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Lundi dernier, il fallait fouiller un peu dans les journaux pour trouver l’information : la dernière audition de Théo mettait à mal la version du pantalon volontairement baissé par les policiers.

Théo, jeune homme de 22 ans, avait été blessé par un coup de matraque télescopique à Aulnay-sous-Bois, le 2 février dernier. L’affaire avait conduit à la mise en examen de quatre policiers, dont un pour viol, et avait provoqué plusieurs nuits d’émeutes dans les banlieues.

L’agression avait provoqué l’émoi dans la classe politique et médiatique, au point que notre Président de la République avait accouru, quelques jours, après au chevet de la victime. Nos stars de la chanson avaient pris fait et cause pour le jeune homme et les Victoires de la musique s’étaient muées en un grand concert réclamant « Justice pour Théo ! ».

Les choses paraissaient si simples : un contrôle d’identité qui tourne mal, un jeune au comportement exemplaire qui s’interpose, des policiers qui le tabassent, baissent son pantalon et le violent avec une matraque. L’équation de la victimisation ne souffrait aucune nuance : les méchants policiers racistes qui s’attaquent à un pauvre jeune de banlieue sans histoire.

Un emballement total !

La machinerie médiatique des faits divers, une fois mise en route, se laissait graisser par la politique multiculturaliste, faisant du jeune issu de l’immigration nécessairement une victime et des forces de police, nécessairement blanches, des représentants exemplaires de la domination violente et oppressive.

Les chaînes d’informations continue nous déroulaient en boucle les témoignages de jeunes : les incessants contrôles d’identité, la brutalité policière quotidienne, le tutoiement systématique par la BAC mais aussi les insultes trop souvent racistes des forces de l’ordre.

Les manifestations avaient pour mot d’ordre « Justice pour Théo », y associaient les noms de Ziad et Bouna, morts électrocutés dans un transformateur en 2005, dans leur fuite pour échapper aux forces de l’ordre, alors que, 10 ans après, les policiers ne n’étaient même pas convaincus de mise en danger de la vie d’autrui.

Que notre Président de la République fasse une visite surprise à Théo pour lui dire son soutien ne pouvait donc qu’aller de soi, tout comme la dénonciation du caractère raciste de l’agression par SOS Racisme. Finalement les émeutes que l’affaire Théo avait provoquées, n’étaient que le retour de bâton d’une jeunesse criant son désespoir face aux violences policières. Bref, les coupables étaient très coupables et la victime très victime. Théo incarnait l’affaire idéale pour dénoncer le malaise entre les jeunes de banlieue et la police.

La publication de la déposition du policier suspecté de viol, la publication des images de la vidéo surveillance n’avaient pas permis de raison garder. Il est vrai que l’interview de Théo, depuis son lit d’hôpital, ne laissait aucun doute : les multiples contusions de son visage donnaient la preuve de la violence de son interpellation.

« Justice pour Théo ! » reflet du malaise entre jeunesse et police.

Cher Auditeur, ne te méprends pas ! Je ne veux pas excuser nos forces de l’ordre mais ce genre d’emballement médiatique et politique ça m’agace ! Parce que maintenant que l’on sait qui est vraiment Théo, qu’il a été auditionné plusieurs fois, que les policiers eux aussi l’ont été, que les témoignages ont été confrontés aux images de la vidéo surveillance, l’enquête montre que les choses n’étaient pas aussi simples. Théo reconnaît même qu’il portait un pantalon de jogging trop grand… Les enquêteurs ont la certitude que les policiers n’ont pas écarté volontairement le caleçon de Théo ni arraché son jogging.

Le malaise est réel entre les forces de l’ordre et la jeunesse des quartiers difficiles. Mais ce n’est pas avec une simplification aveugle ni avec un politique de l’émotion que les choses pourront changer.

Nous avons d’un côté des jeunes qui ont été nourris au petit lait de la victimisation et de l’autre des policiers, sans grands moyens, dépassés par la violence à laquelle ils sont confrontés. Les images de policiers jouant aux cow-boys ne sont pas rares et l’absence de cadre de notre société les contraint à réinventer, trop souvent de manière inappropriée, l’usage de leur force.

« Un bon flic est un flic mort ! »

A condamner en permanence et sans discernement les forces de police, nos élites médiatico-politiques leur ôtent toute légitimité. La déconstruction générale de l’autorité a atteint avec l’affaire Théo, mais comme avec toutes les autres, la limite de la sécurité. Quand les autorités crient avec la meute « Police partout, justice nulle part ! » il ne faut pas s’étonner que pour certains, un bon flic soit un flic mort.

L’affaire Théo nous apprend que, c’est parce qu’il n’y a plus le temps de la justice, que partout nos policiers sont tous devenus coupables. Pourtant, les coupables n’étaient pas si coupables et la victime peut-être pas si victime.

Enfin, j’dis ça, j’dis rien !

Clotilde Brossollet

Chronique diffusée sur Radio Espérance le jeudi 23 mars 2017. https://player.radio-esperance.fr/?radio=antenne-principale&media=audio&option=reecouter&date=1490252422&id=331696

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