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évêque de dosLes occasions ne manquent pas d’en appeler à l’intervention des clercs ou de s’en plaindre.

(Silence de l’épiscopat ou critique de l’opposition  au gouvernement dans la rue, silence sur les programmes contre nature dans les Ecoles, malgré l’expérience des négociations « Cloupet-Lang » en 1984 dont les familles ont fait les frais,…)

Jean Ousset dans son livre l’Action  au chapitre III donne les éléments de discernement d’une actualité brûlante et fondés sur la distinction des responsabilités dans le champ du spirituel et du temporel :

« Il se peut qu’en ces temps de règne de l’opinion …le clergé soit très légitimement amené à ne point participer à cette lutte. Par souci apologétique, par réserve apostolique, par désir de ne point trop déplaire à ceux qu’il devra évangéliser demain. C’est son affaire, celle du laïc étant le combat, la garde, la défense de sa patrie, de son foyer…

La victoire étant souvent donnée à qui était jugé perdu mais qui sut bien se battre… la trahison, le crime du clerc serait d’interdire cette lutte, d’énerver cette résistance, au nom de pronostics tout théoriques, affreusement désincarnés, pour apostoliques qu’on les prétende. Comme l’a fort bien dit Jean de Fabrègues, « les clercs, lorsqu’ils veulent prendre, comme clercs, la conduite du monde temporel, sont plus capables de sacrifier le monde chrétien aux ambiguïtés du pouvoir clérical »…

Une juste, une intelligente distinction du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel est indispensable et peut être décisive. Dans l’intérêt du sanctuaire. Dans l’intérêt de la cité…

C’est un fait que le devoir de défense temporelle, de défense civique n’offre pas au clerc (normalement) le caractère d’intérêt immédiat, direct, évident qu’il offre au laïc comme tel. Ce qu’un père de famille a intérêt autant que le devoir de conserver ou défendre jusqu’à son dernier souffle peut n’être pour le clerc qu’une occasion de pieux détachement. Or, ce détachement plus normal des biens temporels, ce goût exclusif (qu’on lui suppose) des choses spirituelles risquent trop d’inciter le clerc à méconnaître l’importance de valeurs qu’un père de famille appréciera d’un coup…Univers concret qui peut et doit être, bien sûr, régi de haut par la doctrine dont le clerc est gardien, mais que le laïc, plus intéressé en cela que le clerc, est seul à savoir, à pouvoir, à vouloir défendre jusqu’au bout. Autant dire : bien au-delà des lignes de résistance que le pouvoir spirituel peut efficacement tenir.

Car…ou le clerc ignore les choses de cet ordre temporel … ou il y est trop versé …Deux formes de péril menacent pour l’ordinaire l’action des clercs au « temporel ».

  1. D’abord, une tendance à faire fi de mille biens, pourtant très respectables et défendables. Soit par générosité, ferveur spirituelle, soit par une sorte de démagogie pieuse, un désir de montrer à quel point l’Eglise, comme ils disent, est « détachée », dans le « sens de l’histoire », ne craignant aucune nouveauté. Que de bassesses, de trahisons auront été commises, par désir forcené de ne pas être catalogué « de droite »… (dès lors que la « gauche » triomphe !).
  2. La seconde forme du péril clérical réside en un rigorisme « principiel », une conception purement « idéelle » des choses, l’application brutale, immédiate, sans nuances, au temporel, de notions doctrinales, justes peut-être, mais trop abstraitement conçues et imposées. Sans souci des innombrables conditions de temps ou de lieu. Sans souci des possibilités réelles… Comme si le Christ lui-même n’avait pas su doser, selon ses auditeurs, son message de Vérité.

On comprend, dès lors, l’intérêt qu’il y a à ne mettre aucun prêtre en avant, pour peu qu’on ait souci d’agir sérieusement au plan social et politique…

Car…ou cette action sera efficace contre les progrès du totalitarisme étatique, socialisant ; … ou cette action ne le sera pas.

Si elle ne l’est pas, il est à peu près sûr que [l’esprit mondain]…ne trouvera aucun inconvénient à ce que des clercs, même nombreux, figurent dans le dispositif.

Si, par contre, cette action est efficace, les réactions, les campagnes de presse,…seront telles que prêtres séculiers ou religieux recevront, de leur évêque ou de leur supérieur, l’ordre de se retirer d’une entreprise aussi compromettante, abandonnant ainsi les laïcs au plus fort du combat. Ce qui est un retour à l’ordre même. A cette réserve près… qu’opéré en un pareil moment, ce repli ressemble à une débandade, dont l’effet est toujours désastreux sur le moral des troupes.

Que l’on prenne conseil, donc, tant qu’on pourra ; que l’on recherche appui, réconfort spirituel auprès de clercs doctes, prudents et saints. Mais qu’on se garde de les enrôler, ouvertement, dans le combat du « temporel »…A suivre …. »

Au moment où des français se lèvent pour défendre la dignité de toutes les personnes et de toute la personne, en particulier des plus fragiles, que faire pour une action durable ? Ce livre est un maître livre pour bien penser l’action en fonction du but poursuivi. Tout homme ou femme d’action le lira avec profit pour inspirer son engagement. Jean Ousset est le premier en effet à avoir méthodiquement formalisé une doctrine de l’action culturelle, politique et sociale à la lumière de l’enseignement de l’Eglise pour, concrètement répondre au mal par le bien. Action de personne à personne et actions multiformes en réseau, ses intuitions sont mises en œuvre magnifiquement dans l’utilisation d’internet. A l’encontre des pratiques révolutionnaires et de la dialectique partisane, si l’amitié est le but de la politique, Jean Ousset nous montre comment pour agir en responsable, l’amitié en est aussi le chemin.

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