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Monsieur Nicolas Sarkozy et ses lieutenants étaient très fiers de leur coup en changeant la dénomination de leur formation politique, dorénavant appelé « Les Républicains ». Ainsi, leurs adversaires sont réduits à la triste situation de devoir s’opposer aux républicains, ce qui, avouons-le, est de nos jours du plus mauvais effet. Pour parer à l’offensive républicaine de droite qui ose s’arroger le monopole du « Bien », le parti socialiste a rapidement réagi par l’intermédiaire de ses sénateurs, dont le groupe a pris le nom de « groupe socialiste et républicain du sénat ». Le bruit court depuis bien des mois que le Front National cherche lui aussi à modifier son appellation. En vue de la républicaniser ? Une chose est en tout cas certaine ; la recrudescence des références républicaines de la part des principaux responsables de ce parti témoigne de la volonté d’affirmer leur ancrage républicain, ouvrant droit à l’exercice du pouvoir. La direction du parti piaffe d’impatience, fait des pieds et des mains, trépigne en multipliant les garanties pour dire ; nous aussi nous en sommes ! Nous luttons contre l’immigration pour préserver le bien-être sécularisé et les principes de la République !

Ce remue-ménage politicien autour de la dénomination des partis n’est qu’un indicateur parmi d’autres du positionnement choisi par notre classe politique face aux grands défis présents et à venir. Si à certains égards ces légères redistributions des cartes confirment de sensibles mutations politiques, elles illustrent surtout une continuité dogmatique, sous forme de repli, qui n’annonce rien de bon face à la montée De l’Islam.

Nous assistons à l’effacement progressif des différences entre les forces politiques, dites « de gouvernement ». Les socialistes ont mal vécu ce changement de nom de l’UMP, parce qu’ils considèrent que cette dénomination leur appartient aussi. L’option doctrinale particulière (socialisme, libéralisme) s’estompe derrière l’affirmation d’un tronc commun progressivement élagué. Par exemple, la défense des intérêts populaires par la gauche n’est plus qu’un lointain souvenir, celle-ci étant devenu championne du modernisme culturel, de la défense des minorités et des questions dites à tort « sociétales » (anthropologiques, ces questions dépassent la société). Soutenue par les uns et les autres, la mondialisation facilite la rencontre entre les purs libéraux et le socialisme actuel. Mais dans le même temps, ces forces politiques sont toutes traversées par des mouvements internes qui contestent les évolutions postmodernes les plus récentes.

Ce tronc commun, cette basse continue qui irrigue la pensée politique contemporaine, s’identifie à la République entendue non pas comme un régime politique, mais comme un ensemble de valeurs, de principes, hérités de la modernité, dont les contours de plus en plus flous n’altèrent en rien le noyau dur, c’est-à-dire l’émancipation de l’homme à l’égard de tout ce qu’il n’a pas créé lui-même. Adossées à ce noyau, des lois non-écrites surplombent notre constitution, qui expliquent par exemple qu’un nouveau gouvernement ne revienne jamais sur une loi fraichement votée, lorsqu’elle contrevient gravement à la loi naturelle. Les débats internes au parti des « Républicains » au sujet de l’abrogation de la loi Taubira sont de ce point de vue très instructifs.

A l’évidence, ce rétrécissement de l’univers politique français autour du tronc commun vers lequel tous se replient, résulte de la montée préoccupante de l’islamisme, prévisible depuis des décennies, que l’on s’évertue pourtant à interpréter en recourant à une lecture politique des événements totalement dépassée. Par exemple, l’expression d’islamo-fascisme inventée récemment par le premier ministre signifie que l’Islam n’est dangereux que dans la mesure où il devient fasciste, mot-valise désignant comme chacun sait le mal, auquel on oppose depuis des décennies les valeurs de la République. A partir de là, il est franchement indécent et fortement déconseillé de poser la pertinente question de la paternité du Coran sur les actions de l’Etat Islamique ou d’Al Qaïda. En effet, le danger résulte du fondamentalisme, qui consiste à embrasser l’au-delà et l’ici-bas, principe dont la négation fonde justement la modernité et de fait la République. Il est donc envisageable, qu’au nom de la lutte contre le terrorisme, l’étau se resserre sur les catholiques qui persévèrent à placer Dieu au-dessus de la République, potentiellement tout aussi dangereux que les coupeurs de tête de l’Etat Islamique. Dans la droite lignée de la lutte contre un fascisme imaginaire et contre le fondamentalisme de tout bord, la République doit revigorer ses rites et ses symboles qui ne génèrent plus l’enthousiasme (panthéonisation, « esprit » de la marche républicaine du 11 janvier, charte de la laïcité, etc.). Il faut accélérer l’entreprise d’anéantissement du patrimoine commun par les nouvelles réformes scolaires, affirmer de manière toujours plus forte le volontarisme refusant toute norme, règle, héritage, préjugés. Quels sont les fruits des valeurs de la République aujourd’hui ? L’avortement érigé en droit fondamental, la marche en avant vers l’euthanasie, la dislocation du mariage, la commercialisation des enfants, l’idéologie du genre…

Plus le danger islamiste monte, plus nous avançons dans la culture de mort, la déstructuration de l’homme et l’effacement de la civilisation. L’accélération simultanée de ces deux mouvements est tellement flagrante qu’il faut vraiment garder les yeux grands fermés pour ne pas voir qu’ils sont consubstantiels. L’irruption de l’islam en France et en Europe, grandement facilitée par l’immigration, n’est qu’une conséquence du matérialisme et de l’individualisme portés par les valeurs de la République. Nous avons deux certitudes : Tout d’abord, se placer sous la bannière de l’un pour combattre l’autre ne résoudra absolument rien. Ensuite, conséquence logique, on ne peut dénoncer la politique d’immigration sans mener conjointement le combat pour la vie et la famille.

Joël Hautebert

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