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J’ai regardé le magazine Dossier Tabou présenté par Bernard de La Villardière sur M6. Malgré quelques raccourcis liés à l’information-spectacle, cette « enquête sans tabou » sur la progression de l’islam radical en France a livré un certain nombre de faits qui confortent le diagnostic d’une situation grave, en partie causée par un aveuglement politique depuis plusieurs décennies.

Nous sortons par paliers progressifs – attentat après attentat – d’une période où, en effet, un tabou prévalait dans le débat public sur le danger de l’islam radical, sur fond de clientélisme électoral, d’immigration incontrôlée ou encore de multiculturalisme officiel.

Un tabou pour qui ? Pour ceux qui tiennent le “manche” et le “crachoir” d’une certaine bien-pensance ? Assurément oui. Mais pas un tabou pour tout le monde puisqu’il furent tout de même nombreux les Cassandre qui tirèrent la sonnette d’alarme. Ceux-là furent qualifiés d’extrémistes tandis que les premiers bénéficiaient d’une présomption de responsabilité et de modération.

Les premiers incarnaient la raison quand les seconds incarnaient la déraison. Peut-on se prétendre « raisonnable » quand on ferme les yeux, parfois volontairement ? A contrario, peut-on qualifier de « déraisonnable » celui qui observe les faits réels et en tire une prospective historique et politique ?

Réconcilier le réel et la raison

Alors, que s’est-il passé pour que les déraisonnables passent pour raisonnables quand les raisonnables passaient pour déraisonnables. Une pression politico-médiatique “politiquement correcte” ? Certes, mais cela ne suffit pas. Il a fallu autre chose : la « déraison » s’est habillée des atours de la « raison » quand la « raison » s’est habillée des atours de la « déraison ».

La déraison s’est affublée d’une raison apparente, tant il est vrai que la pondération est un attribut de la raison. La raison s’est affublée d’une déraison apparente, tant il est vrai que l’excès est un attribut de la déraison. Les uns ont camouflé leur déni derrière une rassurante pondération. Les autres ont noyé leur réalisme dans une inquiétante outrance verbale.

Ah si nous pouvions retrouver une raison fondée à la fois sur la prise en compte objective de l’ensemble des faits et sur une pondération sans laquelle il n’y a pas de discernement possible ! Il s’agirait en quelque sorte de réconcilier le réel et la raison ; et de donner à cette raison les attributs de ce qui est effectivement raisonnable.

Pour exercer pleinement notre raison politique, y a-t-il une voie pour ce juste milieu, qui consiste à trouver le point d’équilibre entre l’excès et l’insuffisance ? L’art est difficile dans ce contexte d’hystérisation du débat public qui fait cataloguer comme “mou” celui qui cherche à apporter la nuance ; et qui fait traiter comme “paria” ou “extrémiste” celui qui dit les faits et les met en perspective.

Si une voie existe, elle passe à la fois par la “déradicalisation” du débat public et par la fin des tabous qui brident la liberté d’expression par l’intimidation intellectuelle. C’est une responsabilité pour nous tous.

Guillaume de Prémare

Chronique Radio Espérance du 30 septembre 2016

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