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Empressons-nous de dire qu’on peut être un germanophile reconnu, apprécier par exemple Gœthe et Beethoven, sans partager pour autant l’idéologie nazie.

S’inspirant de Fichte (1762-1814) et Hegel (1770-1831), mais aussi de Sorel (1847-1922), le chantre de la violence, le National-Socialisme plonge ses racines dans la pensée socialiste révolutionnaire. « Hitler a emprunté au marxisme-léninisme ses structures, son goût du secret, son système policier, ses méthodes de répression » [[F.G. Dreyfus, Le IIIeme Reich, p. 92.]] Le Führer, qui lit Voltaire avec délices, a pour idoles politiques Frédéric II et Bismarck. Les influences ésotériques des Rose-Croix et des Illuminés de Bavière ajouteront à l’anticatholicisme virulent des nazis.

Pio_XII_Pacelli« Je vous garantis que, si je veux, j’anéantirai l’Église en quelques années », confie Hitler à Hermann Rauschning [[Hermann Rauschning, Hitler m’a dit, Paris, 1939, éd. Coopération 1945, p.68.]] Goebbels, son dauphin, n’est guère plus tendre : « L’Église catholique poursuit son infâme travail d’excitation… Cette prêtraille politisante est, à côté des Juifs, l’espèce la plus odieuse que nous hébergions aujourd’hui encore dans le Reich. Il faudra, après la guerre, résoudre le problème une fois pour toutes » [[Ministre de la Propagande et de l’Information du IIIe Reich, cité par Éric Picard dans Histoire du Christianisme Magazine n°7, mai 2001, p. 43.]] Quant à Rosenberg, l’idéologue du parti, il estime que « tout européen (…) qui est d’avis que les idiots et les malades incurables ne doivent pas infecter sa nation, est anticatholique selon les termes de la doctrine romaine et ennemi de la morale chrétienne » [[Auteur du livre culte le Mythe du XXème siècle (1930), qui constitue avec « Mein Kampf » la doctrine du nazisme. Citation, id supra p. 41.]]

Pie XI (1922-1939) condamne le nazisme en mars 1937 dans « Mit brennender Sorge », encyclique principalement rédigée par le cardinal Faulhaber de Munich mais durcie par le cardinal Pacelli, futur Pie XII, publiée 5 jours avant « Divini Redemptoris » qui dénonce le communisme. Rien de surprenant pour qui sait que 40 des 44 discours prononcés par Pacelli en Allemagne entre 1917 et 1929 soulignent les dangers imminents de l’idéologie nazie.

En 1940, Radio-Vatican [[À propos de Radio-Vatican, organe officieux du Saint-Siège, le Père Riquet confiera au « Figaro » du 17 décembre 1963 : « À travers ces années terribles, à l’écoute de Radio-Vatican et des messages de Pie XII, nous nous sentions en communion avec le Pape en secourant les Juifs persécutés comme en luttant contre la violence nationale-socialiste ».]] dénonce les méthodes allemandes en Pologne comme étant « pires que celles des communistes » . « La même année, Pie XII prend des risques considérables dans les « conversations romaines », où il assure la liaison entre la résistance allemande qui cherche à éliminer Hitler et le gouvernement anglais.

Dans son radio-message de Noël 1942, le pape Pie XII évoque « les centaines de milliers de personnes qui, (…) par le seul fait de leur nationalité ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à une extermination progressive ». Curieusement omis par Costa-Gavras dans son film « Amen », ce passage « anodin » entraîne de multiples réactions. Du côté allemand, Heydrich, chef des services de sécurité SS, envoie une circulaire interne le 22 janvier 1943 : « De façon sans précédents, le Pape a répudié le nouvel ordre européen national-socialiste (…). Son discours n’est rien qu’une longue attaque contre tout ce que nous soutenons (…). Dieu, dit-il, regarde tous les peuples et les races comme dignes de la même considération. Il fait clairement allusion aux Juifs (…). Il se fait lui-même le porte-parole des criminels de guerre juifs » [[De même, ce rapport des services secrets de la Gestapo communiqué à Hitler : « Dans sa déclaration de Noël 1942, Pie XII s’est fait l’allié et l’ami des juifs. Il défend donc notre pire ennemi politique ». Cité par É. Husson, spécialiste de la Gestapo, Le Figaro, 15 février 2002.]] Ce message « insignifiant » fut classé « Top Secret » en Allemagne et sa possession faillit coûter la vie à François de Beaulieu, radio-télégraphiste au QG de la Wehrmacht, qui fut expédié sur le front de l’est avant d’être versé chez les SS.

Côté alliés, le « New York Times » du lendemain salue « le Pape (qui) se place à l’opposé de Hitler », avec la même satisfaction que Malou Blum, responsable de la distribution des « Cahiers du Témoignage Chrétien » dans le sud de la France : « Je me souviens très bien du message de Noël 1942 de Pie XII : le Pape y parlait de l’égalité entre tous les peuples. À l’époque, cela suffisait pour que l’on comprenne. Pour nous, en tous les cas, c’était une condamnation claire du nazisme » [[« La Croix », 28 février 2002, p. 3.]] Et cela malgré un ton retenu choisi par Pie XII qui n’ignorait rien de la « mansuétude » des nazis : « Avec les généraux prussiens, disait-il, on pouvait encore discuter : avec les nazis, on ne peut pas. Ces gens-là sont diaboliques » [[Déjeuner à l’Ambassade de France en 1938, alors qu’il n’est encore que cardinal.]]

Pie XII ne pouvait pas choisir un totalitarisme contre l’autre. Secrétaire d’État, il juge que « la prise de pouvoir par cet homme [Hitler] est plus dangereuse que la victoire du socialisme elle-même » [[Cal Pacelli, alors secrétaire d’État de Pie XI, cité par Sergio Trassati dans « Vatican – Kremlin, les secrets d’un face à face », éd. Payot et Rivages, 1995, p 94.]] Devenu pape, il ne change pas d’avis : « il y a bien un danger communiste mais le danger nazi est plus grave actuellement » [[Pie XII au jésuite Paolo Dezza, aumônier des armées au Vatican, id supra, p. 102.]] À un cardinal, il confesse : « Soyez sans crainte, je redoute encore plus Hitler que Staline »[[Cité par W. d’Ormesson, ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, dans une lettre à l’amiral Darlan, 21 août 1941.]] Après l’invasion de l’Union soviétique le 22 juin 1941 (opération Barberousse), non seulement Pie XII n’a pas un mot pour soutenir la « croisade anti-bolchevique des nazis » – thèse de propagande élaborée par Goebbels et reprise par les détracteurs du Pape ! – mais « il agit en levant les scrupules des catholiques américains vis-à-vis de l’aide que leur gouvernement voulait apporter à l’Union soviétique »[[Jean-Yves Riou, Histoire du Christianisme Magazine n°10, mai 2002, p. 26.]]

N’aurait-il pu protester plus fermement ? « Tout essai de propagande de l’Église catholique contre le Reich de Hitler n’aurait pas seulement été un suicide provoqué, comme l’a déclaré Rosenberg, mais aurait aussi hâté l’exécution d’encore plus de Juifs et de prêtres »[[R. Kempner, délégué des USA au conseil du tribunal de Nuremberg, cité par le P. Blet, Le Spectacle du Monde , mars 2002.]]

Par contre, « à l’exception du gouvernement hongrois, aucun régime de l’Europe occupée ne prit complètement en considération les mises en garde du Saint-Siège contre les lois raciales (…). Quant au « silence » sur l’extermination des Juifs, le dossier des gouvernements américain et anglais est abondamment chargé des arguments qui leur faisaient espérer dans la parole du pape une échappatoire à leur propre inaction »[[Dictionnaire historique de la papauté, Fayard, 1994, art. « Silence » de Pie XII.]]

Plusieurs sources indépendantes totalisent le même nombre, un million, de vies juives épargnées grâce à l’action des autorités religieuses catholiques ! D’où la reconnaissance d’Einstein : « L’Église catholique a été la seule à élever la voix contre l’assaut mené par Hitler contre la liberté »[[Time Magazine, décembre 1940.]]

Nazisme et catholicisme : une connivence?

– 1935 : à partir de cette date, procès contre des prêtres, religieux (ses), voire des évêques. (Ex : l’évêque Meissen, accusé de mœurs infâmes et de trafic de devises).

– Streicher, dans le « Stürmer », reprend de manière ignoble tous les thèmes de l’anticléricalisme autour de l’image du prêtre lubrique.

– En 1938, le Cardinal Faulhaber attaque le « Stürmer » en chaire. Il fait l’objet d’une manifestation nazie devant l’archevêché : « À bas Faulhaber, ami des juifs et homme de Moscou ».

– Attaques simultanées contre ce qui reste des mouvements de jeunesse catholiques et la presse catholique : sur les 400 périodiques, (tirant à 12 millions d’exemplaires en 1933), ne restent qu’une dizaine d’hebdomadaires ou mensuels à caractère essentiellement spirituel et théologique et les bulletins paroissiaux.

– Dans certaines écoles, on enlève les crucifix.

Source : François-Georges Dreyfus, « Le IIIeme Reich », éd. De Fallois, 1998, p. 236-237.

Pourquoi un tel acharnement?

« Pendant la guerre, il a évité les déclarations publiques aussi bien contre le régime nazi que contre le régime soviétique. Après la guerre, le nazisme étant hors-jeu, il n’en a guère reparlé. Le cas du communisme, qui menaçait de prendre le contrôle du continent, était bien différent. Une parole du Pape pouvait être efficace, comme elle l’a été en Italie, il a parlé assez fort, et c’est bien l’une des raisons de la campagne qui ne cesse pas contre lui » [[R.P. Pierre Blet, lettre à l’auteur du 12 décembre 2000. « Un an avant le décret du Saint-Office, en 1948, aux élections d’avril, Pie XII avait mobilisé le peuple italien à voter contre les communistes, ce que ces derniers ne lui pardonneront jamais. Il avait même autorisé les moniales cloîtrées à sortir de leurs couvents pour voter. Paul VI fera d’ailleurs de même en 1976 (…). Le Vatican appuie ostensiblement la Démocratie Chrétienne qui est le seul parti, à ses yeux, susceptible de faire front aux socialo-communistes (…). Avec la France, le Vatican aura du fil à retordre, ses recommandations faites aux catholiques de voter pour le M.R.P. ayant été accueillies par l’épiscopat de façon glaciale ». Robert Serrou, « Pie XII, le pape-roi », Perrin, 1992, p. 224-225.]]
Le rejet de la morale catholique

« Selon moi, derrière « l’affaire Pie XII », il y a (…) le catholicisme. Pourquoi ? Parce que l’Église catholique est aujourd’hui encore la seule qui prétend dire un bien et un mal « objectivable », c’est-à-dire non dépendants de la seule volonté individuelle. Eh bien, cette prétention est jugée irrecevable : ce film (Amen) voudrait démontrer qu’une institution « politique » qui s’est autant trompée hier ferait mieux de se taire aujourd’hui. L’enjeu, ici, c’est la recevabilité ou la non-recevabilité de la parole biblique pour nos sociétés » [[Jean-Yves Riou, interview sur le site Internet Zénith, 13 février 2002.]]

Et Costa-Gavras s’indignait que, aujourd’hui encore, « le cynisme et l’indifférence continuent (…) . Au Moyen-Orient, en Afrique notamment… ou dans l’attitude de l’Église catholique vis-à-vis du préservatif »[[Costa-Gavras, ancien (?) communiste, dans « Histoire du Christianisme Magazine » n°9, mars 2002, p. 12.]]

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