu qui existait à l’origine dans l’union conjugale. Ce regard devient captatif, plus animal ou de pure reproduction dans le meilleur des cas. Une méfiance naît alors vis à vis du regard de l’autre avec le besoin de s’en protéger, de s’habiller[6].

Son regard sur le corps, le sien ou celui de l’autre étant transformé, le corps est vu dorénavant comme un objet extérieur à la personne, objet qui nous appartient mais dont on peu user à sa guise : « Je suis « libre » de faire ce que je veux de mon corps ». La sexualité se transforme ipso facto en une simple technique de recherche du plaisir, révélée par l’expression moderne : faire l’amour.

La sexualité n’est plus communion de personnes, mais complicité d’adultes consentants avec les déviations connues : tendance prédateur (+ pour l’homme) ou objet de séduction (+ pour la femme).

Ex : Regard d’une femme dans son miroir pour tester sa capacité de séduction (vu chez des petites filles de 5 ans !), sourire enjôleur, regard captateur pour prendre possession de l’autre (jusqu’au plan sentimental)….

Jean-Paul II rappelle alors que si la vocation de la personne se résume au don de soi de façon sincère, libre, radicale, gratuite, sans retour…pour être pleinement soi-même ; avec le péché, ce don plénier ne se fait plus.

Une déshumanisation s’introduit dans l’échange conjugal qui devient plus un jeu dont la règle est : prendre ou se faire prendre.

Ce jeu génère des souffrances en falsifiant à la base l’authentique communion des personnes voulue au départ par Dieu. Notre saint pape ira même jusqu’à dire « qu’à ce jeu l’on extorque son don à une autre personne » en la réduisant à un simple objet.

Notre Seigneur ira plus loin encore puisque, même sans passer à l’acte, la simple convoitise du regard est dénoncée comme mauvaise. Le regard qui convoite déchoit l’homme en chosifiant la relation par une attitude captatrice. On peut être ainsi adultère avec sa propre femme par l’oubli du don gratuit d’origine.

Cette blessure existe chez tous, même chez les saints. La prise de conscience de ces désordres font que l’on va chercher des excuses. Et la meilleure façon de s’excuser c’est d’accuser, accuser ce pauvre corps : «  C’est plus fort que moi !; je n’y peux rien, je suis comme cela ; c’est héréditaire !; c’est ma libido, mes pulsions… ». Le corps devient coupable. Fait pour dire le divin, il est nié encore une fois comme s’il nous était extérieur.

Amour falsifié, fautes contre notre propre corps, les fautes sexuelles deviennent alors des blasphèmes contre Dieu. Jean-Paul II se fâche d’ailleurs contre toutes les hérésies, manichéismes en tous genres qui nient le corps : luthéranisme, jansénisme, catharisme, puritanisme…

Car ce mépris du corps est contradictoire avec la religion catholique, étranger à la vision des Évangiles, en totale négation avec l’Incarnation du Verbe.

En réalité, c’est notre cœur blessé qui est en cause, c’est notre cœur qui devrait être examiné (« Tout est pur au cœur pur »). Mais si cette blessure vient du cœur, nous n’en sommes pas responsables, nous en sommes héritiers. Il relève de notre liberté d’y céder ou d’y résister.

Sommes nous livrés à nos propres forces pour cela ? Non, car non seulement il reste dans le cœur de l’homme blessé comme un écho à cette aspiration à l’amour vrai, « l’écho des origines » de J.P.II (cf supra), mais aussi, et surtout, Notre Seigneur est venu accomplir notre Rédemption en plaçant, par son Incarnation, notre corps à un degré jamais atteint dans l’histoire de l’humanité.

V / La REDEMPTION du CORPS :

Avec l’Incarnation de Dieu, le corps rentre par la grande porte de la théologie.

Dieu vient comme un époux, pour une œuvre nuptiale, pour le rétablissement d’une relation nuptiale avec l’homme.

Et pour mieux comprendre cette relation, il est nécessaire de faire un bref rappel sur la finalité de notre corps à la Résurrection.

Comme il a déjà été dit, la religion catholique est essentiellement une religion de la Résurrection de la chair en vue de la Vie éternelle. Elle se distingue par là de toutes les religions antérieures connues qui ne reconnaissent dans le meilleur des cas qu’une vie d’éternité réservée aux âmes.

Cet état de corps ressuscité étant inconnu, nous n’en avons qu’une idée approximative. Essayons malgré tout de nous en approcher.

1 ère idée fausse :

La Résurrection n’est pas une récupération du corps, une sorte de réanimation du corps d’origine comme pour la fille de Jaïre, le fils de Naïm, voire Lazare. En effet, même si pour ce dernier l’Écriture indique que le corps sentait déjà, ce qui suppose une décomposition partielle, Lazare mènera malgré tout, après sa « Résurrection » une vie normale jusqu’à sa vraie mort, avec ses luttes connues de tout homme atteint par le péché originel.

2 ième idée fausse :

La Résurrection n’est pas non plus une « angélisation » du corps qui serait comme évanescent, désincarné, sans matière. Notre Seigneur précise d’ailleurs (Mt XXII 23-33 ; Mc XII 18-27 ; Lc XV 27-40) qu’à la Résurrection nous serons comme des anges (sous entendu à la manière de) mais pas des anges.

Alors comment sera-t-il finalement ce corps ?

L’union âme-corps de la Résurrection sera infiniment supérieure à l’union d’origine. Ce sera un vrai corps, avec de la matière, mais animé d’une manière parfaite, complètement adaptée à notre âme (anima en latin). La soumission du corps à l’esprit sera tranquille, sereine, spontanée, liée à son agilité. Il n’y aura plus d’opposition entre les deux, il n’y aura plus d’effort volontariste à faire, ni d’ascétisme pour mieux contrôler ce corps, voire ce cœur rebelle.

Dieu Trinité, en effet, en se donnant à nous de façon nuptiale dans la vie béatifique sera la cause de notre unité, de notre union âme-corps. L’osmose sera totale, sans l’ombre d’une contradiction en raison de cette intimité avec la communion divine, de cette participation de Dieu à notre vie intérieure. Le Cantique des Cantiques illustre à merveille cette future ardeur sponsale de Dieu avec nos âmes en reprenant des images très charnelles de l’amour humain.

Cette union promise doit se préparer cependant par un entraînement quotidien sur Terre.

Comment ? Jean-Paul II répond en repartant du principe initial de base.

            Si il n’y a qu’une vocation de la personne par le don total de soi., cette vocation ne peut se réaliser que sous deux formes possibles pour le corps : le don virginal par le célibat consacré ou le don conjugal par le mariage.

a/ Relevant d’un appel exceptionnel, le célibat consacré anticipe cette union sponsale sous une forme charismatique (en se donnant à tous) comme le Christ s’est donné à son Église, en suivant le modèle même de Jésus. Le célibat sacerdotal est une conformation au Christ. Le prêtre, autre Christ, épouse l’Église à son tour, comme son divin modèle, d’où l’appellation de Père (car époux) ;

b/ Le mariage anticipe quant à lui, de façon plus générale, sous la forme visible de la vie conjugale et de l’union des corps, l’union sponsale future promise à la Résurrection avec la Trinité.

Dans les deux formes, il s’agit de noces préparatoires aux noces éternelles, noces qui ouvrent et ferment la vie publique du Christ dans les Évangiles. Le premier signe public de NS, en effet, est le repas de noces à Cana (Jn II, 1-11) qui annonce les dernières noces, celles de l’institution de l’Eucharistie.

A la demande de Notre Dame : « Ils n’ont plus de vin », Notre Seigneur répondra : « (…) mon heure n’est pas encore venue ».

Alors qu’au repas de noce de la Cène, dernier signe publique qui fonde l’alliance eucharistique, Notre Seigneur dira au contraire : « Père, voici l’heure… » (Jn XVII, 1-26).

Mais en quoi consiste cette heure évoquée si mystérieuse?

Cette heure est celle des épousailles de Notre Seigneur avec l’Église dans son don corporel total, corps et sang, consommé au sacrifice de la Croix.

Comme le caractère irrévocable du mariage humainne s’acquiert totalement que dans la couche nuptiale par l’union totale des corps, de même, les noces du Christ avec l’Églisese devaient d’être consommées,après le consentement de Notre Seigneur à la Cène, par un don total de son corps sur la Croix, sans retour, pour être définitives. Ce sera la dernière alliance après celles de Noé, Abraham, Moïse, celle qui signe les derniers temps.

Jn XIX, 30 : « Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit : « Tout est consommé » et baissant la tête, il rendit l’esprit ».

Jean-Paul II insiste dans son travail pour dire que le mariage humain ne correspond à la vocation des chrétiens que si il reflète l’amour du Christ pour son Épouse (l’Église) et, qu’en retour, l’Église doit s’efforcer de redonner cet amour à son Époux (le Christ) jusqu’au martyre, s’il le faut. En dehors de cette conformation de la vocation au mariage du Christ et de l’Église, il n’y a pas vocation chrétienne à cet état. Le mariage ne devient qu’un statut social, bien vu, estimable.

La sponsalité du Christ et de l’Église commence donc dès ici-bas par le saint sacrifice de la Messe (ou l’Eucharistie), qui n’est que l’actualisation du sacrifice de la Croix, en attendant la sponsalité pleine et entière du royaume éternel.

Plus encore, le Christ en donnant son corps et son sang à son Église, de façon analogue au don conjugal des époux, forme également le corps de son Église, qui n’est que son propre corps, en la nourrissant par l’Eucharistie.

Ce corps divin donné en nourriture est détruit pour constituer la substance de notre corps, pour une fusion totale de la divinité et de notre corps.

Le mariage se doit donc d’être une œuvre de don total, pour être l’image du don total de Dieu dans l’Eucharistie ou comme dit Jean-Paul II de comprendre « un peu » le mystère de Dieu.

A l’injonction « Heureux les invités au festin de noces de l’Agneau », bien plus exact que le simple repas du Seigneur, l’Église répond par les derniers mots de l’Écriture (Apo XXII -20) « Venez, Seigneur Jésus ».

            Paroles de toute épouse à son époux, lorsqu’elle se sent prête à accueillir son époux.

Langage même de l’Eucharistie jusqu’au dernier jour en attendant l’étreinte éternelle.

Les époux feront donc leur sainteté par leur sexualité assumée, en offrant leurs corps dans la fécondité, à l’image de la Trinité.

L’Époux, le Christ, prépare son épouse en lui donnant son corps par l’Eucharistie car l’épouse n’est pas prête. La liturgie le dit d’ailleurs « Seigneur, je ne suis pas digne de vous recevoir… » mais venez quand même. Ce n’est qu’à la fin que l’Époux reviendra dans sa gloire pour recevoir en plénitude son épouse pure, sans tache, ni ride, toute parée…

La Messe se trouve donc être le sacrement [7]le plus conjugal, le plus sponsal de Notre Seigneur Époux et de son épouse l’Église qui vit de cette Eucharistie (titre de la dernière encyclique de St Jean-Paul II, point final de cette théologie du corps).

Remarques personnelles :

1/ La Résurrection va plus loin qu’un simple face à face avec Dieu puisqu’il s’agira en fait d’une étreinte nuptiale amoureuse totale, corps et âme. D’où l’importance de notre corps maintenant, et après…

                  2/ La pédagogie adoptée de Jean-Paul II est celle de l’amour du Beau (donc du Vrai) plus sûre à long terme que les simples arguments de la loi naturelle. Pour celui qui aime vraiment le Beau, de façon authentique, le laid devient illico insupportable, disait en substance J. Ousset. Le relativisme est impossible dans ce domaine.

[1]          Gaudium et Spes , 24 : AAS 58 (1966) 1045

[2]   J.P. II reconnaît lui-même que le christianisme, s’il a toujours défendu la dignité du corps (soin aux malades…), n’a pas toujours été à l’aise avec la sexualité influencée en cela par le regard négatif des courants puritain, janséniste…

[3]     Somme Théologique Qu.93 a.3 :…du fait par exemple que l’homme naît de l’homme comme Dieu naît de Dieu; du fait encore que l’âme de l’homme est tout entière dans la totalité de son corps et tout entière dans n’importe quelle partie de ce corps, comme Dieu l’est dans le monde. Sur des points de ce genre l’image de Dieu se trouve davantage chez l’homme que chez l’ange. Mais ce n’est pas de ce côté que l’on découvre essentiellement la qualité d’image divine chez l’homme; cela ne se fait qu’en présupposant la première imitation, celle qui se réalise selon la nature intellectuelle; autrement, même les bêtes seraient à l’image de Dieu …

[4]                  Ne pas confondre avec le fait que si il est prouvé que consentement a été faussé dès le départ selon des conditions reconnues (mensonge, vice caché, refus de la vie…) le mariage est déclaré nul (comme n’ayant jamais existé), qu’il soit consommé ou pas.

[5]          Le terme « l’emporte » est entre guillemets car en toute logique on ne peut pas comparer entre eux des êtres de natures différentes.

[6]          / Ndlr: L’homme est d’ailleurs le seul « animal » sur Terre à éprouver ce besoin ce qui prouve une fois de plus sa différence avec les autres créatures (besoin justifié par le seul fait que la beauté morale est supérieure à la beauté physique, bonne en soi).

[7]   Par la croix, tous les sacrements sont en réalité le fruit de cette union sponsale du Christ avec son Eglise.

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