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J’ai comme l’impression, que chaque semaine, je me retrouve à dire la même chose. Ces élections présidentielles étaient celles de la dernière chance pour notre pays qui s’enfonce un peu plus chaque jour dans la déconfiture. Pourtant les ingrédients n’étaient pas de si mauvaise qualité et nous aurions pu avoir le débat que les électeurs méritent.

J’ai comme l’impression que, chaque semaine, quand il s’agit de faire le point sur l’actualité, je n’ai rien de bien novateur à dire. Le débat est confisqué par les médias qui nous servent la soupe bien amère d’une mascarade démocratique.

Il est peut-être temps que le peuple se lève contre cette confiscation de l’élection démocratique pour que le débat puisse enfin revenir sur les vrais sujets.

Mercredi, François Fillon a parlé d’assassinat politique. Le terme est fort et a permis à Emmanuel Macron de s’inquiéter de la santé nerveuse de son adversaire : « François Fillon perd ses nerfs. » Mais l’attitude des médias est un véritable assassinat politique. Les révélations du Canard Enchaîné auraient pu donner suite à une enquête préliminaire par le Parquet national financier tout en laissant la campagne électorale se dérouler avant les conclusions. Malheureusement, nos médias d’information continue ont besoin de manger et il n’est pas une heure qui passe sans que les commentateurs esquissent tous les scenarii possibles, sans que chaque geste ne soit étudié sous toutes ses coutures, sans que chaque déclaration ne soit décryptée à l’aune des milliers de sous-entendus potentiels.  La machine médiatique s’est mise en route à la manière d’un hachoir qui charcute le débat de fond au profit d’une bouillie politico-politique.

Le banquet électoral prend des airs de procès médiatique.

L’hystérie médiatique a atteint, hier, des sommets de tarte à la crème. Le candidat François Fillon a annoncé une conférence de presse. Et voilà nos journalistes contraints d’attendre le menu et qui, pour nous faire patienter, devant un pupitre vide nous servent l’apéro au goût de dégueli verbal.

Il est vrai que le candidat de la sobriété et de la probité était la proie facile pour des journalistes regardant le conservatisme comme le plat principal de la réaction contre le progrès émancipateur. Mais plus encore, le calendrier n’est pas anodin, même le numéro deux du Front National le concède.

Sans vouloir tomber dans le complotisme, certains soutiens à Emmanuel Macron ne sont pas anodins : Bernard Mourad, dirigeant du groupe SFR Presse, lui-même dirigé par Patrick Drahi qui possède, entre autre BFMTV, RMC, le groupe l’Express et Libération ; dernier en date à avoir rejoint les soutiens du candidat sans programme, Pierre Berger, propriétaire avec Xavier Niel et Matthieu Pigasse du Monde et de l’Obs. Cette collusion des médias, des grands groupes financiers et des politiques n’est pas pour rendre la soupe moins amère.

Quand la justice fait tourner la mayo.

Il reste près de six semaines avant le premier tour des élections et deux calendriers se percutent : l’agenda judiciaire et l’agenda politique. Et si l’assiette judiciaire doit bien partir en salle car François Fillon est un justiciable comme les autres, le chef de cuisine ne peut ignorer que François Fillon est le candidat plébiscité par les électeurs de droite. La carte risque bien de nous offrir un candidat à la présidence de la République mis en examen en guise d’entremet.

La situation est dantesque car la justice a fait tourner la mayonnaise électorale et la sérénité des débats électoraux est définitivement périmée, depuis plus d’un mois. Certains évoquent une traditionnelle trêve judicaire en période électorale au risque que l’électeur ait à choisir son menu sans savoir le nombre d’étoiles au guide Michelin judiciaire, de son candidat.

Vois-tu, Cher Auditeur, je crois que nous sommes définitivement dans une impasse. Sauf à ce que les électeurs fassent l’effort de regarder en détail tous les ingrédients des programmes électoraux et fassent fi de ce grand gâchis politique, je crois bien que cette dernière campagne ne les dégoûte encore plus de s’assoir au banquet du bulletin de vote.

Enfin, je dis ça, j’dis rien !

Clotilde Brossollet, Chronique diffusée sur Radio Espérance le 2 mars 2017.

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