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En béatifiant le pape Jean-Paul II, le 1er mai 2011, l’Eglise catholique propose à ses fidèles un exemple de vie éminemment chrétienne. Beaucoup de choses ont été dites et écrites à propos du rôle déterminant joué par le Pape Jean-Paul II sur la transformation du monde et la fin du rideau de fer. Comment cela a-t-il été possible ? Indiscutablement l’attitude de Jean-Paul II, son message, sa manière de faire et de dire méritent d’être étudiés pour en tirer les leçons. Quel exemple pour l’action politique Jean-Paul II nous donne-t-il pour aujourd’hui ?

La première visite de Jean-Paul II à la Pologne a lieu au début de juin 1979. A cette époque, la « soviétisation » de la Pologne est inentamée. Les chars soviétiques restent très proches et l’on se souvient comment 200.000 hommes et 5.000 chars avaient mis fin au « Printemps de Prague » en 1968. On n’a pas oublié non plus qu’en 1956, les chars russes avaient laissé 200.000 morts sur les pavés de Budapest sans qu’aucune puissance Européenne n’ose intervenir malgré les appels d’Imre Nagy, malgré l’intervention de Pie XII.

Un tournant irréversible

JP II ATel était le climat de crainte dans toute l’Europe lors de cette première visite de Jean-Paul II. Pourtant, à partir de ce moment-là, il semble que quelque chose change.

En juillet et août 1980, débute à Gdansk le mouvement ouvrier qui allait susciter une nouvelle affirmation du catholicisme en Pologne et donner naissance au syndicat Solidarnosc.

Bien sûr, la pression soviétique se fait aussitôt sentir ; Moscou impose Jaruzelski qui décrète « l’état de guerre » et les « troupes du Pacte de Varsovie » font mouvement vers la Pologne ; va-t-on assister à un renouvellement des massacres de 1956 et de 1968 ?

Pendant cinq années, la pression soviétique ne se relâchera pas ; Solidarnosc est dissout par le gouvernement, Lech Walesa et les principaux leaders du mouvement sont en prison, des « résistants » comme le Père Popielusco sont assassinés ; plusieurs fois, les troupes soviétiques s’approchent de Varsovie…

Pourtant, l’intervention soviétique s’est arrêtée là. Il semble que les choses aient changé ; après chacune de ses menaces, Moscou n’ose pas aller plus loin et son arrogance totalitaire, qui se déployait sans vergogne depuis quarante ans, ne rencontre plus autant de passivité dans le « monde libre ». L’opinion n’ose plus justifier les menaces du « Grand frère ». Au point qu’à partir de 1988, le syndicat Solidarnosc fait céder Jaruzelski, élimine totalement la pression soviétique et entraîne bientôt tous les autres pays de l’Est européen.

Que s’était-il passé ? Comment l’arrogance soviétique s’est-elle transformée en « glasnost » ?

On peut invoquer beaucoup de facteurs qui ont pesé dans ce sens et, bien sûr, il faut attribuer l’évolution à une convergence de causes. Nous en retiendrons une, parce qu’elle est à notre portée et peut nous servir tous les jours dans notre propre démarche. Il s’agit de la méthode à laquelle a eu recours Jean-Paul II dans ses discours publics devant la foule polonaise au milieu de laquelle se trouvaient bien des associés du « pouvoir ».

La « méthode » Jean-Paul II

Soit cet extrait de son discours du 10 juin 1979, pour le dimanche de la Trinité : « Quand le Rédempteur ressuscité dit « enseignez toutes les nations », les yeux de notre âme considèrent le moment où l’Evangile est parvenu à notre nation… le profil spirituel de l’histoire de la patrie a été tracé par ces paroles mêmes du Christ dites aux Apôtres (…). Le baptême, reçu au début de l’histoire de la Pologne nous a rendus encore plus conscients de l’authentique grandeur de l’homme, (…) une preuve irremplaçable de sa dignité… Pareillement, tout le processus historique de la conscience et des choix de l’homme est lié à la tradition vivante de sa nation (…) dans laquelle résonnent dans un écho vivant les paroles du Christ, le témoignage de l’Evangile, la culture chrétienne, les coutumes nées de la foi, de l’espérance et de la charité. Ici, la tradition n’est pas une limitation, c’est un trésor, une richesse spirituelle, c’est un grand bien commun …

Peut-on repousser tout cela ? Peut-on dire non ? Peut-on rejeter le Christ et tout ce qu’il a apporté dans l’histoire de l’homme ? Bien sûr, on le peut, l’homme peut dire au Christ non. Mais demeure la question fondamentale : est-il permis de le faire et au nom de quoi est-ce permis ? Quel argument de raison, quelle valeur de la volonté et du cœur peux-tu mettre devant toi, devant ton prochain, devant tes compatriotes et ta nation pour repousser, pour dire non à ce dont nous avons tous vécu pendant mille ans ? A ce qui a créé et a toujours constitué les fondements de notre identité ? ». Observons bien la démarche de Jean-Paul II devant le pouvoir athée qui a entrepris depuis près de quarante ans de « décatholiciser » la Pologne et les Polonais.

Le droit à la patrie et à sa culture

Le pape ne vient pas faire des reproches, ils seraient peu efficaces ; il ne vient pas se plaindre ; il ne vient pas réclamer une tolérance ni négocier un compromis.

Il se présente, il présente ses compatriotes, il présente sa nation comme possesseurs de coutumes, d’une culture, d’un grand bien commun, d’une identité, dont nous avons tous vécu pendant mille ans ! La durée est au moins un titre !…

Et cela lui permet de renverser la situation, de passer à l’offensive : « Au nom de quoi, quels arguments de raison, quelles valeurs de la volonté et du cœur peux-tu invoquer pour retirer ce patrimoine à ta nation, pour en priver ton prochain ? Au nom de quoi serait-ce permis ? ».

Cette attitude met ceux qui repoussent le patrimoine chrétien dans la position d’injustes agresseurs à l’égard de chacun des citoyens et de la nation elle-même. Et ce n’a pas été là un jeu de l’esprit : depuis cette époque, en effet, le pouvoir soviétique s’est trouvé, devant l’opinion mondiale, dans la position de l’injuste agresseur, au point de reculer chaque fois que ses habitudes l’entraînaient à user de sa puissance à l’égard des populations soumises.

Cette méthode devrait plus souvent nous guider : devant un désordre, devant même les adversaires de la loi naturelle et de la liberté de conscience, devant le nouveau totalitarisme du relativisme libérale, les reproches sont rarement efficaces ; les plaintes ni les revendications ne sont pas plus opportunes.

Par contre, la claire affirmation du patrimoine chrétien, de notre civilisation, de notre culture permet de se trouver en meilleure position devant des adversaires : ce sont eux qui privent leur prochain de ce qui lui appartient, ce sont eux les agresseurs qui ont à se justifier. Cette stratégie est bien sûr, à moduler selon les circonstances. Elle impose en tout cas d’être capable de dire qui l’on est et quelle est son identité.

Au nom de quoi, pour quelles raisons, au nom de quelles valeurs une autorité politique prétend-elle nous couper en Europe de nos racines chrétiennes ou nous obliger à méconnaître notre identité ou les signes chrétiens de notre culture ?

Au nom de quel droit, l’Union européenne projette-t-elle d’agresser notre code de la famille et la reconnaissance de notre identité sexuée homme ou femme, en voulant introduire « l’identité de genre » dans nos lois ?

Quelle est l’identité de la France ? Et qu’est-ce que l’Europe ? Un ensemble de nations qui, chacune, marque le début de son histoire lors du baptême de ses fondateurs, de nations dont la culture s’est développée grâce aux universités fondées par l’Eglise sur son territoire ; de Nations qui, malgré bien des tentatives de confusion, ont su distinguer les pouvoirs temporels du pouvoir spirituel, qui toutes reconnaissent la famille et la filiation légitime fondées sur le mariage ….

Au nom de quoi ces biens communs seraient-ils tenus pour inexistants par une quelconque autorité nationale ou européenne ?… au nom de quelles valeurs peut-on en priver la France et l’Europe ?

Une leçon politique

La « Jean-Paul II attitude » est une leçon politique. La France, par l’héritage reçu, son histoire et sa culture propre, offre aux Français un art de vivre ensemble qu’ils ont le droit d’aimer. Ce droit légitime est opposable à toute agression politique, culturelle, idéologique, religieuse voire économique ou nationale. L’histoire a montré que la fidélité de la France à sa vocation propre est un service rendu aux Français, mais également aux autres nations. Tout Français a « droit à sa patrie et à sa culture » qu’il doit apprendre à connaître et à aimer.

Souvenons-nous, au Bourget le 1er juin 1980, après un développement saisissant sur l’alliance de l’homme avec la sagesse, qui est la source de la culture, et sur l’effondrement de cette alliance, Jean-Paul II conclut par cette adjuration pathétique : « Aujourd’hui dans la capitale de l’histoire de votre nation, je voudrais répéter ces paroles qui constituent votre titre de fierté : Fille aînée de l’Eglise. (…) Il n’existe qu’un seul problème, celui de notre fidélité à l’Alliance avec la Sagesse éternelle, qui est source d’une vraie culture, c’est-à-dire de la croissance de l’homme, et celui de la fidélité aux promesses de notre baptême au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Alors permettez-moi de vous interroger : France, fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? Permettez-moi de vous demander : France, fille aînée de l’Eglise et éducatrice des peuples, es-tu fidèle, pour le bien de l’homme, à l’Alliance avec la Sagesse éternelle ? Pardonnez-moi cette question. Je l’ai posée comme le fait le ministre au moment du Baptême. Je l’ai posée par sollicitude pour l’Eglise dont je suis le premier prêtre et le premier serviteur, et par amour pour l’homme dont la grandeur définitive est en Dieu, Père, Fils et Esprit ».

Une question à laquelle nous devons répondre, chacun d’entre nous, en notre âme et amour du Christ, et dans le cadre de notre engagement de laïc catholique français. Une question à laquelle nous devons répondre, aussi, en tant que français, héritier d’une patrie dont l’histoire a vocation à l’universalité pour le plus grand bien de l’humanité tout entière

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