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Tant dans la société, à l’école, dans la famille, que dans l’entreprise, la question de l’autorité est essentielle. Le relativisme ambiant et les idées révolutionnaires développées graduellement depuis de nombreuses années nous conduisent aujourd’hui à une situation paradoxale où :

– les gens sont de plus en plus exigeants vis-à-vis de leurs supérieurs ou de ceux qui exercent une autorité,

– et en même nous assistons à une contestation du principe même de l’autorité, des pouvoirs légitimes (pouvoirs institués par Dieu naturellement et surnaturellement*).

De multiples exemples nous le démontrent chaque jour :

1) des parents ont des difficultés à se faire obéir de leurs enfants ;

2) des enseignants vivent des problèmes avec leurs élèves ;

3) des hommes en uniformes (militaires, pompiers, forces de l’ordre, …) reçoivent parfois des insultes ou n’arrivent pas à faire respecter l’ordre ;

4) l’Eglise elle-même, en charge du bien des âmes de ses fidèles, voit son autorité parfois contestée.

Mais, par ailleurs, dans le monde de l’entreprise, nous constatons que là où une plus grande attention est portée aux hommes, elle fait la preuve de son importance en terme d’efficacité économique, de concurrence, de meilleurs résultats obtenus.

Dans ce contexte, l’encadrement ou les personnes exerçant un rôle d’autorité sont très importants.

Par définition

Le petit Robert donne la définition suivante de l’autorité :

– le droit de commander, le pouvoir reconnu ou non d’imposer l’obéissance.

– les organes du pouvoir.

– la force obligatoire, exécutoire d’un acte de l’autorité publique.

Le Catéchisme de l’Eglise catholique définit l'”autorité” comme[[Catéchisme de l’Eglise catholique, n°1897.]] : “la qualité en vertu de laquelle des personnes ou des institutions donnent des lois et des ordres à des hommes, et attendent une obéissance de leur part”.

L’autorité personnelle ne se décrète pas. Elle est innée, c’est avant tout une qualité qui ne s’improvise pas, qui émane plutôt de dispositions naturelles présentes chez une personne.

L’autorité naturelle est ce qui caractérise un chef. Elle se reconnaît, elle se cultive, et chaque personne qui en est pourvue se doit pour progresser de la développer.

L’autorité est une qualité d’ordre spirituel, attachée à une personne, cette qualité se manifeste par la capacité à valoriser les autres, à les faire grandir, à leur permettre de faire ce qu’ils ne feraient pas sans cet apport.

C’est pourquoi le choix des chefs appelés à diriger tout ou partie d’une entreprise doit se fonder sur des qualités personnelles plus que sur des critères techniques et administratifs

L’homme d’autorité est auteur, cause, producteur. Dans autorité, il y a l’idée de cause, de capacité d’accroître, c’est-à-dire d’augmenter (“augmenter” a la même origine que “auteur” et “autorité”, du latin : augere, auctor, auctoritas)[[Cahier bleu du CEE (Centre d’Etude des Entreprises), n°93, mai 1986.]] .

Faire autorité est le fait de gens compétents.

L’homme d’autorité, au sein d’une entreprise, est celui qui, par ses propres facultés, est capable de faire fonctionner une organisation, un groupe de personnes, de développer, d’aider.

L’autorité est donc un service qui a pour finalité de faire progresser les personnes qui lui sont soumises par divers liens, à l’image du Christ lavant les pieds de ses apôtres et s’offrant sur la Croix pour toutes les âmes.

Avec ou sans chef ?

Elle est une nécessité pour toute communauté de personnes (entreprise, association, famille, Eglise…).

“Toute communauté humaine a besoin d’une autorité qui la régisse. Celle-ci trouve son fondement dans la nature humaine. Elle est nécessaire à l’unité de la Cité. Son rôle consiste à assurer autant que possible le bien commun de la société”[[CEC n°1898.]] .

On ne peut pas rêver d’une communauté chimérique où il n’y aurait pas d’autorité. Cette société ne pourrait pas vivre. Une entreprise sans tête est ingouvernable. L’autorité de l’entreprise constituée par son chef, aidé éventuellement par un comité de direction, est indispensable. Comme son nom l’indique, la direction de l’entreprise a pour vocation de donner la direction à suivre, de fixer les règles du jeu du fonctionnement de “la maison” ou de l’entreprise. L’organisation, les décisions prises au sein de l’entreprise, sont ensuite non seulement subordonnées mais surtout ordonnées en fonction des décisions arrêtées au plus haut niveau.

Une entreprise sans chef est une utopie, c’est l’anarchie. Chacun tire à hue et à dia.

Il est vain de pouvoir penser qu’on peut se passer de l’autorité, elle est nécessaire. Il n’y a aucune chance d’avoir un groupe qui atteigne un objectif s’il n’y pas un chef, s’il n’y a pas une autorité.

“A toute association, à tout groupe d’hommes, il faut des chefs, c’est une nécessité impérieuse, à peine, pour chaque société, de se dissoudre et de manquer le but en vue duquel elle a été formée”[[Léon XIII, encyclique Diuturnum illud.]] .

C’est une réalité. Il faut voir ensuite quelles sont les conditions de son utilité.

L’autorité se doit de promouvoir et de préserver le bien commun[[CEC n°1906, “Par bien commun, il faut entendre “l’ensemble des conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres d’atteindre leur perfection, d’une façon plus totale et plus aisée”(GS 26, § 1 ; cf. GS 74, § 1)”.]] de la société dont elle a la responsabilité.

De même qu’une entreprise sans chef ne peut pas fonctionner, une entreprise avec une direction bicéphale, ou dirigée par plusieurs personnes, rencontre de sérieux dysfonctionnements (dans ce contexte, les intérêts personnels des dirigeants prennent souvent le pas sur le bien commun de l’entreprise).

Au quotidien, dans une entreprise, pour permettre à un cadre qui a reçu des objectifs d’y parvenir, on lui délègue des pouvoirs dans la limite desquels il va exercer une autorité. On voit ici que la personne en charge de l’autorité doit nécessairement être auteur et responsable.

Il doit faire preuve de ses qualités personnelles pour diriger les personnes, ses subordonnés, et mettre en œuvre tous les moyens à sa disposition : capitaux, technologie, équipes de personnes.

C’est vrai aussi des autres autorités, par exemple des parents mais aussi du capitaine d’une équipe sportive, dont l’apport sera reconnu, si elles sont capables d’unir l’ensemble de l’équipe vers un but commun.

Une autorité, 3 fonctions

Il y a trois fonctions impératives, trois rôles de l’autorité :

Commander : quand un ordre est bien donné, même si la tâche est difficile, il pourra être exécuté d’autant plus facilement qu’il est compris et que l’on donne les moyens nécessaires.

Gouverner : avoir la volonté d’entraîner les différentes volontés vers le bien commun. On ne fait pas preuve d’autorité quand, par exemple, on divise son équipe. Au contraire, on va utiliser et réunir tous les talents de l’équipe pour un même but.

Eduquer : faire progresser chacun des membres d’une équipe pour qu’il soit apte à rendre le service qui lui est demandé.

Du chef autoritaire…

Nous rencontrons dans la vie courante des gens qui ont le pouvoir et dont on se demande s’ils exercent bien leur autorité[[Cahier bleu du CEE, n°37, septembre 1979 : Quelques définitions p. 19 :Autorité : qualité personnelle de rayonnement qui valorise les autres.Faire autorité : valoriser les autres dans leurs connaissances par le rayonnement d’une science ou d’une compétence.Avoir de l’autorité : valoriser les autres dans leur comportement par le rayonnement d’une personnalité et par là constituer le lien d’une équipe ou d’une communauté.Etre autoritaire : invoquer ses pouvoirs pour se faire obéir.Autoritarisme : comportement de celui qui est autoritaire.Faire autorité est le fait de gens compétents. Avoir de l’autorité est le fait de gens naturels. Etre autoritaire est le fait de gens sans autorité.]] ou si, au contraire ils ne sont pas autoritaires, s’il ne font pas preuve d’autoritarisme.

“L’intuition de chacun dans l’entreprise ou dans d’autres circonstances, c’est que quand je donne un ordre, si cet ordre ne tire son argument que de mon caprice, je vais être jugé comme autoritaire. Si j’impose “faites çà parce que je vous le dis”, il est très clair que je vais peut-être être obéi mais je serai considéré comme autoritaire.

Si par contre je dis “faites çà parce que nous avons un but commun, que je sais mettre en évidence le but poursuivi par notre équipe, notre organisation et que pour arriver à ce but il faut faire telles choses”, j’ai plus de chance de convaincre et de faire valoir effectivement quel est l’intérêt commun de l’équipe.

Quand on reçoit un ordre, on doit ressentir qu’il est donné dans un but que l’on comprend, ou que l’on peut comprendre et auquel on adhère. Ensuite, pour y arriver, différentes options possibles ou voies pour y arriver s’imposent, c’est la décision du responsable.

Mais le but, l’endroit où l’on va, doit être connu de ceux qui sont dirigés sinon l’abus s’installe :

– Soit la personne utilise son pouvoir pour elle-même.

– Soit elle méconnaît les personnes et non pas les choses.

Il n’y a pas légitimité à donner un ordre à une personne si c’est pour se servir de la personne qui perdrait à ce moment là sa réalité d’être une personne et donc un sujet pour être ramenée à un objet et être traitée comme une chose”[[Emission Cité des Hommes, Radio Notre-Dame, 8 décembre 2000 : L’autorité a t-elle encore un sens ? Invité : Bruno de Saint Chamas.]] .

L’autorité n’a donc pas à être centrée sur la personne qui l’exerce mais à être dirigée vers autrui. Le rôle du chef, c’est avant tout d’aider ceux qui sont sous sa propre responsabilité à développer leurs propres talents, à donner le meilleur d’eux-mêmes, à suivre la direction donnée, à être au service du bien commun de l’entreprise.

L’Eglise est d’ailleurs très claire sur ce point et condamne les abus en cette matière : “L’autorité ne tire pas d’elle-même sa légitimité morale. Elle ne doit pas se comporter de manière despotique, mais agir pour le bien commun comme une “force morale fondée sur la liberté et le sens de la responsabilité””[[CEC n°1902.]] .

L’autorité d’un homme se mesure à sa capacité de commandement, c’est-à-dire à la confiance qu’il inspire à son prochain et qui incline celui-ci à lui obéir sans discuter[[Emission Cité des Hommes, Radio Notre-Dame, 18 novembre 2002 : Autorité et commandement. Invité : Pierre Jeanson.]] .

On sent, devant celui qui la possède, qu’en obéissant à ses ordres, nul ne sera ni trompé, ni brimé, ni exploité, mais qu’il se réalisera, épanouira sa propre personnalité à travers la discipline imposée.

En d’autres termes, il sentira que le chef ne commande pas pour son propre compte, mais qu’il obéit à une loi supérieure qui est celle du bien commun dont il est le représentant et l’agent. Dans ce sens, le chef est le serviteur de tous.

“Le fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon de la multitude”[[CEC n°440 (Mt 20, 28 ; cf. Is 53, 10-12).]] .

… au bon chef

Etre un bon chef, ce n’est pas en savoir plus ; ce n’est pas être le plus compétent… C’est avoir un bon comportement… de chef. Un chef doit d’abord commander des hommes et non d’abord gérer des choses. Le choix doit d’abord se faire sur un critère d’autorité (capacité à commander) et, autant que faire se peut, être une juste adéquation entre le pouvoir donné et l’autorité de la personne choisie.

Les qualités de chef sont orientées vers les hommes et, secondairement, vers la gestion ou la technique.

Faire adhérer aux objectifs, aux finalités, est le premier rôle du chef.

Un bon chef est celui qui sait accroître la valeur des personnes, créer la cohésion d’une communauté et être au service du bien commun.

La connaissance de l’ordre des choses, de la relation entre les buts et les moyens apparaît comme une des sources habituelles de l’autorité. Elle protège contre l’arbitraire.

Exercice de l’autorité :les devoirs du chef

Le Catéchisme de l’Eglise catholique[[CEC n°2236 : “L’exercice de l’autorité vise à rendre manifeste une juste hiérarchie des valeurs afin de faciliter l’exercice de la liberté et de la responsabilité de tous. Les supérieurs exercent la justice distributive avec sagesse, tenant compte des besoins et de la contribution de chacun et en vue de la concorde et de la paix. Ils veillent à ce que les règles et dispositions qu’ils prennent n’induisent pas en tentation en opposant l’intérêt personnel à celui de la communauté (cf. CA 25)”.]] nous éclaire parfaitement et explique que trois devoirs sont principalement à observer par une autorité :

Rendre manifeste une juste hiérarchie des valeurs.

De manière simple, nous pouvons dire qu’observer une hiérarchie des valeurs consiste à les prendre dans le bon ordre c’est-à-dire à privilégier les biens supérieurs, dont l’aspect humain et les finalités les plus hautes[[CEC n°1886 : “Subordonner les dimensions physiques et instinctives aux dimensions intérieures et spirituelles”.]] .

Sur le plan très concret par exemple de la vie de l’entreprise, il est constamment fait référence à des hiérarchies de valeurs, implicitement ou explicitement : ce sont des priorités, des degrés d’urgence ou des degrés d’importance, des critères d’appréciation des situations, des résultats ou encore du personnel, des objectifs proches ou lointains, etc…

Il s’agit de ne pas inverser les buts et les moyens : avoir une hiérarchie de valeurs qui “subordonne l’ordre des choses à l’ordre des personnes”[[CEC n°1912.]] et ordonner les choses qui doivent être de l’ordre des moyens à de justes fins, en fonction du bien commun et de la fin dernière de l’homme. C’est-à-dire mettre en œuvre des moyens adaptés et proportionnés au but recherché.

Choisir les bons moyens suppose d’avoir une juste hiérarchie des valeurs enracinée dans le réel.

De façon synthétique, on peut retenir une idée constante de l’apport de l’enseignement de l’Eglise : “C’est que le capital, les moyens économiques sont au service du travail, le travail est au service de la personne, et la personne est faite pour Dieu”[[Emission Cité des Hommes, Radio Notre-Dame, 8 décembre 2000 : L’autorité a t-elle encore un sens ? Invité : Bruno de Saint Chamas.]] .

Si on respecte cet ordre, on obtient la juste hiérarchie des valeurs.

Assurer la justice distributive[[CEC n°2411 : “la justice distributive règle ce que la communauté doit aux citoyens proportionnellement à leurs contributions et à leurs besoins“.]] en tenant compte des besoins.

La justice distributive règle les rapports de la société vis-à-vis des particuliers, de chacun d’entre nous. Elle consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû en fonction de la place qu’il occupe dans la société. Ici, on ne retrouve pas l’idée d’égalité, mais de proportionnalité.

La justice distributive prend en compte ce que sont les personnes, d’après leurs talents, leurs mérites, leurs besoins. Tout le monde n’a pas forcément les mêmes besoins.

Les situations d’injustice sont souvent très vite remarquées et amènent des réactions de la part de ceux qui les vivent : on assiste à la remise en cause de l’autorité. Au sein de l’entreprise, la question des salaires est un bon exemple de mise en œuvre de la justice distributive : “Le juste salaire est le fruit légitime du travail. Le refuser ou le retenir peut constituer une grave injustice. Pour apprécier la rémunération équitable, il faut tenir compte à la fois des besoins et des contributions de chacun”[[CEC n°2434.]].

D’ailleurs, il est révélateur que lorsqu’on demande à un groupe de collaborateurs de lister les qualités morales qu’ils attendent de leurs chefs, la notion de justice est souvent évoquée en premier.

Ne pas induire en tentation en opposant intérêt et devoir.

Le rôle des autorités est de servir le bien commun.

Gouverner les hommes, c’est les placer dans les conditions où il leur sera plus facile de remplir leur devoir, c’est éviter de les mettre en situation d’être tentés de mal faire. Ainsi se réalise la convergence entre les biens particuliers (facilité, avantages) et le bien commun (bien faire ce qu’on dit).

C’est un point central de l’enseignement de l’Eglise en matière politique et sociale. C’est ce que l’Eglise appelle le principe de gouvernement[[Dossier CEDEPSE, L’Entreprise.]], qui peut se décrire ainsi :

Il est possible, et souvent plus facile, d’obtenir à court terme des résultats à partir de comportements immoraux, mais dans la durée, ces résultats sont moins probants.

Ce qui détermine le niveau moral d’ensemble, ce qui “fabrique” des tricheurs ou des gens consciencieux et capables de responsabilités, c’est la “règle du jeu”, la loi de la maison.

Exemple : dans une usine de production[[Emission Cité des Hommes, Radio Notre-Dame, 18 novembre 2002 : Autorité et commandement. Invité : Pierre Jeanson.]] , si un ouvrier qui fabrique des pièces met la pièce douteuse au milieu des bonnes, l’organisation de l’entreprise est mauvaise. Il faut donc que l’organisation fasse en sorte qu’elle suscite ce qu’il convient de faire, pour que la faute avouée soit synonyme de vérité et que tout le monde sache que la vérité n’a pas de prix.

Quand une personne sait qu’elle ne peut plus tricher parce que ce n’est plus dans son intérêt, elle sera récompensée au contraire, parce qu’elle a dit la vérité quoi qu’il en coûte. A partir de ce moment là, chacun en profite : les fournisseurs, les clients, l’entreprise, l’entourage. Cet esprit de vérité pénètre chacun des membres à quelque niveau que ce soit. Une bonne organisation rejaillit sur tout le monde.

L’orientation qui vise à placer chaque personne dans la situation où elle a intérêt à bien faire est un fil directeur, une politique positive.

En conclusion

Toute personne chargée de gouverner les hommes (parents, officiers, chefs d’entreprise, gouvernants…) doit se comporter comme un “intendant” ou “ministre” du Créateur par rapport à cette autorité reçue d’en haut.

A travers le principe de subsidiarité, Dieu nous montre que notre vocation dans l’exercice de l’autorité est avant tout d’être au service d’autrui, du bien commun : “l’agir de Dieu est le modèle de l’agir humain” [[CEC n°2172.]] .

A nous donc de ne jamais oublier de faire fructifier nos talents, d’exercer la charité et de faire un bon usage de l’autorité reçue.