Sélectionner une page

En Inde, les usines à bébé sont de véritables entreprises de type agro-alimentaires. Le circuit de production intègre tout le processus de fabrication de la semence à la mise en barquette juridique en passant par la culture sous serre.

L’usine du docteur Patel est emblématique : au rez-de-chaussée, les consultations ; dans les étages, l’hôtel pour les parents et au sous-sol, de quoi accueillir plus d’une centaine de femmes enceintes simultanément.

En une dizaine d’années, le Docteur Patel a déjà produit plus de 800 bébés, nés de mères porteuses indiennes à destination de couples occidentaux pour la plupart. Dans un pays où le salaire moyen est de 0,6$ par jour, être mère porteuse est une aubaine qui laisse espérer entre 8000 et 10 000 dollars par grossesse. Pour les parents commanditaires, il leur en coûte entre 28 000 et 30 000 $

Le Docteur Patel a eu le nez creux car le marché de la gestation pour autrui représente plus d’un milliard par an, rien qu’en Inde. Alors cette spécialiste de la fertilité, formée aux Etats-Unis, a écouté son cœur généreux. Elle aide ses compatriotes dans la détresse, les couples en mal d’enfants. Et si cet altruisme lui permet de devenir millionnaire, ce n’est pas plus mal.

La gestation pour autrui en Inde, c’est un peu l’agriculture productiviste du bébé à vendre, caricature d’une économie de marché totalement libérée qui s’invite à la table de la maternité. Il en est peu pour la défendre.

Mais, il est des partisans pour défendre la GPA éthique, celle qui se pratique aux Etats-Unis, par exemple. Là, c’est l’agriculture biologique de la gestation pour autrui, mais il en coûtera plus cher à l’acheteur, au minium 80 000 $, c’est le prix à payer pour avoir le supplément de la bonne conscience.

Car la mère porteuse n’est pas rémunérée. Elle est juste défrayée de ses frais pour le suivi médical, pour ses vêtements et reçoit une compensation pour la gêne. Tout est écrit dans le contrat rédigé par l’avocat qui met sur un même plan mère porteuse et couple commanditaire. Loin des usines à bébés indiennes, la mère porteuse est dans une logique de don. Elle qui a déjà eu la joie d’avoir un enfant, elle veut partager cette joie d’être parents à ceux qui ne peuvent en avoir. Il lui en coûtera l’interdiction de voyager, de manger et boire certains aliments, d’avoir des rapports sexuels même avec son mari et elle recevra une piqure d’hormones chaque jour.

Encadrée ainsi la GPA serait éthique, au cœur d’une économie de marché contrôlée où chacune des parties est consentante. Elle serait respectueuse des personnes.

Pourtant, éthique ou pas la GPA utilise toujours les mêmes ingrédients : d’un côté une femme qui vend son corps comme un outil de travail, de l’autre un couple qui dispose du capital nécessaire et passe commande pour obtenir le produit de ses rêves. A la manière de la prostitution, la GPA fait du corps un objet de travail, un objet de commerce…. Le corps féminin entre dans l’économie de marché.

Quitte à commander un bébé, cher Auditeur, pourquoi ne pas le commander parfait ? Le marché de la gestation a tout prévu. La donneuse d’ovocyte ne sera pas celle qui porte : multiplication des ouvrières maternelles, histoire de distendre au maximum le lien entre elles et le bébé. Là encore l’économie de marché entre en jeu. Les tarifs varient en fonction de son niveau d’étude, de son physique… Les donneuses les plus prisées sont les jeunes filles blanches, à QI élevé, véritables poules aux œufs d’or. La GPA c’est donc la version humaine de l’élevage intensif : sélection de la semence parfaite, insémination dans un être vivant réduit à sa capacité gestatrice en vue de produire un être vivant correspondant aux attente de l’économie de marché. Si en Inde, c’est de l’élevage intensif, aux Etats-Unis c’est du bio, mais ce n’est qu’une différence de cuisson, le plat reste le même : la marchandisation de la maternité.

Dans ce marché libéral et sans conscience, celles qui font leur beurre ce sont les agences américaines, celles qui mettent en relation, les acteurs du marché, assurent la rédaction des contrats et l’assurance d’un produit conforme aux exigences des acheteurs. Elles organisent des salons, font la tournée des pays européens pour recruter des parents d’intention, capitalisant ainsi sur la souffrance de ces couples hétéro ou homosexuels en mal d’enfant.

Le commerce est juteux et les intermédiaires font plus que ramasser les miettes… La grande distribution du bébé est en pleine expansion.

Il y a un an et demi, Manuel Valls réaffirmait que la gestation pour autrui était et resterait interdite en France, dénonçant la pratique intolérable de commercialisation des êtres humains et de la marchandisation du corps des femmes. Il allait même jusqu’à prôner une initiative internationale… En un an et demi, rien ! Au contraire, cher Auditeur, la décision du Conseil d’Etat l’a même légalisée de fait en automatisant l’inscription sur l’état-civil des enfants nés de GPA à l’étranger.

On peut s’étonner de l’inaction d’un gouvernement socialiste dont la lutte contre le capitalisme sauvage devrait être le plat principal mais c’est oublier que la gauche a quitté depuis bien le longtemps la table de la lutte des classes pour lui préférer le menu libéral libertaire agrémenté à la sauce égalité.

Manuel Valls, qu’avez-vous fait des combats de Marx ?

Alors, cher Auditeur, si tu ne peux supporter cette inaction, il est temps de te mobiliser. Le 16 juin, deux propositions de loi portées par les députés Valérie Boyer et Philippe Gosselin seront discutées à l’Assemblée nationale. Va sur le site de La Manif pour Tous, tu trouveras comment interpeller ton député et lui demander d’être présent pour soutenir cette proposition. Qu’il soit de gauche ou de droite, il ne peut que la soutenir et n’oublie pas de participer aux différentes actions, manifs qui auront lieu ce jour-là. Il y en a bien qui luttent contre la souffrance animale dans les élevages, alors pourquoi tu ne te mobiliserais pas pour la dignité des femmes et des enfants ?

Enfin, j’dis ça, j’dis rien.

Clotilde Brossollet
Chronique diffusée sur Radio Espérance le 9 juin 2016.

Share This