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Je lis sous la plume d’Eugénie Bastié dans Le Figaro qu’Anne-Marie a donné naissance à un petit Miles, qui est l’enfant de son fils Kyle. Rassurez-vous, Anne-Marie et Kyle n’ont pas couché ensemble, le tabou de l’inceste tient toujours. Il y a eu, dans cette affaire, don d’ovule, fécondation in vitro (FIV) et GPA (gestation par autrui). Célibataire, Kyle voulait “faire un bébé tout seul”, comme dans la chanson de Jean-Jacques Goldman, sauf qu’il est un homme.

Né légalement fils d’Anne-Marie et frère de Kyle, Miles a finalement été reconnu par la justice britannique comme fils de Kyle et de mère inconnue. Jadis, Narcisse contemplait son image dans le reflet. Aujourd’hui Kyle se fait fabriquer son double à lui tout seul et pour lui tout seul. « Je suis heureux et rien d’autre ne compte » dit-il. Circulez, il n’y a rien à redire… et rien à voir.

Rien à voir, c’est à voir. Je dirais peut-être qu’il y a même trop à voir. C’est un cas extrême, un « cas limite » comme on dit. C’est un parfait repoussoir pour dénoncer la GPA, voire le don d’ovule et la fécondation in vitro si nous poussons le courage un peu plus loin.

Mais le parfait repoussoir se mue en excellent alibi : « Vous voyez bien qu’il faut encadrer le don d’ovule, la FIV et la GPA ! » Il faut simplement mettre de l’éthique, autre nom – grec – pour dire qu’il y a encore une morale dans ce que Michel Onfray appelle « le bas empire ». Je crains que l’énorme “arbre” Kyle ne nous cache la “forêt” que sont les actes techniques eux-mêmes du don d’ovule, de la fécondation in vitro et de l’implantation d’embryons.

On a coutume de dire que la technique est neutre et que tout dépend de la manière dont nous l’utilisons. Or, ce n’est pas vrai, toute technique n’est pas neutre. Et il faut regarder de près lorsque la technique se substitue à la chair, particulièrement lorsque cette chair est intimement liée à l’esprit – ce qui n’est pas le cas par exemple avec une jambe de bois.

Or, c’est le cas dans l’acte de génération, de procréation. Le terme « faire l’amour » signifie remarquablement bien l’acte sexuel, qui est chair et esprit. Ce qui nous attend demain si nous ne résistons pas, ce ne sont pas des millions de petits Miles – à la fois fils et petit-fils de leur mère, frères et fils de leur père. Ce qui nous attend est une domination sans partage de la technique sur la chair et l’esprit, avec la bénédiction de l’Etat et au profit du Marché.

Dès lors, les motifs les plus divers viendront à l’appui de l’externalisation de la grossesse : aujourd’hui un empêchement physique, demain une carrière d’executive woman à mener etc. Bien pire : quel sera l’intérêt de faire le bébé sous la couette en faisant l’amour et de le porter dans son ventre ? C’est tellement plus pratique la FIV – avec son diagnostic préimplantatoire – et la grossesse externe, pourquoi pas dans des matrices artificielles.

Quel est le fait générateur de ce processus en marche ? C’est la mentalité contraceptive, qui a ouvert la boite de Pandore de la dissociation de la sexualité et de la procréation. Cette mentalité est déjà imprégnée massivement dans les mœurs. C’est pourquoi il sera très difficile de résister, comme le dit Jacques Attali, à une humanité où la génération ne sera plus qu’un acte technique et la sexualité un Somma charnel.

Nous voici dans le « meilleur des mondes » d’Huxley. Résister au « meilleur des mondes », c’est résister à l’emprise de la technique sur la chair et l’esprit.

Guillaume de Prémare
Chronique Radio Espérance du 27 mars 2015

Pour Aller plus loin : Résistance au Meilleur des mondes – Par Eric Letty et Guillaume de Prémare – Editions Pierre-Guillaume de Roux, mars 2015 – 224 pages, 19 €

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