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Bernard Cazeneuve ne mâche pas ses mots : « La France est en guerre contre une ennemi qui cherche à la diviser, à dresser les Français les uns contre les autres, à fractionner le corps de la nation, à anémier la République ». Il s’agit, dit-il, d’un « piège mortel ». Le constat est juste et les mots ne sont pas excessifs. Ils décrivent bien l’engrenage de la guerre intérieure voulue par les soldats du Djihad.

Nous sommes en état d’urgence nationale, il s’agit de déjouer ce piège et de briser cet engrenage qui est en train de placer une partie croissante des Français musulmans en état de sécession culturelle et affective avec la France. A cet égard, il est clair que la stratégie de l’Etat islamique se déroule sans anicroche depuis Charlie : un processus de fracture culturelle et de défiance communautaire est en marche.

Dans ce cadre, ils jouent un jeu délétère les musulmans qui continuent à exacerber la victimisation, la communautarisation et la provocation – notamment via l’envahissement de l’espace public par des codes vestimentaires que l’opinion publique ne supporte plus. Les responsables religieux musulmans nationaux – et surtout locaux – rendraient un grand service en expliquant clairement à leurs ouailles qu’en France, on ne s’habille pas comme ça ; et surtout pas en ce moment.

Comme le dit Jean-Pierre Chevènement : « Les musulmans, comme tous les citoyens français, doivent pouvoir pratiquer leur culte en toute liberté. Mais il faut aussi qu’ils comprennent que, dans l’espace public où se définit l’intérêt général, tous les citoyens doivent faire l’effort de recourir à la “raison naturelle”. »

De l’autre côté, ceux qui expliquent que les musulmans sont définitivement insolubles dans la communauté nationale contribuent à jeter les masses musulmanes dans les bras de l’islam radical, lequel se propage déjà par inertie dans les jeunes générations. Une « culture Daesh » est en cours d’enracinement au cœur de ce que Malek Boutih nomme à juste titre la « génération radicale ».

Union sacrée

La situation est suffisamment grave pour envisager une sorte d’union sacrée face à ce « piège mortel ». Je cite encore Bernard Cazeneuve : « Ce combat contre l’islamisme radical, nous ne devons, en aucun cas et en aucune façon, le mener contre les musulmans de France. » Cette remarque de bon sens est capitale : dans une guerre de ce type, le belligérant habile et intelligent cherche à gagner à sa cause les populations civiles dont l’autre belligérant cherche à s’attacher d’abord la neutralité par la peur et la pression socioreligieuse, puis la sympathie par le rejet de la France, enfin la collaboration.

Pour briser cet engrenage, Cazeneuve lance un vaste chantier de refonte des institutions représentatives de l’islam. C’est un chantier complexe tant l’islam de France est disparate, divisé entre tendances, mais aussi fragmenté selon les pays d’origine, dont les gouvernements n’ont de cesse de vouloir contrôler leur population d’origine.

Si ce chantier est nécessaire, il laisse beaucoup d’interrogations sur le fond, notamment sur le rôle de l’Etat. Et ses résultats sont très incertains. Ce qu’il faut viser aussi, c’est d’exercer une réelle influence sur les communautés locales ; et mener une politique de renseignement de terrain puissante qui permette d’éradiquer les agents subversifs.

D’une certaine manière, nous devons gagner les populations ville par ville, les attacher à la France et les protéger des influences néfastes ; avant qu’il ne soit trop tard.

Guillaume de Prémare

Chronique Radio Espérance du 2 septembre 2016

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