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Alexis Tsipras et Angela Merkel ont choisi d’entamer un bras de fer incertain. Quelle qu’en soit l’issue, le cas d’école grec a le mérite de mettre en lumière les intérêts des uns et des autres.

L’intérêt immédiat de la Grèce est de gagner du temps, de s’alléger d’une partie du poids de sa dette tout en gardant un pied dans l’Euro, d’éviter la vente à l’encan aux firmes étrangères de pans entiers de son économie ; et bien sûr de desserrer l’étreinte du mémorandum de la Troïka, devenu politiquement intenable. L’intérêt immédiat de l’Allemagne est que la Grèce applique le mémorandum et maintienne ainsi l’illusion de sa solvabilité et de son euro-compatibilité.

L’Allemagne ne veut pas payer pour la Grèce aujourd’hui, mais surtout elle ne veut pas payer pour d’autres demain. Car Berlin raisonne au-delà de la Grèce. Pour le moment, le statu quo européen l’arrange : l’Euro fort compte tenu de la compétitivité industrielle allemande ; et bien sûr l’inflation faible, compte-tenu du monumental volume d’épargne interne sur lequel est assis le financement du vieillissement de la population allemande.

Ce que veut éviter l’Allemagne, ce sont de nouvelles secousses sur la zone Euro qui pourraient contraindre Berlin à accepter davantage de mutualisation des risques : sauver l’Euro oui, mais pas au prix de payer pour tout le monde. Voilà pourquoi Merkel se crispe et prend la posture d’une nouvelle dame de fer, voulant imposer des réformes à tous.

Et la France dans tout ça ? Elle souhaite aussi le statu quo parce qu’elle continue à emprunter à des taux très faibles – qui sont sans rapport avec le risque réel de la dette française ; mais elle verrait dans le même temps d’un bon œil un desserrement des contraintes bruxelloises. Son intérêt immédiat se situe, en quelque sorte, entre Merkel et Tsipras.

On le voit, l’Union est embourbée au milieu du gué. Ses traités sont fédéralistes – elle a la monnaie unique et la banque centrale commune – mais il lui manque un élément décisif sans lequel une monnaie unique ne tient pas : un budget commun, qui implique une véritable mutualisation des risques, ce dont l’Allemagne ne veut pas. L’Europe est allée trop loin ou pas assez…

Une authentique fédéralisation est politiquement inaccessible. En situation de crise, chaque pays se recentre sur ses intérêts. Et plus encore, il n’y a pas de peuple européen : on entend aujourd’hui l’Allemand dire qu’il ne veut pas payer pour les Grecs – et on le comprend ! – ; on entend rarement un Berrichon dire qu’il en a marre de payer pour la Creuse, ce qui choquerait tout le monde.

Que faire ? Il n’y a pas d’unanimité possible pour une réorientation fondamentale de l’Union et des politiques européennes, susceptible de donner un nouveau souffle d’ensemble à l’Union. Politiquement, ce qui nous est accessible à court terme est d’expérimenter des solutions particulières.

Il pourrait être raisonnable de commencer par négocier une restructuration de la dette grecque et organiser une sortie concertée de la Grèce de l’Euro. Cela signifierait sortir du déni et accepter un fait : le « rêve fédéraliste » est passé.

Guillaume de Prémare
Chronique Radio Espérance du 20 février 2015

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