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Par la bouche de son porte-parole le père Lombardi, le pape François s’est invité dans l’actualité grecque. Il a assuré le peuple grec de sa « proximité » et réaffirmé avec force ce message essentiel de l’Eglise : « La dignité de la personne humaine doit rester au centre de tout débat politique et technique, de même que dans la prise de décisions responsables ».

Il est clair que jamais l’Eglise n’acceptera que quiconque puisse prétendre régler le bien commun en se fondant sur des critères exclusivement économiques et financiers. C’est pourtant la direction prise par l’Union européenne.

Un ami m’a dit sur Twitter que le fait de payer l’intégralité de la dette était de « pure justice ». Je lui ai répondu qu’il n’y a avait pas de justice qui ne se réfère à un bien. Je lui ai alors proposé de caractériser ainsi ce « bien » : que le débiteur prodigue puisse trouver de l’air et repartir de l’avant ; et que le créancier imprudent limite ses pertes autant que possible. Ce n’est pas vers ce « bien » que se dirigent actuellement la Grèce et la Troïka.

Tsipras a raison de négocier durement avec les créanciers de son pays, c’est ainsi qu’un vrai dirigeant politique doit agir. Il a raison de dénoncer le caractère inopérant de la politique de la Troïka. Depuis que la Grèce avale son amère potion, elle se trouve en état d’urgence sociale et humaine sans que la purge ne produise de résultat probant : le PIB a chuté de 24 % entre 2008 et 2014 – soit une récession monumentale – et le poids de la dette dans le PIB est logiquement passé de 109 % à 177 % sur la même période – démonstration que payer la dette avec de la dette n’a aucun sens. Un nouveau plan de la Troïka ne ferait qu’accentuer ce cercle vicieux : rien de pérenne ne peut sortir d’une telle logique tant que l’UE et le FMI refusent d’envisager un allègement de la dette.

De son côté Tsipras fait preuve de courage, mais aussi d’une certaine ambiguïté : il veut à la fois écarter une nouvelle purge tout en maintenant la Grèce dans la zone Euro ; et donc sous perfusion. Il veut, en quelque sorte, le beurre et l’argent du beurre. J’imagine que c’est la raison pour laquelle il se garde de proposer, pour le moment, au peuple grec un véritable plan B de retour à la souveraineté, qui combinerait un défaut grec et le retour à une drachme fortement dévaluée. L’économiste Jacques Sapir a évalué les avantages et inconvénients d’une telle option. Elle pourrait être intéressante pour la Grèce, mais elle n’est pas exempte d’efforts, loin de là.

Cependant, à ce stade, l’UE et la Grèce sont au moins d’accord sur un point : pas de Grexit. L’Union européenne craint les conséquences politiques d’un tel événement (la contagion) ; et la Grèce se trouve un peu comme un “junkie” qui craint le sevrage. Si le « oui » l’emporte dimanche prochain, la Grèce repartira probablement pour un nouveau tour de vis… jusqu’à la prochaine crise. Si le « non » l’emporte, l’UE pourrait être contrainte de concéder de biens meilleurs conditions à Athènes pour la garder dans le giron de l’Euro. Ou alors devrait-elle peut-être se résoudre à la pousser vers la sortie.

Quoiqu’il en soit, il faut prendre conscience que ce système économique et financier mondial, en grande partie fondé sur la démesure de la vie à crédit et la production artificielle de masses énormes de liquidités, est devenu insoutenable. Il est par ailleurs urgent de que les pays européens réfléchissent aux critères qui permettraient de définir un bien commun conforme à la dignité de la personne humaine. C’est le message de l’Eglise, qui n’hésite pas à s’inviter dans le débat. Elle a bien raison de le faire et n’est pas près de se taire.

Guillaume de Prémare
Chronique Radio Espérance du 3 juillet 2015

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