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La famille hétérosexuelle monogamique stable fondée sur l’amour : une réalité ancienne et non une invention sociale. L’apport considérable de l’Eglise à la dignité du mariage et au « triomphe du couple ». Place de la femme et de l’enfant. La maison et la table. « La richesse, ce sont les parents et les amis ». Responsabilité politique des familles.

Nota : cette conférence comporte des éléments historiques appuyant la réflexion.

1ère partie

2ème partie

 

LE TEXTE : LA FAMILLE, PREMIER ROYAUME DE LA TERRE

Introduction

Mon introduction sera puisée dans deux ouvrages qui viennent de paraître : « L’amour en morceaux » de Gérard Leclerc et « La souveraineté nécessaire » du Professeur Mattei. Dans le premier,  Gérard Leclerc s’inflige et nous inflige un voyage au bout de la nuit avec toutes les théories de l’amour depuis Jean-Jacques Rousseau jusqu’à nos jours en passant par  tout le dédale des théories soixante-huitardes, post-soixante-huitardes, qui se résument à la déstructuration de la personnalité et de l’amour,    le but ultime étant la dissolution de la personne humaine.

C’est ce que confirme le professeur Roberto de Mattei dans son livre, où il dit que le but du totalitarisme, de la révolution, ou des formes modernes de la révolution après la chute  du mur de Berlin, c’est la dissolution de la notion de souveraineté. Contrairement à ce qu’on pense (il est spécialiste de l ‘Europe et publie une revue qui s’appelle “Correspondance européenne”), le but de l’Europe n’est pas celui  des institutions européennes, ou celui d’arracher leur pouvoir aux institutions étatiques au profit d’un super-Etat européen, mais bien plutôt au profit d’une dissolution complète de la notion de souveraineté. Il ne faut pas, au-dessus des Etats ou à la place des Etats européens, un super-Etat, il ne faut plus d’Etat du tout. C’est la reprise du vieux thème anarchiste de Bakounine et sous une certaine forme celui de Marx. La théorie de ces idéologues est celle-ci : l’homme lui-même doit se dissoudre dans un cosmos plus grand ;  c’est une théorie qui fleurit beaucoup chez les Verts, à savoir que l’homme est un prédateur, dangereux pour la nature. Ce qui doit régner, c’est le néant, mais un néant organisé contre l’ordre établi, tant au  plan humain qu’au plan des institutions. La souveraineté de l’Etat et celle de la personne ne vont pas l’une sans l’autre.  Ordre et souveraineté vont de pair.

Donc, on a d’un côté “L’amour en morceaux” qui raconte la dissolution de la personnalité avec l’éclatement de l’amour et, de l’autre côté, cette volonté de dissoudre les liens de la personne avec les autres personnes avec la dissolution de la nation, alors que Jean-Paul II nous répète que «La nation fait en l’homme l’humain ».On voit très bien quelles sont les oppositions, les « cadres de la lutte » – comme dit le saint Père – entre la culture de mort et la culture de vie.

Pour lutter contre ce néant organisé, il faut favoriser et soutenir  tout ce qui va dans le sens de l’ordre naturel et surnaturel. Il ne s’agit pas d’être « contre », mais « pour ». Aujourd’hui, l’ordre de bataille du chrétien, du catholique convaincu, c’est de soutenir tout ce qui va dans le sens de la vie, de l’être, de sa continuité et de son respect, et ce qui est le centre même et le coeur même de la vie : l’amour.

Premier royaume de la terre

La première des réalités qui s’impose, c’est la famille. Pourquoi ? D’abord, tout simplement, parce qu’elle perpétue l’espèce humaine si décriée par cette culture du néant. Selon cette théorie, il faut abandonner l’image de l’homme roi de l’univers, unique être doué de raison au milieu d’esclaves de toutes sortes ; en réalité, l’homme n’est aujourd’hui qu’une partie d’un tissu fort complexe d’inter-actions, bref un « trop » dans l’univers comme disent certains ! Face à cela, la famille, par nature et définition, par expérience spontanée, fait des hommes. A ce titre, elle est le premier royaume de la terre.

La famille a une dimension personnelle et une dimension de liberté, et elle est le lieu même de l’amour. Elle a une dimension économique, sociale, culturelle et politique. C’est pour cela qu’il y a ce terme de “premier royaume de la terre”. Je vais essayer de vous montrer que cette réalité-là n’est pas une  idéologique ou née d’une théorie, n’est pas non plus une réalité d’aujourd’hui et pas d’hier ou inversement,  mais c’est que c’est quelque chose d’absolument constant et particulièrement constant depuis l’ère chrétienne.

Il est de bon ton, depuis surtout François Mitterrand, voire depuis 68, de parler d’autres modèles de famille. Il n’y aurait pas que la famille monogamique : un homme et une femme pour la vie pour l’éducation des enfants, dans un système indissoluble et religieux. Cela, ce serait le modèle chrétien, un modèle parmi d’autres, un modèle du XIXe siècle, et il faudrait maintenant avoir une vision plurielle de la famille – tout est pluriel aujourd’hui !- : famille recomposée, monoparentale, de personnes de même sexe… Seulement, ce n’est pas là la réalité historique !

L’amour est au cœur de la famille : à entendre certains,  cela aussi serait une invention récente et  pendant des siècles, l’amour n’aurait eu aucune espèce d’importance ! Les familles se constituaient sans amour, pour des nécessités purement économiques ou tribales : nos ancêtres, beaucoup moins intelligents que nous par définition, étaient donc incapables de se libérer, alors que nous, nous sommes libérés du poids de la tradition ! Le sentiment amoureux – comme dirait Mme Badinter – commence à naître à peu près à la fin du XVIIe, peut-être au XVIIIe, mais sûrement pas avant ! Avant, il ne faut pas penser à ces choses-là ! Cette famille-là était une famille écrasante, pour la femme particulièrement, qui était vouée à la reproduction de l’espèce et au plaisir brutal de celui qui l’avait épousée ainsi qu’aux travaux les plus sordides de la maison etc..

Donc, voilà toute une série d’images qui sont tellement diffusées qu’elles sont comme l’arrière-fond de notre pensée. A l’opposé, dans une toute petite partie de la population, il y a aussi l’idée qu’il y avait des familles magnifiques, y compris  au Moyen-âge, et qui étaient le modèle de la vie sociale, mais que tout çà s’est écroulé au fil du temps…Donc, il y a des visions qui ne semblent pas pouvoir se réunir.

Nous allons plonger dans quelques éléments de l’histoire afin de prouver qu’il n’y rien de linéaire, ni d’absolu. Nous nous faisons du Moyen-âge, qui a duré mille ans, une idée fausse : en mille ans, les choses changent. Mais surtout, c’est qu’au même moment, à l’intérieur de la même époque, on a tous les cas de figures de la famille. On a des familles-souche, avec un nombre assez considérable de personnes à table, on a des familles qu’on appellerait aujourd’hui nucléaires (le père, la mère et les enfants), et les familles très liées par les fratries, etc. Sur le territoire de la Gaule ou ensuite de la France, on a des cas de figure extrêmement divers. Les héritages de Rome sont assez lourds dans le Midi, ceux de la famille germanique sont assez forts dans l’Est, etc. Mais tous ces exemples présentent quelques lignes directrices  données par l’Eglise pour le plus grand bien de tous. Ce qui était vrai il y a 1200 ans reste extraordinairement vrai aujourd’hui.

Mariage et civilisation de l’amour

Et qu’est-ce que l’Eglise va imposer ? Voilà ce qui nous importe. Sa lutte a été constante contre une certaine forme de droit romain, que pourtant elle va récupérer en partie, contre une certaine forme de police royale, que pourtant elle va accepter en partie aussi… Aujourd’hui encore, elle lutte contre les moeurs dominantes de la société d’aujourd’hui, et elle propose toujours le mariage, avec comme fondement de la famille, l’amour des époux  consacré par le sacrement. « L’amour commence par une rencontre » : le livre de Gérard Leclerc, après nous avoir promenés dans ce « voyage au bout de la nuit » , cite cette phrase du philosophe Emmanuel Levinas. On n’avait pas besoin, à vrai dire, de Levinas, mais cela fait plaisir de savoir que Levinas l’a dit !

Donc, l’amour commence par la rencontre de deux êtres qui vont, ensemble, décider de leur destin. L’Eglise va reprendre le consensualisme romain, c’est-à-dire que c’est l’accord des deux volontés qui fait le mariage. Ce n’est pas l’institution, le père ou la mère, ou l’accord des deux familles qui fait le mariage, non, c’est l’accord des deux personnes. L’âge de la majorité au Moyen-âge était très jeune : pour la femme, 12 ans, et pour le garçon, 15 ans. Sous la pression des pouvoirs publics, on repoussera l’âge par la suite, parce qu’on trouvera que c’est beaucoup trop jeune.

Parce que c’est l’essentiel qui compte, la notion de l’accord des volontés compte seule. Le témoignage et la publicité ne sont pas absolument nécessaires, ils le deviendront  plus tard pour éviter les abus. Alors on prend ensuite le prêtre comme témoin, mais le prêtre n’est “que” témoin. À la suite du Concile de Trente, après l’installation beaucoup plus lourde en droit de la question matrimoniale, on décidera qu’il faut publier des bans, avertir, donner une certaine solennité ;  le prêtre “célèbrera” le mariage, mais ce sont quand même les époux qui se donnent le sacrement. Avec de très jolis termes d’ailleurs puisque, contrairement à ce que nous disons aujourd’hui, : « voulez-vous prendre pour légitime époux Un tel ici présent ? », on disait : « par cet anneau je t’épouse et par mon corps je t’honore ». Cela prouve d’ailleurs qu’il n’y avait pas besoin de faire tant de phrases pour dire que le corps tient une place considérable dans le mariage !

Voilà l’essentiel. L’Eglise maintiendra cette volonté-là, de l’accord des époux, de la liberté du mariage, envers et contre tout, et on pourrait dire que c’est sa grande lutte. Cela ressort particulièrement dans le livre de Robert Fossier, qui n’est pas pas particulièrement un fils de l’Eglise : « la famille sera conjugale si elle ne veut pas tomber dans le désordre et dans le péché » (conjugal c’est-à-dire faite des bono conjugali, de la bonne rencontre de l’homme et de la femme et çà dès les prescriptions de 789 à 823, donc au temps de Charlemagne). L’effort de l’Eglise est de tirer de la famille-clan, que ce soit la famille-clan germanique ou la famille patriarcale romaine, ce qu’elle a toujours voulu tirer, c’est-à-dire la liberté des époux. Et il ajoute : « pour se dégager du poids du clan ou du poids de la famille patriarcale, l’Eglise lutte pied à pied, oeuvre lente, tenace, faite d’avancées et de reculs provisoires et qu’on connaît bien mal en dépit des mérites moraux qu’elle a acquis par là à nos yeux ». Et la constante depuis le Ve/VIe siècle jusqu’à l’apogée du XIIIe siècle, c’était une lutte pour le mariage consensuel sacré à partir de la rencontre de deux jeunes gens libres. Liberté et amour vont de pair.

Quand on plonge dans cette étude du mariage qui est une véritable épopée, on est bien obligé de reconnaître cette constante extraordinaire de l’Eglise pour lutter contre les poids de l’époque et ceux d’aujourd’hui. Les encycliques de nos papes du 20° siècles insistent sur la  défense du mariage qui est  attaqué de tous côtés par d’autres formes de vie en commun. Mais ces autres formes de vie en commun étaient connues depuis longtemps : le concubinage n’est pas une invention du XXe siècle, il est très ancien ! Dans l’Ancien Testament, il y a des concubines comme à Rome et Athènes. Dans les premiers temps du christianisme, il y a des concubines. Donc, le concubinage existe depuis le début de l’histoire, et il a fallu la révolution chrétienne pour lui substituer le mariage ; cela a été très long et probablement ne sera jamais réalisé totalement puisqu’il y a des rechutes. Il a fallu un combat terrible pour lutter contre le concubinage et la polygamie (les deux son liés), et pour faire prévaloir cette chose étonnante, unique au monde et pourtant correspondant à la nature la plus profonde de l’homme et non viciée de l’homme : l’amour d’un homme et d’une femme pour la vie, avec le secours des sacrements pour lutter contre les conséquences du péché originel.

C’était  tellement extraordinaire et nouveau que quand le  Christ l’a dit aux apôtres, ils lui ont répondu : « eh bien si c’est çà, si on ne peut plus renvoyer sa femme alors personne n’y arrivera ! » Alors Il leur dit : « rien n’est impossible à Dieu ». C’est donc qu’il faut Dieu. D’où le sacrement, d’où le caractère religieux Il a fallu 10 siècles pour que cela soit communément admis. Pas étonnant s’il faut du temps aujourd’hui aussi pour remonter la pente, puisqu’on est tombé aussi bas que le Ve siècle ! Il faut recommencer, mais au moins on a l’expérience du passé, d’où on peut tirer pas mal de leçons.

Le « triomphe du couple » (ce n’est pas moi qui emploie ce mot, c’est Robert Fossier, avec le sous-titre « solidité du mariage chrétien » ) est le triomphe de l’Eglise. Le mariage devant être consensuel et sacré, il y a par le fait même promotion de la femme à l’intérieur du couple, ce qui va à l’encontre de toutes les inepties qui sont dites aujourd’hui sur l’Eglise qui a écrasé la femme etc…Il n’y a pas promotion seulement  à cause de la figure de la Vierge Marie, mais parce qu’à partir du moment où c’est l’accord des volontés qui fonde le mariage, la femme est libre, elle ne passe pas de la tutelle du père à celle du mari, elle n’est pas vendue par le père au futur gendre, et si elle n’est pas libre, le mariage est nul. Il faut donc qu’elle se donne librement.

Le manuel de Duoda

Avec la place de la femme, il y a la place de l’enfant. Duoda, que citent Robert Fossier et Régine Pernoud, n’a été pendant fort longtemps connue que de rares spécialistes du haut Moyen-Age. Aujourd’hui, son manuel “pour mon fils”, écrit entre le 30 novembre 841 et le 2 février 843 (époque du Traité de Verdun et de la dislocation de l’Empire de Charlemagne), est traduit et publié, etc… Elle y écrit pour son fils Guillaume : cela montre qu’elle s’occupe de ses enfants ! C’est le premier manuel d’éducation, écrit par une femme, et le premier principe qu’elle pose, c’est : aimer. C’est simple : il y a 1000 ou 1200 ans, l’amour était connu comme étant le ciment entre les personnes au sein de la famille.  « Aime Dieu, cherche Dieu », voilà les premiers mots de Duoda.

« Aime ton petit frère,, aime ton père, aime les amis et les compagnons au milieu desquels tu vis à la cour royale ou impériale, aime les pauvres et les malheureux. Enfin aime tout le monde pour être aimé  de tous. Chéris-les pour en être chéri. Si tu les aimes tous, tous t’aimeront et si tu aimes chacun, ils t’aimeront tous ». On ne peut pas répéter plus de fois le mot amour ! C’est vraiment la même chose que Jean Paul II : « le besoin de l’homme d’aimer et d’être aimé ». C’est la civilisation de l’amour. On y est. Nous sommes les mêmes, et nos ancêtres aimaient eux aussi les enfants, ce n’étaient pas des brutes ! Duoda parle de la même façon que Blanche de Castille parlera, que toute mère chrétienne parle à son enfant.

Voilà comment ont commencé le royaume de France et la civilisation de l’amour : avec des mamans qui disent à leurs enfants : aime Dieu et aime ton prochain. Bien sûr, aujourd’hui le mal est pire qu’à l’aube du christianisme parce qu’il est installé dans les institutions. Avec leur modernité soi-disant extraordinaire, ils sont revenus en fait aux vieux errements, au vieux paganisme : à l’avortement, à la pédérastie, à tout ce qu’on avait déjà connu de moche et contre quoi l’Eglise a lutté et continue à lutter.

Revenons à Duoda : les deux recommandations qu’elle fait ensuite à son fils, c’est : « Tu lis et tu pries. Au milieu des préoccupations mondaines du siècle, ne laisse pas de te procurer beaucoup de livres où tu puisses, à travers l’enseignement des très saints pères et maîtres, découvrir et apprendre sur Dieu et créateur plus qu’il n’est écrit ici. Tu as et tu auras des livres à lire, à feuilleter, à méditer, à approfondir, à comprendre, et tu pourras même trouver très facilement des docteurs qui t’instruiront et te fourniront des modèles de ce que tu pourras faire de bon pour accomplir ton double devoir auprès de ton père (…)  Lles gens qui apparemment réussissent dans le monde et sont riches de bien, et qui pourtant par  une obscure malice ne cessent d’envier et de déchirer les autres autant qu’ils le peuvent, et cela en feignant l’honnêteté, (çà n’a pas changé, il n’y a qu’à regarder les mises en examen !), ceux-là je t’invite à les surveiller, les fuir, les éviter. Pour le reste, il s’agit d’opposer les contraires aux contraires, la patience à la colère et de rechercher et respecter les bons conseillers, les prêtres par exemple”… Quelles sont les trois autres grandes méthodes ? la poésie, l’entraînement de la mémoire, la mnémotechnique, qui va avec la poésie, et la grande méditation – c’est-à-dire les huit béatitudes-. A partir de là, on a la totalité de l’éducation chrétienne des enfants aujourd’hui comme en 841.

Donc, ce premier manuel d’éducation vient d’une femme, et d’une femme chrétienne. C’est la marque du triomphe de l’Eglise qui, en soutenant le mariage, en fait une force qui entraîne avec lui la liberté des époux, l’amour au centre de la famille, et la place éminente de la femme. Ce que je vous dis là pour 843, on le retrouve dans Robert Fossier concernant la période médiévale, et on le retrouve dans ce que décrit le Professeur Durand pour les XVIIe/XVIIIe siècles. Donc il y a une continuité qui va de l’Empire romain jusqu’à aujourd’hui, avec toujours les mêmes obstacles, ceux du « monde » comme dit l’Evangile.

Familles nucléaires et familles-clans

Il est vrai que des familles très différentes coexistent. On lit dans l’ouvrage de Leroy-Ladurie « Montaillou, village occitan  – 1294 à 1324 » : « le modèle de la famille, c’est la famille nucléaire ». Au même moment, dans d’autres régions, c’est la famille de 22 à 25 personnes à table tous les jours : la famille du laboureur. Il y a le père, la mère, les enfants,  les serviteurs, mais souvent les serviteurs sont des cousins, des neveux… Et ces familles-clans, qu’elles soient germaniques ou qu’elles soient patriarcales méditerranéennes,  sont au départ le modèle le plus répandu. L’Eglise n’est pas contre, mais elle va lutter contre les excès de la famille-clan. Le premier excès de la famille-clan, c’est l’inceste, et la plus grande bataille de l’Eglise n’est pas -Régine Pernoud le fait observer – contre le divorce, au départ, mais contre l’inceste. Et on est étonné, parce qu’elle considère comme incestueux des mariages entre cousins au 4° ou 5° degré, et on se dit qu’aujourd’hui, ce serait vraiment scandaleux de les empêcher de se marier. Mais l’Eglise considère que la vie en commun est un obstacle au bon développement du mariage. Il faut que la rencontre se fasse, si possible, ailleurs, et si elle se fait à l’intérieur même du clan, l’Eglise ne lutte pas contre l’esprit du clan, mais le renforce en limitant les abus possibles. Donc elle privilégie l’exogamie, c’est-à-dire le mariage entre personnes de clans différents. Elle interdira jusqu’aux mariages entre beau-père et belle-fille, entre gendre et belle-mère, entre parrain et filleule… Mais c’est vrai aussi qu’il lui fallait lutter contre les mariages d’intérêts, où l’on s’unissait pour réunir deux propriétés.

Famille, premier lieu du droit et de l’économie

Le premier combat, et c’est un combat libérateur, est donc le combat contre l’inceste et contre le mariage endogame, combat qui concourt aussi à faire exploser la société chrétienne pour qu’elle se répande, de maison en maison. Et là nous voyons un double aspect : la famille est le premier royaume, parce qu’elle est la première constitution spontanée de la société, mais en même temps le premier lieu du droit. Le premier droit est à propos du mariage : interdiction des mariages avec untel, interdiction des incestes, interdiction du divorce bien entendu. Le divorce présentait moins de difficultés dans la mesure où il y avait davantage d’annulations de mariages en raison, précisément, de la violation de ces interdits. L’Eglise était extrêmement attentive à la liberté des époux au moment où ils se mariaient : donc, s’il y avait une pression trop forte de la famille ou de quiconque, il était assez aisé de demander l’annulation du mariage. (cf Louis XII, marié de force à Jeanne de France par son père Louis XI : il demandera l’annulation de son mariage).

La maison

La famille est le premier lieu du droit mais aussi de l’économie –économie, c’est « ecos nomos », c’est la loi de la maison, d’où l’importance de la maison, qui devient force sociale en même temps qu’économique et politique. On le voit très bien dans le livre de Lery-Ladurie, avec le récit qu’il fait de la diffusion de l’hérésie cathare de maison en maison. L’une des héroïnes du livre, Béatrice, est une jeune veuve qui a une belle maison et une vie très mouvementée puisqu’elle collectionne les amants et que ses amants sont généralement des prêtres favorables au catharisme. Béatrice a bien compris quel est l’un des succès de l’hérésie dans son village : le « fraternalisme », qui favorise le progrès des idées dangereuses. Elle passe en de maison en maison et de groupe domestique en groupe domestique (c’est la même chose qu’il faut faire pour répandre la vérité !). Une fois l’hérésie implantée, la domus constitue pour elle un conservatoire et il suffit de limiter le plus possible les contacts compromettants avec les maisons non hérétiques. La maison est donc non seulement le lieu de la puissance économique, le lieu du droit élémentaire, mais elle est aussi le lieu du combat politique, idéologique. Aujourd’hui comme hier, les idées, bonnes ou mauvaises, passent de maison en maison.

Dans la maison, ce qu’on appelle « la maison de la maison », c’est la cuisine, et celle qui règne dans la cuisine, la reine de la maison, c’est la femme. La cuisine, on l’appelle la maison de la maison parce que tout se situe là. Quand il y a trop de monde qui passe pour des condoléances ou pour des visites, on se barricade dans la cuisine. C’est là où on tient le jambon, c’est là où on tient le vin (le vin que l’on boit, la réserve étant à la cave), c’est là où on tient tout !

La table est le lieu social par excellence, comme on peut le voir dans les ouvrages qui décrivent les familles-clan de laboureur par exemple. Une subtile hiérarchie organise les relations entre les uns et les autres : le maître (le père), les serviteurs, les enfants… L’attribution du pain, blanc ou noir, et du vin, jeune ou vieux, dépend de la place que l’on occupe au sein de la famille. Il y a aussi des distinctions d’habits, et chacun trouve spontanément sa place. Ce sont les sociétés d’ordre, et en respectant cet ordre, chacun est à l’aise, ça n’a pas pour objet de brimer l’un ou l’autre. Finalement, la caractéristique de cette société, c’est l’inégalité, et c’est pour çà que la famille, première communauté politique, n’est pas une démocratie égalitaire, mais un royaume où le père est le roi et la mère la reine. Le père et la mère sont au service des autres, ce sont eux qui les entretiennent, et en échange ils reçoivent des services, et ce sont eux qui ont une autorité, mais cette autorité est pour le bien général de la famille et pour le bien commun. Toutes les notions élémentaires de la politique, comme toutes les notions élémentaires de l’économie -il ne faut pas dépenser plus qu’on a, prévoir ce qui va rentrer et ce qui va sortir, savoir risquer mais en limitant le risque, etc…- toutes ces notions élémentaires sont contenues à l’intérieur même de la vie de la famille.

Donc, la première éducation politique se fait dans la famille et cette éducation, qu’on le veuille ou non,  n’est pas une éducation démocratique, égalitaire : il n’y a pas de candidat pour remplacer tous les 5 ans le père de famille !

Le phénomène de la maison est très important, puisqu’il y a les maisons particulières et puis la maison au milieu de ces maisons particulières, qui sera la maison capétienne. Cette vie de maison, reposant sur la force de la famille, fait que la force politique dépend de l’importance du nombre et de la qualité des liens que l’on a à l’intérieur de la maison, donc des familles. Les familles qui tiennent sont les familles qui l’emportent, qui gouvernent et vers lesquelles on se reporte plus facilement parce qu’elles ont tenu et parce qu’elles ont fait la preuve de leur unité. Et, en même temps, ces familles s’imposent dans la mesure où elles ont un nombre considérable de relations avec les autres maisons, de vraies relations de famille, bien sûr, et pas des relations administratives.

La richesse, ce sont les parents et les amis

La force et la richesse, comme dit très bien le poète Garin le Lorrain (XIe siècle, cité par R. Fossier)), ce sont les amis : « La richesse, ce ne sont pas les belles fourrures, ni les béliers, ni les châteaux, ni les chevaux. La richesse ce sont les parents, ce sont les amis ». Mille ans plus tard, le cardinal Cardjin ( ?) dira que « le coeur d’un jeune travailleur vaut tout l’or du monde », c’est la même chose. C’est extrêmement important, parce que quand on professe cela, politiquement parlant, le fondement même de la puissance n’est pas dans l’ordre, lil est dans les parents et dans les amis et, à partir de là, on est dans un système humain et pas dans un système matérialiste. Ce n’est pas le Produit National Brut qui dicte la force d’un pays, mais la qualité des liens familiaux. Et la qualité des liens familiaux  vient des qualités personnelles, mais aussi de la chance. Ou plutôt, les familles de qualité sont des familles qui sont à la hauteur des grâces qu’elles ont reçues, et qui sont en quelque sorte désignées par ces grâces. La légitimité, comme on dit aujourd’hui, ,ne pose pas de problèmes, parce qu’elle s’impose doucement et d’elle-même. Comme dira Bainville, c’est l’honorable maison capétienne, au milieu de tas d’honorables maisons. Comme le rappelle Régine Pernoud, « l’honorable maison capétienne, il y en a des millions en même temps qu’elle ». La maison capétienne n’a pu réussir qu’en communion avec ces autres maisons, pas seulement une communion d’esprit, mais une communion de chair et de sang. D’où le fait que, nous dit le Pr Durand, « on cultive comme un art extrêmement développé la généalogie, mais on ne la cultive pas pour dire “je descends de la cuisse de Jupiter » et pour en faire quelque chose de vain et de mondain, on la cultive parce que c’est la vraie  richesse ». On la cultive aussi pour se retrouver en disant : « mon cher, nous sommes cousins, venez ici ,parlons puisque nous sommes cousins ! ». Du coup c’est un facteur d’apaisement. En cas de guerre, çà peut renforcer le motif de la guerre, parce qu’en famille on se fait la guerre plus vigoureusement que quand on la fait à l’extérieur ! Mais en même temps çà peut aussi apaiser les guerres elles-mêmes : il suffit de penser à Saint  Louis disant : « je rends les provinces que j’avais conquises à mes cousins anglais pour mettre de l’amour entre les cousins ». En définitive, il s’impose comme çà moralement à l’Europe et il restera un modèle pour les siècles des siècles. L’argument est donc là, et il va au-delà du simple territoire national français, parce que les familles royales d’Europe sont cousines entre elles. Tout est contenu dans  cette notion de Garin le Lorrain : « la richesse ce sont les parents, ce sont les amis, car le cœur d’un homme vaut tout l’or du monde. »  On en revient toujours au  cœur !

C’est vraiment cela qu’on appelle la politique chrétienne. Evidemment aujourd’hui on ne comprend plus. La politique chrétienne on ne sait plus ce que çà veut dire. Mais c’est la façon chrétienne de prendre la politique chrétienne, c’est la façon humaine de voir les choses, qui provient de la réalité de la famille prise en compte au départ, mais pas comme froide « cellule de base de la société » (« le régime cellulaire, très peu pour moi », comme dit André Gide) mais comme premier royaume de la terre. Seulement on ne le dit plus, parce que les familles retrouveraient une puissance considérable. Donc, les 3 principes fondamentaux s’enchaînant l’un l’autre, c’est : liberté des époux pour l’amour et au coeur de l’amour, caractère religieux et respect de la femme,   famille-royaume des réalités économiques, sociales, juridiques, culturelles et  politiques.

Nous sommes dans un système complètement familial, et encore une fois, la Maison royale n’est qu’une maison parmi les autres, un peu au-dessus des autres parce qu’elle est mieux tenue, parce qu’elle a su assurer ce qui est le bénéfice de ce qu’on appelait la république en ce temps là, c’est-à-dire la chose publique. Et Gaudin le dit très nettement : « la République est le gouvernement de plusieurs ménages. J’appelle République le gouvernement de plusieurs ménages. République n’est pas gouvernement d’hommes mais gouvernement de lignées » On ne voit pas la société en individus, mais en familles, en lignées, en maisons. La maison se compose de la famille, mais aussi des domestiques, c’est-à-dire ceux qui sont de la domus, qui portent la livrée de la maison,  qui sont protégés et pris en charge jusqu’à la mort à l’intérieur même de la maison. Donc il n’y a pas de problème de retraite, d’assurance, de maisons de vieux.

La souveraineté

Donc, nous sommes dans le rythme de la nature la plus profonde, rythme consacré, purifié, simplifié et ramené à l’essentiel par l’Eglise  Et c’est le seul rythme qui convient pour la construction d’une société et d’une souveraineté. Le modèle de la souveraineté, c’est la souveraineté du père de famille, absolue mais pas toute-puissante. Elle est absolue parce que e père de famille prend une décision face à lui-même – face à sa lui-même. Les conseils, les avis de la femme voire des enfants sont présents et peuvent influer sur la décision finale, mais en dernier ressort, c’est le père qui décide avec sa femme : les parents ont l’autorité, et elle leur a été donnée parce qu’ils ont donné la vie. Comme le dit très bien Charles Maurras : “les parents sont vénérables dans le 4ème commandement – tu honoreras ton père et ta mère-, non pas parce qu’ils sont gentils,  beaux, de bonnes mœurs, admirables et tout ce qu’on voudra, mais  parce qu’ils sont parents. La source même de la vénération et de la piété que les enfants donnent aux parents ne tient pas aux qualités des parents ».  Quels que soient leurs défauts, ils m’ont donné la vie ! Si je les vénérais selon leur mérite, c’est que je me prétendrais bon juge de ce mérite, mais je pourrais moi-même être jugé pour ça, et donc on n’en sort plus ! Le respect quoi qu’il en soit : c’est dans cette ligne-là qu’il y a cet ordre et cette continuité, et donc l’ordre politique. On trouve toujours le lien de piété, de service, d’amour réciproque entre un être et un autre qui lui est supérieur, et il n’y a pas la moindre difficulté à cela.

«Je suis de votre …… le  très humble et très obéissant serviteur » : le professeur Durand fait remarquer que cette formule, qui est absolument classique dans toutes les lettres du XVIIe siècle, n’est pas seulement utilisée par un inférieur envers un supérieur, mais par tous, chacun étant le serviteur de l’autre. Le roi est le serviteur des serviteurs, et utilise la formule envers ses sujets. Ce qui est aujourd’hui la notion la plus insupportable, celle du service personnel, est la notion la plus aimée à ce moment-là.

Aujourd’hui, si nous avons une conversion à faire, c’est cette conversion-là : aimer être serviteur. Cette notion concrète est très combattue : on préfère servir les abstractions, l’Etat, la République. C’est-à-dire qui  en définitive ? Personne, ou alors soi-même ! Mais l’idée de servir quelqu’un, de servir un homme est jugée dégradante. Au contraire, c’est la vraie notion chrétienne : si dans l’autre, si dans ses voisins, si dans le visage de  celui qu’on rencontre, on doit voir le visage du Christ, on est spontanément son serviteur et on est honoré d’être son serviteur. On ne peut pas comprendre cette société si on ne voit pas qu’elle est complètement pétrie de christianisme et d’évangile. Je reviens à Duoda “aime et puis lis les pères, lis l’évangile, médite la bible” : donc, c’est leur vie quotidienne. Quand Bossuet écrit “la politique tirée de l’Ecriture Sainte”, ce n’est pas du baratin, c’est parce que tout le monde le comprend, parce que ce sont les références de tout le monde. Et s’il y a des textes connus par cœur, ce sont la Bible, l’Evangile, et les psaumes. On prie spontanément avec les psaumes. Donc on est complètement baigné à l’intérieur même de cette atmosphère, qui est une atmosphère d’amour, de charité réciproque et de service.

Aujourd’hui, le problème se pose de la même façon qu’il se posait à l’Eglise et à nos ancêtres, c’est-à-dire que ce sont des royaumes à refaire. Mais la donnée fondamentale, ce sont nos familles. Il faut les voir pour ce qu’elles sont, c’est-à-dire les premiers royaumes de la terre recommençant les premiers royaumes d’une civilisation de l’amour.

Cela suppose beaucoup de respect, d’attention, d’amour et en même temps une conscience de la responsabilité civique et politique des familles. Les familles, ne sont pas seulement des lieux moraux, des lieux d’affection, ce sont des lieux de culture, d’économie et de politique. Il ne faut pas avoir honte de la défense de l’économie familiale, au contraire ! Le patrimoine familial est extraordinairement combattu aujourd’hui, parce que le socialisme ou le néant agissant détestent cela, et donc cherchent tous les moyens pour éroder ce pouvoir économique des familles. Le pouvoir d’une maison au XII° ou XIII° siècle est quelque chose de colossal ; quand la maison a été bien entretenue, quand la maison est forte, elle créé des hôpitaux, par exemple. Elle dispense la charité partout, elle fait l’assistance sociale à elle toute seule. On le voit  en France, mais aussi à Rome : sainte Françoise Romaine, une patricienne se trouvant veuve et à la tête d’une fortune considérable, au moment de je ne  sais plus quelle épidémie de Rome, recueille tout le monde et fonde à ce moment-là son ordre.  Elle rassemble autour d’elle des femmes pour aider les autres , et à la fin elle est à la tête d’un ordre religieux. Et elle a pu le faire parce qu’il y avait le patrimoine derrière, et parce qu’elle n’a pas été encerclée complètement par toutes les législations. C’était le mouvement spontané de la liberté, de la charité. Et saint Vincent de Paul ? Il a fait ce qu’il a fait grâce à la générosité des Dames de la Cour, et parce qu’il n’était pas lui non plus encerclé par des tas de règlements administratifs, etc…Il envoyait ces dames dans les faubourgs les plus crasseux en disant : « vous allez y aller une fois, deux fois, trois fois par semaine, pour laver “nos seigneurs les pauvres” ». Et voilà que les princesses et les duchesses vont se mettre à genoux, laver les pieds des pauvres, les embrasser : voilà la société chrétienne, voilà le royaume de France ! Et cet esprit-là, qu’est-ce qui nous empêche de le faire aujourd’hui ? Bien sûr, il y a des tas de réglementations, mais on peut toujours se débrouiller ! Ne vous en faites pas, c’est le fond même de l’espérance chrétienne, c’est la façon dont se construit une civilisation. N’ayez peur de rien, le Seigneur est proche !

Conclusion

Il faut faire ce que nous avons à faire, en commençant par notre famille. Contemplez ce qu’est votre famille. Bien sûr, elles ont des défauts nos familles, et puis toutes les familles sont aussi des noeuds de vipères. C’est fatal, dès qu’il y a l’homme, il y a çà ! Mais les familles peuvent être des creusets de sainteté, et d’ailleurs le Professeur Durand fait remarquer qu’il y a des dynasties de saints, particulièrement dans les familles nobles.  C’est vrai, regardez saint Rémy : sa mère était sainte, que sa nourrice était sainte, sa soeur était sainte, son petit frère était saint, ils étaient tous des saints ! Et pourquoi d’ailleurs les grandes familles sont des grandes familles ? Parce qu’elles ont des saints. Il y a ce lien, dans la société chrétienne, entre la sainteté, le plus grand dépouillement et le plus grand abandon à la volonté de Notre-Seigneur et ceux qui sont au sommet de l’échelle sociale, ceux que l’on admire, pas seulement parce qu’ils sont des saints, mais aussi parce qu’ils sont de grande famille. Il n’y a aucun complexe à avoir : que l’on soit paysan, berger ou grand noble, que l’on soit fils de roi ou roi, on a la possibilité  d’accéder à la sainteté. Il y a des égalités fondamentales qui sont celles de la sainteté et de l’amour. Il y a aussi des inégalités qui se renversent : le premier souci du roi et de la reine, c’est d’avoir un enfant mâle viable. C’est terrible parce que le serf, le vilain ou le cousin peuvent avoir beaucoup  plus de chance que le roi !

Ce qu’il faut, aujourd’hui, c’est que dans nos familles, et de maison en maison comme dit Béatrice dans Leroy Ladurie, passe cette conscience même de la force des familles, et que cela se traduise en action capillaire. A partir de là, le tissu social recommence de famille en famille. Réparons ce qui est déchiré ou colmatons les brèches quand on ne peut pas faire autrement, mais essayons de tenir le plus possible, sans considération d’idéologie. Agissons avec charité, avec miséricorde. Les parents, les amis, les saints, sont notre richesse. Dans notre travail ici nous n’avons que cette richesse là : une amitié au service du vrai, des familles au service du vrai.

Prenons conscience de la force du lien d ‘amour et du lien de l’esprit : ces liens sont l’essentiel et ils ne coûtent rien, or le commencement d’un royaume se fait comme au commencement par l’accord des cœurs. Cela a toujours été dans toutes les histoires de l’humanité la vraie force. Nous sommes encore la vraie force mais nous ne le savons pas.

Bibliographie

Les solidarités dans les sociétés humaines – Yves Durand – PUF 1987

La société médiévale – Robert Fossier – Armand Colin 1991

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