Sélectionner une page

L’un n’exclut pas l’autre, mais n’oublions pas que chaque conflit mondial dure plus longtemps que le précédent et met en jeu de nouvelles armes. Se reporter au déjà vu est toujours un jeu incertain.

Le plus dangereux des jeux, c’est celui dans lequel les fanatiques de Ben Laden et consorts n’ont pas hésité à se lancer – sans déclaration de guerre (même pas rétroactive, comme les Japonais après Pearl Harbor), puisqu’il ne s’agit pas d’une affaire d’Etat à Etat – ni revendication clairement affirmée de la part des agresseurs.

De quoi s’agit-il ?

D’une guerre civile transnationale, d’une guerre de société à l’intérieur même des sociétés, guerre psychologique générale dont l’acte initial frappant le Centre du Commerce Mondial de New-York et le Pentagone de Washington se voulait démonstration de pure haine et du pouvoir de détruire et d’abaisser les symboles de la puissance dominante exécrée.

C’était compter sans la capacité de rebondissement – psychologique et matériel – de celle-ci. La préparation de l’indispensable riposte militaire et financière des Américains fut facilitée dans la phase initiale qui suivit l’horreur du crime. Mais l’action ne doit pas occulter la responsabilité initiale des Etats-Unis, ni les dangers qui menacent la coalition difficilement mise sur pied par eux.

Une suite d’erreurs

Les dévastations commises sur le sol des Etats-Unis pour la première fois de leur courte histoire et les 6 000 tués en une heure le 11 septembre ont en même temps démoli deux mythes : celui de l’omniscience des services de renseignement d’Outre-Atlantique et celui de la « guerre à zéro mort » américain, si brillamment illustré à propos du Kosovo, au détriment exclusif des Serbes qui avaient été médiatiquement diabolisés.

L’évocation du Kosovo nous conduit droit à l’erreur primordiale des Etats-Unis. Leur politique étrangère ne pouvait mener qu’à une impasse dès lors qu’elle comportait en premier lieu, pour des raisons de politique intérieure, un soutien inconditionnel donné à Israël et, en deuxième lieu, une précieuse alliance avec les principaux pays arabes producteurs d’hydrocarbures. Aujourd’hui comme hier Arabie Séoudite, Koweït… demain Soudan et surtout Turkménistan et Kazakhstan.

La deuxième ligne de conduite contredisant la première, une troisième directive était censée résoudre la contradiction. L’Amérique a cru détourner la mauvaise humeur des pays islamiques gardiens de la première source d’énergie mondiale, en favorisant systématiquement des éléments ou des mouvements musulmans au détriment des nations européennes de vieille chrétienté.

Cela depuis plus de 40 ans en Afrique, en commençant par la Libye ex-italienne et le Sahara ex-français (sans oublier pardelà le pétrole, les fabuleuses richesses minières du continent noir) – et depuis une dizaine d’années en pleine Europe.

Ainsi a-t-on suscité dans les Balkans de nouvelles entités musulmanes relevant la tête pour la première fois depuis l’effondrement de l’empire ottoman (1918). D’abord dans cette Bosnie dont on confiera en 1995 une « indépendance » qu’elle n’avait jamais connue, aux mains des 40% des musulmans qualifiés tout simplement de « bosniaques » – puis 4 ans plus tard, au Kosovo où la partialité américaine s’affichera en faveur des « albanophones » jusqu’à laisser contaminer aujourd’hui la Macédoine voisine. Où s’arrêtera-t-on ?

Ce « ventre mou » de l’Europe – et de la chrétienté – devint ainsi un réceptacle de l’argent séoudien déversé à flots pour multiplier les mosquées en Bosnie. Mosquée égale centre d’endoctrinement. Les jeunes Arabes et même les Européens passés à l’Islam, quand ils chercheront à perfectionner leur formation, le feront en Bosnie.

Les conseillers de la Maison Blanche avaient sans doute imaginé ce troisième axe de leur politique comme une marque de subtilité dans ce qu’ils prenaient pour une habile jonglerie entre les deux forces leur paraissant les plus utiles. Lourde erreur. Les nouvelles éprouvettes de l’Islam, au lieu de semer la reconnaissance envers l’Amérique, répandront au contraire fermentation et haine.

Si le jongleur américain s’est retrouvé à terre le 11 septembre, ce n’est pas par habileté, mais par simplisme de pensée.

En s’accrochant à l’idée élémentaire que l’ennemi de votre ennemi est forcément votre ami, vous perdez votre clarté de jugement et fermez les yeux sur les transformations qui couvent.

C’est ainsi que Roosevelt, trop heureux que l’URSS ait pris sur elle le plus dur de la lutte géante contre l’envahisseur nazi, attribua d’un coeur léger à Yalta (1945) la moitié de l’Europe à Staline.

La diplomatie d’un pays trop jeune procédant par retournements tout d’une pièce, les successeurs de Roosevelt, clairvoyants sur la nature des Soviets, ont porté contre ceux-ci tous leurs efforts, s’hypnotisant sur ce seul danger durant plus de 40 ans.

Et quand Moscou commit l’erreur d’envahir l’Afghanistan, en 1979, la CIA choisit d’opter délibérément pour le drapeau vert de l’Islam afin de contrer le drapeau rouge abhorré.

Elle arma les islamistes afghans… et les volontaires non-afghans venus d’Afrique et d’Europe dont elle favorisa les camps d’entraînement jusqu’à leur fournir des missiles Stinger [[Missile Sol-air.]] (dont certains ont mystérieusement disparu). Et elle persista dans ce jeu mortel bien au-delà du départ des Soviétiques, dix ans plus tard, et même une année au-delà de la prise du pouvoir des plus fanatiques des islamistes, les Taliban en 1996, dans un Kaboul dévasté par la guerre civile.

Aberration américaine d’autant plus inexcusable si on la met en parallèle de la guerre du Golfe déclenchée entretemps en 1991 : les Etats-Unis volèrent d’abord au secours du Koweït (20% des réserves mondiales de pétrole connues à l’époque) puis, sous prétexte de ne pas déstabiliser la région, ils s’arrêtèrent à 24 heures de marche de Bagdad alors qu’une occupation éclair (suivie d’une évacuation volontaire) aurait permis de découvrir les plans et de procéder à la destruction des usines où Saddam Hussein préparait ses armes chimiques et bactériologiques d’une tout autre importance que la possession des puits koweïtiens.

Résultat : l’Amérique se contenta de dix années de boycott étranglant l’Irak au détriment de la population civile et notamment des enfants de ce pays – pendant que continuait vraisemblablement à se développer l’arsenal souterrain du tyran toujours en place.

Plus qu’une politique systématiquement pro-islamique dénoncée par certains commentateurs, il faut plutôt voir dans cette succession de bévues commises par l’Amérique un jeu de bascule éminemment maladroit, fruit d’une tragique erreur dans l’appréciation des dangers et des intérêts à long terme, erreur malheureusement sous-tendue par une constante arrogance.

La faillite de ce jeu éclata le 11 septembre à Manhattan : une journée d’apocalypse organisée dans l’ombre par la frustration et la haine de fanatiques islamistes à l’état pur.

Que faire ?

Convient-il pour autant, devant une aussi lourde responsabilité des Etats-Unis, de se distancer de leur cause et de prendre la position confortable du donneur de leçons prétendant renvoyer les adversaires dos à dos ? Cela reviendrait à commettre à notre tour la même incapacité de discerner la hiérarchie des périls.

L’Amérique, malgré ses fautes, reste le partenaire majeur de l’Europe. Son intervention permit à la France et à d’autres nations d’éviter d’être submergées deux fois au cours du XXè siècle, et même trois fois si l’on prend en compte l’écroulement économique conjuré grâce au Plan Marshall (1948). Cela ne s’oublie pas – mais doit se tempérer par la claire vision et les avis dont la diplomatie d’un pays riche d’expérience devrait, si elle en est encore capable, faire profiter une puissance qui en est pauvre : nécessaire rééquilibrage moral de l’Occident.

A l’heure où sont écrites ces lignes [[- 6 octobre 2001.]], les préparatifs tant politiques que militaires des Américains contre le sanctuaire afghan de Ben Laden, paraissent éviter les écueils de la démesure et de la dispersion.

Mais les dangers apparaîtront si les opérations sont appelées à durer.


Premier danger : la maladresse

En cas d’échec d’une frappe chirurgicale rapide, éliminant Ben Laden et le coeur de son réseau Al Qaïda, des dommages pudiquement qualifiés de collatéraux frapperont une population déjà ravagée par 20 ans de guerre.

D’où une inévitable aggravation de la misère et d’un ressentiment anti-occidental. Et même si, grâce aux alliés tadjiks [[Tadjiks : ethnie du Nord-Est de l’Afghanistan.]] du nord, il y avait un rapide succès sur le terrain, une démobilisation de l’Occident engendrerait alors une multiplication du nombre des rebelles et des candidats terroristes.


Deuxième danger : la lassitude

L’intervention américaine en Somalie, en 1993, sous le beau nom de « Restaurer l’espoir » (Restore hope), avait débouché sur l’encerclement de leurs commandos. Un bilan de 18 morts et 180 blessés américains suffit à mettre fin à leur action armée en Afrique et donna naissance au rêve de la « guerre à zéro mort »… et de ce qui s’ensuivit.

Aujourd’hui le réveil américain depuis septembre 2001 est exemplaire. Comme l’avait été en son temps celui de la France face à l’insurrection du FLN en 1958. Mais il fut suivi chez nous de désenchantement, d’abandon, de trahison des idéaux reniés.

Les démocraties répugnent à un effort durable. Aujourd’hui le souci des dirigeants Français consiste à choyer leurs immigrés musulmans d’Afrique, réservoir potentiel de voix pour la gauche. Même souci en Allemagne vis-à-vis des Turcs, en Angleterre vis-à-vis des Pakistanais.

Combien de temps dureront la phase « vigipirate » et la cohésion des alliés face à un danger commun, si l’opération américaine est de longue durée ?


Troisième danger : l’enlisement

Contrairement à une théorie en vogue depuis les années 60, une guérilla n’est pas invincible. Mais sa réduction exige des effectifs [[- Pouvant aller jusqu’à dix soldats par insurgé.]], du temps et de la constance, à plus forte raison dans un pays montagneux plus grand que la France et truffé de caches. Il faut aussi savoir, sans se tromper d’appui, traiter avec les différentes ethnies et factions opposées entre elles et dont plusieurs ont leurs frères de l’autre côté de frontières artificielles : notamment au sud les Pachtounes, frères de ceux du Pakistan, au nord les Tadjiks frères de ceux du Tadjikistan [[- Lors d’un passage du signataire à Kaboul en 1976, le remarquable Musée afghan, détruit depuis lors, montrait une cartedu pays détaillant l’effarante diversité des populations.]]… et ennemis du Pakistan.

C’est à cause du Pakistan que le commandant Massoud, Tadjik de naissance, homme de grande classe et qui eût peut-être pu sauver l’Afghanistan, fut négligé par l’Occident et abandonné par l’Amérique au profit du Pachtoune islamiste du sud, Hekmatyar, fourrier des Taliban.

Cela se passait au moment où le gouvernement américain, en liaison avec deux compagnies pétrolières, caressait le projet d’un gazoduc qui désenclaverait les champs du Turkménistan à travers le territoire afghan. Il fallait donc courtiser les maîtres de l’heure…

Or le soutien des Tadjiks du nord réapparaît aujourd’hui comme la carte maîtresse des Américains si ceux-ci réussissent à les aider assez pour reprendre le dessus.


Quatrième danger : les tensions entre alliés…

… ou plutôt entre ralliés !

Subitement convertis à l’idée de fédérer le monde entier contre le terrorisme islamique, les Etats-Unis se heurtent aux limites du possible.

Par exemple, lever les sanctions contre l’Inde et le Pakistan, coupables d’avoir tous deux développé l’arme atomique, fit naître de grands espoirs en Inde. Mais favoriser spécialement le Pakistan pour prix d’un ralliement tardif, ravive les ressentiments de son constant adversaire, inquiet quant au Cashemire.

Coaliser les contraires, y compris les contraires à l’intérieur même des Etats, une fois de plus, ne dure qu’un temps. D’où le danger suivant.


Cinquième danger : la contagion

En moins d’un mois, les Américains ont réussi, les preuves dans une main, les promesses d’aide dans l’autre, à rallier à leur projet d’intervention la quasi totalité des nations. Mais les chefs d’Etat et les hauts responsables musulmans gagnés à leur cause sont le plus souvent corrompus et aux prises avec de fortes minorités (quand ce ne sont pas des majorités) travaillées par l’islamisme. A commencer par le pays-clef, le Pakistan.

Une étincelle, par exemple à partir des provinces Pachtounes, peut l’embraser, balayer ses dictateurs et lui faire rejoindre le clan anti-américain et anti-occidental.

Il n’est pas un pays de la ceinture islamique mondiale, étendue du Maroc jusqu’à l’Indonésie et le sud des Philippines, sous des formes très diverses, mais dans une commune appartenance à l’Oumma, la « communauté des croyants », pas un de ces pays qui ne soit exposé à une révolution violente si un échec américain en fournit l’occasion.


Sixième danger : les arsenaux de Satan

En cas d’embrasement, les rescapés des frappes anti Ben Laden, n’hésiteront pas à recourir au pire. Le pire était, voici un demi-siècle, l’arme atomique, alors lourde et incommode à transporter.

De nos jours, circulent de l’uranium enrichi et du plutonium, volés sur les anciens stocks de Russie.

Et il semble que des procédés de miniaturisation puissent exister à la portée de quelques résolus, s’ils disposent des quantités nécessaires pour rassembler la masse critique.

Mais sans aller jusque-là, la tragédie du 11 septembre a démontré qu’un simple détournement d’avion peut obtenir, par suicide interposé, des dégâts d’une ampleur comparable à ceux de l’atome.

Dernière arme du XXè siècle, le terrorisme aveugle, au moyen d’explosifs à retardement, frappant indistinctement amis et ennemis pour créer une psychose générale, fut inauguré en 1956-57 en Algérie par le FLN. Un pas de plus et le terrorisme suicidaire existe, lui, depuis les années 80 à l’échelle individuelle avec les Tamouls de Ceylan, mais fut adopté très vite, en 1983, à plus grande échelle quand deux camions suicide d’islamistes tuèrent à Beyrouth 53 parachutistes français et 241 marines américains.

L’attentat-suicide est imparable. Celui qui fait passer la destruction de son objectif par la sienne propre aura toujours une longueur d’avance (si l’on peut dire) sur celui qui tient à la vie.

Combiner le geste suicidaire avec les fruits les plus terrifiants des sciences bactériologiques et chimiques, serait le chapitre ultime du recours des « fous d’Allah » vers les puissances de mort.

Nul ne sait s’il est réellement possible aujourd’hui de répandre des aérosols de poisons ou de micro-organismes (produits dans au moins 5 pays) qui soient capables en théorie d’exterminer la population d’une ville, d’un pays, voire d’un continent.

Nous n’évoquons cette perspective, comme repoussoir, que :

1) parce que Ben Laden lui-même l’a mentionnée, prouvant ainsi que l’islamisme extrême vise au coeur non seulement l’Amérique, l’Occident, mais le monde entier.

2) parce qu’elle illustre la nécessité vitale d’éliminer son organisation dans un délai assez court pour éviter les dangers qui viennent d’être énumérés – et de continuer à monter la garde à l’échelle mondiale.

3) parce qu’il est tout aussi urgent de savoir pourquoi nous combattons.

Qu’est-ce donc que l’islamisme ?

Et quelles forces morales avons-nous à lui opposer ? Tel est le coeur du problème d’aujourd’hui.

Côte Islam, d’où vient cette haine ? Le conflit judéo-palestinien [[- D’ailleurs soigneusement entretenu depuis plus d’un demi-siècle dans les camps de réfugiés.]], toujours mis en avant, est incontestablement un abcès purulent sur la scène du monde. Il n’en est pas le détonateur, mais le paravent, le prétexte du crime.

L’Islam est la religion d’un livre, le Coran, lui-même d’une extrême disparité.

Du judaïsme au christianisme, il y avait filiation : la filiation de la promesse à l’accomplissement, du Dieu l’Unique dont la Trinité n’est qu’à peine esquissée dans la Bible, à l’Incarnation du Fils et à la proclamation de l’Esprit Saint au-delà de laquelle il ne peut y avoir nulle autre plénitude.

Mais, avec l’Islam dont le nom signifie soumission, il y a recul. Recul et crispation d’un monothéisme brûlant vers un Dieu inaccessible. Se voulant la Charte unique et indépassable des croyants, le Coran, en fait, prétend contenir tout, sauf, bien entendu, le Verbe Incarné.

Il abaisse le Christ au rang de simple prophète. Voulant tout contenir, il contient en fait le contraire de tout. Il est facile d’en extraire, comme le font quotidiennement ses zélateurs, des versets de tolérance et de paix – mais dans une sourate voisine on trouve des versets d’appel au meurtre et à l’oppression.

En outre le Coran, vieux de près de 14 siècles, est rédigé dans une langue qui, comme toutes les langues, a évolué, s’est même fractionnée. Or ses adeptes, lui donnant un caractère sacré, ont l’interdiction d’une quelconque mise à jour. Imagine-t-on que nous devions nous référer à un texte fondateur écrit en langue « romane rustique » remontant à deux siècles avant les Serments de Strasbourg [[Serments de Strasbourg échangés en 842 par Charles le Chauve et Louis le Germanique.]], sans traducteurs ni exégètes ?

Le terme djihad fut immédiatement compris comme guerre sainte et appliqué à la violente conquête éclair, en un siècle à peine (et aux massacres subséquents), d’un monde allant de l’Espagne jusqu’à la Cappadoce (Turquie). Beaucoup plus tard, les penseurs musulmans de l’école soufi remarquèrent que la guerre pouvait aussi s’appliquer à soi-même, à la « zone d’ombre » de chacun, et c’est cette interprétation qui est aujourd’hui complaisamment présentée aux « polythéistes » ainsi que nous sommes désignés.

Toutes les contorsions de langage n’empêcheront pas que le Coran n’admet l’égalité ni pour les femmes ni pour les « dhimmis » (gens du Livre : juifs et chrétiens « protégés » par les Croyants…).

Et il n’en reste pas moins que s’il existe individuellement de nombreux musulmans modérés et accessibles à plusieurs de nos « valeurs », en revanche, chaque fois qu’un fils de l’Islam veut approfondir sa foi, il est aiguillé vers les versets les plus durs du Coran et trouve en ce livre l’aliment du fanatisme.

Dans un système de pensée où spirituel et temporel ne font qu’un tout, tel ou tel imam auto-proclamé mêlera dans son prêche religion et politique et sera la courroie de transmission qui conduira de l’Islam à l’islamisme.

Certes il lui sera facile d’extraire de l’actualité les multiples scandales commis par des Européens dépravés, par des Américains dont le reste de foi fait bon ménage avec le culte de Mammon, par des Occidentaux de tous bords, gangrénés par ce que Jean-Paul II appelle la Culture de mort.

Ces discours tenus, au nom d’une croyance simple et tranchante, à des déracinés, des « nomades intellectuels », des marginaux n’ayant rien à perdre et séduits par un semblant d’universalisme, mèneront nombre d’entre eux à la fascination, sans projet politique défini, de la destruction pour elle-même passant par l’autodestruction.

Réaction en profondeur ?

Devant le tableau du monde réel d’aujour-d’hui et en dépit de la sainteté de quelques figures de la chrétienté, en dépit aussi des mérites éminents d’organisations philanthropiques, mues ou non par la foi, on ne peut éprouver qu’une gêne à entendre l’Amérique s’approprier le terme de « croisade ».

Croisade ? Où est le tombeau du Christ à délivrer ? Certes le tombeau vide réside toujours à Jérusalem, et l’une des conditions nécessaires pour désamorcer la haine des islamistes (ou plutôt son prétexte) sera que tout l’Occident, l’Amérique et l’Europe ensemble – cette dernière ayant enfin l’occasion de retrouver influence et poids – exigent et obtiennent à force de pressions un arrangement équilibré [[- Cogestion de Jérusalem par un Etat palestinien autonome et un Etat juif respecté et garanti, mais en assortissant l’accord d’un fond pour l’irrigation et le développement, afin de reloger enfin les réfugiés arabes ou leurs descendants sur les terres vides des pays voisins.]] en Terre sainte, telle que Clinton avait été à deux doigts de l’obtenir fin 2000.

Cela étant posé, est-il raisonnable de parler aujourd’hui, selon une formule qui fit mouche hier, de « choc des civilisations » ? Encore faudrait-il s’entendre sur le fond.

Qu’est-ce qu’une civilisation ?

S’emparer de centaines de personnes pour les transformer en bombe volante qui en tuera des milliers d’autres (et les auteurs du crime avec eux) est-ce un signe de civilisation ? Mais la légalisation de l’avortement (qui tue 220 000 enfants chaque année en France) est-ce une marque de civilisation ?

Si le XXIè siècle s’ouvre par l’affrontement géant d’un Occident repu et d’un islamisme jouant sur la misère, il ne faut pas y voir le choc des deux « civilisations » mais de deux Titans borgnes, privés chacun de la moitié de leur champ de vision. L’Occident a perdu son âme en se déchristianisant, l’Islam garde les yeux bouchés sur ce qu’il peut y avoir de positif dans la modernité.

Car au XVIIIè, pendant que l’homme occidental affranchissait sa Raison au seul service de ses propres droits hypertrophiés, voici qu’en Orient l’Islam Wahhabite donnait le signal d’une fermeture au monde scientique et technique et à toute transformation moderne de sa société.

C’est ici qu’apparaît l’ambivalence du rôle de l’Arabie Séoudite. Sanctuaire du Wahhabisme, gardienne des lieux saints musulmans, l’Arabie, chacun le sait, abrite les plus grandes réserves de pétrole connues. D’une part elle veille à les faire protéger par son allié américain dont les militaires sont présents chez elle et, aux dires des islamistes extrêmes, souillent sa terre. D’autre part, l’Arabie n’autorise ni la moindre évolution démocratique dans son régime de monarchie absolue, ni la construction ne fût-ce que d’une chapelle sur son immense territoire.

Et tout en proclamant l’intangibilité sacrée et la stricte observance des paroles du prophète, dont le wahhabisme fossilisa pour ainsi dire l’enseignement, ainsi que le mépris pour les sociétés modernes corrompues et les fruits de l’esprit scientifique, les princes autocrates séoudiens jouissent abondamment des fruits de la science et de la technique occidentales.

Enfin, les fabuleux profits – en dollars – tirés de son pétrole sont attribués à la construction de mosquées et par conséquent de centres d’endoctrinement dans le monde entier, infiniment plus que d’associations philanthropiques qui en sont la couverture dans les banlieues pauvres de l’Occident. Et les mêmes profits servent aussi, comme dans le cadre de la famille des Ben Laden, milliardaires séoudiens, à financer l’acquisition des techniques et des armes les plus modernes par des terroristes appliqués exclusivement à détruire [[- En fait d’hypocrisie, certaines nations d’Occident n’ont rien à envier à l’Arabie séoudite. Témoin l’Angleterre, refuge complaisant de terroristes que pendant des années elle refusa d’extrader, puis subitement muée à grand fracas médiatique en auxiliaire privilégié des Etats-Unis.]] – au risque d’un choc en retour fatal aux nantis séoudiens comme aux autres, en cas de soulèvement des peuples.

Que reste-t-il à faire en Occident au petit nombre de ceux qui croient encore à leur civilisation ? Y croire en profondeur et croire en eux-mêmes, c’est-à-dire pratiquer le contraire de ce qui s’y fait généralement.

Sortir de l’impasse exige de retrouver et d’unir tradition et invention : racines chrétiennes de l’Occident et capacités d’innovation en Orient capables de réduire sa misère. Quadrature du cercle ?

La partie est extrêmement difficile. Car d’abord les crimes de l’adversaire doivent être punis et l’adversaire maîtrisé. Seule la force, matérielle et surtout morale, entraîne un musulman à vous respecter, et rien ne peut être obtenu de lui sans ce respect.

L’heure peut-elle venir ensuite de l’appel à la raison et à la modération du plus grand nombre possible de musulmans ? La recherche d’un plus petit commun dénominateur de valeurs suffirait-elle à trouver un modus vivendi entre « civilisations » différentes ou ce qu’il en reste ? Pour un temps, peut-être. Mais une « relecture » du Coran serait la négation de l’Islam.

De même que l’obsession des musulmans attachés à la lettre du Coran est de gagner le monde entier à l’Islam, de même le but final de chrétiens cohérents avec eux-mêmes doit être la conversion de l’autre. Mais la conversion d’un musulman (aujourd’hui punie de mort par la charia) ne peut se faire que par la vertu de charité.

Voici déjà longtemps, un éminent Maronite, bon connaisseur de l’Islam, à qui je demandais s’il était vrai qu’aucune conversion de musulman au Christ n’était envisageable, me répondit : « par le raisonnement non, par l’amour si ». De fait il y en eut et il y en a.

Beaucoup soupireront : voilà une vision d’un irréalisme total.

Pourtant, à long terme, nous ne devons attendre aucune solution pleine et durable du problème de l’Islam et de l’Occident, hors d’une authentique révolution spirituelle : retour des Francs, si affadi que soit aujourd’hui leur sel, à la plénitude de leur baptême et, parmi les musulmans qui ne sont pas devenus des agents du fanatisme, conversion des fidèles d’Allah le transcendant à la divinité du Christ, Verbe créateur, Voie, Vérité et Vie en l’Esprit d’Amour.