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egalite-homme-femmeLa névrose obsessionnelle de l’égalité

Cette semaine, la journée de la femme a donné lieu à de nombreuses considérations sur la question de l’égalité homme-femme. Pour certains, l’égalité des droits ne semble ne pas suffire, il faut encore l’égalité dite « réelle ». Il y a même désormais un secrétariat d’Etat à l’égalité réelle.

J’ai lu sur Twitter la considération suivante, sous la plume du journaliste Laurent de Boissieu : « L’égalité professionnelle ne sera atteinte que lorsque les hommes seront obligés de prendre un congé paternité équivalent au congé maternité ». Cette proposition s’inscrit à mon avis par excellence dans cette perspective d’égalité réelle.

Le journaliste a visé juste en évoquant la maternité qui est, de fait, une contrainte pour une mère qui souhaiterait faire une carrière d’une ampleur comparable à celle d’un père pleinement investi dans son évolution professionnelle. Ici, atteindre l’égalité réelle signifierait que le fait d’être père ou mère soit indifférent, neutre, sans conséquences sur le travail.

Cela implique qu’il n’y ait plus de contraintes liées à la maternité. La tentation est alors forte de pondre un dispositif légal de plus ; complété peut-être demain par une innovation technique… Laurent de Boissieu envisage ainsi une mesure d’obligation pour les pères, qui rendrait, pense-t-il, neutre et sans incidence la maternité : le même dispositif s’appliquant à chacun, l’équivalence serait atteinte.

Concrètement, c’est plus compliqué que cela, car la maternité n’est pas seulement une contrainte comme grossesse et accouchement. La maternité est aussi une contrainte sur le temps long, dans le fait même d’être mère. Etre père ou mère n’est pas indifférent dans la perception des rôles familiaux, domestiques et éducatifs ; et au sein même de la relation de couple. Cela a une incidence sur la manière d’envisager le travail.

Aujourd’hui, un grand nombre de mères qui travaillent aspirent non pas à ce que leur maternité soit neutre, mais au contraire à ce qu’elle demeure pleinement signifiante et spécifique, tout en étant conciliable avec une vie professionnelle épanouissante. L’équation n’est pas simple, c’est vrai. C’est pourquoi beaucoup de femmes choisissent le temps partiel et/ou des emplois qui rendent les choses plus simples. Nous voyons bien que la maternité demeure un obstacle sur le chemin de l’égalité réelle.

Les différences homme-femme et père-mère comportent une dimension naturelle et culturelle, qui se rejoignent parce que l’homme est un animal naturellement culturel. C’est tout simplement ce que nous observons et il n’est pas démontré que cette réalité nuise aux personnes et à la société.

Mais l’idéologie de l’égalité réelle vise paradoxalement à forcer le réel pour lui substituer un réel imaginaire qui n’existe que dans l’idée. L’égalité réelle est un parfait oxymore, l’abstraction égalitaire est un mirage. Poursuivre ce mirage conduirait à un interventionnisme d’Etat toujours plus coercitif pour forcer l’évolution des modes de vie, lesquels sont des processus culturels à maturation lente. Ce “passage en force” serait une forme de violence, qui porte en germe une tendance totalitaire.

Ce serait donc peut-être une bonne idée de sortir tranquillement de la névrose obsessionnelle de l’égalité pour accueillir pleinement cette vie qui nous est donnée, comme homme et femme, comme père et mère.

Guillaume de Prémare

Chronique Radio Espérance du 11 mars 2016

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