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Bienheureux les douxN’est-il pas naïf de croire que la douceur puisse nous donner la terre en héritage ? Le ciel pourquoi pas mais la terre ! N’avons-nous pas tendance à considérer que la douceur serait le moyen de conquête des biens spirituels mais qu’elle ne peut suffire quand il s’agit  des biens temporels ? La douceur des Béatitudes n’est pas molle.

Voici une méditation des Béatitudes tirée de l’ouvrage « Pour qu’Il règne » de Jean Ousset  pages 528 à 541 « Beati… » :« BIENHEUREUX, LES DOUX ! BIENHEUREUX LES MISERICORDIEUX ! »

Matthieu 5, 5 : « Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage »

(…) « Bienheureux les doux…, parce qu’ils posséderont la terre ! »

(…) Bienheureux les doux ! Non les mous, mais les doux ! Autant dire : bienheureuse force d’une affectueuse patience. Force d’une persévérante lenteur. Puissance comparable à celle de ces plantes dont les racines parviennent à s’agripper aux rochers les plus durs. Puissance végétale, imperceptible apparemment, mais à laquelle, pour finir, rien ne résiste, puissance qui soulève des maisons entières et ébranle les murs les plus épais.

Puissance d’une douceur, qui, certes, ne concède rien de ce qui ne peut pas être concédé, mais qui pénètre sans violenter, sans blesser inutilement. Force qui, sans cesser d’être force, sait garder toute la délicatesse de l’amour.

En un moment surtout où les esprits et les cœurs sont atteints trop profondément, il serait vain et désastreux de croire que le mal puisse être extirpé d’un coup sec et violent. Sans doute, aucune concession à l’erreur. Mais gardons-nous de cette réaction intempestive qui valut aux apôtres certain jour, cette répartie du divin Maître : « Vous ignorez de quel esprit vous êtes ». Tout au contraire, « apprenez que je suis doux et humble de cœur ». On l’a dit, les saints, même les plus austères, ont l’âme comme fondante.

« Il faut avoir l’esprit dur et le cœur doux, a fort bien dit Jacques Maritain. Sans compter les esprits mous au cœur sec, le monde n’est presque fait que d’esprits durs au cœur sec et de cœurs doux à l’esprit mou ». Et, si notre esprit critique ou désapprouve, que l’adversaire sente toujours un cœur qui aime, un cœur qui compatit, un cœur toujours prêt à chercher le chemin le plus facile aux indispensables retours.

Malheur à la connaissance qui ne pousse pas à aimer, a dit Bossuet. Prenons garde que la connaissance de la vérité ne tourne, chez nous, à l’orgueil, lequel est toujours dureté. Il est, en effet, une façon de professer les principes, une façon d’avoir raison, qui ne peut pas ne pas être odieuse. Si l’amour n’accompagnait pas le triomphe de l’ « être », combien stérile serait la vérité !

Et gardons-nous de croire suffisant le témoignage que nous pouvons nous rendre d’un cœur qui, au fond, ne connaît pas la haine. Qu’importe si l’extérieur reste dur !

La petite Thérèse, elle, ne s’est pas laissée tromper par cette prétendue douceur intérieure des cœurs, justes apparemment, mais dont nul ne sent jamais la caresse. « Il faut nous habituer, tout au contraire, enseignait-elle, à laisser paraître notre reconnaissance, à remercier à plein cœur pour la moindre chose. C’est pratiquer la charité que d’agir ainsi ; autrement, bien que l’indifférence ne soit qu’extérieure peut-être, elle glace le cœur et détruit la cordialité ».

Bienheureux les doux ! Bienheureux les miséricordieux ! Deux points sur lesquels il importe plus que jamais de nous examiner. C’est par là que pèchent trop souvent ceux qui ont raison. Nouveau motif pour prendre garde à ces deux points faibles éventuels de ceux qui combattent l’apostasie sociale…

Soyons-en persuadés : c’est nous affaiblir que de n’être pas assez doux. (…) Douceur, force de l’Eglise, de ses martyrs, de ses saints… Les violents selon le monde ont pu conquérir et conquièrent encore de vastes portions de la machine ronde. Ils sont tombés ou tomberont les uns après les autres. Ils n’ont pas possédé la terre. L’Eglise seule, depuis vingt siècles, malgré mille persécutions, a vu et voit encore chaque jour l’immense développement de son règne. Les tyrans conquièrent et s’effondrent. L’Eglise seule possède vraiment la terre qu’elle ne cesse de conquérir. »

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