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« Les chrétiens sont à l’avant-garde du combat pour une révolution écologique », écrit Patrice de Plunkett dans son dernier essai – « Cathos, écolos : mêmes combats ? » – texte (augmenté) d’une conférence donnée à Lyon aux Alternatives catholiques en octobre dernier. Paradoxe, les catholiques paraissent parfois à la traîne en matière d’écologie. Mais assurément pas tous, à commencer par les papes Jean-Paul II, Benoît XVI et François, dont les textes sont cités en annexe de l’ouvrage.

Le petit essai de Patrice de Plunkett – concis, précis et incisif – me semble justement une bonne manière de nous préparer à recevoir la future encyclique du pape François sur l’écologie. Ce n’est pas pour céder à une mode passagère que le magistère s’intéresse avec insistance à cette question : « L’homme et l’environnement constituent, à des degrés divers, une seule et même Création, dont le sens ultime est auprès du créateur », rappelle Plunkett. L’homme est en lien avec la création, il en est solidaire ; il assume un lien de responsabilité, confié par le Créateur.

Pourquoi les chrétiens doivent-ils être en première ligne dans cette affaire ? Précisément parce qu’ils « peuvent apporter à l’écologie un sens ultime ». Si les chrétiens ne contribuent pas à fonder l’écologie sur une juste anthropologie, qui le fera ? L’enjeu est majeur : une juste anthropologie fonde une juste écologie ; une anthropologie erronée produit une écologie dévoyée.

Si le christianisme porte une vision de l’homme indispensable à la compréhension des enjeux écologiques, il porte également, bien sûr, une vision de Dieu, une foi. « La gratitude de la créature recherche le Créateur », écrit Plunkett. Dire cela, c’est porter un témoignage de foi. C’est aussi donner à l’écologie ce qui lui manque souvent. Plunkett explique que « la transcendance fait défaut à la plupart des courants écologistes français ». Or, si l’homme ne « doit pas céder au vertige de la maîtrise, c’est forcément en vertu de quelque chose qui le dépasse », c’est-à-dire une transcendance.

Que les chrétiens désertent l’écologie et l’écologie sera un désert de sens…

L’essai de Plunkett comporte également une dimension politique. Il y décrit, exemples à l’appui, « une méga-machine, alliance du business et de la technoscience, [qui] met en jeu la condition humaine et la biosphère ». Et il appelle « les simples citoyens » à résister à « cette surpuissance mondiale qui annexe les pouvoirs politiques », à « combattre le système économique de déshumanisation » qui va vers « l’artificialisation de tout pour en tirer de l’argent », qui va vers le « meilleur des mondes », celui du dieu BioTech et du transhumanisme.

Pour Plunkett, « la réponse doit être intégrale : il s’agit de défendre, à la fois, l’homme et l’environnement. Il s’agira donc d’une forme intégrale d’écologie. » « C’est l’heure de sauver inséparablement l’humain et le reste de la Création », ajoute-t-il.

Cette prise de conscience de « l’écologie intégrale » est assurément en marche chez les catholiques. En témoigne la parution, en septembre prochain, de la première revue d’écologie intégrale, baptisée Limite et lancée par de jeunes auteurs. L’un de ses fondateurs, Gautier Bès, explique que « si nous voulons continuer à donner la vie, il va falloir changer de vie ». L’écologie intégrale représente en quelque sorte le combat plénier de la culture de vie contre la culture de mort.

 

Guillaume de Prémare
Chronique Radio Espérance du 15 mai 2015

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