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Lors d’un débat avec Frigide Barjot à propos de l’union civile, la philosophe Chantal Delsol revient sur la définition chrétienne de la tolérance, extraits (site internet du Figaro, publié le 4 avril 2014):

[ Frigide Barjot vient de présenter le projet d’union civile porté par l’Avenir pour Tous, qui doit s’accompagner d’un référendum pour faire inscrire le mariage homme/femme dans la Constitution.]

“Chantal DELSOL. – A tout cela je répondrai en deux temps. D’abord, je doute de l’intérêt d’un référendum dans une nation centralisée comme la nôtre où ce type de consultation confine parfois à une tentative de dictature. À la différence des votations en Suisse, pays décentralisé, un tel scrutin n’est pas dans notre tradition. On risque, dans cette occurrence, de se voir poser une question controuvée, axée sur l’homophobie, dont tout citoyen ne manquera pas de se défendre. Faire sentir aux gens que n’être pas favorable à la loi revient à être homophobe peut faire partie de la manigance…

En second lieu, je ne vois pas à quoi peut servir votre projet d’union, dans la mesure où existe déjà le pacs lequel, je vous le rappelle, a été inventé pour les homosexuels, même s’il a depuis fait la bonne fortune de nombre de professeurs qui ont pu, par ce biais légal, changer de ville sans avoir beaucoup de points d’avancement. Le pacs garantissant certains intérêts administratifs et financiers, remplissant donc nombre de vos conditions, pourquoi, dès lors, aller plus loin? Parlons net: autant je suis favorable à la tolérance de l’homosexualité, autant je suis hostile à sa légitimation.

Il y a deux types de tolérance, l’une qui vise au respect des personnes et de leurs croyances, c’est le sens chrétien, avec un sentiment intime de ce qu’est la vérité, l’autre qui respecte les opinions d’autrui car on n’est pas certain d’avoir raison ni que la vérité existe, c’est la vision de Locke, l’incertitude constante aboutissant au relativisme.

On comprend dès lors pourquoi la tolérance conçue au sens chrétien est aujourd’hui si suspecte. Ainsi, par exemple, du philosophe slovène Slavoj Žižek, qui s’élève contre elle au prétexte qu’être tolérant signifie que l’on pense qu’il y a une vérité, et donc qu’il y a une bonne vie. Tout un mouvement de pensée s’attache à supprimer la tolérance pour la remplacer par la légitimité. Or ce n’est pas parce que des gens s’aiment qu’il faut instituer des unions civiles. Tolérance et légitimation sont deux concepts distincts qu’on ne saurait confondre ni intervertir sans aboutir à une profonde nuit de l’esprit. On peut tolérer quelque chose, tout en considérant que ce n’est pas la meilleure vie qui existe. Je suis donc contre la légitimation de l’homosexualité.  (…)

Il faut quand même raison garder. Il y a une norme et certaines exceptions, mais il n’est pas question de rendre ces dernières normatives. À vouloir tout réglementer et légitimer par le biais de la loi, on risque d’aboutir à n’importe quelle dérive. (…) ”

[ Le terme tolérance vient du latin tollere qui signifie “supporter”. La tolérance signifie le fait de supporter patiemment la présence d’un mal qu’on ne peut pas ou qu’on ne veut pas empêcher. Il ne s’agit en aucun cas de reconnaître de façon relativiste que chaque personne possède sa vérité propre qu’il faut accepter de manière inconditionnelle : la tolérance s’exerce lorsqu’on reconnaît qu’une chose est mal mais que combattre ce mal engendrerait un mal encore plus grand. ( voir Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, II a – II ae / Question 10, article 11.) ]

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