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Le goût de la vérité est un des quatre éléments fondamentaux et constitutifs de l’être humain et de toute société, comme la passion de la liberté, le besoin de justice et l’amour de la beauté. Ce sont aussi les quatre colonnes qui fondent notre action.

a) Intérêt du sujet :

Voici quelques citations pour nous rappeler que le goût de la vérité est une permanence de notre civilisation.

– “Rien n’est beau que le Vrai. Le Vrai seul est aimable” (Boileau a fondé l’art classique avec ce vers qui sonne comme   slogan).

– “La Vérité est le soleil de l’intelligence” (Vauvenargues)

– “Rien n’est beau que le Vrai” (Simone Weil) (qui par amour de la Vérité alla du marxisme au christianisme).- “La Vérité c’est ce qui simplifie le monde et non ce qui crée le chaos ; la Vérité, c’est le langage qui dégage l’universel. La Vérité ce n’est point ce qui se démontre, c’est ce qui simplifie”. (Saint-Exupéry)

– “La Vérité vous délivrera” (Saint Jean – VII).

– “La Vérité est une agonie. La Vérité est du côté de la mort. Je n’ai jamais pu me tuer… moi !” (L.F. Céline, “Le voyage au   bout de la nuit”).

– “Allez à la Vérité, vous verrez bien si elle existe” (Blanc de   St Bonnet)

 

Alors, comment se fait-il qu’il y ait un problème de la Vérité ?

La Vérité apparaît comme dépendant de notre intelligence. Y aurait-il un autre aspect ? Oui, la vérité dépend aussi de notre volonté. L’homme peut ne pas vouloir voir la Vérité, car elle a un côté tragique (cf. l'”Avare”, le “Misanthrope”) (cf. citation de Céline). Il y a à la fois un appel à la Vérité et une crainte car la Vérité peut éblouir.

– “Quand j’ai connu la Vérité

J’ai cru que c’était une amie,

Quand je l’ai compris et sentie,

J’en étais déjà dégoûtée.

Et pourtant elle est éternelle

Et ceux qui se sont passés d’elle

Ici bas ont tout ignoré”.

                             Alfred de Musset

 Il y a une certaine facilité (ou besoin) du mensonge, et c’est en jouant sur cette propension que se construisent les totalitarismes.

– “Le mensonge est le père du totalitarisme. Et il suffit d’un acte de Vérité pour le faire reculer. (Soljenitsyne).

– “La France sort du Moyen-Age faite à l’image et ressemblance de la scholastique dont elle a été la terre d’élection. C’est au XIIIème siècle à Paris et dans la mère des universités   européennes que la France en distribuant au monde entier la Vérité commune qui fonde et définit la Chrétienté, s’est imprégné pour toujours du rêve messianique d’une humanité   organisée et retenue par le lien purement intelligible d’une même vérité. Elle a gardé du Moyen-Age aujourd’hui encore la conviction profonde que tout système social est basé sur un système d’idées(…) Le vieux rêve de l’Eglise, habite aujourd’hui encore chaque cerveau   français : penser le vrai pour l’humanité entière qui se   constitue sous la contrainte même que lui importe l’acceptation du Vrai” (Etienne Gilson, “L’esprit de la Philosophie Médiévale”).

Tout cela nous dit l’importance du sujet dans l’histoire et à l’heure actuelle, comme fondement de l’identité européenne et au-delà par une humanité organisée et retenue par les liens de la Vérité reconnue. Car sinon ce sera par les liens matériels d’une même volonté de puissance, c’est le mondialisme humanitaire.

La France est par son histoire de la voix de la Vérité.

– “Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la Vérité. Quiconque est de la Vérité écoute ma voix” (N.S. Jésus-Christ)

– “Qu’est ce que la Vérité?” (Pilate)

– “Je suis la Voix, la Vérité, la Vie…” (N.S. Jésus-Christ)

Le sujet est donc bien digne d’intérêt par son universalité, par son incarnation propre à nous, Français, par son actualité dans le langage politique et la possibilité de construire notre nation, l’Europe et d’organiser l’humanité.

b) Poser le problème :

Le but ici est d’offrir un minimum de bagage politique pour soutenir ce goût de la Vérité et faire reculer la propension à l’erreur. Notre perspective n’est pas celle de l’acquisition de connaissances mais d’une action à mener. Dans ce but, nous nous préparons à répondre aux objections les plus courantes.

L’homme est un animal social qui a la possibilité d’organiser une société. C’est aussi un animal politique car il peut modifier cette société et en cela il peut faire preuve d’une grande variété (cf. Ulysse, “L’Iliade”). L’homme est aussi un animal sociable :

– définition de sociabilité : ” manière propre qu’a l’Homme de vivre en société ” (Littré).

– définition de socialité : ” nécessité de vivre en commun la sociabilité, c’est le plaisir que l’on a à vivre ensemble “ (ainsi en France au XVIIème siècle, XVIIIème siècle). Alors y-a-t-il des règles du plaisir, une Vérité du plaisir ?

– Y-a-t-il des règles permanentes ? Ou n’y-a-t-il que des choses qui changent ?

– Y-a-t-il une société modèle ?

– Y-a-t-il du permanent ou n’y-a-t-il que du contingent ?

De la réponse à cette question dépend tout l’art politique et les différents systèmes politiques.

Cette question est appelée d’un terme savant : “Le problème des universaux”. Et les courants de la philosophie se sont affrontés sur ce sujet suivant trois courants :

I – LE NOMINALISME

(cf. Héraclite, Marx).

Définition : Les idées ne sont qu’un nom donné par notre esprit aux choses qui passent et dont la réalité est de passer.

“Tout change, tout coule” Héraclite.

Nos idées ne sont que des noms, des moyens indifférents de classifier les choses. C’est nous qui nommons mais le nom ne correspond pas à la réalité.

Il n’y a de vrai que le changement.

Conséquences :

Religieuses : la foi n’est qu’un sentiment subjectif.

Avoir la foi : sentir.

. Sentimentales : id. d’où le refus d’institution comme le mariage.

. Morales : très situationniste. En fonction du besoin, le bien n’existe pas ; c’est une catégorie mentale.

. Sociales et politiques :  (cf. Malraux, “La Condition Humaine”) “Qu’entendez-vous par intelligence ? La possession des moyens de contraindre les choses et les hommes”.

Cela permet la loi du plus fort.

Une très grande partie du marxisme est sortie de là.

Art : aujourd’hui ce courant culmine avec l’art moderne et le surréalisme (expression du moi à un instant T).

. Littérature : le romantisme, qui justifie tout sentiment par   la sincérité.

II – L’IDEALISME  (cf. Platon)

Définition : (inverse du nominalisme) Seule l’idée est vraie.

Les hommes sont différents, ils évoluent et passent. Ce qui demeure c’est l’Homme (le modèle, l’essence).

Ex : “La caverne”

Ce que nous prenons pour des réalités ne sont que les reflets des vraies réalités. Tout ce qui est spiritualiste, va vers ceci, y compris un certain courant Chrétien.

(cf. Anouilh, “L’Alouette”)

Conséquences : mépris du personnel, de l’individuel et va nourrir toutes les technocraties, les révolutions.

Au 19ème siècle, cette pensée va culminer avec Kant et Hegel.

Hegel : ” L’Etat, c’est l’idée en acte “.

Va nourrir le mondialisme moderne.

La révolution française est nourrie de nominalisme et d’idéalisme.

III – LA COMBINAISON DES DEUX

Ces deux systèmes ont fourni ce que nous vivons depuis deux cents ans, c’est-à-dire le phénomène révolutionnaire avec son agravation constituée par le marxisme.

Le marxisme : est la conjonction parfaite du nominalisme et de l’idéalisme.

– du nominalisme, il a pris : que tout passe, en conséquence pas d’institutions et l’historie est une lutte

– de l’idéalisme : le dynamisme (on avance si on a un plan)

Exemples : Carrier : “nous ferons un cimetière de la France plutôt que de ne pas la régénérer à notre manière.”

– Jean Bon-Saint-André : “Il faut réduire la population de moitié.”

– Anouilh : dans “Pauvre Bitos” : “Ceux qui parlent trop souvent de l’humanité ont une curieuse tendance à décimer les hommes”.

– Céline : dans “Mea Culpa” : “tous les assassins voient l’avenir en rose, ça fait partie du métier.”

– Soljenitsyne : “Les tanks connaissent la vérité.”

– B.H. Lévy : “La plus insupportable des trahisons, c’est tout de même celle de ces prophètes qui las de promettre l’avenir d’une cité qui ne vient jamais, las d’entendre la plainte des protestations des hommes, périssent un jour ou l’autre dans l’uniforme des fusilleurs.”

– Camus : “Rien n’étant vrai ou faux, bon ou mauvais, la règle est de se montrer efficace.”

– Edgard Morin : “Le marxisme… il a oublié d’étudier l’homme.”

– Simone Weil : “Ce n’est pas la religion, c’est la révolution qui est l’opium du peuple.”

Critique de cette combinaison : inutile, il suffit d’en observer les effets. Vous avez établi la “Déclaration des Droits de l’homme”, cela fait maintenant deux cents ans, faisons un bilan. Y a-t-il eu une renaissance? On constate que depuis ce fut la plus grande plage de sang de la Révolution à la dernière guerre qui dure toujours. Halte à ces systèmes!

IV – LA VRAIE SOLUTION

– née de la pensée d’Aristote, de St Thomas d’Aquin et de l’Eglise;

– dégagée par les philosophes chrétiens, appelée “réalisme chrétien”;

– a commencé par une double critique du Nominalisme et de l’Idéalisme.

1) du nominalisme : Oui, c’est vrai beaucoup de choses changent, mais il y a des choses qui ne changent pas et il y a des lois dans le changement. Il y a même un ordre du monde. Le désordre (le mal) est considéré par certains comme une preuve de cet ordre. Or, le Nominalisme ne rend pas compte de l’ordre, de l’art. La beauté suscite pourtant de siècle en siècle la même admiration; il y a donc une permanence.

2) de l’idéalisme : c’est vrai que les idées existent mais, comment avoir une idée de l’homme sans l’avoir vu. Je ne réfléchis pas à partir de l’idée, mes sens sont premiers. Le sensible est la base de la connaissance.

La vérité sera la possibilité de connaître l’intelligible dans le sensible. “Intus legere” (lire au dedans)

Le rôle premier de l’intelligence est d’éclairer l’homme. Il pourra alors comprendre, modifier, transformer le monde. Les sens plus l’intelligence deviennent l’harmonie de l’être humain, de l’être humain avec le monde. Et cela est à l’inverse de ce que dit Sartre dans “Huis Clos” : “l’enfer c’est les autres”, “le monde est de trop”, ce qui équivaut à une auto-condamnation.

La vertu de sociabilité est celle qui dit que les autres sont la porte vers le Paradis, que l’on a besoin des autres pour être heureux. La religion chrétienne est essentiellement sociabiliste.

Tout l’art n’est compréhensible que par cette idée :

– faire plaisir aux autres est source de bonheur,

– le monde est bon

– l’être est meilleur que le néant.

La question que l’homme se pose en disant : “qu’est-ce que c’est?” lui est essentielle.

3) le réalisme chrétien : réconcilie ce qui était séparé tout en les distinguant, il crée un dualisme :

– intelligence/sens

– âme/corps

– singulier/universel

– étendue/unité

– qualité/quantité

– essence/existence

– matière/forme

– permanence/acte

Ce dernier point est seul à rendre compte de l’existence du mouvement (ce que n’arrive pas à faire le marxisme). C’est difficile car un être en changement est et n’est pas (exemple : le verre qui se remplit). “L’être en mouvement est et n’est pas” Aristote. Il est et est en puissance de devenir quelque chose.

Etre en acte

Etre en puissance

La notion de l’action en découle (action = transformation en acte ce qui est en germe). L’homme a par conséquent, un rôle dans l’univers, il est le collaborateur du créateur, il est à la fois libre et soumis à des lois. C’est la seule philosophie qui est écrit le changement.

4) Conséquence et fécondité : cette philosophie est accessible à tous, même aux plus humbles. Pourquoi? parce qu’elle met le mystère à la fin. En effet, elle prétend d’abord que le monde extérieur existe (différence avec Descartes – doute) et alors elle finit par déboucher dans le mystère. Elle chemine jusqu’à ce qu’elle arrive à Dieu dont elle peut seulement dire qu’elle existe mais non qui il est (et ceci grâce à l’intelligence). Alors que le philosophe moderne dit que le monde n’est pas, le réel est une illusion. Elle fait un acte de foi dans l’absurde. Et, en plus abuse de l’argument d’autorité (cf. “Le surréalisme” avec André Breton).

a) existence de Dieu : un dieu personnel et créateur.

La conséquence sur le plan politique, c’est que l’homme n’est plus le maître de l’univers, libre de faire ce qu’il veut de son semblable. Tout pouvoir vient de Dieu. Si on retire Dieu, on fait place au totalitarisme.

b) immortalité de l’âme : le corps est voué au changement et à la corruption, l’âme immatérielle échappe à la mort.

c) la vérité est accessible à l’intelligence

Il existe un ordre naturel des choses et donc des institutions qui favorisent ou écrasent cet ordre (exemple : la famille). Il existe des règles de sociabilité.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

– “Fondements de la Cité”, Jean Ousset, en vente au CLC

– “Le vrai, fondement de la politique”, Chantal Dupont, éd. CLC., épuisé

– Video Jacques Tremolet N°2

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