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C’est curieux, on ne vient jamais chercher un philosophe pour effectuer une PMA ; mais on n’hésite pas à demander à un méde­cin de se prononcer sur des questions philosophi­ques. Je rappelle que la notion de personne est une notion métaphysique, d’origine théologique même, et qu’on ne peut l’employer comme ça sans être plus arriviste et plus fat que Le Bourgeois gentilhom­me. D’ailleurs, je ne sais si vous avez remarqué, on s’évertue à dire I’« embryon », tout court. Mais de quoi s’agit-il ?D’un embryon de veau, de macaque, d’ornithorynque ? Non, il s’agit d’un embryon hu­main. M. Frydman(**) a beau jeu d’argumenter en di­sant : « Un oeil non averti ne peut différencier un em­bryon de souris d’un embryon humain. »Lui, le défenseur du « in vitro veritas », connaissant la gé­nétique et maniant le microscope électronique, re­fuse tout d’un coup de voir le code génétique de cet embryon, fait la promotion de l’« oeil non averti ». Implante-t-il un embryon de souris chez les femmes qui lui lui demandent une PMA ? Pourquoi pas, si ça ne fait aucune différence ? L’évidence, c’est que l’embryon dont il est question est humain. Aucun scientifique ne peut dire le contraire. Or supprimer un être humain, c’est un homicide. Faire de l’être humain un matériau disponible, c’est le comble de l’exploitation. Je n’émets pas ici un jugement de valeur. Après tout, il peut y avoir des motifs d’être ho­micide, et de nombreux États ont légalisé l’exploi­tation et la manipulation des, humains, au nom du progrès. Ce que je reproche, en tant que philoso­phe, c’est que l’on refuse d’appeler un chat un chat, et qu’on se livre à des détours de langage qui relè­vent de la dissimulation.(…)

Un texte de Bertrand Monthubert, ancien secrétaire national à la recherche du PS, paru le 11 juillet, est assez significatif. Je cite son argumentation savou­reuse dans sa grammaire très approximative : « L’embryon n’est pas une personne, la science est très claire là-dessus. Si c’étaient des personnes, ça voudrait dire que les embryons qu’on crée et qu’on dé­truit dans le cadre des FIV sont des assassinats. Ce n’est absolument pas le cas. » Tout y est. On parle de « l’embryon », sans préciser qu’il s’agit d’un em­bryon humain. On prétend que la notion de person­ne est « très claire » pour la science. Et l’on produit pour seul argument l’impossibilité d’être un assassin. La dénégation a donc deux causes. La première, c’est ce mot de « personne » et la confusion métaphysico-juridique qu’il induit. On ferait mieux de se demander si l’on est face à de la vie humaine ou pas. Or, puisque cette vie est humaine, la question est de savoir si l’on veut en rester à l’article 16 du Code civil, stipulant que « la loi garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie », ou s’il faut l’abandonner. La deuxième cause est dans la difficulté a reconnaître que, suivant une logique techniciste, nous avons créé une situation insoluble et insoutenable, devant laquelle notre conscience est déboussolée. En effet, ces 50 000 humains congelés, dont on voudrait surtout se servir comme réactifs pour des laboratoires pharmaceutiques, c’est quelque chose d’inimaginable (…)

Les scientifiques qui  soutiennent  (que l’embryon humain « n’est pas une personne », et qu’« il est une personne en devenir » ) sont en vérité des adeptes de la magie noire. Abracadabra ! Je veux que ce soit une personne, et c’est une person­ne. Ça n’entre pas de mon projet, et pouf! La personne disparaît ! On est vraiment dans le règne des apprentis sorciers. Mais cette manière de voir, si elle fait penser a la magie, est typiquement techno­cratique. Son principe est que la volonté prime sur l’être, et que dès lors tout le donné naturel, mon corps y compris, n’est qu’un matériau que je peux manipuler au gré de mes caprices. (…)

II faut d’ailleurs rappeler qu’une PMA, au final, fait détruire plus d’embryons qu’un avortement (…) Je constate simplement que nous sommes entrés dans une ère de manipulation  radicale (c’est à dire dès la racine) de la vie humaine… Malgré tout, le changement de loi auquel on veut procéder n’est pas anecdotique. Jusqu’à présent, au point de vue législatif, le prin­cipe est le respect de la vie humaine, et la destruc­tion ou l’utilisation d’embryons humains (on pourrait même dire la « marchandisation ») ne sont permises qu’a titre dérogatoire. Aujourd’hui, il s’agit de faire de la dérogation un principe, et d’inscrire comme prescription positive la réduction de l’humain à un pur matériau.

D’où vient cette rhétorique du « grand bond en avant » (de peur d’être traité de rétrograde) ? Avec elle, Mao fit 30 millions de morts. Il est bon de faire marche arrière quand on est au bord du précipice. En outre, ce qui est rétrograde, c’est de ne pas suivre la voie ouverte par le Prix Nobel de médecine, le P’ Vamanaka, avec ses cellules reprogrammées, lesquelles ne posent aucun problème éthique. Mais nous nous enferrons dans la recherche à partir d’embryons humains (sans doute, au fond, comme un moyen d’éviter à notre conscience le malaise d’avoir à les détruire) et nous laissons le Japon nous devancer dans des méthodes qui ont déja donné de meilleurs résultats. (…)

Faire croire que tous ceux qui s’opposent à ses opinions sont des fidéistes irrationnels. C’est tout à fait dans le style du procès stalinien(…) Pourquoi ne parle-t-on plus du Professeur Testart  (pionnier de la fécondation in vitro) ? Précisément parce que, sans être catholique, il a dénoncé ceux qui « applaudissent religieusement à toutes les productions de laboratoire ». Il y aurait beaucoup à dire sur l’obscurantisme scientiste et ses fanatiques aujourd’hui.

(*): directeur de Philanthropos, l’Institut européen d’études anthro­pologiques (Fribourg, Suisse),

(**): le père du premier bébé-éprouvette français

PS : signer en ligne la pétition demandant à la Commission Européenne de stopper les financements communautaires de programmes conduisant à la destruction d’embryons humains :

http://www.undenous.fr/signer-en-ligne-linitiative-citoyenne-europeenne/

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