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J’ai écouté la semaine dernière Laurent Wauquiez sur Radio Notre Dame. J’ai été frappé par la pauvreté de son vocabulaire, l’indigence de son langage et la collection d’approximations syntaxiques qu’il a servies durant l’émission Face aux chrétiens.

On parle souvent de ces jeunes élèves qui entrent au collège avec un niveau de langage proche de l’analphabétisme. Mais on évoque plus rarement la baisse généralisée du niveau des élites. Car tout de même, Monsieur Wauquiez est ancien élève de la rue d’Ulm – la prestigieuse Normale Sup’ -, premier à l’agrégation d’histoire, diplômé de Sciences Po et Major de sa promotion de l’ENA.

De la base au sommet, à travers la ruine du langage, c’est bien l’intelligence qui se déstructure. Et ce ne sont certes pas les dernières réformes scolaires du gouvernement qui conduiront au Salut.

Dans une tribune donnée au Figaro, François-Xavier Bellamy souligne combien la réforme de Madame Vallaud-Belkacem ne nous apprend rien de nouveau sur la ruine de la transmission du savoir à l’école : « Il se trouve qu’elle est là pour jouer le dernier acte d’une déconstruction qui a commencé bien avant elle, et dont la droite comme la gauche auront été longtemps complices. »

Et l’enseignant de poursuivre que « ce n’est pas un changement qui nous est proposé, mais la continuité des politiques absurdes mises en œuvre depuis quelques décennies ». L’échec est là, devant nous, criant, incontestable, et la comédie continue. « Le mensonge a assez duré », ajoute Bellamy. Le terme de « mensonge » est fort tant il est vrai qu’il n’est de mensonge sans volonté de mentir.

En 2006, Jean-Claude Michéa évoquait cette question dans L’enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes. Il y décryptait « le déclin continu de l’intelligence critique et du sens de la langue ». S’agit-il d’un « simple échec des réformes » ? Michéa ne croit pas à la seule incompétence : « La production de ces effets est devenue progressivement la fonction première des réformes et celles-ci sont donc en passe d’atteindre leur objectif véritable : la formation des individus qui, à un titre ou un autre, devront être engagés dans la grande guerre économique mondiale du XXIe siècle. »

Pour Michéa, la grande machinerie économique tente de fabriquer les individus dont elle a besoin pour sa guerre, des décérébrés dépourvus d’intelligence critique, un peuple abêti et une élite destinée à répéter en boucle et dans une langue exécrable : « On n’a pas le choix ».

Et Michéa de poser une question rhétorique particulièrement pertinente : « Quel mystérieux hasard à répétition fait que ce sont toujours les révolutions culturelles accomplies par la Gauche qui permettent au capitalisme moderne d’opérer ses plus grands bonds en avant ? » Voici résumée la rencontre historique du libertaire et du libéral, le premier servant docilement la domination définitive du second. Indispensable Michéa…

Guillaume de Prémare
Chronique Radio Espérance du 22 mai 2015

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