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Le 2 octobre, le secrétaire général de l’enseignement catholique, Pascal Balmand, publie un communiqué pondéré mais ferme pour justifier la présence dans un établissement catholique de l‘académie de Montpellier du « manuel de bioéthique des jeunes » de la Fondation Lejeune. Le 4 octobre, c’est la volte-face : lors d’une conférence de presse, il en dénonce « la pédagogie de la violence ».

Dans son communiqué du 2 octobre, Luc Balmand avait pourtant dit l’essentiel, défendant la liberté des établissements catholiques à proposer une « parole chrétienne » et à « témoigner d’une réflexion chrétienne » sur les questions de bioéthique. Il réagissait alors aux attaques de la ministre des familles Laurence Rossignol, qui s’étonnait que ce qu’elle nomme un « document de propagande » soit disponible dans un établissement scolaire. Il invitait alors chacun « au calme et à la raison ».

48 heures plus tard, il passe donc lui-même de la raison à l’outrance. Parler de « pédagogie de la violence » en référence à cet ouvrage de la Fondation Lejeune, c’est en effet une outrance. Qu’a-t-il bien pu se produire en 48 petites heures pour que le ton change à ce point ?

Je ne sais pas, mais il est possible que le contexte délétère d’intimidation intellectuelle exercée par le gouvernement ne soit pas étranger à ce revirement. On peut imaginer aussi que ce même gouvernement dispose de moyens de pression à l’encontre de l’enseignement sous contrat.

Capacité de résistance

Quoi qu’il en soit, quel contraste avec les paroles fortes prononcées par le cardinal André Vingt-Trois le 30 septembre sur Radio Notre Dame, dénonçant « la police des idées » et « la dictature d’une vision totalitaire sur l’avortement ». L’archevêque de Paris réagissait au projet de Laurence Rossignol de mettre à l’amende, voire de fermer, des sites Internet qui ne lui plaisent pas.

Quelles leçons tirer de tout cela ? Il convient de s’interroger sur la capacité de résistance des institutions catholiques françaises à cette dérive autoritaire qui menace, in fine, la liberté de conscience. Car c’est bien la conscience qui est en cause lorsque les libertés éducatives et scolaires sont attaquées. Un diagnostic partagé est nécessaire. Il ne s’agit pas ici d’accuser les hommes et les institutions, mais de réfléchir ensemble aux moyens de résister à la pression et d’exercer pleinement la liberté de conscience.

Cela nécessite une coopération entre les institutions et la base, bien davantage qu’une bagarre ou une lutte d’influence. On pourrait proposer des états généraux de la liberté de conscience qui permettent de partager un diagnostic et d’imaginer des moyens d’action.

Guillaume de Prémare

Chronique Radio Espérance du 7 octobre 2016

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