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Le philosophe Henri Hude nous propose une réflexion prospective sur les grands enjeux contemporains, marqués par un gigantisme qui semble conduire vers un monde qui ne serait plus à la mesure de l’homme.

Nous publions un extrait de l’entretien paru dans Permanences numéro 577, 2ème trimestre 2019

Comment notre monde peut-il demeurer humain ?

Si nous voulons que le monde soit humain, et garder la limite, il faut absolument trouver ce supplément d’âme qui, comme disait Bergson, est requis pour maîtriser ce corps mécanique démesurément agrandi qu’est le monde moderne. Cela ne peut être une vague spiritualité, mais une conversion profonde et une réforme d’ensemble. Je pense qu’il y a une dramatique disproportion aujourd’hui entre la durée que doit être capable d’anticiper le politique et l’instantanéité grotesque dans laquelle nous enferment le temps médiatique et la mesquinerie des élections pour des mandats d’une brièveté considérable. Cinq ans nous paraissent une éternité d’un point de vue médiatique. Et pourtant, que représentent cinq années à l’échelle de l’histoire ? 

Une certaine tempérance peut-elle réguler l’extension des possibilités techniques ?

Tout ce qui est possible n’est pas pour autant souhaitable, mais il nous faut une règle pour pouvoir distinguer avec soin ce qui est possible mais ne doit pas être fait. Si l’on n’envisage pas l’avenir lointain et la croissance de la technologie des siècles et des millénaires à venir, il n’y a absolument aucun avenir humain, ni dans le progrès ni dans l’antiprogrès. Les défis de l’avenir demandent de la tempérance. La tempérance, vous ne la développez pas simplement par peur de la catastrophe ou par pression idéologique ou sociale. En effet, l’homme a besoin de viser l’infini ; et il n’accepte la limite que si celle-ci est une expression de l’absolu, une condition d’accès à l’infini. Aujourd’hui, nous ne pouvons donc plus en rester à la laïcité de papa. Les problèmes sont tels que, si on ne remet pas l’Absolu, Dieu, au centre des problèmes, y compris politiques, nous serons incapables d’affronter les défis. L’homme ne peut accéder à la tempérance que si la tempérance lui donne Dieu en échange. Sinon, il trouve l’infini précisément dans la croissance désordonnée et dans la transgression, il en a même besoin comme thérapie à ses frustrations métaphysiques. Il est donc indispensable d’ouvrir à l’homme l’accès à l’infini comme le moyen normal de survie. Cet accès à l’infini permet de garder l’aspect transcendant de sa destinée ; et donc de lui donner un avenir humain. 

Remettre Dieu au centre, oui, mais quel Dieu ? Dès que ces quatre lettres sont posées, c’est le début de la discorde… 

Dieu, j’ai dit Dieu, « mot énorme » dit Victor Hugo ! 

Le problème c’est que l’idéologie libérale impose l’idée qu’il n’y a pas de conception universelle de ce que pourraient être Dieu, le bien et le mal… 

Les idées s’imposent pendant un temps. Quand j’étais jeune normalien, l’idée qui s’était imposée était le marxisme. C’est terminé. Il ne faut pas se laisser enfermer dans le présent. Le néolibéralisme porte en lui tant de contradictions qu’il s’effondrera. L’idée que nous serions dans un âge postmétaphysique ne me semble pas juste. On ne sort jamais de la métaphysique, on en change ; on ne sort jamais de la religion, on change de religion. D’une certaine manière, l’irréligion est une autre religion. On congédie en quelque sorte Dieu pour retrouver une multitude de dieux. 

En attendant le retour de Dieu, comment penser une nature humaine qui puisse constituer une référence commune ?

Nous avons besoin d’une philosophie de la loi naturelle. S’il y a une nature, il y a forcément une loi pour cette nature. La définition par Kant de la nature est très intéressante : une existence sous des lois. Inversement, la définition de la loi est la suivante : une législation pour quelque chose, qui est une nature. La science met en évidence des lois de la nature et met aussi en évidence l’existence même des natures. L’homme découvre les lois de la nature, non pas simplement en explorant l’univers, mais en se retournant en quelque sorte sur lui-même. Si l’on suppose que Dieu se sert de l’homme, de l’esprit humain qu’il a créé, comme d’une mesure pour constituer le reste du cosmos, c’est alors tout à fait normal que l’homme découvre dans son humanité des modèles qui sont pertinents pour comprendre le reste du monde. C’est l’un des éléments de l’humanisme que de reconnaître le fait que nous naissons avec, en nous, cette clé de compréhension de l’univers. Ce n’est pas un concept a priori plaqué sur le donné. Au contraire, nous faisons une expérience humaine de type réaliste, cette expérience comporte des structures que nous trouvons en nous analysant nous-mêmes comme humains ; et qui nous permettent de comprendre le monde, y compris notre nature sociale et politique.

(…)

Retrouver l’intégralité de cet entretien dans Permanences numéro 577, 2ème trimestre 2019

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