Alexis Tsipras a perdu son bras de fer, faute d’avoir su ou pu envisager un plan alternatif de retour à la souveraineté, c’est-à-dire le retour à la monnaie nationale. A partir du moment où il n’était pas prêt au Grexit, il était contraint d’accepter des conditions draconiennes et un renforcement de la tutelle de la Troïka sur la Grèce. Tispras s’est expliqué sur cette impasse : « Le pays n’a pas assez de réserves de change pour pouvoir revenir à une monnaie nationale », a-t-il souligné.

Voici donc le premier ministre grec qui signe un accord dont il dit lui-même qu’il n’y croit pas. Il reste en effet convaincu que la dette de son pays n’est pas soutenable. Sur ce point, le FMI est d’accord avec lui : l’institution internationale conditionne même sa participation à un troisième plan de financement à une restructuration de la dette.

Le feuilleton grec est donc loin d’être terminé car ce nouvel accord ne résoudra rien sur la durée. Selon le FMI, le poids de la dette risque même de s’accentuer. Soigner la dette par la dette, le mal par le mal, constitue probablement une fausse solution qui ne présente qu’un avantage de court terme : la crise politique de la zone Euro reste pour le moment contenue.

Il y a au moins trois leçons à tirer de l’affaire grecque. Primo : quand un pays veut la liberté, il faut la choisir jusqu’au bout, ou l’asservissement devient encore pire qu’avant. Secundo : la dette d’aujourd’hui prépare l’esclavage de demain. Tertio : la dérive autoritaire de l’Union européenne a franchi un palier décisif ce week-end. Leçons à méditer pour la France…

Tandis que les négociations se jouaient à couteaux tirés à Bruxelles, le pape envoyait du très lourd à Santa Cruz en Bolivie, dans un discours historique aux mouvements populaires. Il ne s’adressait pas seulement aux latino-américains, mais au monde entier, comme il a tenu à le préciser lui-même. Après Evangelii Gaudium et Laudato Si’, il est clair que l’Eglise catholique s’engage sans ambiguïté contre ce que le pape nomme « la dictature de l’économie ».

« Commençons par reconnaître que nous avons besoin d’un changement », a-t-il martelé, n’hésitant pas à dénoncer « ces réalités destructrices » qui « répondent à un système qui est devenu global » ; ajoutant que « ce système a imposé la logique du gain à n’importe quel prix sans penser à l’exclusion sociale ou à la destruction de la nature ».

L’un des moments les plus vibrants de son discours fut probablement cette exclamation : « On ne peut plus supporter ce système, les paysans ne le supportent pas, les travailleurs ne le supportent pas, les communautés ne le supportent pas, les peuples ne le supportent pas… Et la Terre non plus ne le supporte pas ».

Et nous-mêmes, le supportons-nous ce « système » ? C’est une bonne question quand l’Eglise nous appelle à un changement, non par un grand soir révolutionnaire, mais par des « processus où la passion de semer, d’arroser sereinement ce que d’autres verront fleurir, remplace l’obsession d’occuper tous les espaces de pouvoir disponibles et de voir des résultats immédiats. »

Comme catholiques, nous devons répondre à l’appel pressant de l’Eglise pour entrer sur ce chemin de changement profond, qui n’est certes pas celui de la facilité.

Guillaume de Prémare
Chronique Radio Espérance du 17 juillet 2015

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