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Par Pierre-Olivier Arduin, responsable bioéthique de l’Observatoire sociopolitique du diocèse de Fréjus-Toulon

Au cours des derniers mois de l’année 2012, Benoît XVI a reçu à trois reprises au Vatican les prélats de la Conférence des évêques de France, en visite ad limina apostolorum selon la formule consacrée. De la bouche même du Pape émérite, l’ensemble des discours prononcés les 21 septembre [1], 17 [2] et 30 novembre 2012 [3] doit être regardé comme un « triptyque indissociable » offert aux évêques pour « guider leur réflexion et leur mission au service de la nouvelle évangélisation » [3]. Peu commentés, ces textes capitaux ne sauraient être ignorés tant ils reflètent l’esprit même du pontificat de Benoît XVI et constituent un « programme » solide pour affronter les défis qui nous attendent.

Aussi pensons-nous essentiel de les lire, les assimiler et les travailler pour en recueillir le précieux héritage mais aussi tenter de dégager les principales lignes de force susceptibles de servir de feuille de route aux catholiques de France dans toutes leurs composantes. C’est ce que nous nous proposons de faire dans cet article.

Les racines chrétiennes de la France et sa vocation singulière

Le premier point qui saute aux yeux lorsqu’on prend la peine de lire attentivement ces trois discours est l’insistance dont a fait preuve Benoît XVI à chaque rencontre pour « souligner les racines chrétiennes de la France qui, dès ses origines, a accueilli le message de l’Evangile » [1]. « Vous êtes en charge de régions où la foi chrétienne a très tôt pris racine et porté des fruits admirables », s’exclame le Pape émérite, ne cachant pas son admiration pour notre pays [3]. Ces « origines et ce passé glorieux », ajoute-t-il, sont liés de manière indéfectible à une « longue lignée de saints, de docteurs, de martyrs et de confesseurs de la foi » [3]. Et de citer d’innombrables noms attachés à notre riche histoire, de Pothin et Blandine à Irénée, Vincent de Lérins, Bruno, Bernard, François de Sales en passant par Jeanne d’Arc, Jean-Marie Vianney et Thérèse de l’Enfant-Jésus. Sans oublier l’amour de prédilection des catholiques français pour la Bienheureuse Vierge Marie, patronne de notre pays. « Vous êtes les héritiers d’une grande expérience humaine et d’une immense richesse spirituelle » [3].

Or, si cette « longue histoire chrétienne de votre nation ne peut être ignorée ou diminuée », c’est parce qu’elle « configure encore aujourd’hui sa vocation singulière » [2]. Oui, notre nation a reçu de Dieu un appel particulier, une « vocation », celle d’ « éducatrice des peuples » rappelle Benoît XVI en confirmant le propos audacieux du bienheureux Jean-Paul II qui avait ainsi qualifiée la France au Bourget le 1er juin 1980 [1].

Il ne s’agit certes pas d’en tirer orgueil mais de considérer cette tradition séculaire comme un « socle solide sur lequel vous pouvez appuyez vos efforts pour continuer inlassablement à annoncer la Parole de Dieu dans l’esprit qui anime la nouvelle évangélisation » [1], comme une « source d’inspiration dans votre mission de pasteurs » qui permet de « nourrir une grande espérance, à la fois solide et hardie, à l’heure de relever les défis du troisième millénaire » [3]

Les Evêques aux avant-postes dans la défense de la vie et de la famille

Benoît XVI n’hésite pas à exhorter nos évêques à être sans cesse sur la brèche. C’est que « les fidèles de vos diocèses, ainsi que ceux du monde entier, attendent beaucoup, n’en doutez pas, de l’Eglise qui est en France » [2]. Hors de question de garder le silence devant les défis actuels, semble leur dire le Pape émérite.

Il s’agit en premier lieu de prendre la parole à temps et contre-temps sur les grandes questions sociétales qui agitent notre pays : « Dans les débats importants de société, la voix de l’Eglise doit se faire entendre sans relâche et avec détermination » [2] ; le Pape évoque bien sûr la « protection du mariage entre un homme et une femme et la famille fondée sur lui dont le bien est trop grand pour qu’on ne s’engage pas totalement dans ce domaine spécifique » [1], « la sauvegarde de la vie de la conception jusqu’à la mort naturelle » ainsi que « la juste orientation de la bioéthique en fidélité aux documents du Magistère » [2]. Dénaturation du mariage, recherche sur l’embryon, procréations artificielles, planification eugénique des naissances, euthanasie et suicide médicalement assisté, avortement et contraception, les évêques français doivent être incisifs sur tous ces sujets sans en omettre aucun : « Défendre la vie et la famille dans la société n’est en rien rétrograde, mais plutôt prophétique car cela revient à promouvoir des valeurs qui permettent le plein épanouissement de la personne humaine, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Nous avons là un véritable défi à relever » [1].

« N’ayons donc pas peur de parler avec une vigueur toute apostolique du mystère de Dieu et du mystère de l’homme, poursuit Benoît XVI, et de déployer inlassablement les richesses de la doctrine chrétienne. Il y a en elle des mots et des réalités, des convictions fondamentales et des modes de raisonnement qui peuvent seuls porter l’espérance dont le monde a soif » [2].

Il est remarquable de noter que pour Benoît XVI la nouvelle évangélisation fait aussi œuvre de civilisation et que l’évêque, lorsqu’il est un « héraut intrépide de la foi » est également un bâtisseur de la civilisation, defensor civitatis. A deux reprises, il cite un passage emblématique de la constitution Gaudium et spes sur ce lien entre transmission de la foi et protection de la civilisation : « Plus l’Église est consciente de son être et de sa mission, plus elle est capable d’aimer ce monde, de porter sur lui un regard confiant, inspiré de celui de Jésus…. Et « l’Église, en remplissant sa propre mission, concourt déjà par là-même à l’œuvre civilisatrice et elle y pousse » (Gaudium et spes, n. 58, 4), dit le Concile » [2].

Repartir de Dieu et du Christ

Il ne s’agit pas de faire sèchement la morale à nos contemporains mais de mettre sa « confiance dans la force intrinsèque du message évangélique » : « Dans ce contexte précisément, l’harmonie qui existe entre la foi et la raison vous donne une assurance particulière : le message du Christ et de son Église n’est pas seulement porteur d’une identité religieuse qui demanderait à être respectée comme telle ; il porte une sagesse qui permet d’envisager avec rectitude les réponses concrètes aux questions pressantes, et parfois angoissantes, des temps présents. En continuant d’exercer, comme vous le faites, la dimension prophétique de votre ministère épiscopal, vous apportez dans ces débats une parole indispensable de vérité, qui libère et ouvre les cœurs à l’espérance. Cette parole, j’en suis convaincu, est attendue » [2].

À cet égard, Benoît XVI demande de poursuivre un dialogue rigoureux avec les non-croyants, et repropose à la réflexion des évêques son discours de 2008 donné aux Bernardins : « La France peut s’honorer de compter parmi ses fils et ses filles nombre d’intellectuels de haut niveau dont certains regardent l’Église avec bienveillance et respect. Croyants ou non, ils sont conscients des immenses défis de notre époque, où le message chrétien est un point de repère irremplaçable. Il se peut que d’autres traditions intellectuelles ou philosophiques s’épuisent : mais l’Église trouve dans sa mission divine l’assurance et le courage de prêcher, à temps et à contretemps, l’appel universel au Salut, la grandeur du dessein divin sur l’humanité, la responsabilité de l’homme, sa dignité et sa liberté, – et malgré la blessure du péché – sa capacité à discerner en conscience ce qui est vrai et ce qui est bon, et sa disponibilité à la grâce divine. Aux Bernardins, j’avais voulu rappeler que le quaerere Deum (la recherche de Dieu), rejaillissait en source de renouveau et de progrès pour la culture » [2]

Nouvelle évangélisation et assainissement de la société sont intrinsèquement unis dans l’esprit du Pape. Il ne saurait y avoir d’un côté des spécialistes de l’annonce de l’Evangile et de l’autre des défenseurs des valeurs qui cachent leur foi de peur de ne pas « passer médiatiquement » : « La nouvelle évangélisation dans laquelle l’Eglise s’est résolument engagée depuis le Concile Vatican II se présente avec une urgence particulière (…). Elle demande à tous les chrétiens de rendre compte de l’espérance qui les habite (1 P 3,15)… L’ardeur apportée à la nouvelle évangélisation sera notre meilleure contribution à l’épanouissement de la société humaine et la meilleure répons eaux défis de toutes sortes qui se posent à tous en ce début de troisième millénaire » [3].

Thème récurrent de son pontificat, Benoît XVI redit que « seul Dieu peut apporter une réponse satisfaisante » aux enjeux actuels et que la vérité trouvera un accueil favorable si elle est présentée « non comme le fruit de nos propres réflexions mais d’abord comme la parole que Dieu veut adresser à tout homme » [2]. Il faut pour cela revenir à des fondamentaux très simples : « La Bonne Nouvelle que nous sommes chargés d’annoncer aux hommes de tous les temps, de toutes langues et de toutes cultures, peut se résumer en quelques mots : Dieu, créateur de l’homme, en son fils Jésus nous fait connaître son amour pour l’humanité : « Dieu est amour » (cf. 1 Jn), il veut le bonheur de ses créatures, de tous ses enfants. La constitution pastorale Gaudium et spes (cf. n. 10) a posé les questions clés de l’existence humaine, sur le sens de la vie et de la mort, du mal, de la maladie et de la souffrance, si présents dans notre monde. Elle a rappelé que, dans sa bonté paternelle, Dieu a voulu apporter des réponses à toutes ces questions et que le Christ a fondé son Église pour que tous les hommes puissent les connaître. C’est pourquoi, l’un des plus graves problèmes de notre époque est celui de l’ignorance pratique religieuse dans laquelle vivent beaucoup d’hommes et de femmes, y compris des fidèles catholiques » [3].

« La méconnaissance de la personne de Jésus-Christ et celle de la sublimité de ses enseignements, de leur valeur universelle et permanente » [3] est donc l’un des obstacles les plus redoutables de notre mission, avertit Benoît XVI. « Cette double ignorance produit en outre dans les nouvelles générations l’incapacité de comprendre l’histoire et de se sentir héritier de cette tradition qui a façonné la vie, la société, l’art et la culture européenne » [3].

Devant l’ampleur de la mission, autant dire que les questions de stratégie et réorganisation pastorales ne sont pas toujours la priorité du moment : « La solution des problèmes pastoraux diocésains qui se présentent ne saurait se limiter à des questions d’organisation, pour importantes qu’elles soient. Le risque existe de mettre l’accent sur la recherche de l’efficacité avec une sorte de « bureaucratisation de la pastorale », en se focalisant sur les structures, sur l’organisation et les programmes, qui peuvent devenir « autoréférentiels », à usage exclusif des membres de ces structures. Celles-ci n’auraient alors que peu d’impact sur la vie des chrétiens éloignés de la pratique régulière. L’évangélisation demande, en revanche, de partir de la rencontre avec le Seigneur, dans un dialogue établi dans la prière, puis de se concentrer sur le témoignage à donner afin d’aider nos contemporains à reconnaître et à redécouvrir les signes de la présence de Dieu » [1].

Liturgie et nouvelle évangélisation

Loin des querelles idéologiques, Benoît XVI se livre à une magnifique méditation sur la liturgie comme « contribution de l’Eglise à l’œuvre civilisatrice » et « célébration de l’événement central de l’histoire humaine, le sacrifice rédempteur du Christ » [2]. Par l’action liturgique, l’Eglise « témoigne de l’amour dont Dieu aime l’humanité, elle témoigne que la vie de l’homme a un sens et qu’il est par vocation appelé à partager la vie glorieuse de la Trinité. L’humanité a besoin de ce témoignage. Elle a besoin de percevoir, à travers les célébrations liturgiques, la conscience que l’Église a de la seigneurie de Dieu et de la dignité de l’homme (…). Sachant le soin dont vous cherchez à entourer vos célébrations liturgiques, je vous encourage à cultiver l’art de célébrer, à aider vos prêtres dans ce sens, et à œuvrer sans cesse à la formation liturgique des séminaristes et des fidèles. Le respect des normes établies exprime l’amour et la fidélité à la foi de l’Église, au trésor de grâce qu’elle garde et transmet ; la beauté des célébrations, bien plus que les innovations et les accommodements subjectifs, fait œuvre durable et efficace d’évangélisation » [2].

Benoît XVI recommande par ailleurs une « nouvelle valorisation du dimanche » et, après avoir insisté sur l’adoration, « encourage à faire du Christ présent dans l’Eucharistie la source et le sommet de la vie chrétienne » [1].

Il revient également sur l’importance fondamentale du sacerdoce, les rapports d’amitié et de relation filiale qui doivent se nouer entre les évêques et leurs prêtres [1] et l’apport incomparable de la vie religieuse qui est un « trésor » non seulement pour l’Eglise en France mais pour la société elle-même [2].

A ce titre, « l’Église en Europe et en France ne peut rester indifférente face à la diminution des vocations et des ordinations sacerdotales, non plus que des autres genres d’appel que Dieu suscite dans l’Église. Il est urgent de mobiliser toutes les énergies disponibles, pour que les jeunes puissent écouter la voix du Seigneur. Dieu appelle qui il veut et quand il veut. Cependant, les familles chrétiennes et les communautés ferventes demeurent des terrains particulièrement favorables. Ces familles, ces communautés et ces jeunes se trouvent donc au cœur de toute initiative d’évangélisation » [3].

La mission spécifique des laïcs

Benoît XVI salue la générosité des laïcs qui participent à des charges dans l’Eglise mais ne se lasse pas de rappeler que « la tâche spécifique des fidèles laïcs est l’animation chrétienne des réalités temporelles au sein desquelles ils agissent de leur propre initiative et de façon autonome, à la lumière de la foi et de l’enseignement de l’Église (cf. Gaudium et spes, n. 43) » [1]. Dans plusieurs de ses documents, le Concile Vatican II, ajoute-t-il lors de la dernière rencontre avec les évêques français, a souligné la spécificité de leur mission : imprégner les réalités humaines de l’esprit de l’Évangile. Les laïcs sont le visage du monde dans l’Église et en même temps le visage de l’Église dans le monde. Je connais la valeur et la qualité de l’apostolat multiforme des laïcs, hommes et femmes. J’associe ma voix à la vôtre pour leur exprimer mes sentiments d’appréciation » [3].

Le Pape émérite demande aux laïcs de « sentir que leur foi les engage » et de ne pas oublier que « la cohérence est source de joie et de fécondité » [2]. Aussi doivent-ils faire preuve d’un attachement sans failles et d’une fidélité « à l’enseignement moral de l’Eglise » en ayant « le courage d’afficher leurs convictions chrétiennes sans arrogance mais avec respect dans les divers milieux où ils évoluent » [2]. Pour cela Benoît XVI souhaite que « de nombreux chrétiens prennent le chemin du service du bien commun en approfondissant la Doctrine sociale de l’Eglise » [2].

Le laïc engagé dans la société doit présenter ainsi un « témoignage chrétien enraciné dans le Christ et vécu dans la cohérence de vie », témoignage qui « naît et se renouvelle sans cesse sous l’action de l’Esprit Saint » [2]. A côté du Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise, Benoît XVI rappelle qu’ « en soutien à ce témoignage, le Catéchisme de l’Eglise catholique est un instrument très utile » [2].

Pour mener à bien cette animation en profondeur de la société, il faut imiter « l’exemple de notre divin Maître qui est toujours le fondement de toute notre réflexion et de notre action. Prière et action, tels sont les moyens que notre Sauveur nous demander encore et toujours d’employer » [3]. Et de leur proposer sainte Jeanne d’Arc, « modèle de sainteté laïque au service du bien commun » [1] : « L’un des aspects les plus originaux de la sainteté de cette jeune fille est précisément ce lien entre l’expérience mystique et la mission politique. Après les années de vie cachée et de maturation intérieure s’ensuivent deux autres années de vie publique, brèves mais intenses : une année d’action et une année de passion » [1].

L’urgence de l’éducation et les jeunes

Au cours de ses trois discours à l’Eglise de France, Benoît XVI est encore revenu sur l’urgence de l’éducation, un sujet dont il juge l’importance cruciale en nos temps incertains. L’Eglise doit être aux côtés des parents dans la transmission de la foi aux nouvelles générations dont « les attentes particulières demandent qu’une catéchèse appropriée leur soit proposée afin qu’ils trouvent toute leur place dans la communauté croyante » [1]. « La jeunesse est l’espoir et l’avenir de l’Eglise et du monde » [3], redit le Pape avec des accents wojtiliens, et ce d’autant plus que « le nombre considérable de jeunes Français aux journées mondiales de la jeunesse de Madrid est le signe d’un nouveau dynamisme de la foi qui ouvre la porte à l’espérance » [1].

Premier conseil donné à ses frères évêques, prendre toutes les initiatives «  pour soutenir les familles, pour les entourer de votre sollicitude, pour favoriser leur prise de responsabilité dans le domaine éducatif » [2]. Il s’agit ici, à côté des principes de protection de la vie humaine de sa conception à sa mort naturelle et du mariage en tant que don exclusif et indissoluble entre un homme et une femme, du troisième principe non négociable dont la validité est universelle, et inviolable : « La responsabilité des parents dans ce domaine est un bien précieux que l’Eglise défend et promeut autant comme une dimension inaliénable et capitale du bien commun de toute la société que comme une exigence de la dignité de la personne et de la famille » [2].

Le Pape émérite appelle à une mobilisation de toutes les forces vives de l’Eglise dans le champ de l’ « éducation catholique », priorité de la nouvelle évangélisation : « prêtres, personnes consacrées et laïcs » doivent offrir un « témoignage de vie qui permette aux jeunes d’assimiler les valeurs humaines et chrétiennes afin de tendre à la recherche de l’amour du vrai et du beau » [3].

Sa vision ambitieuse de l’école catholique résonne comme un appel à un engagement renouvelé de notre part dans la formation des intelligences et des consciences ainsi que la transmission de la foi aux nouvelles générations : « Quant aux écoles catholiques qui ont façonné la vie chrétienne et culturelle de votre pays, elles ont aujourd’hui une responsabilité historique. Lieux de transmission du savoir et de formation de la personne, d’accueil inconditionnel et d’apprentissage de la vie en commun, elles bénéficient souvent d’un prestige mérité. Trouver les chemins pour que la transmission de la foi demeure au centre de leur projet éducatif, est nécessaire. La nouvelle évangélisation passe par ces écoles et par l’œuvre multiforme de l’éducation catholique qui sous-tend de nombreuses initiatives et mouvements dont l’Église est reconnaissante. L’éducation aux valeurs chrétiennes donne les clés de la culture de votre pays. En ouvrant à l’espérance et à la liberté authentique, elle continuera de lui apporter dynamisme et créativité » [3].

De même ne faut-il pas cultiver de projets trop étriqués en matière d’enseignement supérieur et universitaire : « Les Instituts catholiques sont évidemment au premier poste du grand dialogue entre la foi et la culture. L’amour de la vérité qui y rayonne est en lui-même évangélisateur. Ce sont des lieux d’enseignement et de dialogue, et aussi des centres de recherche, qui doivent toujours être plus développés, plus ambitieux. Je connais bien la contribution que l’Église en France a apportée à la culture chrétienne. Je sais votre attention – et je vous encourage dans ce sens – à cultiver la rigueur académique et à tisser des liens plus intenses de communication et de collaboration avec des universités d’autres pays, tantôt pour les faire bénéficier de vos propres excellences, tantôt pour apprendre d’elles, afin de toujours mieux servir l’Église, la société, l’homme tout entier » [3].

Enfin n’est-il pas étonnant que l’ancien professeur de théologie demande d’aller beaucoup plus loin dans « l’initiation théologique de jeunes étudiants en disciplines profanes » : « La théologie est une source de sagesse, de joie, d’émerveillement qui ne peut être réservée aux seuls séminaristes, prêtres et personnes consacrées. Proposée à de nombreux jeunes, elle les confortera dans leur foi, et fera d’eux, à n’en pas douter, des apôtres audacieux et convaincants. C’est donc une perspective qui pourrait être proposée largement aux Instituts supérieurs de théologie, comme expression de la dimension intrinsèquement missionnaire de la théologie, et comme service de la culture dans son sens le plus profond » [3].

Avancer au large

En recevant les évêques de France, Benoît XVI n’a pas manqué comme à son accoutumée de leur adresser un appel à voir grand et loin. Certes, pasteurs et fidèles, nous sommes immergés dans « une société largement sécularisée » [1] et un « contexte culturel marqué par le relativisme et l’hédonisme » [3], où le « passage de la foi reçue à la foi assumée personnellement est de plus en plus difficile » [2] conduisant parfois à une « véritable rupture dans la transmission lorsque se succèdent plusieurs générations désormais éloignées de la foi vivante » [2]. Il y a là un « énorme défi », dit Benoît XVI, le défi de « vivre dans une société qui ne partage pas toujours les enseignements du Christ et qui parfois cherche à ridiculiser ou à marginaliser l’Eglise en désirant la confiner dans l’unique sphère privée » [2].

Loin de nous démobiliser ou de nous faire sombrer dans le défaitisme, « sans céder à la tentation du découragement ou du repli » [2], ce constat doit susciter au contraire un réveil des consciences et une nouvelle ardeur dans l’évangélisation : il nous faut tous ensemble « rechercher une réponse avec courage et optimisme, en proposant avec audace et inventivité, la nouveauté permanente de l’Evangile » [1]. Duc in altum !

[1] Discours du Pape Benoît XVI aux prélats de la conférence des évêques de France en visite ad limina apostolorum, Palais apostolique de Castel Gondolfo, Salle des Suisses, 21 septembre 2012.

[2] Discours du Pape Benoît XVI aux prélats de la conférence des évêques de France en visite ad limina apostolorum, Salle du Consistoire, 17 novembre 2012.

[3] Discours du Pape Benoît XVI aux prélats de la conférence des évêques de France en visite ad limina apostolorum, Salle du Consistoire, 30 novembre 2012.

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