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Le dimanche 8 mai dernier, Emmanuel Macron a prononcé un discours remarquable à l’occasion des fêtes de Jeanne d’Arc à Orléans. Citant Michelet, le ministre de l’Economie a rappelé que « Jeanne est une vivante énigme » : « Nul ne détient la vérité sur elle, sur sa vie, sur sa mémoire. Nul ne peut l’enfermer. Tant l’ont pourtant convoquée ou récupérée ».

Je me réjouis que l’héritage de Jeanne soit si disputé. C’est le signe de sa valeur. Et contrairement à un héritage matériel, cet héritage immatériel – surgi de la matière de l’Histoire – ne se divise pas en se partageant ; chaque héritier peut en percevoir l’usufruit en totalité. Certains préféreront peut-être tel ou tel aspect, laisseront peut-être tel ou tel fruit en jachère, peu importe.

Ce qui importe, c’est que Jeanne soit aujourd’hui, encore et toujours, le personnage le plus universellement Français de notre Histoire. Une figure universelle parce que Jeanne parle à tous, en tous cas au plus grand nombre. Une figure universelle parce que Jeanne dépasse les frontières de l’hexagone, certes dans sa dimension spirituelle, mais pas seulement : tout ce qui est Français par excellence porte la sève d’un rayonnement universel.

Ce qui importe encore, c’est que la figure de Jeanne revête une importance particulière quand l’Histoire la convoque comme une nécessité, un recours. Nous y sommes. « La France et l’Europe sont bel et bien aujourd’hui plongés dans l’histoire. Notre temps n’est pas celui de la quiétude et de l’insouciance », souligne Macron.

Et il en appelle à Jeanne : « Dans notre passé, il est des traces vibrantes, qui doivent nous éclairer, nous aider à retrouver le fil de cette histoire millénaire qui tient notre peuple debout. […] Au fond, Jeanne nous invite à regarder la France qui doute, […] notre France aujourd’hui, qui veut renouer le fil de sa longue histoire. Car la France réussira si elle parvient à réconcilier les France, […] une réconciliation qui trace un chemin qui nous est commun pour que la France continue d’embrasser son destin. »

La vedette actuelle du microcosme politico-médiatique souligne la continuité de la France en son histoire : « Notre République ne commence pas avec la République, elle commence bien avant. Elle s’ancre dans cette histoire millénaire avec laquelle nous devons avoir renoué, du sacre de Reims à la fête de la Fédération, comme le disait Marc Bloch ». Voici un propos aussi vrai qu’audacieux.

J’ai été surpris d’entendre une telle qualité de vision et d’écriture de la part de notre jeune ministre-golden-boy, apôtre du « big business » mondial. Il nomme, notamment, trois leçons de Jeanne qui manifestent une compréhension fine et substantielle de l’âme de la France. La première : « l’ordre des choses ne tient pas si cet ordre est injuste ». La deuxième : « C’est celle de l’énergie d’un peuple ». La troisième : « C’est celle du rassemblement et de l’unité de la France ».

Certes, Macron oublie la Jeanne spirituelle, la sainte, cette femme providentielle au sens propre. Mais si l’Eglise a canonisé Jeanne, elle ne lui appartient pas : Jeanne est à tous et pour tous. En tous cas tous ceux qui veulent l’aimer. Et ça fait du monde…

 

Guillaume de Prémare

Chronique Radio Espérance du 13 mai 2016 http://www.radio-esperance.net/?radio=antenne-principale&media=audio&option=reecouter&date=1463119226&id=282624
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