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La BastilleRévolutionnaires et contre-révolutionnaires s’accordent à considérer la Révolution non comme un événement historique donné, survenu à un moment et en un lieu précis, mais comme un phénomène permanent et universel.

« Vous êtes appelés à recommencer l’histoire« , affirmait Barrère aux Etats Généraux de 1789. « La Révolution n’est pas seulement pour la France, nous en sommes comptables à l’humanité« , proclamait de son côté Thuriot de la Rozière à l’Assemblée législative, le 17 août 1792; tandis que Gracchus Babeuf, qui peut être considéré comme un précurseur du communisme, ne craignait par d’affirmer dans son Adresse au peuple français que « la Révolution française n’est que l’avant-courrière d’une Révolution bien plus grande, bien plus solennelle et qui sera la dernière« . On ne peut être plus clair! Les successeurs des agents de la Révolution française le seront tout autant. On connaît le propos de Bonaparte: »On veut détruire la Révolution, mais je la défendrai, car je suis la Révolution« . De même, René Viviani, qui affirmera près d’un siècle plus tard: « Nous sommes chargés de préserver de toute atteinte le patrimoine de la Révolution« . Plus récemment, André Malraux, qui connaît bien le phénomène révolutionnaire pour l’avoir pratiqué, le hausse au niveau d’une action rédemptrice: « La Révolution joue aujour-d’hui le rôle que joua jadis la vie éternelle« . L’on retrouve la même volonté dans les propos de nos hommes politiques actuels. Ainsi François Mitterrand, en déposant une rose (celle de l’héritage, dira Maurois) sur le tombeau de Jean Jaurès au Panthéon, déclare: « Jaurès, c’est la plus profonde tradition nationale, poussant ses racines occitanes jusqu’aux Cathares. C’est la Révolution française, son élan d’universalité, ses mots d’ordre: Liberté, Egalité, Fraternité« . Pour sa part, Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de la Défense, écrit dans Armée d’aujourd’hui: « Non, décidément, la Révolution française n’est pas et ne sera sans doute jamais achevée« . Et il ajoute: « la Révolution est un acte fondateur de notre histoire moderne« . Vincent Peillon développe la même tradition : La Révolution n’est pas achevée : Voir la video En 1989, pour son bicentenaire, on a « célébré la Révolution« , expression qui traduit bien le souci d’actualiser le phénomène et exclut qu’il puisse s’agir d’une simple « commémoration ». On retrouve la même analyse du côté des adversaires de la Révolution. Joseph de Maistre écrit: « S’il y a quelque chose d’évident, c’est l’immense base de la Révolution qui n’a d’autres bornes que le monde« . Et, en pleine Restauration, il affirme: « La Révolution est debout, elle marche, elle court, elle rue… rien n’en fait présager la fin« . Dans l’avant-propos du livre qu’il rédige pour le premier centenaire de 1789, Mgr Freppel constate à son tour: « Si tout s’était borné, en 1789 et 1793, à renverser une dynastie, à substituer une forme de gouvernement à une autre, il n’y aurait eu là qu’une de ces catastrophes dont l’histoire nous montre maints exemples. Mais la Révolution française a un tout autre caractère, elle est une doctrine – ou si l’on préfère, un ensemble de doctrines – en matières religieuse, philosophique, politique, sociale. Voilà ce qui lui donne sa véritable portée; et c’est à ces divers points de vue qu’il convient de se placer pour la juger en elle-même et dans son influence sur les destinées de la nation française, comme aussi sur la marche générale de la civilisation« . La Révolution se veut donc universelle, elle prétend s’étendre au monde entier, du Nicaragua à la Chine, et dominer le temps. Elle entend concerner l’ensemble des activités humaines, qu’elles soient sociales, morales, culturelles ou religieuses. Aucun domaine n’est épargné[[On peut renvoyer ici à l’ouvrage que François Marie Algoud a consacré à l’histoire de la perversion des intelligences et des volontés ; il dresse un inventaire des faits qui manifestent cette perversion et cet inventaire, qui rassemble une exceptionnelle documentation, est une démonstration du fait que tout se tient.]].

Dieu à la place de Dieu

La Révolution, qui se veut universelle et intemporelle, se présente comme le refus systématique de toute notion d’ordre pré-existant et s’imposant à l’homme. Refus d’abord, et c’est fondamental, du mode de connaissance de l’intelligence humaine. Aristote estimait que l’homme pouvait dégager « le juste de l’observation de la nature« , reconnaissant par là l’existence d’un ordre objectif qu’il ne s’agit pas de créer ou d’inventer mais de découvrir et de décrire. Démarche radicalement inverse, Jean-Jacques Rousseau n’hésitera pas à affirmer qu’il faut « écarter les faits, car ils ne touchent pas à la question« . Par voie de conséquence, la Révolution se présente également comme le refus de toutes lois inhérentes à l’ordre social humain: la loi n’est pas l’explicitation du droit naturel, mais l’expression de la volonté générale. « Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaires« , ne craindra pas d’affirmer le sénateur socialiste Laignel, en octobre 1981. En fait, on peut définir la Révolution comme l’ensemble des doctrines et des actions qui veulent remplacer l’ordre naturel des choses, l’ordre naturel des sociétés, voulus par le Créateur, dans les institutions civiles, politiques, sociales, par une organisation élaborée par l’homme lui-même et, de ce fait, en perpétuel changement. C’est bien ainsi que la définissait Mgr Gaume, en 1877: « Si, arrachant son masque, vous lui demandez: qui es-tu? elle vous dira: je ne suis pas ce que l’on croit. Beaucoup parlent de moi et bien peu me connaissent. Je ne suis ni le carbonarisme, ni l’émeute, ni le changement de la monarchie en république, ni la substitution d’une dynastie à une autre, ni le trouble momentané de l’ordre public. Je ne suis ni les hurlements des Jacobins, ni les fureurs de la Montagne, ni le combat des barricades, ni le pillage, ni l’incendie, ni la loi agraire, ni la guillotine, ni les noyades. Je ne suis ni Marat, ni Robespierre, ni Babeuf, ni Mazzini, ni Kossuth. Ces hommes sont mes fils, ils ne sont pas moi. Ces choses sont mes œuvres, elles ne sont pas moi. Ces hommes et ces choses sont des faits passagers et moi je suis un état permanent. Je suis la haine de tout ordre que l’homme n’a pas établi et dans lequel il n’est pas roi et Dieu tout ensemble. Je suis la proclamation des droits de l’homme sans souci des droits de Dieu. Je suis la fondation de l’état religieux et social sur la volonté de l’homme au lieu de la volonté de Dieu. Je suis Dieu détrôné et l’homme à sa place. Voilà pourquoi je m’appelle Révolution c’est-à-dire renversement« . Cette formule, qui peut sembler aujourd’hui grandiloquente, expose néanmoins parfaitement ce qu’est l’essentiel du phénomène révolutionnaire. En 1878, Albert de Mun reprendra cette définition pour la confirmer: « C’est là qu’est la Révolution, et c’est là qu’il faut l’attaquer. Le reste n’est rien, ou plutôt tout découle de là, de cette révolte orgueilleuse d’où est sorti l’Etat moderne, l’Etat qui a pris la place de tout, qui est devenu Dieu et que nous nous refusons à adorer« . Dans une telle perspective, il n’existe plus rien de stable: « il faut tout changer » n’est pas devenu par hasard un slogan démocratique, note Gustave Thibon. Le révolutionnaire croit, en effet, à la possibilité d’une refonte de tout; détruisons tout cet édifice social impur, clame sa foi, dussions-nous pour reconstruire partir du néant. Cette œuvre prométhéenne est en perpétuel recommencement.

La nature humaine : bonne à changer

Renversement des bases de l’ordre social et politique, construction d’un système social et politique éclos dans le cerveau de l’homme, tout refondre, tout changer, ces prétentions de la Révolution ont en fait pour but de modifier la nature humaine en modifiant la nature des liens de l’homme avec tout ce qui l’entoure et dont il a un besoin vital. C’est, en fait, nier la réalité d’une nature humaine. Après avoir noté que Marx n’évoque même pas l’existence d’une nature humaine, ni celle d’institutions sociales qui pourraient lui correspondre, Plekhanov ajoute: « l’histoire n’est pas autre chose qu’une modification constante de la nature humaine« . La prétention de la Révolution est d’être le moteur de cette constante modification. Changer l’homme, tel est le projet de tous les révolutionnaires. Pour Rousseau, « celui qui ose entreprendre d’instituer un peuple doit se sentir en état de changer, pour ainsi dire, la nature humaine« . « Je suis convaincu, confessait Robespierre, de la nécessité d’opérer une entière régénération et, si je peux m’exprimer ainsi, de créer un nouveau peuple« . « La Révolution est rédemption, elle est création, nouvelle création du monde…La Révolution engendre un homme nouveau« , constate Jean de Fabrègues dans son ouvrage La Révolution ou la foi. On ne peut, évidemment, faire ici aucune analogie avec « l’homme nouveau » dont parle saint Paul, homme régénéré par la grâce, mais par une grâce qui se greffe sur sa nature, dans sa nature. Il y a par la grâce un achèvement – ou mieux une transfiguration – de la nature et tout dans la nature de l’homme s’offre à cette transfiguration: elle est faite pour cela, elle est ainsi voulue par le Créateur. Tandis qu’en se fixant pour objectif de changer l’homme, de créer un homme nouveau, les fils de la Révolution entendent changer cette nature humaine, se faire créateurs à la place du Créateur, créer une nature nouvelle où la grâce n’ait plus où se greffer. « Le monde moderne est possédé, écrit le père Calmel, d’une haine féroce de la nature… Il s’acharne à pervertir la nature et à la fausser afin que la grâce ne dispose plus que d’un terrain infertile et ingrat. Notre monde est alors surpeuplé de pauvres créatures falsifiées, vidées, exsangues, irréelles, de créatures de cauchemar » (Itinéraires n° 45). Ce nouvel homme, ce nouveau peuple que le monde moderne totalitaire rêve de créer, est un peuple standardisé, interchangeable, déresponsabilisé, et donc contrôlable et manipulable.

Anticatholicisme primaire

Imprégnés de naturalisme, plongés dans un naturalisme institutionnalisé, nos contemporains pensent que la Révolution est politique par essence et religieuse par conséquence. En réalité, c’est l’inverse. La Révolution s’accommode de tous les régimes, le christianisme seul demeure l’objet de sa permanente hostilité. La haine de Dieu, de Jésus-Christ, de l’Eglise, de l’ordre chrétien est typiquement révolutionnaire. Cette haine s’exprime de diverses manières. Elle a pris la forme de la violence et des persécutions de la Révolution française; celle de la mise en place de l’appareil laïque à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Ces mesures étaient accompagnées d’invectives précises et violentes contre Dieu et ses prêtres. On peut relever de véritables déclarations de guerre: « Nous avons l’air de combattre pour la forme de gouvernement, pour l’intégrité de la constitution, la lutte est plus profonde, la lutte est contre tout ce qui reste du vieux monde, elle est entre les agents de la théocratie romaine et les fils de 89« , expliquait Gambetta à une délégation de la jeunesse, le 1er juin 1877. « Mon but est d’organiser l’humanité sans Dieu« , avouait pour sa part Jules Ferry, tandis que Georges Clemenceau confessait le 12 juillet 1909 que « depuis la Révolution, nous sommes en révolte contre l’autorité divine et humaine. Rien ne sera fait dans ce pays tant qu’on n’aura pas changé l’état d’esprit qu’y a introduit l’autorité catholique« . « La IIIème République a appelé autour d’elle les enfants des paysans, les enfants des ouvriers et dans ces cerveaux obscurs, dans ces consciences enténébrées, elle a versé peu à peu le germe révolutionnaire de l’instruction. Cela n’a pas suffi. Tous ensemble nous nous sommes attachés dans le passé à une œuvre d’irréligion. Nous avons arraché la conscience à la croyance. Lorsqu’un misérable, fatigué du poids du jour, ployait le genou, nous l’avons relevé, nous lui avons dit que derrière les nuages, il n’y avait que des chimères. Ensemble et d’un geste magnifique, nous avons éteint dans le ciel des étoiles qu’on ne rallumera plus. Voilà notre œuvre révolutionnaire« , affirmait avec orgueil René Viviani. Toutes les formes de la Révolution convergent dans la volonté de faire disparaître la civilisation chrétienne afin de réunir les conditions d’une société sans Dieu, « société dans laquelle, écrivait Feuerbach, l’individualisme a pris la place de la Foi, la raison celle de la Bible, la politique celle de la religion et de l’Eglise, la terre celle du Ciel, le travail celle de la prière, la misère celle de l’enfer et l’homme celle du Christ« . La Révolution est religieuse dans son essence, elle n’est politique que par stratégie ou tactique. Elle ne s’adresse pas directement à Dieu, elle s’adresse à l’homme, qu’elle détache de Dieu en le sécularisant. Elle s’acharne à laïciser la vie sociale à tous les niveaux en la fondant sur la volonté de l’homme et non sur celle de Dieu. C’est en cela que consiste le « renversement », la « Révolution ».

Une Révolution ? Des révolutions…

Si l’on peut attribuer à la Révolution une unité de pensée et d’action, si la Révolution est « un bloc« , ce bloc n’est pas homogène. La diversité des formes révolutionnaires est évidente, de la technocratie totalitaire aux tendances anarchiques de mai 68 ou à la Nouvelle Droite, du tolérantisme à la Terreur, de la révolution marxiste à la révolution sexuelle. De même les attitudes paraissent opposées entre la persécution religieuse et la politique de la main tendue aux catholiques. Ces manifestations apparemment contradictoires peuvent masquer pour certains l’unité du projet, unité qu’il faut rechercher en remontant aux causes de ces phénomènes multiformes. Faute de cette clairvoyance, on risque de lutter contre une forme révolutionnaire au moyen de ce que l’on n’aura pas su discerner comme une autre forme révolutionnaire. On fera, par exemple, du libéralisme l’antidote du socialisme. Nous verrons plus loin la faiblesse d’une telle démarche.

Haro sur l’intelligence

« Il est évidemment absurde de présenter la Renaissance protestante, la Réforme protestante, la Réforme cartésienne, la philosophie des Lumières, le Rousseauisme comme une série unilinéaire, aboutissant directement à l’apocalypse de la Révolution française. Ce schématisme dissimule des diversités essentielles et des oppositions profondes. A refuser pourtant de voir la convergence finale de ces mêmes mouvements, il y aurait une égale méconnaissance du réel. Nous sommes ici en présence de ruptures provoquées sur des points différents et de forces qui s’entrecroisent et s’enchevêtrent, mais qui tendent en fait à la destruction d’un même ordre et d’une même vie. Elles sont donc solidaires au moins dans la négation. Dans des proportions très diverses et sur des modalités souvent opposées, on y voit passer : naturalisme, individualisme, idéalisme ou subjectivisme, tous les « ismes » qui font l’ornement du monde moderne« [[Jacques Maritain, in Les trois réformateurs, p. 134.]]. La négation est un caractère fondamental de la Révolution. Refus des systèmes de valeurs traditionnels, elle est en fait la négation perpétuelle de tout système de valeurs en soi. Il lui faut supprimer tout critère, refuser tout jugement objectif, veiller à la destruction des équilibres ayant tendance à se reconstituer. La Révolution est en ce sens un substitut du bien commun. « Tout vrai révolutionnaire est un homme que travaille l’impatience de détruire« , remarquait justement Gustave Thibon. Il faut tout changer: « Ce que la Révolution a de plus essentiel est de dissoudre tout ce qui peut être substance de vérité, d’ordre objectif. Elle ne garde, elle ne veut retenir que l’aspect évolutif, l’aspect perpétuellement changeant des êtres et des choses« , constatait pour sa part Jean Ousset. Le révolutionnaire n’est pas le réformateur qui se satisferait de la réforme obtenue. Dès lors, la seule réalité de la Révolution est l’Action; le vrai et le faux, le bien et le mal, le juste et l’injuste n’existent pas en tant que tels. Le oui et le non perdent leur sens; c’est le renversement de l’intelligence fondée sur la règle « Est-Est – Non-Non » de la philosophie traditionnelle; et sur le « que votre oui soit oui, que votre non soit non » de l’Evangile. Le marxisme, qui n’est qu’un héritier de la Révolution, en est, sur ce point, un héritier privilégié. « Il achève, dit Albert Camus dans L’homme révolté, le mouvement de négation commencé par la philosophie des Lumières« . C’est cette même négation qu’exalte Feuerbach: « La véritable philosophie est la négation de la philosophie. Nulle religion est ma religion. Nulle philosophie est ma philosophie« . C’est aussi l’aveu de Proudhon: « Notre principe à nous c’est la négation de tout dogme ; notre donnée, le néant. Nier, toujours nier, c’est là notre méthode ; elle nous a conduits à poser comme principe : en religion, l’athéisme ; en politique, l’anarchie; en économie politique, la non-propriété« . Même souci chez Jaurès: « Ce qu’il faut sauvegarder avant tout, ce qui est le bien inestimable conquis par l’homme à travers tous les préjugés, toutes les souffrances et tous les combats, c’est cette idée qu’il n’y a pas de vérité sacrée (… c’est) qu’une révolte secrète doit se mêler à toutes nos affirmations et à toutes nos pensées, c’est que, si l’idéal même de Dieu se faisait visible, si Dieu Lui-même se dressait devant les multitudes sous une forme palpable, le premier devoir de l’homme serait de refuser l’obéissance et de le considérer comme l’égal avec qui l’on discute, non comme le Maître que l’on subit« . Plus récemment, Richard Dupuy déclarait au Convent annuel de la Grande Loge de France, le 20 juillet 1968: « Nous, francs-maçons, nous savons, de science assurée, que la contestation, c’est nous ! La méthode maçonnique, c’est la remise en cause perpétuelle de ce qui est acquis. La contestation, c’est la certitude que nous avons, au plus profond de nous-mêmes, de par notre initiation traditionnelle, que nous sommes incapables d’énoncer, une fois pour toutes, une vérité éternelle, une vérité absolue« . Cette contestation permanente, cette raison négative, le pouvoir du négatif, selon l’expression d’Herbert Marcuse, caractérisent l’esprit révolutionnaire qui implique, comme le rappelle Albert Camus, « la certitude de l’infinie plasticité de l’homme et la négation de la nature humaine« .

Le culte de la culture

Dans la culture, se trouvent incluses des notions de patrimoine intellectuel, d’un patrimoine assimilé; la culture donne cet équilibre des connaissances et de l’action que les Anciens appelaient « Sagesse ». Elle traduit l’harmonie de l’ordre naturel, elle comporte des éléments permanents et fondamentaux qui répondent aux exigences de la nature humaine. Aussi la volonté révolutionnaire de changer la nature humaine implique-t-elle nécessairement une subversion de la culture: « La culture révolutionnaire est pour les masses populaires une arme puissante. Notre travail est régi par des milliers de règles qui peuvent se résumer en dernière analyse en une seule phrase : transformer 1’âme de l’homme« , écrivait Mao Tsé Toung, le champion de la révolution culturelle. Il s’agit en fait d’habituer l’esprit humain à ne plus penser en termes de finalité. Plus proche de nous, Malraux, écrivait dans le Courrier de l’Ouest que « le rôle de la culture correspond à ce qu’était autrefois la religion« , allant jusqu’à considérer la Maison de la culture comme la « cathédrale des temps modernes« . De son côté, Garaudy assurait que « nous ne connaissons pas d’autre culte que la culture, pas d’autre sacrement que cette création continue de l’homme par 1’homme par le combat militant, par la création artistique« . La Révolution s’approprie la capacité de création, voire de Rédemption. Dans la pratique, cette volonté se traduit par la dénonciation de la culture dite « bourgeoise ». Place sera faite à la mode, les élites seront remplacées par des idoles qui passent, véritables faussaires de l’intelligence. C’est le règne de l’originalité à tout prix; toute pensée devient recherche, le langage doit être novateur, les mots eux-mêmes changent de sens.

Entreprise de démoralisation

Dans cette remise en cause radicale de la société traditionnelle, la Révolution s’attache principalement de nos jours à corrompre les mœurs et à détruire le caractère sacré de la vie humaine. Corruption des mœurs L’immoralité, si elle n’est pas l’apanage de la Révolution, est une de ses armes privilégiées pour donner à l’homme une autre vision de lui-même. Elle ne se cache pas de vouloir délibérément corrompre le comportement moral: « Il a été jugé bon de donner le branle à tout ce qui aspire à remuer. L’essentiel est d’isoler l’homme de sa famille, de lui en faire perdre les mœurs… Catholicisme-monarchies, ces deux bases de l’ordre social peuvent crouler sous la corruption, ne nous lassons jamais de corrompre. Popularisons le vice dans les multitudes : qu’elles le respirent, le boivent, s’en saturent. Faites des cœurs vicieux et vous n’aurez plus de catholiques« . Et, puisque la société chrétienne donne à la femme une place primordiale et un rôle éducateur et civilisateur, c’est elle qui se trouve particulièrement visée: « Pour abattre le catholicisme, il faut commencer par supprimer la femme (…) puisque nous ne pouvons pas la supprimer, corrompons-la« . Ce qui a été écrit dans ces textes anciens paraît trop bien confirmer nos propos, mais l’entreprise elle-même est là sous nos yeux. Pourquoi mettre en doute le projet criminel quand le crime est manifeste ? Tenues et attitudes indécentes, invasion de la pornographie[[Voir à ce propos le numéro 310 de Permanences : Pornographie, les 90 déferlantes.]], prétendue éducation sexuelle, homosexualité[[Se reporter à notre numéro La Marée rose, Permanences 340, 1997.]], union libre (cohabitation), atteinte à tout ce qui touche à la transmission de la vie, libération de la femme, souvenons-nous ici de l’aveu de Françoise Giroud: « il s’agit de libérer la femme de sa propre nature« . Désacralisation de la vie Dans son livre De la vie avant toute chose (1980), le Docteur Simon, à deux reprises grand-maître de la Grande Loge de France, fait parfaitement ressortir ce conflit entre deux conceptions du monde: « Les solutions que nous fournit la morale traditionnelle ne peuvent plus nous contenter. Elles reposent sur une sacralisation du principe de vie dont l’essence est superstitieuse. Sous les auspices d’un nouveau modèle, le modèle génétique, il a été possible d’opérer une véritable mutation des mœurs et des fondements de la société française(…) La régulation des naissances institutionnalisée aboutit à une mutation de la morale. Nous découvrirons ainsi que la nature, la vie sont plus que jamais une production humaine… La vie devient ainsi un matériau qui se gère« . Les conséquences d’une telle conception de la vie ne se feront pas attendre: « La sexualité sera dissociée de la procréation et la procréation de la paternité. C’est tout le concept de famille qui est en train de basculer ici« . Existent de plus, derrière cette « nouvelle morale« , des enjeux politiques, de gigantesques intérêts financiers, une recherche du confort et de la jouissance personnelle… Aux résultats, c’est la famille qui se trouve détruite et, par suite, l’homme isolé, privé du véritable caractère de père ou de mère, est dénaturé.

Destruction de l’ordre social et politique

Même si elles ont pris des formes différentes au travers de l’Histoire et selon les sociétés, les lignes essentielles de l’ordre naturel ont toujours été et demeurent les mêmes : la famille, la propriété privée, les institutions locales, les unions professionnelles ou corps intermédiaires, l’Etat. C’est cette architecture sociale, conforme à la nature humaine, que la Révolution entend transformer. La famille Il n’est pas question ici de développer, ni même de faire l’inventaire des attaques que subit aujourd’hui la famille. Au cours de ces vingt dernières années un nouveau système familial est apparu, sans doute encore minoritaire mais qui se répand très rapidement. Le système traditionnel (naturel serait plus exact) est fondé sur la filiation. Il ne dissocie pas procréation et famille; la première raison d’être de la famille, c’est la procréation et donc l’éducation. Le système nouveau est fondé sur le couple lui-même (marié ou non), qui peut avoir des enfants mais dont l’exigence prioritaire est sa propre réussite en tant que couple. Si Le bonheur se ternit, le couple se sépare. Partisans du divorce, de la contraception, de la cohabitation, de l’individualisme féminin sont d’accord pour considérer que la société est composée d’individus et non de familles. L’histoire de l’humanité témoigne pourtant du rôle social de la famille, cellule essentielle d’une société ordonnée à la personne. De la même façon que la chimie n’unit que des molécules et non des atomes, la société réunit des familles. La société est une société de sociétés. Faute de quoi se constitue une foule, une masse, qui peut être très structurée, très homogène, mais qui écrase l’individu. Un tas de sable, comme un bloc de ciment, écrasent le grain élémentaire. La famille est l’obstacle essentiel à une stratégie visant à transformer la conscience des hommes, à les faire renoncer à toutes leurs traditions, coutumes, habitudes, croyances; elle est le premier obstacle à l’organisation de la « cité nouvelle ». Elle est à ce titre l’institution la plus attaquée. Les corps intermédiaires On retrouve cette même attitude quant aux relations de l’Etat avec les institutions locales, ou les unions professionnelles, vis-à-vis de tous les groupements qui se situent entre la famille et l’Etat. « Il ne doit pas y avoir de sociétés particulières dans I’Etat« , prétend J.J. Rousseau. Le centralisme jacobin est la réponse pratique à ce vœu. Et le libéralisme, en encourageant l’individualisme, participe largement du même processus. Cette volonté de « dissoudre » l’homme dans le tout de la société est à l’opposé du principe de droit naturel essentiel, dit principe de subsidiarité, qui veut que ne soient pas enlevées aux particuliers, ou aux groupes d’ordre inférieur, pour les confier à la communauté ou à une collectivité plus vaste, les attributions dont ils sont capables de s’acquitter de leur seule initiative et par leurs propres moyens. L’homme a besoin d’être responsable; c’est dans sa nature. Il a besoin de sentir, d’assumer le lien qui l’unit à son travail, à ses semblables. Il lui faut exercer des responsabilités directes et personnelles. Les groupes humains intermédiaires entre les individus et l’Etat, dits « corps intermédiaires », sont les garants de la liberté personnelle. Dans ces groupements, les individus sont unis les uns aux autres par un ensemble de liens concrets et vivants. La participation y est naturelle car engendrée par le lieu, la naissance, la profession, l’entourage. Le contact le plus direct possible avec le réel, qui enracine au lieu de dissoudre, ainsi que l’exercice de la responsabilité personnelle sont les apports essentiels de ces corps intermédiaires. La propriété C’est également de ce besoin de responsabilité, inscrit dans la nature de l’homme, que dérive le droit à la propriété privée des biens, y compris des moyens de production[[ Se reporter à ce propos à l’enseignement de l’Eglise dans Mater et Magistra.]]. La propriété est en quelque sorte un médiateur naturel de l’exercice de la responsabilité, exercice indispensable à la fois à l’épanouissement personnel et au développement de la société. Il y a là un élément fondamental de l’ordre social naturel objectif.

L’esprit révolutionnaire au quotidien

Jean Ousset, dans Marxisme et Révolution, note que la philosophie de Marx est l’aboutissement, l’ultime résultat de l’évolution de la pensée moderne, imprégnée d’esprit révolutionnaire, et se présente comme la négation totale de toutes les conceptions chrétiennes et traditionnelles. Implicitement ou explicitement, les comportements politiques, sociaux et culturels actuels sont imprégnés de cette pensée marxiste et réalisent concrètement dans les mœurs ce que Marx n’avait imaginé que dans l’organisation politique. Notre société contemporaine est un monde où: – le sens de la vérité est perdu. « Vous n’êtes pas de votre temps… cela ne se fait plus… », sont des arguments péremptoires. Lorsque l’on veut faire de la formation, on ne se réunit pas autour de la vérité, mais pour faire la vérité. C’est le type même de fonctionnement des sociétés de pensée (et combien de groupes d’Action Catholique ont fonctionné sur ce schéma!). Etre dans le vrai relève alors plus de la volonté que de la connaissance: toutes les opinions sont bonnes… Tout le monde agit ainsi… – l’amour est recherché pour soi et n’est plus la poursuite d’un bien. D’où une morale sans dogme et sans référence, même à la nature humaine. – la foi elle-même n’est plus adhésion de l’intelligence à une vérité fondée sur l’autorité de Celui qui a dit « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie« , mais devient un simple élan religieux. – l’action, le mouvement, le changement portent en eux-mêmes leur justification et ne sont plus jugés par rapport à une fin. C’est le primat de l’action sur la contemplation. « L’homme qui médite est un animal dépravé« , prétendait Rousseau. – la raison du plus fort est toujours la meilleure. « Rien n’étant ni vrai ni faux, ni bon ni mauvais, la règle sera de se montrer le plus efficace et le plus fort« , constatait Albert Camus.

Libéralisme et marxisme: frères amis ?

Maritain évoquait « une solidarité dans la négation » des grands courants de ce monde moderne. Le libéralisme est un de ces courants et mérite que l’on s’y arrête un instant. Le terme « libéral », comme celui de liberté d’où il procède, est très « à la mode ». Il permet à chacun de choisir parmi les multiples sens qu’il revêt. De là naissent de nombreuses équivoques. En général, le libéralisme est considéré comme l’attachement à une certaine liberté, voire à la liberté absolue. Il faut alors distinguer les défenseurs des libertés les plus légitimes, qui se disent libéraux, et les promoteurs de la liberté absolue. C’est ce dernier type de libéralisme que nous envisageons ici. Pour le libéralisme philosophique, la liberté est la notion fondamentale selon laquelle s’ordonnent aussi bien la pensée que l’action humaines. C’est ce libéralisme qu’évoque Pie XI lorsque, dans Quadragesimo anno, il affirme que « le socialisme a pour père le libéralisme et pour héritier le bolchevisme« . Le libéralisme contient en germe le tour d’esprit marxiste qui refuse l’existence d’une vérité, au point de considérer la contradiction comme l’essence même des choses et des êtres. Il se manifeste tout particulièrement dans le pluralisme, qui ne consiste pas seulement à prendre en compte la pluralité dès opinions ou des croyances, mais qui entend la légitimer. Le libéral est celui qui pense que son adversaire a raison. La vérité pour le pluraliste résulte à chaque instant de la confrontation des idéologies: « Le pluralisme est une structure qui fournit l’apparition d’idéologies nouvelles car il accepte comme règle de les mettre en concurrence… Il va plus loin que la tolérance puisqu’il accepte d’organiser la compétition libérale des idéologies« [[Valery Giscard d’Estaing dans son ouvrage Deux Français sur trois.]]. Dans sa condamnation du Sillon, Pie XI évoquait déjà ce qu’il appelait une inadmissible organisation d’un concours d’apologétique. Du libéral ou du marxiste, qui est le plus cohérent? L’un comme de l’autre conduisent au totalitarisme. Comme l’exprime Camus que nous avons déjà cité, rien n’étant ni vrai ni faux, la règle est de se montrer le plus efficace; c’est, en fait, la loi du plus fort. Le monde n’est plus partagé en justes et en injustes, mais en maîtres et esclaves. Le Père Schooyans le montre très bien dans son livre Les dérives totalitaires du libéralisme, à propos des mesures appliquées par les puissants organismes mondialistes, dans les pays en voie de développement, en matière de contrôle de la démographie. On assiste aujourd’hui à une certaine coalition des idéologies libérale et marxiste. Ce que Louis Daménie analysait, dans les années 60, dans son ouvrage La technocratie, carrefour de la subversion. Si la technocratie n’était qu’une perversion de l’organisation de la société, elle serait déjà redoutable; mais elle est bien autre chose. Au libéralisme elle emprunte le caractère inexorable attaché à l’exercice d’une liberté sans frein. Des Jacobins elle hérite la notion de l’omnipotence de l’Etat et de la conception d’une « volonté générale » incarnée par celle d’hommes cooptés par leurs pairs. A Fourrier, à Saint Simon, elle emprunte l’idée de progrès et celle d’organisation autoritaire de la société sur un modèle prétendu rationnel. Malgré l’opposition « officielle » entre les deux idéologies libérale et socialiste, force est de reconnaître qu’elles se retrouvent pour imposer une certaine vision de l’homme contraire à la vision naturelle et catholique. Elle sont coalisées pour créer le courant mondialiste. Le premier directeur et maître à penser de la Trilatérale, Z. Brzezenski, écrivait: « Le marxisme est une victoire de la raison sur la Foi… Il représente une étape vitale et créatrice dans le mûrissement de la vision universaliste de l’homme… Nous devons chercher la coopération avec les pays communistes, en visant un accommodement d’abord politique mais ultérieurement philosophique« .

Insidieuse subversion

Si l’on donne à la subversion son sens étymologique venant de subvertere – bouleverser, renverser – et donc le sens de renversement de l’ordre établi, subversion et révolution seraient synonymes. En fait, on distingue, en général, la subversion – technique spécifique d’affaiblissement du pouvoir et de démoralisation des citoyens – de l’idéologie révolutionnaire. Si la subversion se présente apparemment sous toutes les formes de la sédition, l’agitation révolutionnaire, la contestation violente, les attentats politiques, les atteintes à l’ordre public, le complot contre la sûreté de l’Etat, etc., elle ne se réduit pas à ce qui détruit et tue. Elle est plus insidieuse que séditieuse, note très justement Roger Mucchielli[[In La subversion, p. 5, en vente au C.L.C.]]. C’est le cancer moral qu’évoque le général Delaunay dans son livre La foudre et le cancer; il atteint à la fois les hommes et les institutions, il tue les esprits et les cœurs, il dissout les intelligences et les volontés. La subversion sème la confusion entre le bien et le mal, la vérité et l’erreur, le juste et l’injuste; elle intoxique, désinforme, ridiculise, culpabilise ceux qu’elle veut déstabiliser. La subversion est un moyen spécifique de la Révolution, que les agents subversifs en soient conscients ou non.

Des techniques subversives

Nous ne détaillerons pas tous les moyens de la Révolution, mais il faut être conscient de ce que la Révolution, agissant contre nature, est à tout moment obligée de mentir, de biaiser, de se cacher, de recourir au secret. Si les tactiques subversives sont diverses, la stratégie présente quelques constantes. Les différents tenants de la Révolution jouent d’instruments différents mais participent à la même symphonie. Parmi ces constantes, citons la dissolution des liens sociaux (le « déboisement » social) par la dialectique répondant au souci de développer, ou de susciter, des contradictions ou des oppositions en tous domaines. L’utilisation de la terreur ou l’exploitation de la dynamique de groupe[[Sur ce sujet, nous renvoyons à la cassette vidéo n°281 enregistrée au C.L.C. en février 2002.]] en sont d’autres caractéristiques. Nous n’insisterons ici que sur la dissolution des liens sociaux. Ces liens reposent sur le dévouement, l’entraide, la confiance, la recherche de la complémentarité, la franchise du dialogue, le respect de l’autre, l’obéissance, en un mot: le service du bien commun. Les attaques contre ces liens introduisent la moquerie, le mépris, la méfiance, les rivalités, la substitution de l’intérêt personnel au bien commun, la rumeur, la démoralisation, le sentiment d’injustice, les accusations non fondées, etc.

Trotsky en cinq points

Il est habituel de résumer en cinq points les mécanismes de la Révolution[[Nous utilisons ici la brochure de Philippe Maxence: Introduction à une action civique]] qui synthétisent la tactique élaborée par Léon Trotsky. 1 – Disposer de petites équipes d’hommes formés et exercés. Ce point n’a rien de subversif en soi; nous rappelons suffisamment cette nécessité de petites équipes et la force du petit nombre pour ne pas devoir y insister. Il constitue l’élément obligatoire de toute action humaine efficace. 2 – Monter de petites opérations qui bloquent le fonctionnement normal des institutions. Il s’agit de mettre en évidence la fragilité du pouvoir en place. On provoque une paralysie du pays ou de certains secteurs d’activité; le « bénéfice pratique » obtenu importe peu, le succès n’est lié qu’à l’impact idéologique. Exemples: la grève ou la transgression conduisant à un procès pour montrer que la loi est dépassée et ne peut être respectée…. 3 – Susciter le doute, la peur, le silence et le repli sur soi. Le doute, qui paralyse, est l’arme la plus efficace de Satan. Le but est, notamment, d’installer la crainte (crainte de ne plus être de son temps, d’être raciste, homophobe…) et de constituer ce qu’il est convenu d’appeler la « majorité silencieuse ». Cette majorité est effectivement rendue silencieuse par des moyens de pression efficaces. 4 – Accréditer les apparences d’une nouvelle moralité et donc d’une nouvelle légitimité. Le discours subversif s’attache, très souvent, à être moralisateur. Il vise à fabriquer une conscience collective qui prend le pas sur la conscience personnelle. Un consensus fabriqué remplace les données essentielles de la loi naturelle. Le vocabulaire est manipulé: le bébé-médicament est devenu, à l’occasion des débats de bioéthique, le bébé de l’amour ou le bébé de l’espoir…On rencontre ici le principe maçonnique solve et coagula: dissoudre une morale pour en légitimer une nouvelle.[[Tel est bien l’objet du livre du docteur Simon: De la vie avant toute chose, qui est, en fait, la présentation d’une nouvelle morale, marquée par la culture de mort.]] 5 – Susciter de nouveaux pouvoirs en dehors des compétences et des responsabilités. Au pouvoir politique affaibli se substitue un pouvoir parallèle, qui n’est fondé sur aucune légitimité et ne supporte pas le poids de ses décisions. La politique s’élabore dans des commissions ou au sein de groupes obscurs (financiers, francs-maçons…). Des organismes tels que SOS-Racisme ou Act-up font la loi. Des ONG deviennent des échelons essentiels de ces hiérarchies parallèles, au niveau mondial (Planning Familial…). A chacun de ces points correspond une « contre-mesure », mais il est important de rappeler que la démarche contre-révolutionnaire n’est pas celle d’une Révolution contraire mais le contraire de la Révolution. A la question Pour qui nous battons-nous?, en tant que laïcs catholiques, nous ne pouvons que répondre : pour le Christ-Roi. A la question Contre qui nous battons-nous?, la réponse est tout aussi évidente: contre Satan. Mais Satan est « légion », comme nous le dit l’Ecriture. On sait que la bergère de La Salette révéla à l’un de ses correspondants que Lucifer lui apparaissait assisté par une sorte de ministère composé de trois membres: Mammon, le démon de l’argent, Asmodée, le démon de la luxure, Belzébuth, le démon qui préside à l’occultisme. Une fois de plus, nous devrons à Jean Ousset[[In Pour qu’Il règne, p. 81.]] la conclusion et l’intuition de ce qu’il convient de faire: « Nous avons en face de nous l’erreur et ceux qui la colportent. Il est impossible de séparer les deux. Les erreurs sont semblables aux flèches qui ne feraient aucun mal à personne si quelqu’un ne les lançait pas avec un arc ou un fusil. Prétendre guerroyer seulement contre les idées et les systèmes pervers, sans tenir compte de ceux qui les colportent, diffusent, appliquent systématiquement serait folie, sinon complicité manifeste avec l’ennemi« .

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