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«Aujourd’hui considéré comme l’un des pères de l’abstraction lyrique, Hans Hartung est certainement l’un des peintres les plus importants du XXe siècle» nous explique Véronique Prat, chroniqueuse dans la rubrique « Culture Art » du Figaro Magazine (N° 19143 du 18 février 2006).

Il faut le lire pour y croire ! Non contente de citer ledit Hartung expliquant qu’il fait des tâches et des gribouillages, Véronique Prat nous illustre son propos par cinq grandes photos de ses «gribouillages».

Effectivement, il est plus aisé de reproduire les « chefs d’œuvre » de ce « grand maître » que d’en décrire ­longuement la substantifique moelle ! Et pour cause !

Après nous avoir indiqué que deux expositions ont lieu actuellement en France (au musée des Beaux-Arts de Dunkerque et au musée des Beaux-Arts d’Angers), ce qui peut être une explication de l’existence de son article, Véronique Prat peine à nous démontrer qu’Hartung (1904-1989) est réellement peintre.

Reconnaissons cependant qu’elle s’y essaie. N’a-t-il pas fait ses classes en étudiant les Beaux-Arts à Dresde, n’a-t-il pas pris «un immense plaisir à copier les maîtres anciens, Rembrandt surtout» ? Evidemment, si son inspiration vient de Rembrandt, il ne peut être qu’un grand peintre ! Avouez que vous aviez reconnu le style de Rembrandt au premier coup d’œil jeté sur les toiles d’Hartung…

Et quelles toiles ! Figurez-vous que le concept lui en est venu à l’âge de six ans, lorsqu’il a décidé de conjurer sa peur de l’orage en dessinant sur un papier les éclairs du dit orage aussi vite que possible : «Toute ma vie, dans ma peinture, je n’ai jamais cessé de reproduire cette scène-là». Effectivement cela frise le génie ! Pendant plus de soixante ans, cet homme aura gardé la même source d’inspiration, quelle imagination débordante !

«A la liberté de l’expression devait répondre la liberté de la contemplation». Voilà comment Hartung voit ses œuvres. Mais Véronique Prat s’étonne : «En attendant, la peinture d’Hartung n’a aucun succès. Il s’y tient pourtant, avec une conviction admirable : Hartung fait du Hartung dans l’indifférence à peu près générale du public.» Admirable public qui a choisi de laisser dans l’ombre ce qui ne supportait pas la lumière !

Mais Hartung a plus d’une corde à son arc. Pour sortir de l’indifférence générale, il devient peintre patriote ! Il fait don à la patrie d’une de ses jambes en luttant contre l’Allemagne nazie. «Terrible handicap pour un peintre gestuel comme lui» nous explique Véronique Prat. Nous aurions pu croire qu’à partir de cette époque, Hartung aurait compris qu’il ne serait jamais peintre. Hélas, le plomb était entré dans la jambe et non dans la cervelle. Pire, il invente d’autres moyens de mettre en œuvre son « art » : «Pour jeter les couleurs sur la toile, les zébrer, les griffer, les écorcher, les sillonner, les balafrer, il utilise de moins en moins le pinceau, préfère la brosse, le plumeau, le râteau ou même des branches d’arbustes. Ou ses doigts» Nous voilà rassurés, il ne les a pas perdus, et Véronique Prat de continuer : «N’importe quoi en fait pour que s’exprime le peintre». Tout est dit, c’est ­n’importe quoi !

Absurdité ou réalisme ?
Mais la chroniqueuse s’évertue à nous faire croire en son « peintre ». Puisque c’est n’importe quoi, elle va jouer sur la corde du snobisme pour nous montrer à quel point Hartung n’a cure du regard des autres : «Dans son atelier, il n’y a aucun tableau sur les murs. Posés au sol, ils sont tous tournés face vers la paroi.» Hartung veut-il attirer l’attention par des actes absurdes ou, pris soudain d’une crise de réalisme, a-t-il peur d’abîmer le regard de ses visiteurs ?

On peut vraiment se demander si Hartung croyait lui-même à une valeur quelconque de ses toiles. Il ne donnait jamais de titre à ses œuvres, il les numérotait suivant un principe rigoureux : une lettre indiquant la technique (T pour toile, A pour aquarelle, G pour gouache) suivie de l’année de création et d’un code. Par exemple : T-1938-11.

Et dans un certain sens, cela nous rassure. Nommer un être ou une chose est le propre de l’homme, depuis Adam et Eve, et c’est ce nom qui précise la nature de l’objet nommé. Il est significatif dans ses conditions que les toiles ­d’Hartung ne portent pas de nom !

Soyons sérieux, Véronique Prat considère Hartung comme « le précurseur ». On a légitimement le droit de se demander de quoi. D’un nouveau courant artistique ? Tel n’est pas le cas. A moins de considérer comme tels les ­gribouillages des nombreuses classes maternelles à venir… et encore les enfants, eux, ne se prennent pas au sérieux.

Si Hartung est précurseur de notre avenir, celui-ci risque d’être bien noir, bien déstructuré et bien déséquilibré. Qu’Hartung se soit cru inspiré, c’est son droit. Mais que Véronique Prat, « critique culturelle » d’un magazine à très grand tirage qui se flatte de son bon niveau intellectuel, ait cru bon de faire l’apologie de cet homme, là cela nous pose réellement un problème.

Qu’espérer alors ? Que la grande majorité de nos contemporains continue à se détourner de la culture ? Si c’est ce genre d’art qu’on lui propose, tant mieux !

Mais la culture façonne les êtres et les générations. Peut-on, sachant cela, laisser prôner de telles aberrations ? Il nous faut redécouvrir au contraire l’Art. A nous d’aller rechercher ces véritables «maîtres» qui ont transcendé l’homme pendant deux millénaires et que le XXe siècle a rejetés. Remettons-les à l’honneur en renouant avec nos racines. Et alors, nous aurons des rejetons capables de faire de l’Art digne de ce nom. Recherchons les artistes authentiques qui travaillent actuellement dans l’ombre, en marge de l’art officiel, et ­permettons-leur justement de se sentir dans la vérité.

Ce n’est qu’en mettant à la lumière de véritables œuvres d’art que nous parviendrons à ré-intéresser les hommes à la culture. Et ce n’est qu’en se ressourçant à la culture que les hommes atteindront leur plénitude d’hommes façonnés à l’image de Dieu.

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