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Dieu se fait petit et se cache en respectant la liberté qu’Il nous donne pour obtenir notre amour. La liberté est à la fois un don et une tâche de l’homme qui lui est donné justement pour pouvoir aimer.

(Source Fondements de la Cité – Jean Ousset)

1 Jean 4, 7-11 « Dieu est amour »

07 Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu.

08 Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour.

09 Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui.

10 Voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés.

11 Bien-aimés, puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres.

« Deus caritas est »[i], nous dit saint Jean.

Tout est là ! Et rien n’existerait sans cela ! Voici, dans le principe comme dans la fin, la raison de tout, et donc, la raison de notre liberté.

Mais raison qui va nous apparaître d’une force extraordinaire. Car, si l’amour de Dieu est cause universelle, en ce qui concerne notre liberté, cette causalité divine va se faire, si l’on peut dire, plus adorablement délicate, plus ineffablement tendre, et telle que nous ne pourrions certainement pas la découvrir si nous avions à parler de ce que l’univers minéral, végétal ou animal compte de plus exquis ou de plus précieux.

Il y a au chapitre de la liberté, ce qu’on ne trouve nulle part ailleurs… : la convenance exacte de la liberté à l’amour. Autrement dit, l’amour de Dieu, pour se complaire dans une créature, devait la rendre libre. Car l’amour, en effet, selon le mot de sainte Thérèse de Lisieux, « ne se payant que par l’amour », il est clair que l’amour postule la liberté. Parce qu’il n’y a pas, parce qu’il ne peut pas y avoir d’amour directement contraint.

Pas d’échange d’amour possible avec des robots.

Donc, pour que Son Amour pût être effectivement payé par de l’amour, Dieu ne pouvait faire autrement que de créer des êtres libres, des êtres qui ne le paieraient ni avec de l’or, ni avec de l’argent, mais par le libre élan vers Lui de tout leur être.

« Ce qui compte c’est le don libre de l’âme à Dieu », a fort bien dit le P. de Montcheuil.

Test suprême de l’amour !

Pour qu’il pût être réellement payé par de l’amour, il était impossible que Dieu nous contraignît à l’aimer directement. M. Jean Daujat l’a fort bien dit : « Si Dieu nous a créés pour se donner entièrement à nous dans un échange d’amour, il a fallu pour cela qu’il nous crée libres, pour que nous choisissions librement de l’aimer. »

Bien loin, donc, de se présenter à nous dans l’éclat d’une Toute Puissance qui ne pourrait que s’imposer, ce Dieu d’amour, tout au contraire, tendra à s’effacer ; il se fera « Deus absconditus – Dieu caché », un Dieu qui tient surtout à ne laisser parler, d’abord, que les merveilles qu’il nous offre dans sa Création, dans sa Rédemption, dans son Église…

Il se fera « mendiant d’amour », comme ces « soupirants » qui se consument et ne savent trop comment s’y prendre pour obtenir, dans le charme de sa spontanéité, la libre réponse d’amour de l’être aimé.

Et c’est un fait que le P. Romagnan excelle à présenter. Toute la création, observe-t-il, proclame la Puissance de Dieu. Il a suffi d’un éclair de Son Vouloir, et les mondes, les galaxies, ont pris leur course dans l’espace. Univers physique ou chimique, végétal ou animal, tout a obtempéré et obtempère sans broncher aux prescriptions de la Souveraineté Infinie. Mais, s’agit-il des êtres libres que nous sommes, la Toute Puissance paraît s’évanouir. Et cela, non seulement parce qu’Elle nous a créés « le moins possible », selon le mot de Blanc de Saint Bonnet, mais parce que Dieu semble tenu en échec devant la liberté de l’homme. Celui auquel la mer et les vents obéissent apparaît soudain comme ne sachant plus que faire ni comment s’y prendre pour obtenir la libre réponse d’amour.

Philippiens 2, 4-11 : « Obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix… »

04 Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi à ceux des autres.

05 Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus : Le Christ Jésus,

06 ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.

07 Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect,

08 il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.

09 C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom,

10 afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers,

11 et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

On sait jusqu’où est allé le paradoxe adorable… : jusqu’à l’humiliation d’un Dieu s’abaissant et souffrant. Jusqu’à Sa mort ! Et « mortem autem crucis »[1], s’étonne saint Paul éperdu, et « jusqu’à Sa mort sur la croix ».

[1] Phil. 2, 8.

[i] I Jo. IV, 9.

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