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nuit-bébéComment expliquer qu’un pays marqué par quinze siècles de christianisme ait pu renverser ainsi les principes fondamentaux de son organisation sociale ? Pourquoi l’important dispositif de résistance mis en œuvre, pendant près d’un an, par les opposants au projet s’est-il soldé par un échec ?

La réponse à ces questions n’étonnera guère ceux de nos amis, hélas trop peu nombreux, familiarisés avec ce que nous appelons la guerre culturelle : le lobby homosexuel n’est parvenu à ses fins que parce qu’il a mené pendant plusieurs années un combat culturel, avant de porter ses revendications sur le terrain politique.

C’est là l’objet de notre article : passer en revue quelques-uns des vecteurs de la culture pour montrer l’ampleur de la propagande homophile depuis quelques années.

Certes, l’homosexualité existe depuis toujours, mais quand elle n’était pas considérée comme « contre-nature », on estimait à tout le moins qu’elle relevait de la vie privée des personnes.

La fin des années 80 a vu l’émergence progressive dans le paysage culturel d’un courant favorable à une reconnaissance sociale des homosexuels. De discret, ce courant a pris de l’ampleur dans les années 90, jusqu’à devenir aujourd’hui omniprésent, en même temps qu’agressif et revendicateur.

Tous ceux que préoccupe le bien commun de la cité ne peuvent se désintéresser de ce fait nouveau et révolutionnaire : l’altérité sexuelle, issue de l’ordre de la nature, socle de notre société, pierre angulaire de la construction de l’identité de la personne est, depuis peu, puissamment contestée. [[Voir sur ce sujet notre numéro 340, de mars-avril 1997]].

« La nouveauté réside dans ce que l’homosexualité n’est plus présentée comme une manifestation, même légitimée, de la liberté individuelle, mais comme l’expression de la plus banale normalité » [[Louis Marie Le Roy, « L’Homme Nouveau », 6 juin 1999.]].

Aussi, en parallèle du développement d’un marché spécialisé ciblé sur un public homosexuel (livres, revues, films…) – ce que nous n’aborderons pas ici -, les figures de gays et de lesbiennes envahissent notre univers culturel; même « Le Monde » le reconnaît : « Le tabou est en passe de devenir une mode » [[- « Le Monde TV », 18-19 juin 2000.]].

Le cinéma

Il n’est qu’à regarder la récente production cinématographique pour s’en convaincre : certes, la France n’est pas seule concernée, et elle voit déferler depuis les années 90 un flot de films étrangers, où l’homosexualité est de mise – pensons à « Basic Instinct » de P.Verhoeven (1991) avec Sharon Stone, à « Philadelphia » de J.Demme (1996) avec Tom Hanks, à « Quatre mariages et un enterrement » de M.Newell (1994) avec Hugh Grant.

La notoriété des acteurs et la cible « grand public » de ces longs métrages à succès a indéniablement contribué à la banalisation de l’homosexualité. Et il ne se passe pas un mois sans que « Libération » ou « Le Monde » ne se fasse l’écho de films étrangers dont la thématique principale est l’homosexualité. Nous aventurer sur ce terrain nous mènerait trop loin, aussi nous en tiendrons-nous ici au cinéma français.

A tous ceux que les mises en garde contre la progression vertigineuse de la « culture de mort » laissent sceptiques (« chaque génération n’a-t-elle pas la nostalgie d’un « avant » idéalisé ?« ), le cinéma apporte un démenti éclatant. Car ce n’est que depuis deux, trois ans que « la représentation de l’homosexualité a envahi le cinéma grand public » (« Le Monde », 8 décembre 1999).

Certes, des figures d’homosexuels apparaissent dans l’un ou l’autre des grands succès des années 80, mais elles ne sont qu’un ressort de la farce (« La cage aux Folles » de Georges Lautner, avec Michel Serrault, 1978) ou de la provocation (« Tenue de soirée », de Bertrand Blier, avec Michel Blanc et Gérard Depardieu, 1986).

C’est à la France que revient, en 1992, le triste privilège de « permettre la naissance du 1er film grand public sur les amours bisexuelles en pleine tornade sida » [[In « Cinémascope » n°4, mai-juin 1995.]] : « Les nuits fauves », de et avec Cyril Collard. La souffrance de ce dernier, séropositif guetté par la mort, s’était muée en rage et en consommation effrénée de plaisirs dégradants : le malheur fut que l’on fit de ce cri obscène, lancé par un homme qu’il faut bien appeler pervers [[- Faire la lumière sur la véritable personnalité de Cyril Collard est un impératif de salut public : l’un de ses livres, « Condamné amour » (Ed. J’ai lu) est un ramassis de scènes scatologiques et ordurières, dont certaines font l’apologie de la pédophilie et du viol d’enfants.]], un prétexte à la justification de tous les dévoiements.

Néanmoins, bien qu’il ait été encensé unanimement par la critique, il se voulait le porte-parole d’une « communauté particulière », frappée de plein fouet par l’apparition d’un virus mortel et hurlant sa peur et sa détresse. « La position marginale ou outrancière des personnages confinait l’expérience de ces derniers dans un univers somme toute très différent du lot quotidien. L’homosexualité était un état légitime, mais catégorisé » [[Louis Marie Le Roy, « L’Homme Nouveau », 6 juin 1999, souligné par nous.]].

Sorti la même année, « J’embrasse pas », de Téchiné, avec Emmanuelle Béart, portrait intimiste et réaliste de la prostitution homosexuelle, à Paris, s’inscrit également dans cette lignée.

1995 marque une étape : pour la première fois, un film populaire, qui fait salle comble aborde de front la question de l’homosexualité féminine et « fait, mine de rien, sauter un tabou » [[« Le Point », 4 février1995.]]. « Gazon Maudit » [[- « Gazon, pour la toison pubienne, et maudit, comme l’interdit qui frappe les amours de femmes« , Josiane Balasko, ibid.]], comédie de Josiane Balasko, met en scène un couple de lesbiennes, « qui s’embrassent, se câlinent et prennent leur bain ensemble le plus naturellement du monde » [[- « Le Point », 4 février 1995.]]. La banalisation est en marche.

Suite à cette entrée en scène fracassante des homosexuel(le)s, il y a une accalmie pendant deux années, le temps de laisser l’opinion reprendre son souffle : les films qui plaident pour que l’hétérosexualité ne soit plus la norme n’ont qu’une portée limitée [[Par exemple, « A toute vitesse », comédie dramatique de Gaël Morel, avec Elodie Bouchez (1996). Ou « Chacun cherche son chat » de Cédric Klapisch, jeune cinéaste considéré, non sans raison, comme l’un des plus prometteurs de sa génération : l’homosexualité trouve naturellement sa place dans cette peinture du XIè arrondissement de Paris, très prisé par les « parisiens branchés ». La jeune femme dont on nous retrace les mésaventures, vit avec un ami homosexuel – ce qui nous vaut une scène de sodomie, en ombre chinoise – et repousse gentiment – mais sans manifester d’étonnement – les avances d’une de ses amies qui tente, au retour d’une soirée, de l’embrasser.]].

En 1998, au contraire, c’est le déferlement : le lobby homosexuel – qui prétend parler au nom de la « communauté homosexuelle », mais ne représente que lui-même, c’est-à-dire une minorité active – sait que toute revendication politique est vaine, si les Français ne font pas au préalable l’objet d’un matraquage médiatique, qui prépare le terrain. Le Pacs doit être dans les têtes, avant de se parer des attributs du droit.

Au cinéma, on voit sortir coup sur coup, pour ne parler que des films au retentissement important : « L’homme est une femme comme les autres », de Zilbermann avec Antoine de Caunes, histoire d’un jeune clarinettiste homosexuel, amoureux de son cousin, et préoccupé de déjouer les manœuvres de sa mère pour le marier : « L’homosexualité domine le film » [[ROC (Réseaux d’organismes Chrétiens) du 24-30 avril 1999.]]; « Alice et Martin » de Téchiné, avec Juliette Binoche, œuvre non dénuée de qualités, mais dans laquelle le réalisateur, coutumier du fait [[- Nous avons évoqué son film « J’embrasse pas ». Mais on aurait pu citer également « Le chêne et le roseau » (1994), peu connu du grand public, mais dont « Le Monde » nous dit qu’en matière d’homosexualité, « il fait figure de film fondateur » (18-19 juin 2000).]] ne peut s’empêcher de glisser une figure, discrète, d’homosexuel. Enfin, « Ceux qui m’aiment prendront le train », comédie dramatique de Patrice Chéreau avec Jean Louis Trintignant et une palette de jeunes acteurs en vogue [[- Vincent Perez, Charles Berling, Valeria Bruni Tedeschi…]]. L’enterrement d’un peintre rassemble dans le train qui part pour Limoges, sa ville natale, un groupe disparate de ses proches (parents, amis, amants), qui rencontre là-bas la famille du défunt. Parmi eux, un trio d’homosexuels, un transexuel… Là, les intentions du cinéaste sont claires : « Il n’y a pas que le mariage entre hommes et femmes (…), il n’y a pas de modèle. (…) Ce qui m’intéressait, c’était de mettre sur le même plan des gens qui vivent des façons d’être en couple différentes » [[- P.Chéreau, « Le Figaro » (10 mai 1998). Précisons qu’au début des années 1980, Chéreau avait été l’un des premiers à filmer une scène érotique entre hommes, avec « L’Homme blessé ».]].

Cinéma, mais aussi télévision, littérature, publicité, presse écrite, chansons… : la voie était libre pour le Pacs, objet de discussions houleuses au Parlement cette année-là. Le seul moyen de lui barrer la route eût été de ne pas abandonner les arts à une poignée d’idéologues, gagnés à la culture de mort : écrire, peindre, mettre en scène, chanter, diriger une boîte de publicité…, et célébrer ainsi les valeurs éternelles qui ont fondé notre civilisation, autant d’actions au service de la cité que notre famille de pensée a par trop négligées. La culture imprègne si bien les mentalités et les cœurs que nous ne saurions, sans conséquences tragiques pour notre société, négliger son importance capitale, pour édifier la civilisation de l’amour.

Avec l’adoption du Pacs, le cinéma s’en est donné à cœur joie, et il est maintenant acquis à la cause des homosexuels : en 1999, deux films, très différents, ont fait parler d’eux et achevé de « normaliser » l’homosexualité. Il est éloquent de s’y arrêter, pour « prendre le pouls » de notre société à l’aube du IIIème millénaire.

« La nouvelle Eve », d’abord, de Catherine Corsini, avec K.Viard, film que la coterie des intellectuels parisiens a salué comme un manifeste de la « femme de l’an 2000″. Où l’on voit les dégâts du féminisme soixante-huitard, qui a poussé à son paroxysme la négation de la nature propre d' »Eve » : Camille, la trentaine, aussi furieusement parisienne que célibataire « ne veut ressembler à personne, surtout pas à ses amis trentenaires comme elle, déjà tous engagés dans des vies pépères. Entendez : avec un seul partenaire sexuel ou, pire, avec une alliance à l’annulaire et un bébé en route » [[- « Télérama », 1999.]].

Alors, elle couche à tire-larigot, fait l’amour à la sauvette dans des ascenseurs, se distrait dans des « partouses » branchées, fustige la « mollesse du PS », et n’a d’autre religion que l’anticléricalisme et un absolu mépris pour ce qu’elle juge traditionnel. A ce triste tableau s’ajoute son penchant occasionnel pour les filles : on la voit en embrasser une à pleine bouche, en boîte, et l’on apprend qu’elle compte parmi ses « ex » Solveig, qui forme désormais avec Louise un couple « indestructible » (sic).

A côté de ce reliquat d’un féminisme hargneux, aujourd’hui en perte de vitesse, « Belle-Maman » de G.Aghion, avec Catherine Deneuve et Vincent Lindon ferait presque figure de comédie gentillette : mais n’est-ce pas justement quand l’idéologie adopte un profil bas, et se faufile, l’air de rien, dans un divertissement sans prétention qu’elle est la plus dangereuse ? En l’occurrence, dans cette histoire trépidante, centrée autour d’une Catherine Deneuve délurée, tatouée et consommatrice de haschich, c’est Line Renaud qui se fait l’interprète des homosexuelles : mère de Deneuve dans le film, elle est l’image même de la lesbienne épanouie, qui clame à tue tête, d’un ton enjoué, le jour de la naissance de son arrière petite-fille : « elle sera gouine, comme moi ». Rôle qui lui vaut une pleine page dans le magazine féminin « Cosmopolitan », intitulée : « Line Renaud, enfin homo ».

Ce n’est pas tout : au cours du film, on apprend que le meilleur ami de Vincent Lindon s’est découvert brutalement « pédé » (sic), en « vomissant sur sa femme » (re-sic) et qu’il est amoureux d’un homme. « Quand je le regarde, je suis heureux« , ajoute-t-il, le visage radieux.

« Belle-maman » n’est pas l’unique comédie véhiculant un message de prétendue tolérance envers les homosexuels que l’année 1999 ait vu fleurir : on pourrait évoquer également « Pourquoi pas moi » de Stéphane Giusti, histoire de plusieurs jeunes « branchés, créatifs, biens dans leur peau, leurs codes et leur temps » [[– « Le Monde », 7 janvier 1999.]] qui avouent leur homosexualité à leurs parents, au cours d’un dîner; la présence de Johnny Halliday, vedette nationale, dans ce film ne contribua pas peu à renforcer l’idée qu’aujourd’hui l’homosexualité est bel et bien un acquis. Ou « Le derrière » de et avec Valérie Lemercier, comédie où l’acteur Claude Rich campe un homosexuel raffiné.

En 2000, on a continué sur cette lancée : à côté des films dits « d’auteur » au faible retentissement, où l’homosexualité sert de prétexte à l’indigence du scénario, et à la crudité d’images qui relèvent de la pornographie [[- Exemple : « Presque rien », de Sébastien Lifshitz, dont « Le Monde » (7 juin 2000) et « Libération » (7 juin 2000) vantent l' »insolence » , « histoire du délicieux Mathieu, amoureux du ravissant Cédric« . (Libé).]], les comédies sont la vitrine la plus efficace de banalisation de l’homosexualité. Combien se sont laissés séduire par « Le Placard » de F.Veber, avec trois de nos plus brillants acteurs français (Depardieu, Lhermitte, Auteuil), alors que ce divertissement, par ailleurs sans souffle, est une aubaine pour le discours suicidaire selon lequel « toutes les sexualités se valent » ? Au premier abord, le film semble s’émanciper du « politiquement correct », en stigmatisant le tout-puissant lobby homo (un comptable sur le point d’être licencié se fait passer pour un homosexuel, afin de garder sa place : la crainte de l’entreprise d’être taxée d' »homophobie » rend le subterfuge efficace). Mais, le réalisateur tombe dans le travers qu’il ridiculise (la lâcheté face aux groupes de pressions), puisque pour contrebalancer sa critique de la tyrannie que la pensée unique fait peser sur tout un chacun, il se sent obligé d’introduire dans son histoire un vieil homosexuel, bonhomme et généreux. Sous peine sans doute d’être lui-même taxé d’homophobie ?

Nous terminerons notre tour d’horizon du cinéma sur un film tout récent : « Barnie et ses petites contrariétés » de B.Chiche, avec Luchini, et Nathalie Baye : un homme marié se retrouve en mauvaise posture lorsque sa maîtresse… et son amant tombent face à face, et menacent de tout révéler à sa femme. S’agit-il d’une simple concession du réalisateur à l’air du temps ? Exagère-t-on en lui attribuant une intention militante; ne s’agit-il pas d’un vaudeville sans autre ambition quede faire rire ? Les propos de son auteur parlent d’eux-mêmes : « Ce qui est assez moderne, c’est sans doute notre manière de voir le couple, de parler de l’homosexualité. Barnie aime un homme, et alors ? » [[- Bruno Chiche, extrait du site Internet de « Barnie et ses petites contrariétés » : www.barnie-lefilm.com]].

La télévision

Devant pareille déferlante, on voit mal comment le petit écran aurait été épargné : là aussi, force est de constater que la banalisation de l’homosexualité va bon train, et qu’il s’agit d’un phénomène récent.

Dans les années 60, on n’en trouve d’autre trace qu’un drame de 1966, où les relations entre deux hommes sont qualifiées de « coupables » et d' »anormales« .

La première émission sur l’homosexualité date de 1973, mais elle aborde la question sous un angle médical [[- Cf. « Le Monde TV », 18-19 juin 2000.]]. Il faudra attendre 1975 pour que « Les Dossiers de l’Ecran » s’intéresse à « l’homosexualité, une condition difficile » [[Sur Antenne 2. Cf « Le Monde TV », 18-19 juin 2000.]] et 1982 pour que les lesbiennes soient à leur tour « sujet d’étude », dans l’émission « La vie à vif » [[Cf « Le Monde », 23 juin 1995.]]. En 1984, « Les dossiers de l’Ecran » poursuivent leurs investigations avec une enquête intitulée : « Etre gay en 1984 ».

Bien peu de chose, somme toute, au regard de la situation actuelle : « Depuis le sida et le Pacs, l’homosexualité acquiert plus de visibilité dans la vie sociale. (…) La télévision accompagne [nous aurions dit « favorise »] ce mouvement, et souvent l’accélère. (…) Aujourd’hui, elle [sert] l’homosexualité presque à toutes les sauces, tant le tabou est devenu un thème porteur : à la fois garantie d’audience et gage de modernité « branchée«  » [[- Pierre-Yves le Priol in « La Croix », 22 novembre 2000.]].

Dans un premier temps, sous couvert de prévention contre le sida, la télévision a été un support pour le lobby homo désireux de lever les tabous sur l’homosexualité, quitte à verser dans la pornographie : les dix clips interdits aux moins de 12 ans, diffusés en décembre 1996 par Arte, M6 et Canal Plus n’ont-ils pas été qualifiés de « clips osés pro homos« , « plutôt salés » pour certains, par « France Soir » [[30 novembre 1996. « Le plus hard« , nous dit-on, est celui où « deux hommes se rencontrent, sont submergés par le désir, et font l’amour aussitôt d’une façon bestiale et sans préservatif. Ensuite, c’est l’angoisse. (…) Bien qu’on ne voit pas les parties intimes des protagonistes, mais uniquement leur dos qui se griffent en très gros plan, la violence du rapport sexuel, accrue par une bande sons faite de halètements et de cris rauques est de l’ordre du X« .]] ?

Toutefois, pour ne pas brusquer une opinion publique peu familiarisée avec l’univers gay, il fallait avancer à pas de loups.

Les séries

Ce sont les séries qui ont ouvert le feu : la prudence le commandait, si l’on en croit les propos du directeur des fictions de France 2, Nicolas Traube : « J’ai demandé aux producteurs de traiter des exclusions. C’est là, me semble-t-il, la fonction du service public. [ Qu’il nous soit permis de nous en étonner… Ne serait-ce pas de permettre à tous de se divertir et de se cultiver intelligemment ?]. Notre stratégie, lorsqu’on veut aborder une problématique susceptible de choquer, c’est de la glisser d’abord dans un épisode avec héros récurrent-comme « L’Instit ». Les spectateurs l’apprécient. Il assure une fonction de médiation. Après seulement, on met en chantier des téléfilms autour du sujet » [[Juin 1999.]].

Preuve, s’il en était, que nous sommes bien face à une minorité qui veut imposer ses vues à une majorité. Par ailleurs, de combien de temps d’audience disposent les catholiques fidèles au Pape, les handicapés, les opposants à l’avortement… autres « minorités » ?

Depuis « Une famille formidable » (1992), avec Annie Duperey, contant les péripéties de la famille Beaumont, dont l’ami d’enfance du fils, Nicolas, se découvre une attirance pour les hommes, l’introduction d’un personnage homosexuel dans les séries est devenu un passage obligé : même « L’Instit », avec Gérard Klein, en a fait le thème central d’un de ses épisodes, en 1998 [[- « Le bouc émissaire », France 2, octobre 1998 : deux frères vivent chez leur père, homosexuel, habitant avec son compagnon. Tout va bien jusqu’au jour où les copains de classe sont mis au courant.]].

L’année 2000 a été une apothéose : « Crimes en série », « La Crim », « PJ »… se sont pliés à la loi du genre [[Dans « Crimes en série », de Patrick Dewolf, le collègue de Thomas Berthier (Légitimus) est homosexuel. (France 2, 1998-2000). Dans « La Crim », polar de Denis Berry et Miguel Courtois, c’est le fils de l’inspecteur Paulo (France 2, 1999-2001). Dans « PJ », série de Gérard Vergez, sur un commissariat de quartier, une capitaine de police est lesbienne. (France 2, 1999-2000.)]]. Avec ceci de redoutable que les homosexuels et les lesbiennes en question ne sont jamais que des hommes et des femmes bien dans leur peau et équilibrés.

Rien de tel pour donner de l’homosexualité une image avenante, très éloignée de la réalité, où mal-être et souffrance sont bien souvent le lot quotidien : on est loin des provocations continuelles d’Arte qui s’est faite depuis longtemps l’avocate des homosexuels [[« Arte est la seule chaîne à aborder la thématique homosexuelle dans toutes les cases et hors événement », in « Le Monde TV », 18-19 juin 2000.]], ou de Canal Plus, qui inaugura, en 1995, en prévision de la Gay Pride, la « Nuit Gay » (9 heures de programme, une première, qualifiée par « Le Monde » d' »acte de courage » [[« Le Monde », 19-25 juin 1995.]] et diffusa en 1999 un pitoyable téléfilm britannique du réalisateur Russel T.Davies, « Queer as folk » (littéralement « de vrais pédés »).

S’il faut, bien sûr, se garder de visionner un pareil « fleuve de boue » [[ROC n°1465, 10-16 juillet 1999.]], en connaître le contenu permet d’alerter les consciences sur la gravité de la situation : dans ce trio d' »homosexuels qui s’éclatent sans retenue » [[« Le Monde », 20-21 juin 1999.]], l’un est le père d’un enfant conçu avec une lesbienne, en même temps que l’amant d’un des deux autres, âgé (tenez-vous bien) de 15 ans… La scène de sexe où ce mentor de 29 ans initie le mineur à « l’amour physique » n’est pas épargnée au téléspectateur… Saurons-nous sans mot dire tolérer cette ignominie ?

Les téléfilms

Une fois le public accoutumé aux personnages d’homosexuels glissés dans ses séries favorites, on le juge mûr pour passer à une vitesse supérieure : les téléfilms.

Depuis 1998, nul ne peut y échapper : les fictions centrées sur les injustices ou les incompréhensions dont les homosexuels font les frais se multiplient. Quelques exemples suffiront pour donner la mesure de ce matraquage destiné à culpabiliser l’opinion.

Arte et France 2 – encore eux -, avaient ouvert le bal, en 1995, avec « Muriel fait le désespoir de ses parents » (par son désintérêt pour la gent masculine), de P.Faucon, et « Charlotte, dit Charlie », de C.Huppert, rediffusé récemment [[France 2, le 7 juin 1999.]] pour le plus grand bonheur du « Monde » [[« Le Monde », 4-5 avril 1999.]] qui y avait déjà consacré une double page, la première fois [[– « Le Monde TV », 28-29 mai 1995.]].

L’histoire de ce dernier téléfilm mérite que l’on s’y arrête car, le croirez-vous ?, l’héroïne n’a pas 16 ans : « Quand son amie lui annonce qu’elle est amoureuse d’un garçon, Charlotte a une réaction de dégoût ; elle ne parvient pas à s’attendrir à la vue du ventre rond de sa sœur, enceinte; un soir, à la télévision, elle zappe sur un film érotique, et la vision de deux femmes enlacées la trouble« . On n’ose imaginer la confusion que pareil scénario peut générer dans les esprits et dans les cœurs.

Fin 1998, M6 suit le mouvement : « Le Tuteur », diffusé le 9 décembre, conte l’histoire « d’un homme vivant avec un homme, qui se voit confier par testament la garde de la fille de sa sœur décédée. Il aura du mal à convaincre son entourage qu’il est capable d’élever un enfant » [[« L’Evènement du Jeudi », 17-23 décembre 1998.]].

Une semaine plus tard, le 16 décembre, France 2 récidive, en prime time, avec « Tous les papas ne font pas pipi debout », téléfilm loué par « L’Evènement du Jeudi » parce qu’il « traite avec intelligence et sensibilité de la difficulté, pour un enfant, à être élevé par deux mamans. Difficultés surtout dues aux réactions d’intolérance et à la cruauté du monde enfantin« .

TF1 n’est pas en reste, et fait dans la surenchère, avec « La vocation d’Adrienne » [[- Diffusé le 29 mars 1999.]] comédie de J.Santoni, dont l’héroïne (Annie Duperey), a un mari homosexuel en même temps qu’une fille lesbienne !

Le ton était donné, et c’est sans surprise que l’on a assisté, en l’an 2000, à un raz-de-marée médiatique en faveur des droits des homosexuels. Nul besoin de multiplier les preuves pour étayer notre démonstration : le téléfilm diffusé par France 2, le 26 janvier, « Juste une question d’amour » de C.Faure est à lui seul représentatif des revendications d’une frange très minoritaire, mais hélas très puissante, de la population. Le récit de cet homme mis en demeure par son amant, qui souffre de vivre dans l’ombre, d’assumer son homosexualité auprès de sa famille plaide pour une plus grande visibilité de l’homosexualité, option parmi d’autres de la vie amoureuse.

Les enquêtes de société

Pour que les ultimes réfractaires campés sur une vision traditionnelle et multiséculaire du couple capitulent, il restait à faire de l’homosexualité un thème récurrent des émissions dites « de société », miroirs présumés de notre époque.

En octobre 1998, Mireille Dumas accueille, dans « La vie à l’endroit » [[France 2, le 27 octobre 1998 : « Le village des homos en toute liberté ». 37 – « Le Monde », 27 octobre 1998.]] des hommes qui « aspirent à vivre et à exprimer une homosexualité souvent cachée pendant des années » [[Note n°37 non trouvée en bas de page]].

En 1999, l’émission « Ca se discute », sur France 2, animée par Jean-Luc Delarue consacre pas moins de trois sommaires à l’homosexualité (la filiation, l’univers gay, puis lesbien). En mars de la même année, « Zone interdite » (M6) s’intéresse aux femmes « qui font un bébé toutes seules », parmi lesquelles un « couple » de lesbiennes, avec un enfant né d’une liaison « hétérosexuelle » antérieure et un autre vivant en Belgique, qui a eu recours à la procréation artificielle, avec donneur.

Dans la même veine, en novembre 2000 [[France 2, 20 novembre 2000.]], « Jour après jour », magazine présenté par l’incontournable Delarue suit trois hommes et une femme qui décident de révéler publiquement leur homosexualité à leurs proches. Etc…

Apprendre à décrypter le mécanisme de ces émissions, qui s’appuient sur la force de témoignages souvent poignants, permet de garder sa pleine liberté d’appréciation, et d’échapper au conditionnement ambiant :

– Le prétendu débat démocratique est un leurre, que les contradicteurs soient tournés en dérision (on fait appel à des caricatures ou à des extrémistes), ou qu’ils soient sous-représentés numériquement.

Auquel cas, ils prennent place parmi un parterre d’invités, en accord sur un postulat de base (en l’occurrence : la légitimité de l’homosexualité), mais en désaccord sur des points accessoires. Chacun fait part de son expérience, forcément particulière, et fait mine de la confronter à celle du voisin : la recette fait illusion, et les seuls véritables opposants dénotent tellement, qu’ils font figure d’irréductibles retardataires. Sur le fond, le débat n’a pas lieu, mais les apparences sont sauves.

Les reportages s’attachent à nous montrer les témoins dans les scènes les plus ordinaires de leur vie quotidienne (le repas, les courses, les pauses cafés…), pour permettre aux téléspectateurs de s’identifier à eux. Pourquoi alors leur refuserait-on ce qui est accordé à tous ?

On se garde bien de suivre les homosexuels dans leurs dérives nocturnes, de s’interroger sur leur devenir (rares sont les « couples » homosexuels qui tiennent sur la durée), de poser les vrais problèmes (la solitude des homosexuels, une fois leur jeunesse disparue : « Passé 50 ans, dans le milieu, c’est une horreur », aux dires d’un jeune gay de 26 ans [[Cité par « Le Monde », 27 octobre 1998.]]).

– Pour départager des points de vue – qui sont en fait de faux jumeaux -, l’émission est clôturée par un spécialiste, dont le titre (psychologue, sociologue…) fait autorité, et qui est à la botte de la pensée dominante.

– Le public, trié sur le volet, l’est aussi bien souvent.

Aussi, que ceux qui seraient tentés, à la vue de ces documentaires, de baisser les bras ne se laissent pas impressionner : ces manipulations ne reflètent pas la réalité sociale.

La publicité

Mais elles risquent d’avoir, à la longue, un effet d’incitation, le climat et les institutions ayant un impact inéluctable sur tous et chacun. Raison pour laquelle le déferlement de l’homosexualité dans un autre secteur, celui de la publicité, ne laisse pas d’inquiéter : car si l’on peut bouder le grand ou le petit écran, on n’échappe pas à l’influence de la publicité.

Or, le pouvoir d’achat des homosexuels étant supérieur de 20 à 30 % à la moyenne nationale, il faut désormais compter avec un « marketing gay » : « C’est un nouveau marché, il faut être concurrentiel », explique Mireille Faugère, directrice adjointe des grandes lignes à la SNCF [[– « Le Figaro », 30-31 janvier 1999.]].

C’est ainsi que l’on a pu voir, en 1997, une publicité d’Agfa (marque de matériel photographique) représentant une petite fille en train de photographier deux hommes tendrement enlacés, avec ce slogan sans ambiguïté : « Changez votre regard… sur la photographie« , et une légende dans la plus pure tradition du nominalisme [[Le nominalisme est un courant philosophique qui ne retient du réel que le mouvement : tout bouge, tout évolue, il n’y a pas de principe transcendant. Voir « Les Fondements de la Cité », de Jean Ousset, DMM, pp 30-35.]] : « Tout bouge, tout change, les regards évoluent et la technologie prépare l’avenir… pour changer radicalement de regard… sur la photographie« .

Le procédé utilisé est particulièrement sournois, puisque la plus grande tolérance à laquelle nous sommes appelés (voire condamnés par le sens de l’histoire) est ici figurée par un enfant, symbole de la pureté, de l’innocence, et messager de la vérité.

Triste ironie, l’enfant est aussi le fruit de l’amour entre un homme et une femme, alors que la relation homosexuelle est par nature stérile : bien malgré elle, cette publicité n’est-elle pas en somme un symbole de l’affrontement entre la culture de mort et la culture de vie ?

Depuis, le Pacs est passé dans les mœurs, et certains publicitaires n’hésitent pas à y aller plus franchement encore : qui ne s’est indigné devant l’offense faite aux femmes par la récente publicité de Dior où des « lesbiennes chic (…) à peau humide et bronzée se chevauchent en adoptant des poses suggestives, voire agressives » [[ – « Le Monde », 13 mai 2000.]]. Aux dires mêmes du « Monde », c’est une première pour la marque de haute couture, jusque là très sobre dans sa communication : indice supplémentaire d’une accélération de la déliquescence morale de notre société, ou au moins de la caste au pouvoir.

Le CEAQ, laboratoire de l’Université de la Sorbonne dirigé par un sociologue, y voit « l’émergence de nouveaux codes d’échange, de tribalisme, d’animalité » : c’est bien de cela dont il s’agit, une déshumanisation de l’homme, esclave de ses pulsions.

Pour l’heure, ce type de publicité n’est que le reflet des pauvres fantasmes d’un petit cénacle parisien corrompu, même si la journaliste du « Monde » nous assure, sans rire, que ces images « transformerai[ent]t en actes ce qui existe, de façon inavouée dans toutes les têtes« . (Vous l’ignoriez ?) !!

Elles sont, analyse le sociologue S.Hugon « des indices, de petits évènements marginaux, qui disent en majeur ce qui se passe dans le corps social en mineur » [[- Souligné par nous.]]. Le risque, si nous ne réagissons pas, est qu’elles déstabilisent tout un chacun.

Protestons, boudons les marques en cause, réhabilitons, par le discours et par l’exemple, l’amour vrai et la famille. Et formons-nous, pour être à même de déceler les manifestations, parfois discrètes, de la culture de mort : concrètement, dans ce domaine de la publicité, certains « annonceurs ne sont pas encore prêts à oser une communication directe à destination des homosexuels (…) Une seule solution : brouiller les pistes, jouer sur les clins d’œil (…). Bref, louvoyer dans l’ambiguïté avec maestria ».Pour ne pas alourdir notre article, nous ne passerons pas en revue toutes les publicités qui, de Yves Saint Laurent, à Nana, en passant par Calvin Klein, Gucci, Gaultier, Dim, « jouent des doubles messages » [[ « Le Figaro », 30-31 janvier 1999]] : il suffit de feuilleter un quelconque magazine pour s’apercevoir que la cause homosexuelle, là aussi, gagne du terrain.

Nous aurions pu sans mal poursuivre notre étude, par des exemples tirés de la littérature, de la chanson ou de la presse féminine de ces dernières années : le constat n’aurait pas varié, la ritournelle est toujours la même.

Ne soyons pas dupes pour autant : le lobby homosexuel est une minorité agissante, dans lequel nombre de gays et lesbiennes ne se reconnaissent pas : son discours arrogant, brutal et mensonger – car il présente le mode de vie homosexuel comme festif et libérateur – est finalement irrespectueux des homosexuels eux-mêmes.

Beaucoup d’entre eux sont blessés, moins parce qu’ils sont marginalisés (nous, catholiques, le sommes bien davantage) que parce que leur homosexualité les conduit dans une impasse. Ils ont, comme tout homme, soif d’une parole de vérité, que seule l’Eglise est à même de leur apporter.

Ne nous laissons pas intimider par le discours dominant : considérer que la complémentarité homme/femme est la seule à même d’assurer l’épanouissement individuel et l’harmonie sociale ne fait pas de nous des homophobes. Nous respectons tout homme, créé à l’image de Dieu, et ne contestons pas la possibilité pour chacun de vivre, en privé, comme bon lui semble : nous demandons en revanche le droit de vivre dans une société fondée sur le respect de la dignité et de la liberté humaines.

A nous d’y travailler, sans jamais oublier que la Nouvelle Évangélisation est une réalité incarnée, qui ne pourra se traduire politiquement si nous ne mettons tout en œuvre pour favoriser un renouveau culturel.

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