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Chers amis,

Sale temps pour les pères. L’heure est dramatiquement proche où la loi les rendra facultatifs. Avoir un père sera bientôt une simple option pour naître.

Sale temps pour les pères et sale temps pour les fils. Pour les futurs fils qui seront mis au monde par les artifices d’une loi proprement in-humaine. Et aussi pour les fils déjà vivants.

C’est un fils qui vous parle. Un fils appelé à devenir père, comme tous les (tant de) fils avant lui, un fils appelé à s’inscrire dans la longue lignée constituée au fil des siècles depuis nos premiers parents. Un père engendre. Un fils naît, engendre à son tour et devient père. Engendré et engendreur. Telle est la vie des hommes. Telle est la vie des familles. Ainsi ont-été bâtis nos cités, nos peuples, nos pays, notre humanité.

L’Histoire, dans ses tragédies, nous l’a montré, on a parfois tenté de supprimer les pères ; on les a emprisonnés, tués, empêchés de vivre. L’attaque est ici plus grande encore car avec cette loi, ce sont les fils que l’on empêche de devenir pères. C’est un coup d’arrêt porté à leur destinée d’hommes, un trafic légalisé de la condition humaine. Ces fils se verront rançonner leurs gamètes et par elles, naîtront des enfants, mais de ces enfants, ces hommes ne seront jamais les pères. Ils seront orphelins du père qu’ils ne deviendront pas, alors même qu’un petit sera né d’un peu de leur chair. Des hommes avec une descendance mais sans descendants. Quel progrès que cette nouvelle humanité : des pères sans paternité, des fils sans filiation, êtres fabriqués, non pas engendrés, privés de leur origine, orphelins par la loi.

Tel père, tel fils, dit la sagesse populaire. Alors s’il n’y a plus de père, il n’y aura pas de fils. Sont-ils donc conscients, nos démiurges du Palais Bourbon, qu’ils nous préparent un nouvel homme, un homme qui ne sera jamais vraiment fils parce le père aura été aboli. Un homme si peu humain dans le fond. Depuis leur hémicycle, ils s’apprêtent à changer la vie des hommes. Or naître sans père, telle n’est pas la vie des hommes.  

Alors, de quoi est-il donc coupable ce père qu’on veuille à tel point le supprimer ? De quoi est-elle donc coupable cette longue cohorte des pères qui nous ont engendrés ?  D’avoir compté dans ses rangs des lâches, des médiocres, des violents, des ivrognes, des pères indignes de la paternité ? Et à cause de ceux-là, on empêcherait qu’adviennent de nouveaux pères, de ces hommes humbles et forts, de ces bâtisseurs au cœur large. N’ont-ils donc rien retenu nos faiseurs de loi, de la figure du père célébrée par Pagnol, du père du Premier Homme de Camus, tombé en défendant sa terre, de Péguy, marchant pour que son fils soit guéri ? N’ont-ils rien retenu de leurs propres pères, ont-ils croisé si peu de pères qu’ils proposent de s’en passer ? Ne cèdent-ils pas plutôt à la vieille tentation du cœur humain, celle de vouloir affranchir l’homme de sa nature, d’inventer sa propre destinée, en tentant de changer jusqu’à son origine ?

Sale temps pour les pères. Sale temps pour les fils. Sale temps pour les hommes. Mais ni les mères ni les filles n’y gagneront. Qu’elles se méfient ces femmes qui voient dans l’abolition du père l’émancipation de la mère. Comme si l’on était plus mère sans père. Comme si s’attaquer au père, ce n’était pas attaquer la mère. Aujourd’hui, ils se passent des pères. Demain, ils se passeront des mères. Un certain féminisme aura été l’idiot utile d’un coup d’état contre la vie et contre la condition humaine.    

Sale temps pour les pères. Sale temps pour les fils. Sale temps pour les mères. Sale temps pour les filles. Mais avec cette loi, il ne s’agit pas d’intempéries mais d’intempérance, de la démesure, de l’hybris, dont les Grecs avaient bien vu qu’elle est le fléau principal de l’humanité. Alors, mes chers amis, nous ne nous résignerons pas. Si cette loi était votée, elle rejoindrait le sinistre cortège de ces lois iniques qui ne sont pas des lois ; elle manifesterait dramatiquement combien, il est urgent de rebâtir une cité qui édifie et qui élève. Élever, c’est bien ça la mission des pères.

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