Sélectionner une page

1 – “L’Histoire est une affaire de spécialistes”

Dans le domaine de la recherche historique, c’est incontestable. Mais le travail de l’historien est double. Chercher d’abord, ce qui implique l’accumulation de faits certains parce que vérifiés qui, avec objectivité, devront être hiérarchisés les uns par rapport aux autres pour dégager leur cohérence. Enseigner le fruit de la recherche, ensuite, pour en transmettre l’essentiel nécessaire à une bonne intelligence du passé.

L’enseignement de l’histoire nécessite que soit dégagés les grandes lignes de fait, les évènements et les personnalités incontournables, l’essentiel des grandes motivations, des mentalités et des moeurs qui ont fait de notre histoire ce qu’elle est, et non pas une autre.

Nous ne sommes plus ici dans le domaine des spécialistes, mais dans celui de la culture générale, indispensable à une société pour dégager son identité et ses racines, et donc sa personnalité historique. “Autre temps, autres mœurs” ! L’expérience des uns ne peut pas servir aux autres. L’intérêt du passé, c’est précisément qu’il est passé…

Une connaissance élémentaire de l’Histoire nous enseigne précisément le contraire. Au cours des siècles, les générations se sont appuyées sur l’expérience des précédentes, c’est ce qui a permis de ne pas repartir chaque fois à zéro et d’accumuler les connaissances, aussi bien matérielles que culturelles. La notion même de progrès repose sur cette transmission de génération en génération des acquis d’une civilisation.

La négation du passé est une attitude idéologique très récente qui découle du refus d’accepter l’ordre naturel des choses que nous révèle l’étude de l’Histoire. Ainsi que le disait si bien Simone Weil, “il serait vain de se détourner du passé pour ne penser qu’à l’avenir. C’est une illusion dangereuse de croire qu’il y ait là même une possibilité. L’opposition entre l’avenir et le passé est absurde. L’avenir ne nous aporte rien, ne nous donne rien : c’est nous qui, pour le construire, devons tout lui donner, lui donner notre vie elle-même. Mais pour donner, il faut posséder et nous ne possédons d’autre vie, d’autre sève que les trésors hérités du passé et digérés, assimilés, recréés par nous. De tous les besoins de l’âme humaine, il n’y en a pas de plus vital que le passé”.

Cette affirmation trouve une confirmation dans le besoin récurrent qu’ont les enfants nés sous X de découvrir leur parenté, ainsi qu’ils l’expriment si souvent : “pour construire ma vie, j’ai besoin de savoir d’où je viens”.

2 – “Mon enfance a été encombrée de dates et de noms de batailles à apprendre par cœur. Cela n’a aucun intérêt”

flickr-1528221013-hdPas plus d’intérêt effectivement que d’apprendre le solfège et de faire des gammes pour jouer d’un instrument… ou d’apprendre les tables de multiplication pour savoir compter !

Mais s’il n’est pas absolument nécessaire à un être humain de jouer de la musique ou de devenir mathématicien. il lui est par contre vital de connaître ses racines pour se connaître lui-même ; c’est une question de santé psychique et morale.

Cette étude du concret de la nature humaine que nous révèle l’apprentissage, même difficile, des grands faits historiques est de plus indispensable au bon fonctionnement de notre intelligence. L’esprit humain est ainsi fait qu’il a besoin de connaître le réel pour y exercer son esprit critique. “Il n’y a rien dans notre esprit, qui ne soit d’abord dans nos sens”, disait Saint Thomas d’Aquin ; entendez par là que l’esprit humain ne raisonne pas sur rien ; même le travail de son imagination est issu de la constatation d’un réel qui est reconstitué.

3 – “Les historiens tirent les faits à eux en fonction de leur conceptions philosophiques ou idéologiques. On ne peut rien savoir avec certitude de ce qui est passé”

Il existe une méthode de travail objective utilisée depuis l’Antiquité par l’ensemble des historiens “sérieux”. Nous la devons à Thucydide (Vème siècle avant Jésus-Christ). Cette méthode historique est assez semblable à celle utilisée par les enquêteurs de police pour rechercher l’auteur et les circonstances d’un crime : scrupuleuse recherche de tous les documents concernant le sujet, recoupement des témoignages, refus de toute extrapolation, refus de faire intervenir sa propre interprétation des choses pour ne retenir que ce qui est prouvé par l’objectivité des documents connus et, en prime, honnêteté de savoir dire que l’on ignore ce que l’on n’est pas capable de prouver…

Les chroniqueurs et les historiens de l’Occident chrétien reprendront cette méthode à leur compte, pour n’enseigner que ce dont l’existence est prouvée. La méthode est toujours utilisée par bon nombre d’historiens contemporains.

Reste qu’il existe effectivement, depuis plus de deux siècles, une conception de l’Histoire qui se présente comme une spéculation sur le futur, étayée par un tri effectué dans les évènements du passé, ne retenant que ceux qui vont dans le sens de la théorie émise a priori. Mais ces conceptions de l’Histoire sont davantage le fait de philosophes qui utlisent une partie de l’Histoire pour leur démonstration, que d’authentiques historiens.

L’apprentissage de notre passé est donc une éducation précieuse pour notre esprit qui y trouve l’occasion de confronter ce que nous pensons avec ce qui existe, et a existé, réellement.

L’Histoire est de plus un extraordinaire catalogue de tous les sentiments et de tous les grands mobiles humains, mis en situation et confrontés au réel. Nos scénaristes actuels, souvent en panne d’inspiration, feraient bien de la consulter plus souvent, ils y trouveraient matière à renouvellement de leurs sujets, sans crainte de tomber dans l’invraisemblable !

4 – “C’est la peur qui a créé les dieux dans les sociétés anciennes. L’homme moderne n’en a plus besoin”

Il est certain que l’athéisme social est un phénomène très récent dans l’Histoire. Mais il relève de la démarche a priori et non d’une démarche historique d’affirmer qu’il en sera de même dans les temps à venir. D’autant que ce début de troisième millénaire semble se caractériser davantage par un renouveau du phénomène religieux dans le monde, aussi bien en prenant l’exemple de l’impérialisme islamique que du renouveau spirituel de l’Eglise catholique. Renouveaux spirituels qui ne peuvent être mis aujourd’hui sur le compte de la peur ou de la non explication des phénomènes naturels.

Aller plus loin : Quelle Histoire enseigne-t-on ?

“J’ai voulu donner à mon livre le ton d’un récit clair et familier qui conduise l’élève depuis les origines jusqu’à nos jours en l’arrêtant devant les grands évènements et les grandes figures, afin que la suite de notre histoire apparaisse à son esprit et reste dans sa mémoire”

Ernest Lavisse, Histoire de France,cours moyen, 1912.

“En continuant à réserver une place prépondérante au territoire français, ce programme l’insère plus fortement dans une approche européenne et parfois même mondiale, sans exclure la dimension régionale.”

Education Nationale, Bulletin officiel n°1, 14 février 2002.

La perle :

“Identifier un paysage, une cathédrale, une ligne de partage des eaux, c’est peut-être ce qui devrait resté quand on a quitté l’école (…). Faut-il encore construire des Français ? Devons-nous construire des Européens ? Devons-nous donner une identité régionale ?”.

Dominique Berne, Inspecteur général de l’Education nationale, colloque de décembre 2002.

Déterminisme raciste

Comme toutes les idéologies, le national-socialisme se fonde sur un déterminisme. Il a éprouvé le besoin de réécrire l’Histoire à l’aune de ses axiomes racistes :

“Une réforme particulièrement importante est celle des méthodes actuelles de l’enseignement de l’Histoire… La principale utilité de cette étude est de faire discerner les lois qui régissent le cours des événements. La tâche de l’Etat raciste est de veiller à ce que soit ecrite enfin une histoire universelle dans laquelle la question de la race sera mise au premier plan… L’Etat raciste aura atteint son but suprême d’instructeur et d’éducateur quandil aura gravé dans le coeur de la jeunesse à lui confiée, l’esprit et le sentiment de la race.”

Adolf Hitler, Mein Kampf, in L’enseignement de l’Histoire en France, colloque de 1983 du l’Union Nationale Inter-universitaire.

Share This