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1. Organisation de la cité

L’Eglise nous enseigne que la Cité est comparable à un corps.

“De même, en effet, que la parfaite constitution du corps humain résulte de l’union et de l’assemblage des membres, qui n’ont ni les mêmes forces, ni les mêmes fonctions, (…) de même, au sein de la société humaine, se trouve une variété presque infinie de parties dissemblables”.

Léon XIII, “Humanus genus”, 1884.

Elle possède :

– une tête : l’Etat, qui détient l’autorité souveraine, représentée pratiquement par un certain nombre d’hommes (chef de l’Etat, gouvernement, fonctionnaires).

“Comme nulle société ne saurait exister sans un chef suprême qui imprime à chacun une même impulsion efficace vers un but commun, il en résulte qu’une autorité est nécessaire aux hommes constitués en société pour les régir”.

Léon XIII, “Immortale Dei”, 1885.

– des membres : les corps intermédiaires, qui représentent les divers groupes sociaux situés entre l’individu et l’Etat.

“Le caractère social de l’homme ne s’épuise pas dans l’Etat, mais il se réalise dans divers groupes intermédiaires, de la famille aux groupes économiques, sociaux, politiques et culturels qui, découlant de la même nature humaine, ont – toujours à l’intérieur du bien commun- leur autonomie propre”.

Jean-Paul II, “Centesimus annus”, 1991.

Ces groupes sociaux ont un lien organique entre eux (ils sont complémentaires les uns par rapport aux autres).

“L’ordre résultant, comme l’explique si bien saint Thomas, de l’unité d’objets divers, harmonieusement disposés, le corps social ne sera vraiment ordonné que si une véritable unité relie solidement entre eux tous les membres qui le constituent”.

Pie XI, “Quadragesimo anno”, 1931.

“L’Etat n’embrasse pas en lui-même et ne réunit pas mécaniquement dans un territoire déterminé un conglomérat amorphe d’individus. L’Etat est et doit être l’unité organique et organisatrice d’un véritable peuple”.

Pie XII, “Message de Noël”, 1944.

Aujourd’hui, ces corps intermédiaires se sont étiolés à cause de l’individualisme et ont perdu de leur vitalité, ce que déplore L’Eglise.

“(…) Depuis que l’individualisme a réussi à briser, à étouffer presque cet intense mouvement de vie sociale qui s’épanouissait jadis en une riche et harmonieuse floraison de groupements les plus divers, il ne reste plus guère en présence que les individus et l’Etat”.

Pie XI, “Quadragesimo anno”, 1931.

On peut distinguer deux grandes catégories de corps intermédiaires :

– Il existe d’une part, les corps intermédiaires fondamentaux ou naturels comme :

1. La famille, cellule de base de la société et même fondement de l’ordre social.

2. les communautés locales : villages, villes,pays, provinces.

3. les corps professionnels : entreprises, corporations.

“Il y a un ordre naturel, même si ses formes changent avec les développements historiques et sociaux ; les lignes essentielles ont toujours été et demeurent les mêmes : la famille et la propriété ; comme facteurs complémentaires de sécurité les institutions locales et les unions professionnelles, et finalement l’Etat” [[- L’Etat, est, comme les corps intermédiaires fondamentaux, une communauté naturelle, mais se distingue d’eux par le fait qu’il est une société parfaite, tandis que les corps intermédiaires naturels, comme la famille, sont des sociétés imparfaites, ainsi que le rappelle Pie XI dans “Divini Illius Magistri” (1929) : “(…) la famille est (…) une société imparfaite, parce qu’elle n’a pas, en elle-même, tous les moyens nécessaires pour atteindre sa perfection propre, tandis que la société civile est une société parfaite, car elle a, en elle, tous les moyens nécessaires à sa fin propre, qui est le bien commun temporel”.]].

Pie XII, Message radiophonique au monde, 24 décembre 1955.

– Il existe d’autre part les corps intermédiaires secondaires créés par accord délibéré : les associations.

A l’intérieur des corps intermédiaires secondaires, il convient de distinguer les associations qui ont pour but de revitaliser les communautés naturelles, de leur redonner une consistance –associations familiales, associations de citoyens, associations sportives, associations culturelles- et qui ont plutôt une structure locale, des associations qui agissent en vue du bien commun national (clubs, syndicats, partis politiques…) ou international –associations humanitaires, associations cherchant à développer l’amitié entre les peuples, qui ont plutôt une structure nationale. Les unes comme les autres sont bonnes et nécessaires, à condition qu’elles soient au service de la communauté des hommes et ne poursuivent pas d’objectifs frauduleux, révolutionnaires ou politiciens [[- Le pape Jean-Paul II dans son exhortation apostolique “Christifideles laïci” (1988) invite les catholiques à ne pas négliger l’ordre politique et même à y prendre toutes leurs responsabilités : “(…) les fidèles laïcs ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la “politique”, à savoir à l’action multiforme, économique, sociale, législative, administrative, culturelle, qui a pour but de promouvoir, organiquement et par les institutions, le bien commun”.]].

Mais, tandis que les premières appartiennent à l’ordre social, les secondes appartiennent à l’ordre politique. Seules les premières sont de véritables corps intermédiaires et nous intéressent ici. Les autres sont des organismes qui permettent un bon fonctionnement de l’Etat ou de la vie politique internationale.

2. Role des assocations & Rapport avec l’ état

Le rôle des corps intermédiaires en général et des associations en particulier est double :

– d’une part, ils permettent un épanouissement de la personne humaine et son insertion dans la vie sociale.

” (…) la création de bon nombre d’associations ou corps intermédiaires, capables de poursuivre des objectifs que les individus ne peuvent atteindre qu’en s’associant, apparaît comme un moyen absolument indispensable pour l’exercice de la liberté et de la responsabilité humaine”.

Jean XXIII, “Pacem in terris”, 1963.

– d’autre part, ils permettent d‘éviter que quelques individus ou l’Etat ne prennent en charge la totalité de la vie sociale.

“Là où ces corps intermédiaires font défaut ou sont peu développés, la communauté nationale peut être la proie de quelques individus qui s’arrogent un pouvoir exagéré dans le domaine économique, social ou politique ; ou bien être la proie des pouvoirs publics, car ces pouvoirs, sans structure sociale assez solide pour contrarier leur prolifération, envahissent le domaine privé et finissent par ignorer ou même violer les droits fondamentaux de la personne humaine”.

Paul VI à la semaine sociale du Chili, décembre 1963.

Les rapports que doivent entretenir les corps intermédiaires avec l’Etat reposent sur un principe simple : le principe de subsidiarité. En effet, l’Etat et les corps intermédiaires sont distincts, mais pas séparés : les corps intermédiaires sont subordonnés à l’Etat, qui doit rechercher de son côté le bien commun de tous ses membres [[- Il s’agit du bien du tout en tant que tout et non de la somme des biens particuliers.]]. En même temps, l’Etat est tenu de respecter la légitime autonomie des corps intermédiaires et ne pas chercher à les détruire, ni à les absorber.

“Les sociétés privées n’ont d’existence qu’au sein de la société civile, dont elles sont comme autant de parties. Il ne s’ensuit pas cependant (…) qu’il soit au pouvoir de l’Etat de leur dénier l’existence. Le droit à l’existence leur a été octroyé par la nature elle-même et la société civile a été instituée pour protéger le droit naturel et non pour l’anéantir. C’est pourquoi une société civile qui interdirait les sociétés privées s’attaquerait à elle-même, puisque toutes les sociétés, publiques et privées, tirent leur origine d’un même principe, la naturelle sociabilité de l’homme”.

Léon XIII, “Rerum novarum”, 1891, n°37-38.

“(…) ce serait commettre une injustice, en même temps que troubler de manière très dommageable l’ordre social, que de retirer aux groupements d’ordre inférieur, pour les confier à une collectivité plus vaste et d’un rang plus élevé, les fonctions qu’ils sont en mesure de remplir eux-mêmes”.

Pie XI, “Quadragesimo anno”, 1931, n° 86.

“Nous estimons nécessaire que les corps intermédiaires et les initiatives sociales diverses (…) jouissent d’une autonomie efficace devant les pouvoirs publics, qu’ils poursuivent leurs intérêts spécifiques, dans un esprit de collaboration loyale entre eux et de subordination aux exigences du bien commun (…)”.

Jean XXIII, “Mater et magistra”, 1961, n° 65.

Par conséquent, l’Etat n’a pas à intervenir dans la formation des associations : il doit se borner à reconnaître la capacité juridique dont elles sont douées et s’il veut la limiter, ce ne peut être que dans la mesure où intervient l’intérêt supérieur de la société. Poser des règles et fixer des cadres est de son ressort, pas davantage. Les associations naissent en effet à l’initiative de leurs membres ; elles sont organisées, animées et dirigées de l’intérieur par les intéressés eux-mêmes.

Les associations sont donc un rempart à la fois contre l’individualisme et le totalitarisme. En cela, elles constituent la meilleure garantie des libertés personnelles. C’est pourquoi elles sont un élément essentiel de la doctrine sociale de l’Eglise et de l’organisation des sociétés, qu’elles contribuent à dynamiser et à humaniser.