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Extrait de « Pour qu’Il règne », Chapitre II de la troisième partie, Nos raisons de croire au triomphe de la royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Jean Ousset exprime là, une anthropologie, une vision de l’homme en société dont le Christ est le modèle, l’accomplissement, le seul sauveur. Il y a dans ce texte le cœur de l’Evangile que l’on retrouve dans la première encyclique de Jean-Paul II : Redemptor Hominis

  • Le christianisme, seul humanisme véritable.
  • Mensonge de l’humanisme athée.
  • Le drame de l’humanisme athée est celui de la Révolution.
  • Echec de l’humanisme athée, désespoir contemporain :
  • Témoignage de Saint-Exupéry : « l’homme n’a plus de sens » ; désert de l’homme » ; « ils auraient tant besoin d’un Dieu ».
  • Pas de véritable humanisme sans christianisme.
  • Les leçons du triomphe de l’humanisme athée. Faisons un monde plus chrétien, il sera plus humain.
  • L’omniprésence du Christ : universalisme chrétien, gage d’espérance.
  • Le Christ assume la totalité de l’ordre humain.
  • Témoignage de l’apostat Renan.
  • Le Christ assure cet ordre :
  • dans le temps, d’où la perpétuelle jeunesse de l’Église ;
  • dans l’espace ;
  • dans l’universalité de ses aspects 
  • Primauté du surnaturel, mais défense du naturel.
  • Le Christ,
  • Maître de la vie et de la mort.
  • Maître de la joie et de la douleur.
  • Le Christ est, à Lui seul, le seul Humaniste : pouvoir de « cet homme qu’on appelle le Christ ».

Avant-Propos

Les caractères de la véritable espérance définis, il importe d’indiquer plus spécialement ce qui peut la fonder.

Considérons donc le catholicisme comme « assumant » seul, dans sa plénitude harmonieuse, l’universalité de l’ordre humain.

Ce n’est pas sans une profonde logique, en effet, que les premiers assauts de l’esprit révolutionnaire, en Occident, furent livrés au nom de l’humanisme.

La notion d’humanité, l’idée que nous nous faisons de l’homme, ne peuvent pas ne pas être fondamentales dès qu’on se penche sur les problèmes politiques et sociaux.

On sait comment l’humanisme (révolutionnaire), parce qu’il prétend s’en tenir à l’homme, s’est appliqué, depuis cinq cents ans, à écarter le surnaturel, pour cette raison que le surnaturel, comme tel, n’est point de l’homme, mais de Dieu.

Tel est le sophisme.

Beaucoup s’y sont laissés prendre !

D’où le triomphe d’une science de l’homme radicalement étrangère aux notions chrétiennes et proclamée, par là-même, plus authentiquement humaniste[1]. Ainsi la Révolution pourrait-elle revendiquer ce titre, et non le catholicisme, dans la mesure où il se prétend divin. D’où pour ce catholicisme, une impuissance, par excès, à assurer autant qu’assumer l’ordre humain. D’où la légitimité, voire la nécessité, de l’exclure de tout rôle souverain ou simplement dominant dans la société.

Le Christianisme, seul humanisme vrai

Pour mauvais qu’il soit, il serait vain de nier la force d’un pareil argument. Il possède un certain caractère de clarté et de simplicité qui a suffisamment assuré son succès pour que nous osions dire qu’il mérite une des premières places dans la série des erreurs à dénoncer.

Il est temps de s’en persuader : si nous ne comprenons pas que le catholicisme, bien loin d’être extérieur à un juste humanisme, réalise, au contraire, parfaitement ce juste humanisme-là, nous serons toujours gênés et désastreusement timides dans notre défense ou nos assauts contre la Révolution. Elle n’a pu triompher que parce qu’elle a su faire admettre, comme fondement unique et exclusif de l’ordre humain, et, partant, de l’ordre social et politique, sa notion naturaliste de l’homme.

Appliquons-nous donc à démontrer que non seulement cette conception révolutionnaire est fallacieuse, mais que le catholicisme seul peut assurer, autant qu’expliquer, le véritable ordre humain. Le combat, dès lors, sera bien engagé et, Dieu aidant, il nous sera permis d’espérer la victoire.

L’incohérence de l’humanisme révolutionnaire n’est-elle point, au reste évidente ? Tout ce qu’il a animé ou continue à mouvoir ne s’est-il point montré assez inhumain pour qu’on soit en droit de s’étonner de voir manifester tant de respect devant ce gigantesque monument de la sottise et de la cruauté ?

Depuis bientôt deux siècles, assez de fruits n’ont-ils pas été cueillis pour que nous puissions juger l’arbre[2] ?

Le désespoir contemporain, fruit de l’humanisme athée

Dès lors, où devrons-nous chercher l’intelligence et la force qui, ayant un sens harmonieux de l’humain, l’assument pleinement ? Beaucoup y prétendent sans doute ; mais nous venons de voir ce que vaut leur prétention.

Pitié d’une génération qu’a exprimée un de ses écrivains les plus attachants, écrivain qui paraissait, pourtant, l’un des plus capables d’apercevoir et d’apprécier ce par quoi cette civilisation moderne pouvait être exaltée : Antoine de Saint-Exupéry.

Voici, tout au contraire, ce qu’il écrivait, quelque temps avant sa mort, dans une lettre au général X qu’on ne citera jamais trop, tant elle nous paraît décrire la faillite d’un ordre humain dont l’homme est, en fait, victime.

Faillite de l’humanisme athée assumé par la Révolution, et cela dans cette partie de la planète où des humains s’estiment heureux sous prétexte que la dialectique marxiste n’y a point encore tout poussé jusqu’aux dernières conséquences.

Je viens de faire quelques vols sur P. 38. C’est une belle machine. J’aurais été heureux de disposer de ce cadeau-là pour mes vingt ans. Je constate avec mélancolie qu’aujourd’hui, à quarante-trois ans, après six mille cinq cents heures de vol sous tous les ciels du monde, je ne puis plus trouver grand plaisir à ce jeu-là…

Ceci est, peut-être, mélancolique, mais peut-être bien, ne l’est pas. C’est, sans doute, quand j’avais vingt ans que je me trompais.

En octobre 1940, de retour d’Afrique du Nord où le groupe 2-33 avait émigré, ma voiture étant remisée exsangue dans quelque garage poussiéreux, j’ai découvert la carriole et le cheval. Par elle, l’herbe des chemins, les moutons et les oliviers. Ces oliviers avaient un autre rôle que celui de battre la mesure derrière les vitres à 130 kilomètres à l’heure. Ils se montraient dans leur rythme vrai, qui est de, lentement, fabriquer des olives. Les moutons n’avaient pas pour fin exclusive de faire tomber la moyenne. Ils redevenaient vivants. Ils faisaient de vraies crottes et fabriquaient de la vraie laine. Et l’herbe aussi avait un sens, puisqu’ils la broutaient…

Tout cela pour vous expliquer que cette existence grégaire au cœur d’une base américaine, ces repas expédiés en dix minutes, ce va-et-vient, entre les monoplaces de 2 600 CV, dans une sorte de bâtisse abstraite où nous sommes entassés à trois par chambre, ce terrible désert humain, en un mot, n’a rien qui me caresse le cœur…

Je suis « malade » pour un temps inconnu. Mais je ne me reconnais pas le droit de ne pas subir cette maladie. Voilà tout.

Aujourd’hui, je suis profondément triste, et en profondeur. Je suis triste pour ma génération, qui est vide de toute substance humaine…

On ne sait pas le remarquer. Prenez le phénomène militaire d’il y a cent ans. Considérez combien il intégrait d’efforts pour qu’il fût répondu à la vie spirituelle, poétique ou simplement humaine de l’homme. Aujourd’hui que nous sommes plus desséchés que des briques, nous sourions de ces niaiseries. Les costumes, les drapeaux, les chants, la musique, les victoires (Il n’est pas de victoire, aujourd’hui, rien, qui ait la densité poétique d’Austerlitz ; il n’est que des phénomènes de digestion lente ou rapide), tout lyrisme sonne ridicule et les hommes refusent d’être réveillés à une vie spirituelle quelconque. Ils font honnêtement une sorte de travail à la chaine. Comme dit la jeunesse améri­caine, « nous acceptons honnêtement ce job ingrat », et la propagande, dans le monde entier, se bat les flancs avec désespoir… Siècle de la publicité… des régimes totalitaires et des armées sans clairons, ni drapeaux, ni messes pour les morts.

Je hais mon époque de toutes mes forces. L’homme y meurt de soif.

Ah !… général, il n’y a qu’un problème, un seul de par le monde : rendre aux hommes une signification spirituelle, des inquiétudes spirituelles. Faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un chant grégorien.

Si j’avais la foi, il est bien certain que, pas­sée cette époque de « job nécessaire et ingrat », je ne supporterais plus que Solesmes.

On ne peut plus vivre de frigidaires, de politique, de bilans et de mots croisés, voyez-vous… On ne peut plus.

On ne peut plus vivre sans poésie, couleur ni amour. Rien qu’à entendre un chant villageois du XVème siècle, on mesure la pente descendue. Il ne reste rien que la voix du robot de la propagande (Pardonnez-moi !) Deux milliards d’hommes n’entendent plus que le robot, ne comprennent plus que le robot, se font robots.

Tous les craquements des trente dernières années n’ont que deux sources : les impasses du système économique du XIXème siècle, le désespoir spirituel… Les hommes ont fait l’essai des valeurs cartésiennes ; hors les sciences de la nature, ça ne leur a guère réussi !

Il n’y a qu’un problème, un seul : redé­couvrir qu’il est une vie de l’esprit, plus haute encore que la vie de l’intelligence, la seule qui satisfasse l’homme…

Et la vie de l’esprit commence là où un être « un » est conçu au-dessus des matériaux qui la composent. L’amour de la maison, cet amour inconnaissable aux Etats-Unis, est déjà de la vie de l’esprit.

Et la fête villageoise et le culte des morts. (Je cite ça, car il s’est tué, depuis mon ar­rivée ici, deux ou trois parachutistes ; mais on les a escamotés : ils avaient fini de servir). Cela, c’est de l’époque, non de l’Amérique : L’HOMME N’A PLUS DE SENS.

Il faut absolument parler aux hommes.

A quoi servira de gagner la guerre si nous en avons pour cent ans de crise d’épilepsie révolutionnaire ?…

« Ah !… quel étrange soir, ce soir, quel étrange climat ! Je vois de ma chambre s’allumer les fenêtres de ces bâtisses sans visage. J’entends les postes de radio divers débiter leur musique de mirliton à cette foule désœuvrée, venue d’au-delà des mers, et qui ne connaît même pas la nostalgie.

On peut confondre cette acceptation rési­gnée avec l’esprit de sacrifice ou la gran­deur morale. Ce serait là une belle erreur !

Les liens d’amour qui nouent l’homme d’aujourd’hui aux êtres comme aux choses sont si peu tendus, si peu denses, que l’homme ne sent plus l’absence comme autrefois. C’est le mot terrible de cette histoire juive :

– Tu vas donc là-bas ? Comme tu seras loin !

– Loin d’où ?

Le « où » qu’ils ont quitté n’était plus guère qu’un vaste faisceau d’habitudes. En cette époque de divorce, on divorce avec la même facilité d’avec les choses. Les frigidaires sont interchangeables. Et la maison aussi, si elle n’est qu’un assemblage. …Et la ferme. Et la religion. Et le parti. On ne peut même pas être infidèle : à quoi serait-on infidèle ? Loin d’où et infidèle à quoi ? Désert de l’homme.

Qu’ils sont sages et paisibles, ces hommes en groupe ! Moi, je songe aux marins bretons d’autrefois qui débarquaient à Magellan, à la Légion étrangère lâchée sur une ville, à ces nœuds complexes d’appétits violents et de nostalgie intolérable qu’ont toujours constitués les mâles un peu trop sévèrement parqués. Il fallait toujours, pour les tenir, des gendarmes forts ou des principes forts ou des lois fortes. Mais aucun de ceux-là ne manquerait de respect à une gardeuse d’oies. L’homme d’aujourd’hui on le fait tenir tranquille, selon le milieu, avec la belote ou avec le bridge. Nous sommes étonnamment bien châtrés. Ainsi sommes-nous, enfin libres ! On nous a coupé les bras et les jambes, puis on nous a laissés libres de marcher. MAIS JE HAIS CETTE EPOQUE OU L’HOMME DEVIENT, SOUS UN TOTALITARISME UNIVERSEL, BETAIL DOUX, POLI ET TRANQUILLE. On nous a fait prendre ça pour un progrès moral…

Ce que je hais dans le marxisme, c’est le totalitarisme à quoi il conduit. L’homme y est défini comme producteur et consommateur ; le problème essentiel est celui de la distribution. Ainsi dans les fermes modèles. Ce que je hais dans le nazisme, c’est le totalitarisme à quoi il prétend par son essence même… L’homme robot, l’homme termite, l’homme oscillant du travail à la chaîne… L’homme châtré de tout son pouvoir créateur et qui ne sait même plus, du fond de son village, créer une danse ou une chanson. L’homme que l’on alimente en culture de confection, en culture standard, comme on alimente les bœufs en foin. C’est cela l’homme d’aujourd’hui.

Et, moi, je pense que, – il n’y a pas trois cents ans, – on pouvait écrire « La Princesse de Clèves » ou s’enfermer dans un couvent pour la vie à cause d’un amour perdu, tant était brûlant l’amour. Aujourd’hui, bien sûr, des gens se suicident. Mais la souffrance de ceux-là est de l’ordre d’une rage de dents. Intolérable. Ça n’a point à faire avec l’amour.

Certes il est une première étape ! Je ne puis supporter l’idée de verser des générations d’enfants français dans le ventre d’un Moloch allemand. La substance même est menacée. Mais, quand elle sera sauvée, alors se posera le problème fondamental, qui est celui de notre temps, qui est celui du sens de l’homme et auquel il n’est point proposé de réponse, et j’ai l’impression de marcher vers les temps les plus noirs du monde.

Ca m’est bien égal d’être tué en guerre. De ce que j’ai aimé, que restera-t-il ? Autant que des êtres, je parle des coutumes, des intonations irremplaçables, d’une certaine lumière spirituelle, du déjeuner dans la ferme provençale sous les oliviers, mais aussi de Haendel. Les choses, je m’en fous, qui subsisteront. Ce qui vaut, c’est un certain arrangement des choses. La civilisation est un bien invisible, puisqu’elle porte non sur les choses, mais sur les invisibles liens qui les nouent l’une à l’autre, ainsi et non autrement. Nous aurons de parfaits in­struments à musique distribués en grande série ; mais où sera le musicien ?…

… Si je rentre vivant de ce « job nécessaire et ingrat », il ne se posera pour moi qu’un probleme : que peut-on, que faut-il dire aux hommes ?….

Depuis le temps que j’écris, deux camara­des se sont endormis devant moi dans ma chambre. Il va me falloir me coucher aussi, car je suppose que ma lumière les gêne (ça me manque bien, un coin à moi). Ces deux camarades, dans leur genre, sont merveilleux. C’est droit, c’est noble, c’est propre, c’est fidèle. Et, – je ne sais pourquoi, – j’éprouve, à les regarder dormir ainsi, une sorte de pitié impuissante. Car, s’ils ignorent leur propre inquiétude, je la sens bien. Droits, nobles, propres, fidèles, oui ! mais aussi terriblement pauvres. ILS AURAIENT TANT BESOIN D’UN DIEU !

Lettre admirable, sans doute, mais pitoyable, où la sévérité du diagnostic ne fait que mieux sentir l’insuffisance de la vague spiritualité proposée comme remède !

« Malade pour un temps inconnu ! »

   Époque où « l’homme meurt de soif »… et où l’on peut avoir légitimement « l’impression de marcher vers les temps les plus noirs du monde ! ».

Génération « vidée de toute substance humaine »… où des « milliards d’hommes n’entendent plus que le robot, ne comprennent plus que le robot, se font robots »…, où « l’homme n’a plus de sens ! »…

« …Homme que l’on alimente en culture de confection, en culture standard, comme on alimente les bœufs en foin. C’est cela l’homme d’aujourd’hui !… Désert de l’homme !… »

Voilà ce qu’un des écrivains contemporains les plus ouverts à leur temps, l’auteur de « Terre des hommes », a pu écrire, sans invraisemblance excessive, après quatre cents ans du plus gigantesque effort, – prétendu « humaniste », – enregistré par l’histoire !

Et pourtant, nous disait-il, ces hommes qui étaient là n’appartenaient point à cette catégorie de gens dont la fréquentation désole ou révolte ; ils étaient « droits, nobles, propres…, mais, hélas ! terriblement pauvres ». Et celui qui vient d’écrire que, s’il avait la foi, il ne supporterait plus guère, à son retour, que Solesmes, put ajouter, – sans doute à la lueur de ce pressentiment – : « Ils auraient tant besoin d’un Dieu ! »

C’est donc le plus naturellement du monde que la révérence au divin est ici proposée comme élément de plénitude humaine.

Et n’y aurait-il point là un grand mystère ? Celui qui faisait dire à saint Augustin : « Nous avons été créés pour vous, Seigneur, et notre cœur est inquiet tant qu’il ne se repose pas en vous ? »

Jusqu’où devrons-nous descendre pour que nous nous décidions à prendre à la lettre ce rappel de l’Evangile : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » ?

Jusqu’où nous faudra-t-il tomber pour que nous nous décidions – à la lumière de l’histoire comme à celle du dogme, – à dénoncer le mensonge de cet humanisme qui déshumanise, de cet ordre dit humain où l’être raisonnable est manœuvré comme un bétail ?

« Humanisons d’abord[3] ! ». L’avons-nous assez entendue cette formule, toujours employée pour remettre à plus tard notre recours à Dieu.

Ils ont donc « humanisé » ; mais le fait est que l’humanité n’est jamais apparue aussi grégaire.

« Faisons un monde plus humain, et il sera plus chrétien ». Mais la vérité vécue n’est-elle pas : faisons un monde plus chrétien ; rendons-lui ce Dieu dont il a faim ; ramenons-le à l’Evangile, dont il s’est si malencontreusement écarté ; et il sera plus humain ?

On a voulu, toujours par humanisme, exalter la raison en la séparant de la foi, et voici que nos philosophes sont devenus des théoriciens explicites de l’absurde[4].

On a prêché la paix à l’exclusion de tout dogme, paix fondée sur la seule abondance matérielle, et voici qu’on se tue sans arrêt pour annexer ou contrôler cette abondance.

Un humanisme vrai, raison d’espérance

Drame de l’humanisme athée !

Pour misérables, cependant, qu’aient été ses principes et désatreux ses effets, il a quand même réussi à émouvoir le monde. Des millions d’hommes se sont laissés griser par ses sophismes. Il a été, et demeure encore en partie, l’argument d’une espérance incontestable. Pour lui, des efforts gigantesques ont été accomplis : on le présentait comme la vraie réponse au problème de l’homme.

Et nous, chrétiens, nous désespérons !

Un mensonge a provoqué tant d’enthousiasme et nous, qui avons la vérité, sommes découragés !

Une fausse doctrine a soulevé le monde d’un espoir non encore vu dans l’histoire et nous, qui avons les formules du salut, demeurons abattu !

Quand nous déciderons-nous à prendre conscience des arguments de notre espérance, de cette espérance qui est, en vérité, la seule espérance de l’univers ?

Attendrions-nous que d’ultimes catastrophes aient consommé la ruine d’un monde livré à l’erreur de l’humanisme révolutionnaire pour nous rappeler et rappeler autour de nous que le véritable humanisme, c’est-à-dire la seule conception de l’homme qui tienne et rende compte pleinement de l’ordre humain selon ses exigences, est dans le catholicisme… est le catholicisme ?

Et pourquoi cet humanisme vrai ne serait point argument d’espérance quand il apparaît qu’un faux humanisme a suscité tant d’espoir ?

Certes, il serait fou de prétendre rappeler en un seul chapitre l’essentiel de cette plénitude humaine et divine offerte par le christianisme ! Aux premiers jours de l’Église, saint Jean[5], déjà, ne refusait-il pas de croire que le monde entier pût contenir les livres qu’il eût fallu écrire, si l’on avait voulu tout raconter de ce que Jésus avait fait ? Donc, que pourrions-nous dire, aujourd’hui, si nous avions à expliquer en détail ce que deux mille ans de christianisme, – deux mille ans d’Église, deux mille ans de « Jésus-Christ répandu et communiqué[6] », ont apporté au genre humain ?

En Jésus-Christ est le vrai humanisme

« Quand J’aurai été élevé de terre, J’attirerai tout à moi[7]. »

Tout !

Et le fait est que cette parole d’un homme, mais de « cet homme qu’on appelle le Christ », – depuis qu’il est mort sur la Croix, l’histoire n’a cessé et ne cesse de la vérifier.

« Ecce Homo ». Voilà l’Homme.

L’Homme par excellence ! L’Homme qui remplit l’univers ! Celui avec lequel il est impossible, désormais, de ne pas avoir à compter, qu’on L’aime ou qu’on Le déteste.

Même à ne le considérer que par le mauvais bout de la lorgnette, « voilà l’Homme » qui est, depuis vingt siècles, centre de tout, soit qu’on s’en éloigne, soit qu’on y tende.

Oui ! c’est un fait : depuis qu’ « Il a été élevé de la terre », Il a tout attiré à Lui !

Impossible de rien voir, désormais, dans l’ordre humain, de rien aborder, de rien étudier, où l’on n’ait, d’abord, à prendre honnêtement conscience de tout ce que Lui et Son Église ont apporté de perfectionnements décisifs, de transformations radicales, d’aperçus jusqu’alors insoupçonnés.

Il a tout attiré à Lui, à ce point que, pour posséder quelque chose, aujourd’hui, il faut ou en jouir dans Son Amour et selon Son ordre… ou le Lui disputer.

Il est tellement « l’Homme » par excellence que, dès qu’on se soucie d’étudier quoi que ce soit en fonction de l’homme, c’est immanquablement selon Sa Loi et en fonction de Lui qu’il faut s’orienter si l’on ne veut aboutir à des échecs comparables à ceux dont la société souffre aujourd’hui.

Ainsi tout l’ordre humain est marqué de Son sceau, parce que c’est depuis Lui seulement que la Terre a pu connaître dans sa plénitude ce que doit être, au plan individuel comme au plan social, la vie des hommes.

Qu’on envisage les progrès de la civilisation, la paix de la société, la concorde entre les peuples, le bonheur familial, ou qu’on étudie une branche quelconque du savoir, théorique ou pratique, – sciences morales, sciences politiques, philosophie, intelligence profonde des beaux-arts, mission des professions libérales…, jusqu’à la simple humanité des tâches les plus humbles, – dès qu’il s’agit, en un mot, d’envisager l’aspect spécifiquement humain de notre vie, c’est toujours l’enseignement de cet Homme, sinon l’enseignement de cette Église qui est Lui,  qui apparaît fondamental.

Mille fois, ceux qui ne veulent pas qu’Il règne sur nous ont essayé de provoquer un ordre qui pût être comparable à celui que cet Homme est venu fonder ; mille fois, le plagiat fut évident ; mille fois l’échec manifeste.

Car cet Homme n’est point comme tant d’autres « grands hommes » qui sont morts et dont l’initiative de quelques disciples a prolongé les œuvres.

L’expérience prouve, en effet, qu’il ne suffit pas de se réclamer de Lui pour développer les bienfaits de Son message, puisque tous ceux qui l’ont interprété à leur gré ont, contre toute attente, déchaîné la corruption d’innombrables sottises privées ou de sanglantes perturbations sociales. De telle sorte que tout semble bien se passer « sicut dixit », comme Il l’a dit : « Sans Moi, vous ne pouvez rien faire ». « Tu es Petrus »… et, contre cette pierre, les flots de l’infernale anarchie se briseront… « Et voici que Je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles »… N’est-il pas évident, en effet, qu’une fois écartée cette Église qu’Il a fondée et qu’Il a dit vouloir régir Lui-même jusqu’à la fin des temps, tout se désagrège et vire à l’absurde ?

Cet Homme s’est tellement placé au carrefour de tous les itinéraires de perfection humaine qu’il est impossible d’y tendre, désormais, sans se heurter à lui.

Tout ce que d’autres philosophes, moralistes ou fondateurs de religion ont eu de bien, non seulement Il le possède aussi à un degré suréminent ; mais ce qui n’a, chez les autres, qu’une valeur de fragment et, parfois même, d’inconséquence heureuse, Il le détient en entier, ordonnant tout dans la perfection d’une synthèse universelle qu’aucun autre, avant Lui comme après, n’a jamais su proposer ou entrevoir.

Pour fuir cet Homme, pour échapper à Son omniprésence ou pour se donner l’illusion d’être moins directement en face de Lui, il a fallu et il faut toujours que l’humanité se détourne comme d’elle-même, entendez qu’elle se désintéresse de l’humain comme tel, car, dans cet humain, désormais, tout parle de Lui, tout a subi Son influence.

Autrement dit, pour fuir cet Homme qui est au centre de l’humain, il faut que l’homme se détourne de l’homme même, sinon qu’il mutile la juste idée qu’on doit s’en faire.

Ainsi, l’homme moderne préfère-t-il regarder au-dessous de lui, scruter l’univers matériel ou animal.

Plutôt, semblons-nous dire, plutôt l’étude des plantes, des pierres et des forces aveugles de la nature ; plutôt, ont semblé dire maints philosophes, plutôt nous assimiler aux bêtes et nier l’objectivité de notre connaissance intellectuelle que d’encourir le risque d’être obligé de se laisser prendre aux réponses de cet Homme si nous nous engageons dans une étude sérieuse de ce qui est spécifiquement humain dans l’humain.

Problèmes de la nature de notre âme, de son immortalité, donc de notre destinée ; problèmes de l’objectivité de notre connaissance, problèmes de l’orientation suprême de la société et de la fin dernière de l’ordre humain…, en général, tous les problèmes métaphysiques… Qu’on aille voir un peu partout, et même là où l’on se pique d’humanisme, quel intérêt l’on porte, aujourd’hui, à ces problèmes ! Et, si nos contemporains s’en détournent, ne serait-ce point parce qu’il est impossible de s’y engager, désormais, sans trouver « cet Homme qu’on appelle le Christ », régnant avec Son Église et Ses Docteurs sur toutes les voies d’une authentique science de l’homme ?

Témoignage de l’apostat

« Ecce Homo ».

Il l’est tellement qu’un très grand nombre de ceux qui Lui ont dénié ou Lui dénient encore le titre de Dieu se sont, au moins, fait un devoir de l’exalter en tant qu’homme par-dessus tout et tous.

Honneur commun de ce qui porte un cœur d’homme ! écrit Renan dans sa « Vie de Jésus ». En Lui, s’est condensé tout ce qu’il y a de bon et d’élevé dans notre nature… Jamais personne autant que Lui n’a fait prédominer dans sa vie l’intérêt de l’humanité… Tous les siècles proclameront qu’entre les fils de l’homme, il n’en est pas né de plus grand que Lui… Repose, maintenant, dans ta gloire, noble initiateur… Mille fois plus vivant, mille fois plus aimé depuis ta mort que durant les jours de ton passage ici-bas, tu deviendras à tel point la pierre angulaire de l’humanité qu’arracher ton Nom de ce monde, serait l’ébranler jusqu’aux fondements… 

Tel est, malgré sa blasphématoire perfidie, le témoignage significatif de l’apostat ! Et combien d’autres, depuis, pourraient être évoqués selon ce mode !

« Homme par excellence !… La plus pure expression de l’humanité !… Homme qui fut la préfiguration d’un type humain en avance de plusieurs millénaires sur l’évolution normale de l’espèce !… Le plus sage des sages !… Le plus grand des grands initiés !… »

Autant de blasphèmes, sans doute, par intention de refuser au Christ son titre de Dieu, mais blasphèmes caractéristiques…, qui sont comme le tribut payé par l’Enfer à cette évidence d’un Jésus modèle et maître du seul humanisme qui mérite réellement ce nom !

Jésus-Christ assume la totalité de l’ordre humain

« Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tout à Moi ».

Et le fait est que, dans le sillage de cet Homme, tout l’humain fut et n’a cessé d’être assumé, comme l’expérience du passé et celle du présent le prouvent surabondamment.

Ordre humain, assumé dans le temps.

Ordre humain, assumé jusqu’aux extrémités de la terre

Ordre humain, assumé dans l’universalité de ses aspects.

1° Dans le temps

Ordre humain, assumé dans le temps.

Car le Christ « règne aux siècles des siècles », dit la Sainte Ecriture.

Et le fait est que nul, sinon Lui, ne s’est jamais présenté comme étant le centre, la raison même de l’histoire.

N’aurait-on point la foi, impossible de nier l’objectivité du trait. Autrement dit : cet Homme ne remplit pas seulement l’histoire de Son Nom ; mais, ce que le plus fou des fous n’a jamais osé faire, Il s’est montré comme Celui en fonction duquel l’histoire a été créée et continue à s’ordonner.

Son signe apparaît dès la Genèse, et Il a eu l’audace inouïe de prétendre que c’est encore Lui qui reviendrait présider visiblement à la fin des temps.

Cet homme si sage, serait-il donc, en même temps, le plus insensé des insensés ?

Car, il n’est pas un homme, pas un fondateur de religion, pas un héros mythologique, pas un faux dieu, ni le Bouddha, ni Mahomet, ni Zeus, ni Prométhée… qui ait parlé ou qu’on ait fait parler ainsi.

Même à ceux qui refusent d’admettre la vérité d’une aussi vertigineuse prétention, elle doit apparaître unique.

Oui ! Même si l’on refuse de croire à Ses paroles, il faut, au moins, convenir avec l’Evangile que jamais aucun homme n’a parlé comme Lui !

Sottise de ces chrétiens, donc, qui s’en vont dire que leur religion ne date que du règne d’Auguste ou de Tibère…, alors qu’elle fut celle du premier couple humain ! Car, soit avant la venue de cet Homme qu’on appelle le Christ, soit pendant Sa vie sur la terre, soit depuis lors jusqu’à nos jours, il a toujours existé des hommes qui n’ont attendu leur salut que de Lui. Et, en admettant qu’on refuse de croire à la légitimité d’une telle espérance, le fait n’en demeure pas moins qu’historiquement, cette espérance, folle, si l’on veut, a rempli les siècles.

Et donc saint Paul, même si l’on estime qu’il se trompe, n’a point menti, lorsque, dans un élan magnifique, il va jusqu’à répéter dix-huit fois le mot fide au début des versets du onzième chapitre de sa « Lettre aux Hébreux ».

« Fide… fide… fide… » – C’est par la foi..., c’est dans la foi et dans l’espérance en la venue de cet Homme qu’ont vécu et agi tous les Saints de l’Ancien Testament.

Autrement dit : Il est Celui vers qui a tendu l’espoir des Abel, des Noé, des Abraham, des Isaac, des Jacob, des Moïse, des Isaïe, des Daniel…, comme Il fut l’espérance des Agnès, des Félicité, des Hilaire, des Augustin, des Bernard, des Thomas d’Aquin, des Jeanne d’Arc, des Thérèse Martin, des Pie X…

Même si cet Homme avait menti en se disant « Celui qui devait venir », le fait est qu’aucun autre ne s’est présenté et qu’effectivement il n’y a que Lui qui soit venu…; au point que, las d’attendre un Messie différent, les Juifs ont dût interpréter d’une façon nouvelle les textes qui avaient soutenu l’attente de leurs pères… Eût-Il donc été un imposteur, il faut, au moins, savoir gré à cet Homme d’avoir empêché l’imposture de prophéties qui, sans Sa venue, nous apparaîtraient comme ayant été l’appareil de la plus gigantesque escroquerie dont ait été victime l’espérance humaine. Et donc, quoi qu’il en soit, légitime ou non, le fait est que cet Homme n’en règne pas moins « aux siècles des siècles ».

Et non seulement, Il règne sur l’histoire, mais l’évidence dit que, dans Son sillage, tout semble procéder de cette royauté sur le temps.

Point d’œuvre, cependant, qui ait été plus menacée, plus combattue, plus désignée pour morte… ou agonisante que la Sienne.

Jamais secte ne subit persécutions plus cruelles. Jamais doctrine ne fut plus inlassablement sapée par des hérésiarques de toutes sortes.

Pourtant, l’armée des amis de cet Homme n’a cessé de croître, Son message n’a point varié. Son bienfait est demeuré constant.

Il a moralisé, – donc humanisé, – les païens de l’antiquité.

Il a moralisé, – donc humanisé, – les barbares et, après eux, les hommes de ces siècles de fer du Haut Moyen-Age…

Il continue à moraliser en leur rendant visage ou dignité d’homme, les peuplades les plus déchues et délaissées de la planète.

Pour « s’adapter », les vrais fidèles de cet Homme n’ont jamais eu à changer rien de ce qu’il a enseigné. Et, si, parfois, dans Son Église, il a été utile de parler de « réformes », elles ne consistèrent jamais à céder au temps, – c’est-à-dire aux opinions de l’heure, – mais à revenir plus jalousement au message initial, à l’intégrité, à la pureté des principes, à la foi des premiers jours. Qu’on porte les yeux sur tous ces grands réformateurs que l’Église a placé sur ses autels et l’on constatera qu’à la façon de saint Paul, bien loin de se « conformer au siècle », ils n’ont voulu connaître et prêcher qu’une chose : cet Homme qu’on appelle le Christ.

Raison de la perpétuelle jeunesse de l’Église !

2° Dans l’espace

Et ce que l’on vient d’observer dans l’ordre du temps est tout aussi facile à désigner « inter mundanas varietas », aux quatre coins du monde.

Ni mers, ni montagnes, ni jungles épaisses, ni déserts n’ont pu arrêter les témoins de cet Homme.

Ainsi l’exige la logique du Pouvoir qu’Il a dit être sien[8].

Son Message a été porté, sicut dixit, comme Il l’a dit, jusqu’aux extrémités de la terre, dans l’intention bien arrêtée de ne laisser aucun homme dans l’ignorance de sa « bonne nouvelle ». Jamais enseignement ne s’est présenté comme ayant un caractère d’universalité aussi salutaire et, tel qu’il est, nécessaire à l’universalité du genre humain. Remède irremplaçable. Non pas la solution recommandée entre plusieurs autres possibles… Non pas solution plus adaptée au tempérament ou à la formation de certains…, mais LA solution humaine, L’UNIQUE, l’exclusive…, la seule valable pour tous et toujours.

Spectacle de la plus gigantesque entreprise de régénération humaine.

Déjà, aux jours d’Hérode, les envoyés de Jean avaient conté ce qu’ils avaient vu, depuis les boîteux qui marchent, jusqu’aux pauvres qui sont évangélisés.

Aujourd’hui, la terre est pleine des œuvres de miséricorde qui se sont fondées sous le signe de cet Homme.

Quelle religion a jamais assumé comme la Sienne la charge de l’humanité et subvenu à tous ses besoins, la nourrissant, la soignant, la réconfortant, l’instruisant, l’éduquant ?…

Et cela, non pas en « cénacles », par une action d’esthètes ne s’adressant qu’à d’autres esthètes, initiés ou privilégiés… mais, au contraire, par une action la plus largement humaine, vraiment universelle. Torrent auquel se sont abreuvés et s’abreuvent encore des peuples entiers, civilisés ou non, pauvres ou riches, nés d’hier ou tout chargés du poids de leur histoire.

Autant dire épopée de vingt siècles d’histoire dont la leçon, si nous savons l’entendre, serait : CHRISTIANISER, C’EST HUMANISER ; CHRISTIANISER, C’EST CIVILISER…, alors que, tout au contraire, déchristianiser, laïciser[9], c’est tendre à un affaissement général de la moralité publique et privée autant qu’à une prompte dépersonnalisation de l’homme.

3° Dans l’harmonieuse universalité de ses aspects : la Civilisation

Car, après avoir dit qu’Il assume tout l’humain dans le temps, tout l’humain « inter mundanas varietas », il n’est pas inutile de montrer dans le sillage de cet Homme tout l’humain assumé dans l’harmonieuse multiplicité de ses aspects : ce qui est, à proprement parler, la Civilisation.

Civilisation chrétienne qui, si l’on prend soin de dissiper quelques malentendus habituels en cet endroit[10], apparaît comme la Civilisation, tout court.

Sans doute, d’autres peuples non chrétiens surent parvenir à tels degrés, plus ou moins hauts, de perfection artistique, intellectuelle, spirituelle, morale, politique ou technique. Ainsi les Athéniens, les Romains, les Arabes, les Chinois, les Aztèques, les Incas… ainsi, de nos jours, ce que l’on appelle, – sans se faire illusion, semble-t-il, – la civilisation industrielle… Or, dès que l’on observe chacune de ces formes d’épanouissement humain, on ne peut pas ne pas être choqué par des carences graves, odieuses ou grotesques… Et carences dues à la faiblesse accidentelle des individus.

Rien de tel dès qu’on regarde du côté de ces peuples qui ont vraiment voulu faire leur la loi de cet Homme qu’on appelle le Christ. Les tares et les crimes n’y manquèrent pas, sans doute ; au moins y furent-ils désignés comme désordres et péchés. Monseigneur Pie l’a fort bien dit : « Le vice n’y découla pas de la loi, et la vertu n’y fut point l’inconséquence et l’exception ».

Ou encore, comme l’a noté Jean Guiraud :

Tout ne fut point parfait dans les siècles chrétiens. Ils eurent leurs misères matérielles et morales, parce que l’humanité porte en elle des causes de faiblesse, parce que le mal existe et que l’homme a grand peine à s’en préserver. Mais, au moins, on avait un idéal supérieur, indiscutable, infaillible ; quand on s’en écartait, on savait qu’on errait…, mais, la passion une fois éteinte et ses lamentables conséquences une fois démontrées, on revenait à Celui que l’on reconnaissait comme le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, et on Lui demandait les lumières et les forces nécessaires à la vie de l’humanité[11]… 

Les réalisations, en maints endroits, pouvaient décevoir ; les individus apparaître indignes, il reste que l’essentiel était vu, proclamé, ainsi que la hiérarchie des vrais biens. Lentement peut-être, mais réellement, la société était orientée vers la plénitude de l’ordre, le mal dénoncé, sinon guéri.

Autrement dit, les fautes étaient au plan des réalisations humaines ; elles n’étaient pas dans l’idéal et la doctrine proposés… On ne prétendait pas y honorer Dieu par des sacrifices humains ; on n’y trouvait pas légitime la polygamie ou le concubinage ; il n’y fut jamais admis que le père de famille pouvait avoir droit de vie ou de mort sur ses enfants, ou que la justice dans les relations sociales exigeait seulement d’évaluer leur prix en argent.

On n’y vit jamais cette stagnation sociale, cet avilissement de la femme, ce croupissement des masses soumises à l’Islam, cette condition lamentable des parias de l’Inde, ni cet esclavage qui sévit encore en Orient au XXème siècle.

Et pourtant certains voudraient nous présenter comme pures et nobles les religions qui ont inspiré une telle barbarie !

En quelques mots, si, faisant abstraction de ce qui, dans chacune fut uniquement la part de faiblesse humaine, on juge toutes les civilisations du seul point de vue de leur idéal, on ne peut pas ne pas dire que la civilisation chrétienne est la seule civilisation parfaite.

Et même si, quittant le plan des idéaux proposés pour celui des réalisations concrètes, on se penche encore sur la civilisation des nations chrétiennes avant leur apostasie, sa supériorité apparaît écrasante.

La comparaison de notre ère « moderne » issue de la Révolution avec la civilisation chrétienne ne serait pas à l’avantage de la première.

Paupérisme, lutte des classes, guerres d’enfer, rythme de vie affolant, amoindrissement de la vraie culture, autant de maux qui déshonorent le monde « moderne », qu’il soit « libéral » ou « totalitaire », depuis qu’il a entraîné l’apostasie des nations autrefois chrétiennes.

De telle sorte que, – soit théoriquement, soit pratiquement, – la vérité de ce paragraphe de saint Pie X s’impose[12] :

La civilisation de l’humanité est une civilisation chrétienne. Elle est d’autant plus vraie, plus durable, plus féconde en fruits précieux qu’elle est plus nettement chrétienne ; d’autant plus décadente, pour le plus grand malheur de la société, qu’elle se soustrait davantage à l’idée chrétienne…

Défense du naturel par la primauté du surnaturel

« Homo sum : humani nihil a me alienum puto » – « Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

Beaucoup mieux qu’un héros de Térence, ce beau vers ne mérite-t-il point d’être appliqué à cet Homme qu’on appelle le Christ ?

Dans son sillage, en effet, rien de ce qui est humain n’a été méconnu, sous-estimé, indûment écarté.

L’indispensable intransigeance doctrinale et le soin jaloux d’une exclusive vérité n’ont jamais dépassé les bornes de leur juste domaine pour déborder en un sectarisme aussi illégitime qu’odieux.

Tout a été sauvé de ce qui pouvait l’être. Si, en tant que telles, les idoles ont été descellées, nous pouvons toujours, par exemple, en admirer les chefs-d’œuvre humains au Musée du Vatican. Ce trait a la valeur d’un symbole.

Tout a été sauvé de ce qui méritait de l’être, dans des civilisations étrangères ou hostiles, voire dans des systèmes qui, tel l’aristotélisme, parurent menacer l’intégrité de la foi.

Ni sectarisme, ni syncrétisme ; mais harmonieuse ordonnance de tout le réel, de tout le vrai. Aucune systèmatisation gratuite, pour séduisante qu’elle ait pû paraître ; mais l’ordre même des choses.

Rien qui obnubile ou fascine plus que de raison.

L’absolu est où il le faut et seulement là.

Tout le reste est relatif…

Primauté, sans doute, du surnaturel ; mais défense, aussi, de l’ordre naturel, qui n’est même plus guère défendu que là, tant nos contemporains ignorent jusqu’au sens d’une telle formule.

La théologie, hautement professée, est dite reine des sciences ; mais on y poursuit aussi comme une offense à Dieu tout péché contre la raison[13], au point qu’il n’est guère plus, aujourd’hui, que dans l’Église de cet Homme où l’on continue à croire à l’objectivité de la connaissance intellectuelle.

On y a soin des âmes, certes par-dessus tout, mais aussi de l’ordre temporel de la société !

On y est sans illusion, comme sans pessimisme débilitant.  On y a, pour stigmatiser le mal, des formules terribles et des menaces épouvantables, et, pourtant l’on y croit à la vertu du bien et à la force victorieuse de l’amour sur la haine. Le désespoir, la délectation morose y sont considérés comme des péchés.

Ni personnalisme, si socialisme. Ni individualisme, ni collectivisme. Ni étatisme, ni anarchie. Mais l’Etat à sa place, comme à leur place aussi les justes libertés de la personne.

On a dit que, pour le communisme, seul compte l’homo faber ; dans le sillage de cet Homme qu’on appelle le Christ rien n’est, au contraire, négligé de l’humain.

Depuis vingt siècles, on y apprend la connaissance des biens de l’âme et de l’esprit, mais aussi celle des biens du corps, voire celle du bien des animaux et du bien de la terre.

Quelles disciplines ou quels arts n’y furent point pratiqués ?

Quelles sciences n’y furent point professées, au moins dans leurs principes ? Et de quoi peut s’enorgueillir notre monde apostat, sinon du développement, trop souvent inhumain, de notions héritées des siècles chrétiens ?

Chef-d’œuvre d’une unité rebelle à toute uniformité.

Par Sa célèbre « distinction des deux pouvoirs », en effet, cet Homme seul a rendu possible de concevoir et promouvoir l’unité réelle du genre humain sans qu’on ait à le soumettre, pour autant, à l’effort, toujours sanglant et voué à l’échec, d’une planification contre nature.

Ainsi, grâce à Lui et depuis Lui, l’amour de la patrie est authentiquement un devoir comme l’amour de l’humanité tout entière.

Car cette humanité elle-même n’est vraiment une et vraiment cohérente que par rapport à Lui. Loin de Lui, pour vif que soit l’éclat de certains éléments, le genre humain n’est plus qu’un ensemble de groupes disparates ou rivaux, qui s’ignorent ou s’entretuent.

Loin de cet Homme, l’humanité n’est vraiment plus qu’une foule dont on ne peut qu’avoir pitié comme d’un troupeau sans pasteur[14], mosaïque disjointe de peuples jaloux sans autre but que la satisfaction d’ambitions ou besoins temporels plus ou moins justes, sans réelle homogénéité morale.

Jésus-Christ, maître de la vie et de la mort…

Et, des sommets vertigineux de la vie mystique la plus ineffable jusqu’à l’ampleur mondiale d’un culte populaire, quelles innombrables harmonies humaines d’un catholicisme vraiment universel !

Que, pour finir, trois indices au moins nous arrêtent. Indices privilégiés, s’il en est ! Indice de la vie, indice de la mort, indice de la douleur et de la joie.

Ici, point de supercherie possible ; voici les tests souverains. Or, ce sont là, précisément, ceux qui, plus et mieux que tous autres, prouvent la souveraineté de cet Homme, en nous le désignant comme le maître de la vie humaine, le maître de la mort, de la douleur et de la joie.

Maître de la vie

« Ego veni ut vitam habeant, et abundantius habeant »

« Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance[15] ».

Peut-être ! dira-t-on. Mais ce ne sont là que des mots, et il n’est point si difficile de parler de la vie.

Aussi bien, gardons-nous d’en rester aux paroles et voyons la réalité de plus près.

Trop d’humains, écrivait dans Le Figaro, André Siegfried ! Nous sommes accoutumés, sur la foi d’anciennes et respectables traditions, à considérer la fécondité comme une vertu. C’est une notion qu’il faut aujourd’hui réviser. Etant donné les idées généralement reçues à cet égard, un certain courage moral est nécessaire pour regarder le problème en face… L’Asie s’incline devant cette rude loi de la nature (?) qui limite elle-même (?) par la mort (!) la vie qu’elle a créée sans mesure : à peine y voit-elle un scandale[16].

Voilà le ton et ce qu’il est commun de lire dans une presse qui semble préparer, aujourd’hui, l’officielle ouverture de nos portes à l’avortement et au néo-malthusianisme !

Voilà notre humanisme : humanisme où la mort semble prise comme règle de vie, humanisme où le meurtre suscite moins de réprobation que la progression normale des naissances !

Millions de vies fauchées au cours de guerres de plus en plus atroces ! Millions de vies anéanties dès le sein de la mère ! Néo-malthusianisme de plus en plus organisé !

Ainsi n’est-il plus que dans le sillage de cet Homme, qui a osé se dire la Vie, que la vie humaine soit effectivement sacrée, dans son principe comme dans son cours ! Seule, en effet, Son Église, Sa véritable Église, ose continuer à se montrer irréductible au chapitre du « tu ne tueras point ». Des évêques schismatiques ont pu fléchir sous la pression d’une opinion diaboliquement abusée. La voix du Vicaire de cet Homme n’en a été que plus ferme pour répéter le tutélaire « non licet ».

Ainsi, aujourd’hui encore, l’événement confirme-t-il Sa parole. Il est venu pour défendre la vie dans son abondance, et le fait est que, loin de Lui, l’homme s’acharne à la détruire ou l’endiguer.

Pendant des siècles, au contraire, la mort recula devant l’empire de cet Homme, la guerre elle-même s’humanisa, partiellement vaincue par l’obligation des fêtes catholiques et des « trêves de Dieu ».

Mais que la Révolution parvienne à écarter le Nom de cet Homme de toute vie sociale et, d’emblée, ce sont les « guerres d’enfer ».

Maître de la mort

Jésus, donc, maître de la vie, mais aussi de la mort.

Car la mort, à son tour, n’est « humaine » que dans le faisceau de Sa lumière : ni sotte indifférence, ni désespoir, ni affectation de sentiments qui, – pour pieux qu’on les dise, – seraient trop contraires aux lois de notre cœur de chair, ni l’odieuse raideur stoïcienne, ni cette terreur et ce refus d’y assister, si fréquents aujourd’hui.

Il suffit, pour s’en convaincre, de voir ce qu’est la mort et comment on se comporte à son approche ou après sa venue dans les milieux où cet Homme n’est plus connu et aimé.

Misère affreuse de ces « mouroirs » laïques que sont tant d’hôpitaux aujourd’hui. Misère de la mort dans ces familles « sans espérance » et où les vivants terrifiés, après avoir trompé jusqu’à la fin le pauvre moribond, le regardent « passer », hagards à l’autre bout de la pièce, et n’osent même plus s’approcher pour lui fermer les yeux. Misère de ces funérailles, type U.S.A., où le mort, immédiatement enlevé à sa famille, n’est représenté, pomponné et souriant, dans quelque « salon funéraire, funeral home, funeral parlor », que pour disparaître sous les fleurs, à moindres frais d’émotion pour les vivants. Misère de ce plus grand nombre qui est, aujourd’hui, comme sans contenance devant la mort, qui refuse qu’on en parle, qui veut ignorer sa venue, qui ne sait plus voir mourir et aider mourir.

Face à ce pitoyable spectacle, qu’elle est humaine, douloureuse certes, mais sereine et belle, la mort des fidèles de cet Homme, et combien noble et juste est l’attitude des vrais chrétiens devant elle !

Maître de la douleur et de la joie

Maître de la vie et de la mort !

Peut-on concevoir une plus grande gloire humaine ? Pourtant, le titre de Maitre de la douleur et de la joie nous paraît plus grand encore.

Nous voici aux confins de l’ineffable, à l’ultime degré, sans doute, du mystère humain.

Quel est le sens de la douleur ? Et où trouver la source de la joie ? Que peut-il y avoir de commun entre l’une et l’autre ? Et comment la joie ne serait-elle pas un leurre, ici-bas, si, comme tout le crie, l’homme y est, dès sa naissance, voué à la douleur ?

Enigmes qui ont vu blanchir devant elles des générations de moralistes et de penseurs sans que ni les uns ni les autres soient parvenus à découvrir une formule d’harmonieuse alliance de la joie et de la douleur, de la joie dans la douleur. Certes ! Quelques sages surent parvenir à une noble et sereine attitude en face de cette dernière. Mais que leur nombre fut petit ! Et peut-on, d’ailleurs, appeler joie une simple maîtrise de soi devant l’épreuve ? Quant à ces sytèmes qui tendent surtout à l’insensibilité de quelque « nirvâna » plus ou moins bouddhiste, n’est-il pas évident qu’ils tendent à escamoter le problème, par la suppression même de la douleur et de la joie, beaucoup plus qu’à le résoudre vraiment ?

Or, sur cette cime inviolée du mystère de l’homme, que les plus grands génies, bien souvent, n’entrevirent même pas, c’est là que cet Homme qu’on appelle le Christ a voulu établir son trône, sinon l’« escabeau de ses pieds ».

Homme de douleur au point que son image la plus répandue nous le montre crucifié. Et non seulement Homme de douleur Lui-même, mais Homme proposant à Ses disciples de porter leur croix à sa Suite, cet Homme est aussi celui qui, au moment de marcher à la souffrance et à la mort, osa dire à Ses apôtres : « Je vous ai dit cela… afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite »[17].

Parole qui ne pourrait être que celle d’un fou si, depuis vingt siècles, le spectacle ne nous était donné d’une foule immense d’hommes et de femmes, de vieillards et d’enfants… de toutes conditions, de toutes races, de toutes langues, témoignant, par l’exemple de toute leur vie, que l’ahurissante promesse de cet Homme n’a cessé et ne cesse pas d’être tenue.

Au seul plan de la doctrine, il serait facile de prouver qu’il n’est que dans Son sillage qu’on a su donner raison et sens à ce gigantesque fait de la douleur. A lui seul, l’ouvrage de Blanc de Saint-Bonnet, publié sous ce titre[18], suffirait à rappeler magnifiquement l’essentiel de l’enseignement catholique sur ce point. Plus significatifs, peut-être, seraient quelques passages d’Anatole France, expliquant le succès prodigieux du christianisme par cette unique raison qu’il a su apporter une réponse cohérente au problème de la douleur.

Tout cela pourrait être dénoncé, cependant, comme n’ayant qu’une valeur théorique. Or, en pareille matière, les plus beaux discours ne sont jamais probants. Plus qu’ailleurs, la doctrine n’y saurait tenir contre les faits. Soumettons-la donc à leur épreuve. Bien loin de nous contraindre à quelque repli dogmatique, nous constaterons, au contraire, que, pour une fois, la réalité dépasse, – et de fort loin, – ce que l’esprit avait pu concevoir.

Douleur et joie ! Il n’est vraiment que dans le sillage de cet Homme que ces deux termes, loin d’apparaître antinomiques, parviennent à s’unir.

La douleur, voire l’amour de la douleur et le désir de la souffrance, alliés à une joie telle qu’aucune autre ne lui est comparable, voilà le miracle que réalise depuis vingt siècles la charité de cet Homme qu’on appelle le Christ ! Autrement dit, de ces deux choses extrêmes et apparemment inconciliables, le fait de la douleur et le désir de la joie, cet Homme fait comme une gerbe unique. Quel exemple pourrait mieux dire Son pouvoir, puisque, commandant au midi comme au septentrion, Il parvient à unir ce qui paraissait irréductiblement opposé aux deux extrémités de notre univers psychologique ?

Cime suprême de l’ordre humain, et que le R.P. Romagnan[19] se plaît à désigner, au terme d’admirables retraites en évoquant, d’une part ceux qui furent des « comblés » selon le monde et, d’autre part, le témoignage des saints.

Ainsi sont évoquées les paroles de Goethe, disant à Eckermann, vers la fin d’une vie glorieuse s’il en fut : « Beaucoup m’envient. Et je n’ai aucun désir de me plaindre du passé. J’ai réussi. J’ai profité de la vie. Pourtant je ne crois pas avoir eu une semaine de vraie joie ! »

Evoqués aussi les larmes et les regrets de Musset, autre poète célèbre et choyé de la gloire, dès son vivant !

Evoqué le passage du « Journal d’un poète », où Vigny a noté : « Ecrire, prétend-on, donne de la joie. J’ai écrit. J’ai amusé les deux mondes avec mes pièces de théâtre… Où est la joie ? »

Evoquées, encore, les lignes de Bismarck, confiant à sa sœur qu’il n’avait certainement pas eu plus d’une journée de vraie joie dans sa longue et glorieuse carrière, même en se souvenant du jour où il avait tué son premier lièvre et de celui où Johanna, sa femme, avait dit « oui ».

Evoquées ces lignes de Jean-Jacques Brousson[20] sur Anatole France, l’homme le plus traduit, le plus comblé d’honneurs peut-être de son temps :

Dans tout l’univers, la créature la plus malheureuse, c’est l’homme ! On dit : « L’homme est le roi de la creation ». L’homme est le roi de la douleur, mon ami…

– Mais, mon cher Maître, vous êtes parmi les enviés de ce monde. On envie votre génie, votre santé, votre juvénilité…

– Assez ! Assez ! Ah ! si vous pouviez lire dans mon âme, vous seriez effrayé !…

Il me prend les mains dans les siennes, tremblantes et fiévreuses. Il me regarde dans les yeux. Les siens sont pleins de larmes. Sa face est toute ravagée. Il soupire : Il n’y a pas, dans tout l’univers, une créature aussi malheureuse que moi. On me croit heureux. Je ne l’ai jamais été… une heure… un jour… 

Vigny devait, au moins, trouver la joie quelques mois avant sa mort, mais en retrouvant l’amour de cet Homme qu’on appelle le Christ. Histoire de presque tous les convertis.

Et, au premier tableau des « heureux selon le monde », le Père Romagnan d’opposer l’autre partie du diptyque, celle des saints.

Saint Paul, d’abord, énumérant ses malheurs aux Corinthiens[21], ayant plus souffert que quiconque…, plus de prisons, plus de coups reçus sans mesure…, maintes fois en danger de mort…, ayant reçu, des Juifs, cinq fois quarante coups de fouet moins un. Trois fois battu de verges, une fois lapidé, perdu au sein des flots un jour et une nuit… Fréquemment en voyage et en péril sur les fleuves… Périls de la part des brigands, périls de la part de ses compatriotes, périls de la part des Gentils…, périls dans les villes, périls dans les déserts…, périls en mer…, périls de la part des faux frères…, et la faim et la soif, le froid et la nudité, sans oublier le souci de toutes les églises… Et pourtant, du fond de l’âme de ce même saint Paul, un cri jaillit : « Je surabonde de joie au milieu de mes tribulations ! »

Et, derrière l’Apôtre, pourraient être évoqués des milliers et des milliers de chrétiens. Martyrs allant à la mort, l’action de grâce sur les lèvres : un saint Laurent rôtissant sur son gril et trouvant la force d’y lancer plaisamment à son bourreau : « Je dois être assez cuit de ce côté…; tu peux me retourner ».

Et sainte Félicité… et sainte Perpétue… Chacune vingt ans…, leur premier enfant au sein, allant si sereinement à la mort que les païens de Carthage en criaient d’enthousiasme.

Et saint Augustin, qui n’avait point été, pourtant, sans goûter aux joies de ce monde, mais qui s’écriait, après sa conversion :

Ô Beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, je t’ai connue trop tard ! Notre coeur est fait pour Toi, Seigneur, et il demeure inquiet tant qu’il ne se repose en toi !

Et, tout au long de notre histoire, ce chant d’action de grâces s’est perpétué. Saints qui abandonnèrent tout, dont les croix nous terrifient et qui, pourtant, trouvèrent la joie.

Saint Bernard, amenant cinq de ses frères et vingt-cinq gentilshommes à Citeaux, et disant à son cadet, Nivard, âgé de huit ans : « Nous te laissons de soin de perpétuer la race… A toi le château, etc. »

Mais l’enfant de riposter en signifiant qu’il n’entendait pas laisser les grands, choisir les joies du ciel et ne garder, lui, que les biens de la terre, et qu’à son tour, donc, il les rejoindrait, l’âge venu.

Et saint Dominique… Et saint François d’Assise qui crut, dans les débuts, que la joie pouvait être de donner aubade aux belles filles.

Et saint Ignace… Dans le « Récit du pélerin », il dit qu’il rêvait de la première femme d’Espagne. Il trouva mieux, lui aussi ! A saint François-Xavier, qui lui résista deux ans, il disait souvent : « François, tu mises sur le monde… Tu seras trompé ».

Et le fait est qu’après sa conversion…, quand il sera aux Indes, en butte à mille périls et l’objet de haine des radjahs, qui lui en voulaient de révéler à leurs esclaves la grandeur de l’homme, saint François écrira à saint Ignace : « Je connais, aux Indes, un homme qui a tellement de joie qu’il est obligé de dire au Seigneur : Assez ! Ne m’en donnez plus tant. Je ne puis pas la supporter ».

Et le saint Curé d’Ars, répondant à la paysanne qui lui disait combien, après tant de pénitences douloureuses, il serait « attrapé s’il n’y avait rien après »…: « Madame, j’ai des joies telles qu’elles m’ont déjà largement payé de tout ».

« Cet homme qu’on appelle le Christ »

Tel est le pouvoir de cet Homme qu’on appelle le Christ, qui fait surabonder la joie au sein de la douleur et au milieu des larmes.

Chef-d’œuvre et comme tour de force de l’humain.

Dès lors, comment s’étonner de la parole de ses ennemis l’accusant d’être un « séducteur » ?

« Mon Jésus n’est pas aimé, parce que mon Jésus n’est pas connu », disait à sa manière Thérèse d’Avila, tant elle était assurée, elle aussi, de cet invincible pouvoir de séduction.

Et le fait est qu’il n’a cessé de croître.

Il y a deux mille ans, on imagine fort bien les prétendus sages de l’époque parlant à son endroit de toquade ou de mode et annonçant avec aplomb qu’il en serait de cette secte comme de bien d’autres : un simple souvenir après une frénésie momentanée.

Or, voici qu’aujourd’hui encore s’ouvre une ère de persécutions auprès de laquelle celles des Néron et des Dioclétien semblent de simples ébauches. Et, comme aux jours de Pierre et de Paul, des Blandine et des Maurice, le monde se retrouve face à un amour de cet Homme aussi vivace, aussi héroïque qu’aux premiers jours de notre ère.

Spectacle d’une foule immense sacrifiant tout pour Lui, victime de tourments mille fois plus perfides que ceux du paganisme antique.

Mystère de la séduction de cet Homme.

Jésus des Augustin et des Thomas, comme des Bernadette et des Germaine ; Jésus des François et des Thérèse, comme des croisés et des zouaves pontificaux ; Jésus des saint Louis et des « saint » Charlemagne, comme des plus humbles réfugiés du Nord-Vietnam ; Jésus du « roi lépreux », comme de sainte Maria Goretti.

Quelle séduction plus universelle concevoir ?

Car, ainsi que Malègue l’a écrit en quelques lignes admirables :

Tous les mécanismes du monde, rien n’est plus facile que d’en croire Dieu absent. Ils ont cependant été supportés par Lui, en fait, à une certaine heure du temps humain, historiquement, devant des yeux de gens qui ont vu, sous des poings qui ont frappé et des bouches qui ont craché. Dieu s’est infligé, dans leurs inadaptations et leurs injustices, tous les déterminismes de la terre, la passion, la souffrance, la mort, avant de nous les imposer…

Il a pris le corps humain, la physiologie humaine, l’économie de la pauvreté, les modes de vie des basses classes, l’ânesse pour luxe et la poussière des voyages à pied ; le type social semi-nomade : pêcheurs et bergers, les plats de poisson et les pains d’orge, le parasitisme de l’apostolat…

On le coudoyait sans le connaître : Qui c’est ? C’est chose…, chose, le fils de l’artisan à domicile. Vous savez bien, le « type » qui prêche entre les barques et les jardins. Il fait encore son bout d’effet sur les étrangers, mais, nous, on le connaît…

Il a pris les catégories sociales de son temps et de son pays, les obligations rituelles, les codes pénaux, la forme des peines capitales, les images et récits d’un Israélite de Palestine, l’exposition de ses idées et de ses actes par des procédés d’innocents.

Il a bronché, il est tombé, comme un autre. La pesanteur joue sur Lui. Pour Lui aussi, les pierres sont dures et les madriers lourds. Il a sué en travaillant. Il a sué du sang d’homme à Gethsémani, émis des excudats humains sous le coup de lance du Calvaire. Le microscope ne s’y tromperait pas. Il a souffert avec des nerfs d’homme tous les détails d’une mort d’homme, la soif des hémorragies, l’immobilité terrible de la croix. Ses pouvoirs ont jeté leur dernier soupir, comme pour tous les morts.

Il a souffert avec son âme d’homme l’amertume des oeuvres humainement brisées, l’accablement des grandes défaites, les rires des gens, les branlements de tête, ce ridicule sur ses dernières heures, tout ce qu’il goûtait déjà dans la lie du calice, à un jet de pierre des dormeurs. Sa mère lui pleurait sur les pieds.

Il a subi les délaissements de son Père, l’apparent abandon de Dieu, la sécheresse et le désert des dérélictions absolues : cette croix sur la Croix, cette mort dans la mort…

Il s’est fait passible, mortel, très lentement connu.

Jamais je ne contemplerai assez l’abîme de la Sainte Humanité de mon Dieu. [22]

Et, dès lors, qu’avons-nous à faire d’une recherche humaine qui ne Le prendrait pour principe et pour centre ?

Si le pauvre humanisme des penseurs de la Révolution a si fortement animé les troupes de cette dernière, combien plus vif devrait être notre enthousiasme !

En Lui est l’espérance… même naturelle.

En Lui réside la plénitude de l’humain, plénitude de la science et plénitude de l’amour.

Et, même si la foi ne nous enseignait pas le divin pouvoir de cet Homme sur le genre humain, la raison suffirait à indiquer que Lui seul mérite d’être son Seigneur et son Roi.

Il est, à Lui seul, le seul Humanisme.

« Ecce Homo ! »

[1] Mensonge du naturalisme dont nous avons longuement parlé. Cf. Partie II, chap. 1 du présent ouvrage.

[2] Drame de l’humanisme athée, a-t-on dit ; mais à condition de voir combien ce drame de l’athéisme est celui de la Révolution.

Drame d’un humanisme révolutionnaire qui n’a su parvenir à l’unité ni théoriquement ni, à plus forte raison, pratiquement.

Au stade de l’individualisme de Rousseau débouchant aussi bien dans l’anarchie que dans la tyrannie, l’ordre humain atomisé par l’abstraction, se trouve ramené aux simples dimensions d’un contrat ! A ce degré même, la férocité d’une dialectique centralisatrice ne parvient pas à créer l’harmonie. L’individu seul, présenté comme sujet de tous les droits, est livré à l’Etat. Le « moi » exalté, voire poussé à la révolte, d’une indépendance insensée, est écrasé aussitôt par l’isolement d’un anonymat effroyable, dans une « masse » inorganique.

Ce qu’on appelle humanité n’est plus qu’un froid concept, une abstraction, sans grains, ni volume, ni rapports, ni degrés. Pur total d’une addition universelle.

Et le système s’appliquera aux peuples.

On a eu, – et il était normal qu’on ait eu, – ce que le XIXème siècle a appelé le « principe des nationalités », chacune, – autrement dit, – n’étant exaltée que pour se voir opposer à d’autres, sans que le moindre signe soit admis d’une éventuelle supériorité morale ou culturelle objectivement fondée !

On a eu, – et il était normal qu’on ait eu aussi, – par réaction contre ce nivellement planétaire du sauvage et du civilisé, l’orgueilleuse crispation d’un peuple se campant follement au-dessus de tous autres et prétendant réduire l’expression même de l’humain à ce qu’il est lui-même, à sa propre culture, au prestige de sa propre force.

Ivresse de la volonté de puissance germanique, qu’on l’ait appelée « prussienne », en 70, ou « nazie », en 40.

Fichte précédant Hitler !

Sans oublier Karl Marx.

Pour lui et sa nombreuse descendance, l’humain sera réduit à la conscience des forces au travail dans l’histoire et, comme tel, incarné dans cette force dominante qu’est la classe révolutionnaire du moment. Pratiquement, – car cette classe, comme telle, n’est point organisée, – l’expression suprême de l’humain sera dans l’appareil qui la manœuvrera, dans un parti qui, à ce titre, méritera d’être appelé « le parti », celui qui dirige et contrôle les forces de révolution, celui en qui réside le sens aigu des conflits réels ou possibles, avec tout ce qu’il faut d’intelligence et d’hommes pour mener ces combats. Tout ce qui refusera de s’ordonner selon cette perspective sera bon pour la « liquidation physique ».

[3] Combien disent, en effet, qu’avant de parler de Dieu, de civilisation chrétienne, il faut assurer aux hommes le bien-être matériel. Il n’est pas rare même d’entendre proclamer que telle fut la méthode de notre Seigneur dans l’Evangile. C’est pourtant le contraire qu’on y lit : « Jésus, en descendant, vit cette grande foule et en eut pitié parce qu’ils étaient là comme des brebis sans pasteur, et IL COMMENÇA par leur enseigner beaucoup de choses du royaume de Dieu… » (saint Marc VI, 34 – saint Luc IX, 11).

Et, comme il était déjà tard, ses disciples vinrent, lui disant : « Ce lieu est désert et la nuit approche ; renvoyez-les, afin qu’ils aillent dans les fermes et les villages des environs pour s’acheter de quoi manger » (saint Marc VI, 35-36). Mais Jésus préféra les nourrir miraculeusement. Ce fut la première multiplication des pains.

Une seconde fois, les choses ne se passèrent pas autrement : « Comme il y avait encore une grande foule qui n’avait pas de quoi manger, Jésus appela ses disciples et leur dit : « J’ai compassion de cette foule, car voilà trois jours déjà qu’ils ne me quittent pas (avides de m’entendre) et ils n’ont pas de quoi manger ». (saint Marc VIII, 1-2).

La grande compassion de Jésus avait donc, tout d’abord, pour objet les besoins de l’âme, et c’est à ceux-là qu’il pourvoit aussitôt et de lui-même. Si nous continuons à lire le passage de l’Evangile, nous voyons la leçon se préciser encore et nous montrer davantage que les bienfaits temporels octroyés par notre Seigneur n’avaient pas pour vertu efficace de préparer infailliblement à la foi le cœur du peuple qui en était témoin et qui en profitait.

« Tout ce peuple, est-il dit encore, après avoir vu le miracle que Jésus avait fait, disait : « Celui-ci est vraiment le prophète qui doit venir dans le monde ». Mais Jésus, sachant qu’ils allaient venir pour l’enlever et le faire roi, se retira sur la montagne… »

Le lendemain, après avoir traversé le lac, Jésus dit à la foule qui l’avait rejoint :

« En vérité, je vous le dis, vous me cherchez non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et que vous avez été rassasiés. Travaillez non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui demeure pour la vie éternelle et que le Fils de l’Homme vous donnera. Car Dieu le Père a mis en lui son signe ».

Cf. Mgr Delassus, Le problème de l’heure présente, t. II, p. 124.

[4] Cf. notamment, l’hégélianisme, le marxisme, l’existentialisme… (cf. notre ouvrage : Le Marxisme).

[5] Évangile selon saint Jean, XXI, 25.

[6] Bossuet, Lettres à une demoiselle de Metz sur l’amour de Dieu, 4ème lettre, XXVIII.

[7] Évangile selon saint Jean, XII, 32.

[8] « Son Empire, écrivait Pie XI (Quas Primas), ne s’étend pas exclusivement aux nations catholiques, ni seulement aux chrétiens baptisés qui appartiennent juridiquement à l’Église, même s’ils sont égarés loin d’Elle par des opinions erronées ou séparées de sa communion par le schisme ; il embrasse également et sans exception tous les hommes, même étrangers à la foi chrétienne, de sorte que l’empire du Christ Jésus, c’est, en stricte vérité, l’universalité du genre humain ».

[9] Note de cette édition : on dirait aujourd’hui aussi « séculariser ». Lire : Collectif Jean Ousset, L’impasse de la sécularisation, édité par Ichtus en 2016.

[10] Peut-on dire, en effet, qu’il y ait une civilisation chrétienne ?

« L’Église, au contraire, ne bénit-elle pas toutes les civilisations ? Avant de répondre à cette question, écrit fort justement S. Ex. Mgr Rupp, il faut préciser le sens du mot employé. Si l’on entend par civilisation les composantes accidentelles de la vie sociale : langues, usages, régime politique, données esthétiques, etc., il est évident que le catholicisme ne peut se lier à aucun de ces éléments ni les rejeter a priori. Mais si, par ce mot, on caractérise l’ensemble des principes qui régissent la vie des collectivités et y créent un climat favorable ou hostile au christianisme, la foi ne peut s’accommoder de toutes les « civilisations ». Autrement dit, l’Église ne préfère pas les valeurs latines aux grecques, ni les anglo-saxonnes, les germaniques, les slaves, les arméniennes, aux arabes ou aux mongoles. Mais, à condition que les unes et les autres ne refusent pas leur insertion dans le trésor chrétien ou, tout au moins, dans le patrimoine du droit naturel ». (La France Catholique du 17 février 1956).

Ce qu’on appelle parfois la civilisation chrétienne n’est donc pas autre chose que l’harmonieux ensemble de ces conditions fondamentales indispensables au plus grand épanouissement de la foi chez le plus grand nombre. Cet ensemble constitue l’essence de la vraie et seule Civilisation (avec un grand C). Les composantes accidentelles qui constituent en propre les civilisations particulières, dans la mesure où elles ne contredisent pas l’ « essence », mais l’actualisent de telle ou telle façon, peuvent être bénies par l’Église, mais sans qu’on puisse croire que l’Église entend se lier par là à ces formes contingentes et temporaires de civilisations (au pluriel et avec un petit c).

Dans une lettre que Sa Sainteté Pie XI faisait adresser à M. Duthoit, le 10 juillet 1936, à l’occasion de la XXVIIIème « Semaine Sociale », il était dit, notamment :

La civilisation est « une question qui intéresse… au plus haut degré l’humanité tout entière et son acheminement dans les voies du progrès et du salut. Lorsqu’on parle de civilisation, il faut surtout considérer que ce terme ne signifie pas seulement un ensemble de biens et d’éléments matériels et temporels, mais aussi et très spécialement, une somme de valeurs intellectuelles, morales, juridiques, spirituelles. Il n’est pas douteux que la primauté revient à ce dernier groupe de facteurs dont le total mérite de préférence le titre le plus noble de culture qui serait comme l’âme de la civilisation… Toute civilisation plonge… dans un problème d’ordre spirituel, selon la conception que les hommes se font de la vie, de leur origine et de leur destinée… Les diverses civilisations offrent trop souvent un bien douloureux spectacle d’antagonisme et de haine, de lutte et de rivalité… Or, le christianisme se présente, ici comme ailleurs, en libérateur, en sauveur. Il réalise, en effet, l’homme nouveau, moralement perfectionné comme individu et comme membre de la société, habitué à considérer les biens d’ici-bas, surtout la vie présente, comme le moyen de s’élever à une vie supérieure et éternelle. Ainsi, il travaille à accomplir, sur le plan spirituel, une œuvre de compréhension bienfaisante et pacifique, et, en s’adressant, avec ses notes d’universalité et d’unité, à ce qu’il y a de constant et d’identique chez tous les hommes, il les rapproche par le fait même et resserre leurs liens d’amitié ou, mieux, de parenté, au sein de la grande et unique famille des enfants de Dieu et des frères de notre Seigneur Jésus-Christ. La nature humaine, douée d’intelligence et de volonté, provenant d’une seule souche originelle, issue d’un même principe et destinée au même bien suprême, qui est Dieu, se doit de retrouver en son fond, à tous les stades de son progrès matériel et spirituel, les mêmes nécessités vitales auxquelles seul le christianisme peut répondre exhaustivement. Elargissant, en outre, à l’humanité tout entière, sans distinction, les infinis trésors de l’ordre surnaturel dont notre Seigneur a constitué l’Église dépositaire et distributrice, le christianisme fait sien le programme de l’apôtre : « Omnia et in omnibus Christus » (Col., III, 2.) C’est par là qu’il informera toutes les civilisations en leur donnant une âme commune.

(La Paix intérieure des Nations, Desclée et Cie, p. 370 à 371).

[11] L’unique nécessaire (La Croix du 31 mars 1933).

[12] Saint Pie X, Il fermo proposito.

[13] « De ce point de vue l’Église a condamné comme scandaleuse et téméraire l’opinion de ceux qui soutenaient qu’il peut y avoir un péché purement philosophique, qui serait une faute contre la droite raison, sans être une offense à Dieu ». (Dezinger : 1290) Cf. Verbe n° 3.

[14] Saint Marc, VI, 34 : « …vidit turbam multam Jesus, et misertus est super eos, quia erant sicut oves non habentes pastorem ».

[15] Saint Jean, X, 10.

[16] André Siegfried de l’Académie Française, Le Figaro.

[17] Saint Jean, XV, 11.

[18] Blanc de Saint-Bonnet, La douleur (Bonne Presse, Paris).

[19] …des Coopérateurs Paroissiaux du Christ-Roi (Chabeuil – Drôme).

[20] Anatole France en pantoufles, par son secrétaire, Jean-Jacques Brousson, p. 61.

[21] IIe Cor. XI.

[22] Malègue, Augustin, ou Le maître est là.

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