Quand une société ne sait plus régler ses conflits en se référant à un bien commun, c’est le rapport de forces qui domine, c’est la loi du plus fort qui s’installe. Bien sûr, c’est un recul de la civilisation qui ouvre le chemin de la violence, l’engrenage de la violence.

Nous observons actuellement une montée de la violence sociale. Que l’on se souvienne de l’affaire Air France, avec ce directeur des ressources humaines violenté. Récemment, ce sont des syndicalistes de Good Year qui ont été condamnés à de la prison ferme pour avoir retenu leur patron d’usine, alors que la firme américaine s’apprêterait à licencier des ouvriers français. Pour mémoire, c’est à ces mêmes ouvriers Good Year que François Hollande avait promis une loi contre les “licenciements boursiers”.

Ce serait trop simple de brocarder les auteurs de violences sans s’intéresser à ce qui produit la violence sociale : la violence du système économique mondial conjuguée à l’impuissance et aux mensonges politiques. Comme catholiques sociaux, nous avons, je le crois, le devoir d’être engagés aux côtés des luttes sociales, aux côtés du peuple rudoyé à qui l’on retire sa dignité quand on lui retire son travail.

Nous ne devons pas l’être à la manière socialiste, en prônant le rapport de force, mais en prônant un bien commun et en allant aux racines du mal, c’est-à-dire la machinerie économique globale. C’est la voie qu’avaient suivi nos aînés au 19ème siècle. Le pape Léon XIII leur avait alors donné entièrement raison dans l’encyclique Rerum Novarum, condamnant à la fois ceux qu’il nommait « les ploutocrates » et le socialisme.

Cette semaine, des éleveurs ont incendié des bottes de paille à Quimper, protestant contre la chute des cours. Par exemple, les producteurs de lait sont dramatiquement touchés par la fin des quotas, qui entraîne une surproduction, et donc une chute des cours. Certes, le système précédent, administré et subventionné par Bruxelles était délétère. Mais ce qui était délétère, ce n’est pas tant le principe de la régulation des marchés. Dans cette ancienne pratique, aujourd’hui balayée par la libéralisation, les agriculteurs avaient vendu l’agriculture paysanne contre un plat de lentilles de Bruxelles. Et la FNSEA a, quant à elle, vendu les agriculteurs aux céréaliers et aux semenciers.

Et voici nos paysans seuls et sans recours, trahis à la fois par les pouvoirs publics et par leurs propres représentants, au profit des firmes agroalimentaires et de la folie productiviste. En fait, ils ne sont plus tout à fait seuls. Le pape François a reçu mercredi une délégation de producteurs laitiers européens à Rome et leur a apporté son soutien. Ce recours au pape est significatif.

Boris Gondoin, membre de la délégation, s’est confié à France Télévision : « Aujourd’hui, on se rend compte que le pape, lorsqu’il ne parle pas de religion, parle exactement comme nous. Il est très proche des citoyens et il veut que chaque pays puisse se nourrir. » C’est un bel hommage. Mais ce que ne sait pas Boris, c’est que le discours religieux du pape est la source de son discours social. Le catholicisme est consubstantiellement social.

C’est à nous de l’expliquer à Boris et à nos contemporains. Et plus encore de vivre la réalité du catholicisme social aux côtés du peuple violenté. C’est la voie du pape François. Il dit lui-même qu’il n’a rien inventé mais qu’il est tout simplement un fils fidèle de l’Église en agissant ainsi.

Guillaume de Prémare

Chronique Radio Espérance du 29 janvier 2016

 

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