Comme d’habitude, le parti au pouvoir perd toutes les élections intermédiaires et l’opposition semble promise à assurer la fameuse alternance, ne serait-ce que par défaut. Le scénario semble déjà écrit. A peine la page des élections régionales de décembre prochain sera-t-elle tournée que s’ouvrira une période étouffante de 18 mois où l’obsession présidentielle montera crescendo, jusqu’au grand spectacle final.

Au cœur de l’obsession, il y aura la recherche du candidat idéal et les fameux programmes. Comment se bâtit un programme ? C’est tout un art marketing qui consiste à définir des « marqueurs forts » – matérialisés par des « éléments de langage » – pour séduire des segments d’électorat. Le réflexe de vote s’apparente à un réflexe d’achat.

Certes, 2017 ne compte peut-être pas pour rien, mais l’enjeu plus profond est ailleurs. Le Huffington Post vient d’inaugurer son « thermomètre de la crise au pouvoir ». Le premier relevé de température indique que « 71 % des Français n’ont plus confiance dans la qualité de leur démocratie ». Ce ne sont pas simplement les partis et hommes politiques qui sont objets de défiance, mais le système politique lui-même. La vox populi le sait ou le sent bien : nous sommes entrés en post-démocratie.

Je suis régulièrement le fil Twitter d’Alexandre Jardin et j’y ai lu cette considération de bon sens : « Il est tout de même ahurissant que nos partis ne mettent pas au cœur de leur projet le rôle effectif donné aux citoyens ». Et pour cause : les partis n’ont aucune envie que les citoyens viennent faire concurrence à leur monopole partagé de la chose publique.

Alexandre Jardin se dit également « stupéfait que les maires français – élus du peuple – acceptent d’être niés ». « Soumission durable ? » demande-t-il ? Ici se situe un problème grave : la confiscation progressive des libertés et responsabilités locales, notamment via la réforme territoriale et les regroupements de communes en hyper-communautés d’agglomérations.

« Que voulez-vous que j’y fasse ? On n’a pas le choix, le Préfet de Région a pris sa décision », me disait récemment un maire des Yvelines, dépité de voir les prérogatives de sa commune bientôt absorbées par le futur Grand Paris. Juncker a affirmé qu’il n’y avait « pas de processus démocratique possible contre les traités européens », il semblerait qu’il n’y ait pas non plus de processus démocratique possible contre les desideratas technocratiques à l’échelon national.

La post-démocratie présente le paradoxe d’un univers kafkaïen ultra-étatiste et ultra-réglementé au service d’un projet global ultra-libéral lié à la Mondialisation et à la financiarisation. D’une certaine manière, l’Etat est partout là où il ne devrait pas être et quasiment absent là où il devrait se trouver. Quel est le rôle de l’Etat ? Servir et protéger. Protéger le pays et le peuple des prédations des puissants ; servir les libertés et responsabilités locales en favorisant leur déploiement ; arbitrer le cas échéant, selon le bien commun.

Dans un tel contexte, la politique est-elle encore possible ? Elle ne le demeurera que dans la mesure où les citoyens, avec les élus locaux, avec les responsables économiques et sociaux locaux, s’organiseront pour exercer les libertés et responsabilités qui demeurent et défendre les pouvoirs concrets qui sont en voie de confiscation. Il y a du pain sur la planche… C’est à mon avis la seule planche de Salut.

Guillaume de Prémare
Chronique Radio Espérance du 10 avril 2015

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