La mondialisation, comment ça marche ? Prenons six acteurs principaux : le marchand international ; l’Etat-providence ; le financier mondialisé ; le contribuable moyen ; Tchang la petite main asiatique ; et Martin le chômeur français de longue durée.

L’emploi de Martin a été transféré à Tchang, qui fabrique à bas coût pour le compte du marchand ; le marchand vend cette production bon marché à Martin-chômeur en faisant subventionner l’achat de Martin par l’Etat-providence ; cet Etat vit sous perfusion du financier mondialisé qui lui achète des titres de dette ; cette dette est principalement garantie par le contribuable moyen et non par les impôts du marchand international, lequel trouve refuge dans un paradis fiscal.

Les dindons de la farce, dans l’affaire, ce sont le contribuable moyen, particulier ou entreprise, et bien sûr Tchang et Martin. « Pauvre Martin, pauvre misère », chantait Brassens… Peu importe, pour l’Etat et le marchand, que Martin ait un emploi pourvu qu’il puisse consommer. Et pour pousser notre Martin-chômeur à acheter, avec l’argent du contribuable moyen, une PlayStation et des Nike dernier cri à son fils Kevin, on le plonge dans un environnement culturel ultra-consumériste et pulsionnel, à grand renfort de propagande publicitaire. A ce niveau de cynisme, la mondialisation bat tous les records.

Oh, rappelez-vous ! On avait promis à tous les Martin victimes de la désindustrialisation une société de cols blancs : les pays émergents feront l’industrie de base ; nous ferons les produits à haute valeur ajoutée, l’ingénierie, le conseil etc. Las, cette promesse était un mensonge. La vérité a été dite par Manuel Valls lui-même : « Nous, en France, nous avons fait le choix d’un chômage très important et très bien indemnisé »[1]. Ainsi, le chômage de masse est un choix. Dont acte.

Oui mais la mondialisation est un fait inéluctable, paraît-il : il n’y a pas le choix ! Nouveau mensonge. François Hollande a bien raison lorsqu’il déclare : « La mondialisation n’est pas une loi de la physique ! C’est une construction politique. Ce que des hommes ont décidé et construit, d’autres hommes peuvent le changer. »[2]

Cette machine infernale serait inopérante s’il n’y avait le grand casino financier mondial : il faut arroser de liquidités tout le système, dans une course sans fin. On a créé, à partir des années 1990, l’ingénierie financière, l’industrie financière, avec des produits de plus en plus sophistiqués ; risqués et interdépendants. Et les bulles se multiplient, la planche à billet tourne à plein régime, notamment aux USA.

Dès qu’il y a un problème, le chantage fonctionne à merveille : il y a un risque systémique, il faut que ça tienne, à tout prix. Pendant ce temps, Tchang continue à vivre comme un semi-esclave, le contribuable moyen est écrasé d’impôts et Martin a perdu sa dignité, celle du travail. Quant à Kevin, trop jeune pour avoir vu travailler son père, il apprend les ficèles de l’assistanat, à défaut d’un vrai métier.

Guillaume de Prémare
Chronique Radio Espérance du 10 juillet 2015

[1] Cité dans Le Monde du 6 octobre 2014

[2] Le Monde du 4 mai 2012, entretien croisé avec Edgar Morin

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