En réaction au Brexit, Henri Hude a publié un billet prospectif passionnant sur le « présent et l’avenir de l’Europe ». Le philosophe pose notamment une question d’une grande pertinence : « Faut-il considérer que l’homme européen a besoin d’un nouveau régime, celui d’un despotisme éclairé et doux ? » Cette question peut sembler un peu folle mais elle est d’actualité.

En effet, les limites de la démocratie sont aujourd’hui franchement posées sur la table. « Il faut arrêter de dire que le peuple a toujours raison ! », tonne Daniel Cohn-Bendit. « Un référendum ça blesse, ça brûle, ça divise et ça ne débouche pas sur des solutions », affirme Pierre Moscovici. Et n’oublions pas la désormais célèbre formule de Jean-Claude Juncker : « Il n’y a pas de choix démocratique possible contre les traités européens ».

Ne balayons pas d’un revers de main ces arguments. Sur le principe, il est vrai que le peuple n’a pas toujours raison, il est vrai que la démocratie divise, il est vrai que la versatilité des peuples est gênante quand les gouvernants s’engagent sur des traités internationaux de long terme.

Une logique d’empire

Henri Hude pousse l’hypothèse du despotisme éclairé en se fondant sur deux principes de réalité : premièrement, la démocratie se joue à l’échelle des nations parce qu’il n’y a pas, aujourd’hui, de peuple européen ; deuxièmement, l’intégration politique de l’Europe est une logique d’empire : « Mutualiser les souverainetés nationales, c’est déconstruire les démocraties nationales, au profit d’un pouvoir étatique européen dont il est illusoire et/ou mensonger de penser qu’il puisse être démocratique avant plusieurs générations. »

Hude présente alors la nécessité politique qui se pose. Pour obtenir le consentement des peuples à abdiquer une partie de leurs libertés, le despotisme éclairé d’un Empire doit en contrepartie leur assurer la sécurité et la prospérité, faute de quoi il serait contraint de dériver en dictature. Puisque l’Union européenne peine à offrir la prospérité et la sécurité et que personne ne veut d’une dictature, nous voici dans une situation d’impasse. Or, Henri Hude affirme, avec raison, que « seuls les fous ne voient pas les avantages du jeu collectif en Europe, face aux grandes puissances ». Alors, comment faire ?

Pour Henri Hude, la réponse passe par une perspective de civilisation qui pourrait s’ouvrir après la fin du libéralisme, qui est en train de devenir « une aristocratie nihiliste » : « La grande question morale et spirituelle est de savoir ce qui peut succéder aux Lumières éteintes et aux vieilles idéologies. C’est dans cette perspective qu’il faut interpréter, notamment, la politique du pape François. L’Europe a pour mission historique de rompre avec ce chaos nihiliste, d’inventer la culture qui vient après, en cohérence avec son histoire, et de la traduire dans une politique d’ensemble exprimant un renouveau global de civilisation ».

En quelque sorte, il s’agit de tout refonder. Mettons-nous à l’ouvrage…

Guillaume de Prémare

Chronique Radio Espérance du 8 juillet 2016

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