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Permanences n°454

Qu’ils soient responsables d’association, journalistes, écrivains, essayistes, responsable politique, prêtre, rédacteurs en chef de périodique, nous tenons ici à remercier tous ceux de nos amis qui ont bien voulu prendre le temps de répondre à la question que nous leur avons posée dans le cadre de notre enquête auprès de ceux qui, responsables catholiques réellement engagés dans la cité des hommes, peuvent être considérés comme d’authentiques «gardiens de l’âme française»1.

Question qui, pour ne pas se vouloir contraignante ou restrictive dans son intitulé, peut apparaître présomptueuse par l’ampleur du sujet qu’elle entend traiter : quelles sont d’après vous la ou les priorités, de ce qu’il convient d’entreprendre pour une renaissance chrétienne de la France ?

Leur volonté de répondre à notre question est significative de ce qui nous unit à eux, et les unit entre eux, au-delà de nos préoccupations et engagements particuliers, de la diversité des plans sur lesquels nous nous plaçons ainsi que des milieux ou personnes auxquelles nous nous adressons en priorité.

Envisagée bien avant la venue de Benoît XVI en France, cette enquête proposée par Permanences entendait faire apparaître les points de convergence qui lient entre eux les catholiques français résolument engagés dans l’édification de la civilisation de l’amour à laquelle nous avait déjà tous appelés le Pape Jean-Paul II.

Publiés quelques jours après la venue du Souverain Pontife à Paris et à Lourdes, les textes que nous rassemblons ici résonnent aussi comme autant de réponses aux exhortations de Benoît XVI à ne pas avoir peur du monde qui nous entoure, à être fiers d’être chrétiens, à fuir les idoles de notre temps pour nous attacher, en bâtissant notre maison sur le roc, c’est-à-dire sur le Christ Lui-même, à construire une société digne de l’homme, par et pour l’amour de tous nos frères, chrétiens ou non, qui ont été, tout autant que nous, créés à l’image du seul vrai Dieu.

Construire la cité catholique, qui n’est pas celle des seuls catholiques mais aussi de tous les hommes de bonne volonté, aujourd’hui, en France, en dépit du relativisme de l’Etat et du matérialisme consumériste et hédoniste de notre vie sociale ; la construire comme Dieu l’a voulue, conforme à l’ordre selon lequel Il a créé le monde, telle est notre tâche de citoyens, telle est notre mission de chrétiens placés par Dieu en ce monde et dans cette patrie, aujourd’hui, en ce temps qui nous est confié pour en faire celui du salut du plus grand nombre possible de nos compatriotes.

C’est cette détermination que nous découvrons ici, au travers de ces textes rassemblés dans ce numéro-enquête, et qui sera pour nos lecteurs à la fois réconfort au milieu des tribulations et motif d’espérance.

1 – C’est ainsi que Jean-Paul II avait qualifié les catholiques français, en charge de la transmission de la personnalité historique et culturelle de la France, lors de sa venue à Reims en 1996, à l’occasion du XVè centenaire du baptême de notre pays.

En guise de conclusion à notre enquête auprès des Gardiens de l’âme française
Une évidence s’impose à la lecture des réponses qui ont été faites à notre question sur les conditions d’une renaissance chrétienne de notre pays : la France gagnerait à ce que ceux qui possèdent, ou convoitent, aujourd’hui la charge de la gouverner placent à ce niveau la compréhension qu’ils ont de la personnalité de notre nation et aient un tel souci de la voir perdurer dans le temps car elle est, dans sa réalité historique, humaine et spirituelle, le bien le plus précieux que possèdent en commun les Français d’aujourd’hui.

C’est que la nation française, davantage que tout autre, s’inscrit dans l’histoire des peuples d’abord comme une aventure spirituelle chrétienne, une construction humaine, culturelle, politique, sociale élaborée dans le temps autour et par les préceptes de l’Evangile. Et même si les catholiques en France aujourd’hui sont peu nombreux, le christianisme vécu en 1500 ans d’histoire de France a laissé de nombreuses traces dans notre inconscient collectif, dont la conception de l’homme, de sa dignité, de ses droits, l’amour de la vie, la soif de liberté, le souci du progrès et du juste partage des biens, la conscience de l’alliance entre foi et raison, entre autorité et liberté, entre le beau, le bien et le vrai, sont autant de legs chrétiens inscrits dans l’âme française.

D’où la conscience que notre nation doit redevenir chrétienne si elle veut renaître après que 200 ans de subversion aient décomposée la France chrétienne sociétale, aient éparpillé son patrimoine, volontairement travesti sa personnalité et fait éclater les liens sociaux qui portaient son harmonie humaine. La tentation serait, tant le mal est grand aujourd’hui, de considérer que se pencher au-dessus du corps de l’agonisant pour le ramener à la vie relève de l’acharnement thérapeutique.

D’autant que s’il est incontestable que les chrétiens sont inscrits dans une histoire et dans une nation, il ne saurait être question d’idolâtrer celle-ci, qui n’est que le champ historique, donné par Dieu, pour l’évangélisation du monde. La France est une communauté d’hommes réunis par l’histoire qui continue dans les Français d’aujourd’hui. C’est donc à eux qu’il faut redonner le christianisme.

Si les catholiques français constituent une sorte d’avant garde pour une renaissance de notre nation, encore faut-il d’abord les convaincre d’être vraiment des chrétiens, et pour cela leur réapprendre ce qu’est vraiment le christianisme. Nécessaire réforme personnelle des chrétiens que soulignent la plupart de nos amis ici publiés. «Si vous êtes ce que vous devez être, vous mettrez le feu au monde», rappelait Jean-Paul lors du jubilé de l’an 2000.

De fait, la liberté de conscience des catholiques français peut être pour un monde en perte de repères un témoignage déterminant. Car, par le passé, en séparant leurs convictions religieuses de leurs responsabilités ils ont fait des ravages dans la société civile comme abandonnée à elle-même.

Au slogan subversif «il est interdit d’interdire», version soixante-huitarde du relativisme qui domine l’Etat et les structures officielles françaises, il faut à présent opposer la voie de l’amour libérateur. Car transmettre la foi, c’est aussi servir l’homme ; les méthodes d’action catholiques soignent, cicatrisent, restaurent, elles recousent ce que la subversion a fissuré ou détruit. Il faut l’amour chrétien des autres pour faire de l’amour social et réconcilier les Français entre eux. Sorte de réhabilitation contemporaine de la charité en tant qu’amour de Dieu et du prochain qui entraîne une dynamique inégalable au service du respect de la dignité humaine, dont la notion même n’existerait pas sans le christianisme.

Chacun à notre place dans la société blessée qui est la nôtre, et selon la méthode ô combien efficace des premiers chrétiens, il nous faut travailler pour, de proche en proche, rendre la santé à notre patrie par la conversion des hommes qui sont aussi dans les institutions.

Cette méthodologie de l’action chrétienne dans une société à évangéliser n’a peut-être pas été suffisamment évoquée ici. La nécessité de la formation des laïcs catholiques est pourtant aujourd’hui primordiale car l’on n’agit pas de la même façon selon que l’on veut reconstruire une société1, la détruire, ou l’abandonner à son sort. C’est à cette formation qu’appelait Christifideles laïci, formation à la doctrine sociale de l’Eglise, mais aussi à la philosophie, à l’histoire, et aux méthodes d’action politique, sociale et culturelle efficaces permettant d’atteindre le but que nous nous sommes fixé : la renaissance chrétienne de la France. Former les intelligences pour qu’elles aient «à cœur de faire rayonner les valeurs évangéliques et les fondements anthropologiques sûrs dans les différents domaines de la vie sociale», demandait Jean-Paul II à qui nous emprunterons notre conclusion : «dans votre pays, l’Eglise aura rendez-vous avec l’histoire».

1 – Cf L’action de Jean Ousset, éditions CLC, 304p, 12 e.

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